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Aylan : la reine de Jordanie répond à Charlie Hebdo

Comment oublier Aylan Kurdi, jeune enfant de trois ans, originaire de Kobané, dont la photo avait fait le tour du monde en septembre dernier ? Découvert noyé sur une plage turque après que le bateau pneumatique, sur lequel il se trouvait avec sa famille afin de rejoindre l’Europe pour fuir la guerre, ait échoué, sa photo avait ému le monde entier, relançant le débat sur l’accueil des réfugiés syriens.

Que serait devenu Aylan, s’il avait survécu ?

Quatre mois plus tard, dans son numéro du 13 janvier 2016, le journal satirique Charlie Hebdo crée la polémique en s’appropriant une nouvelle fois la figure de cet enfant, s’interrogeant sur l’avenir qu’il aurait eu s’il avait survécu et grandi en Allemagne, premier pays européen d’accueil des réfugiés syriens. Riss, caricaturiste et directeur de publication du journal, répond par un croquis montrant l’enfant sous les traits d’un adulte, désormais « tripoteur de fesses en Allemagne ». Une référence aux multiples agressions sexuelles qui se sont déroulées la nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne.

La polémique ne se fait pas attendre et enflamme les réseaux sociaux dès la parution du journal. Alors que les autorités françaises restent silencieuses, les critiques fusent à l’étranger, dénonçant le « caractère cruel et inhumain » du dessin de manière plus ou moins explicite.

En Jordanie, la reine Rania a décidé de répondre à Charlie Hebdo en relayant le 15 janvier un dessin croqué par le caricaturiste jordanien Osama Hajjaj, sur ses comptes Facebook et Twitter.

« Merci Osama de dessiner ce que je ressens », commente la reine pour accompagner sa publication.

Publié en arabe, en français et en anglais, le dessin emprunte le titre du journal polémique, « Que serait devenu le petit Aylan s’il avait grandi ? », mais la réponse apportée est radicalement différente : en grandissant, l’enfant aurait pu devenir « un médecin, un enseignant ou un père affectueux ».

 

Très active sur ses comptes Facebook, Twitter et Instagram, la reine de Jordanie feint d’une influence majeure sur les réseaux sociaux. Son compte Twitter à lui seul est suivi par 4,5 millions de personnes (soit plus que Michelle Obama). Ses prises de parole régulières sont toujours très largement relayées par la presse jordanienne et régionale. Ainsi, sa réaction face à la publication de Charlie Hebdo a reçu un large écho, le quotidien pro-gouvernemental Al Ra’i la qualifiant de réponse « civilisée » à un dessin « raciste ». Pour ce média, « La réponse à ce terrorisme intellectuel n’est pas le terrorisme sanglant pratiqué par des groupes terroristes, mais la pensée et la lutte idéologique. C’est exactement ce qu’a fait Sa Majesté la Reine Rania (…)« .

Le Jordan Times, quotidien jordanien édité en langue anglaise, a quant à lui répertorié les commentaires sur la publication de la Reine Rania sur sa page Facebook. Tous condamnent le dessin de Charlie Hebdo, et saluent la réponse « civilisée » de leur reine. « Merci de montrer au monde que la Jordanie a une voix lorsque d’autres restent silencieux à la souffrance et à l’humiliation continues de certains d’entre nous. Merci de nous montrer qu’une réponse à un dessin est un autre dessin. Merci de nous donner de l’espoir (…). Merci de montrer aux faibles ce qu’est être élégant », salue ainsi une internaute, Dana Badran.

D’autres caricaturistes du Moyen-Orient se sont également munis de leurs crayons pour répondre au dessin de Charlie Hebdo sur les réseaux sociaux, et défendre, selon eux, la mémoire de Aylan ainsi que la cause des migrants.

C’est le cas notamment de Hani Abbas, dessinateur syrio-palestinien réfugié en Suisse, et pour qui le dessin de Charlie Hebdo tue une nouvelle fois le jeune enfant syrien.

Capture d'écran de la publication du caricaturiste Hani Abbas sur sa page Facebook.

Capture d’écran de la publication du caricaturiste Hani Abbas sur sa page Facebook.

L’enfant symbole du drame migratoire

En Jordanie, et plus largement au Moyen-Orient, le petit Aylan semble être devenu un symbole presque sacré du drame humain qui se joue derrière les statistiques de la crise migratoire en Europe. En s’emparant une seconde fois de son image, Charlie Hebdo devient pour beaucoup de personnes, qu’elles soient artistes, politiques ou autres, délibérément cruel. A la « liberté d’expression », argument phare défendu par les lecteurs du journal satirique, la reine Rania et de nombreux Jordaniens répondent en mettant en avant les valeurs d' »humanité » et de « respect » de la famille du jeune enfant, et de tous les réfugiés traversant les mêmes épreuves.

Maÿlis de Bantel.

@Maylispdb

Attentats à Copenhague : un hygge du deuil

Lundi 16 février, notre correspondante à Copenhague a assisté à la manifestation de soutien aux morts de samedi dernier, qui se tenait devant la salle de conférence où a eu lieu l’une des deux fusillades. Son récit, éclairé de témoignages de jeunes Danois récoltés au cours de la semaine.

La nuit est calme ce soir. Il fait froid, très froid. Des dizaines de milliers de personnes se tiennent debout sur une petite esplanade et pourtant, le seul murmure qu’on entend est celui de l’hélicoptère, haut dans la nuit.

Autour de nous, des enfants, des parents, des vieux et des étudiants, serrés les uns contre les autres. Beaucoup de grands, beaucoup de blonds. Et leurs visages sont calmes, pas exactement tristes, mais respectueux. On voit peu de pancartes, on n’a pas l’impression d’être à une manifestation. À la place, il y a beaucoup de flambeaux, et quelques fleurs. Ça et là, des drapeaux.

Un hygge contre la terreur

Une chanteuse danoise ouvre la scène. Elle commence avec une vieille chanson du pays qui fait référence à l’occupation allemande de la Seconde Guerre mondiale… Et aux liens du mariage. Toutes ces choses qu’on laisse nous emprisonner. La terreur, la prochaine ? Puis elle enchaîne avec Imagine, et l’assemblée chante avec elle. La nuit après les fusillades, les Danois chantent les Beatles. Un murmure, un frisson parcourt la foule.

Entre les chansons et les discours, le ronronnement de l’hélicoptère cadence la soirée. Il dérange un peu la minute de silence demandée par la Première ministre, Helle Thorning-Schmidt. Les dispositifs de sécurité sont visibles, pourtant on ne ressent pas de peur. Sauf peut-être Abdu, un jeune Danois musulman d’origine turque. Lui me confie avoir demandé à son ami blanc aux yeux bleus de ne pas le laisser seul. « Je suis venu parce que je suis désolé et triste ; mais je n’ai juste pas envie d’être seul avec des gens qui sont en colère après les attaques ».

Est-ce que les Danois ressentent de la colère, de la peur ? Ce n’est pas ce qui transparaît sur la place. Non, cette soirée a presque des airs de feu de camp de fin de colo. On chante la version danoise de Qui peut faire de la voile sans vent. « Je ne peux quitter mon ami, sans verser de larme », entonne la foule. Il y a des guirlandes sur la scène. Ce rassemblement, c’est presque un hygge contre la terreur. Le hygge (prononcer « hugueu »), cet art danois du repos entre amis, du moment convivial et chaleureux. Certains, comme Sigrid, ont l’espoir qu’on « utilise cette tragédie pour créer plus de solidarité dans ce beau pays qui est le nôtre».

Des attaques redoutées

Car beaucoup s’y attendaient. Après « Charlie Hebdo », il y avait comme un sentiment diffus que le Danemark serait la prochaine cible. « Samedi soir, après l’attaque contre le centre culturel dans l’après-midi, continue Sigrid, personne ne savait ce que c’était ou ce que ça pourrait devenir. Nous étions tous encore en train de nous remettre des attaques à Paris ». Cette nuit-là, la peur était présente. Les yeux étaient rivés sur la télévision, sur Twitter. Et à 1h du matin, une synagogue fut attaquée, provoquant la mort d’une personne de confession juive.

Mais dès dimanche matin, ce sentiment s’est transformé. Il y avait de nouvelles victimes certes, mais aussi « quelqu’un à blâmer ». Et c’est avec la diffusion de l’identité du tueur que tout a changé. « Même si ça ressemblait à une « terror attack » un peu abstraite que l’on avait imaginée mille fois, ça paraissait aussi moins « terroriste » que ce à quoi on pensait. Qui était cet homme ? Je ne suis pas sûre qu’il soit un symbole des ‘sombres pouvoirs qui veulent nous blesser’ comme le clament beaucoup de politiciens ». Sigrid n’est pas la seule à refuser de voir deux visions du monde s’affronter. Isabella voudrait éviter une guerre « nous contre eux ». « La question ce n’est pas la religion, mais les individus. J’aimerais qu’on se concentre sur les quelques fous radicaux, et pas sur les communautés ».

« Et s’il avait été blanc, est-ce qu’on aurait parlé de terrorisme ? »

Derrière ces réactions se dessine la question des minorités au Danemark, cristallisée par la question de Kelly et ses proches : « Et s’il avait été blanc, est-ce qu’on aurait parlé de terrorisme ?». Ça et là, on se souvient de Breivik, en Norvège. « Lui, on le considérait comme un cas à part, parce qu’il était blanc ». Il est encore trop tôt pour savoir comment le Danemark va traiter sa population musulmane. Il y a de l’espoir ; il y a une grande communauté qui refuse la catégorisation, qui refuse d’entacher l’unité d’un pays fier de son peuple.

Mais en cette année électorale, il y a aussi des présages qui rassurent peu. Isabella est «triste que la Première ministre n’ait dit qu’à la communauté juive qu’elle est importante, et pas à la communauté musulmane. Parce qu’elle l’est ». Depuis dimanche, la peur n’est pas liée à la terreur. La peur, c’est celle des nationalistes, de ceux qui vont utiliser les attaques pour craqueler encore un peu l’intégration à la danoise, comme le parti d’extrême-droite Dansk Folkeparti.

Danois, et forts derrière nos principes

Mais lundi, au rassemblement de soutien, c’est l’union qui prévalait. Les partis politiques étaient rangés derrière la Première ministre, qui n’a pas laissé place à la terreur. Intervenante la plus acclamée de la soirée, elle a parlé de fierté, d’unité. Au lieu de parler de ceux qui attaquent, elle a parlé de ce qui est à défendre. On reste danois, forts derrière nos principes ; et ce lundi soir, droits dans le calme et dans le froid. Même dans le fond, où la scène est peu visible et où le son ne porte pas très bien, pas d’agitation. On se tient ensemble, entend-on de partout : Vi stå sammen.

Et ce « ensemble » va au-delà des frontières. La ministre continue son adresse en anglais, pour exprimer sa reconnaissance envers la communauté internationale. « Nous sentons que nous ne sommes pas seuls ». L’assemblée approuve avec force acclamations. Et pour finir, quelques mots en français, pour nous « remercier de tendre la main dans ce moment difficile ». Au milieu des applaudissements, un « Vive la France » retentit.

Charlie et la Petite sirène

France, Danemark, même combat ? Sur le chemin du retour, j’aperçois une pancarte « Je suis danois ». Est-ce que Charlie et la Petite sirène sont frères ? C’est ce que beaucoup pensent, dont l’ambassadeur français, présent à la conférence sur la liberté d’expression où tout a commencé. La liberté d’expression, chère aux scandinaves… L’ambassadeur, depuis la scène, demande : « Jusqu’où devons nous mettre nos vies en danger ? Jusqu’où aller ? ». Cette question ne fait pas l’unanimité. On entend en France comme au Danemark qu’ils « n’auraient pas dû dessiner le prophète ».

Le dessinateur Hervé Baudry a réagi aux attentats de Copenhague du samedi 14 février 2015. Ce dessin a circulé sur les réseaux sociaux.

Le dessinateur Hervé Baudry a réagi aux attentats de Copenhague du samedi 14 février 2015, représentant le Danemark par une petite sirène, l’icône de sa capitale Copenhague, qui dit « Je suis Charlie », en référence aux attentats contre le journal Charlie Hebdo en France. Ce dessin a circulé sur les réseaux sociaux.

 

Alors que la question de dessiner ou non Mohammed fait toujours débat en France et au Danemark, Abdu me confie que « Ca fait mal quand ils se moquent de notre religion. Mais ce sont des Danois – ils ne sont pas assez religieux pour comprendre le respect du sacré. Cela ne veut pas dire qu’un vrai Musulman, même en colère, s’en prendrait à la vie des autres ». Des propos qui résonnent avec ceux de Magnus, un autre Danois : « j’ai peur que les esprits se cristallisent sur la défense de la liberté d’expression. Je ne crois pas que ce soit très malin à l’heure actuelle ».

Ce n’est pas le discours de l’ambassadeur, acclamé par la foule. Il fait de la défense des activistes un devoir. Il en appelle au droit de rire, au droit à la futilité, à « l’insouciance » (en français). Pour lui comme pour beaucoup, cette liberté fondamentale est au coeur de l’art de vivre danois. La défendre, c’est « le plus grand cadeau que la France et le Danemark font au monde ».

Laure Vaugeois

Charlie Hebdo – Les réactions dans les pays de nos correspondants

Hier, face à l’attentat au siège du journal Charlie Hebdo, face au crime, les réactions ont été variées. La stupeur, l’indignation, la peur, le refus d’avoir peur, la révolte, la hargne, la prise de recul, la crainte d’instrumentaliser… Au sein de notre rédaction, Français à travers le monde, on a voulu montrer notre solidarité, à notre manière et à notre échelle. Davantage pour soulager notre peine que par espoir d’avoir un vrai impact ; mais puisque vous lisez cet article, nous avons déjà remporté une manche.

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Photo prise lors du rassemblement place de la République à Paris, le 7 janvier 2014. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

 

Le moyen de le faire restait à déterminer : nous sommes 18 et ne réagissons pas de la même manière.  Alors comment exprimer la parole de « CrossWorlds » quand celle-ci se revendique plurielle, et l’est, une fois de plus ? Les faits nous sauvent. Laissons-les exprimer le frisson mondial, s’il existe. Certains de nos correspondants ont listé les réactions dans leur pays d’accueil.

Au Canada

La réaction canadienne n’a pas tardé suite à l’attaque de Charlie Hebdo. « Le Canada ne se laissera pas intimider et continuera à lutter avec fermeté contre les terroristes. Les Canadiens se tiennent aux côtés de la France en ce jour sombre » a déclaré le premier ministre Stephen Harper. Dans un pays encore choqué par le récent meurtre en plein jour de deux soldats à Ottawa, cette tuerie sonne comme un rappel amer « qu’aucun pays n’est complètement protégé contre ce genre d’attaques terroristes » a poursuivi le premier ministre canadien. A Vancouver, où je vis, une veillée est organisée ce jeudi 8 janvier devant la galerie d’art. Les marches de la galerie sont connues pour accueillir les rassemblements politiques importants.

Les réactions de soutien se sont aussi manifestées dans les rangs des dessinateurs de presse, solidaires de leurs confrères abattus crayon au poing.

Terry Mosher, dessinateur pour la Montreal Gazette, le quotidien anglophone de Montréal:

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En Australie

Ici, des dessinateurs ont aussi montré leur solidarité. Dont David Pope, dessinateur pour le Canberra Times avec son dessin « Il a dessiné en premier ».

Chloé

En Turquie

Le gouvernement turc a condamné en bloc l’attentat, le qualifiant de “sauvagerie inacceptable” qui, dit-il dans un communiqué, constitue une trahison pour la civilisation de laquelle ces terroristes se réclament. Le vice-premier ministre a ajouté, en référence aux caricatures de Mahomet, que ”une institution médiatique pouvait être critiquée et même condamnée pour sa ligne éditoriale, mais le terrorisme en lui-même doit être rejeté de façon catégorique, cest une question de principe. »

Sur son compte Twitter, le président Recep Tayyip Erdogan a déclaré que “la Turquie continuera de lutter contre tous les types de terrorisme, comme elle la fait jusqu’à présent.” La veille, mardi 6 janvier, une militante affiliée à un groupe terroriste d’extrême gauche, le DHKP/C, avait tué un policier dans un attentat-suicide dans le quartier touristique de Sultanahmet à Istanbul. erdogan

Le ministre des affaires étrangères a aussi prévenu contre l’islamophobie grandissante en Europe, en précisant que le terrorisme et l’islamophobie se nourrissaient l’un de l’autre.

Les théologiens turcs interviewés par le quotidien religieux Zaman ont déclaré que des personnes qui avaient une compréhension correcte de l’Islam ne pouvait pas être à l’origine de cette attaque. « Le terrorisme est contre les valeurs de base de toutes les religions, y compris lIslam » a précisé Cihat Seker, de l’Université de Fatih.

La réaction des médias turcs a été plus disséminée. Ainsi le journal Türkiye, pro-gouvernemental, a d’abord titré “Attaques sur le magazine qui a publié les caricatures hideuses de notre Prophète: résultat 12 mort ! ”. Des commentaires Twitter accusant le journal de justifier l’attaque, Türkiye a ensuite modifié son titre.

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De son côté, le magazine satirique Penguen, très critique du gouvernement, a publié un dessin tout en sobriété en hommage à Charlie Hebdo. Le magazine est régulièrement victime de menaces lui aussi.

 

Marguerite

En Russie

Après l’attentat au siège de Charlie Hebdo, le Kremlin a immédiatement condamné un « crime cynique » et a réaffirmé sa volonté de coopérer dans le domaine de la lutte conte le terrorisme. Une main tendue aux chancelleries occidentales, à l’heure où le dossier ukrainien empoisonne les relations et où la Russie est confrontée elle aussi à des actes terroristes islamistes : un attentat suicide a fait 5 victimes et 13 blessés en Tchétchénie le 4 décembre 2014.

À Moscou, il ne semble pas y avoir eu de rassemblement spontané d’après nos informations, mais des bougies, des fleurs et des messages de solidarité ont été déposés devant l’ambassade de France par des moscovites. Une autre forme de mobilisation dans un pays où descendre dans la rue n’est pas un comportement politique habituel.

Du côté de la presse, la condamnation à été unanime, même si certains journaux insistent sur les nombreuses provocations de Charlie Hebdo à l’égard de la communauté musulmane – les positions du journal sont décrites comme « d’extrême gauche » et « anticléricales » par le journal économique RBK par exemple. Il est vrai que le « blasphème » n’est pas de mode dans une société quasi unanime sur l’importance de la religion orthodoxe comme fondement de l’identité nationale ; on se rappelle du verdict sévère contre les activistes des Pussy Riot en août 2012. Le journal en ligne Meduza, russophone mais exilé en Lettonie, a été un des rares à expliquer les racines historiques de Charlie Hebdo et sa ligne éditoriale.

Nul doute que l’identité présumée des criminels et le caractère islamiste de l’attaque viendront alimenter le discours sur le choc de civilisations et le déclin de l’Occident chrétien, toujours plus populaire en Russie.

Yann

En Inde

inde 4Le Premier ministre Narendra Modi s’est très rapidement exprimé sur Twitter à la suite de l’attentat, condamnant « l’attaque méprisable » du 7 janvier et exprimant tout son soutien aux familles des victimes et à l’ensemble des Français.
 
A Delhi, une alerte a été déclenchée et la sécurité renforcée dans les aéroports, les gares, la Porte de l’Inde, ainsi qu’à d’autres points stratégiques de la ville. Le commando spécial SWAT de la police de Delhi a également été déployé dans le risque d’une éventuelle attaque terroriste.
 
Depuis un mois au moins, les autorités sont en effet sur le qui-vive, craignant une attaque sur la capitale, notamment de la part du groupe terroriste Lashkar-e-Toiba (« l’Armée des pieux ») proche d’Al-Qaida et régulièrement accusé des attaques et attentats perpétrés au Cachemire indien ou à Bombay en 2008. La fusillade de Charlie Hebdo trouve en Inde un écho tout particulier puisque qu’elle fait suite à l’attentat de Peshawar du 16 décembre dernier qui a beaucoup ému le pays.

Au lendemain et sur-lendemain de la tuerie, Paris fait la triste Une ainsi qu’une large part des corpus d’articles des journaux nationaux (The Times of India, The Hindu), mais aussi d’éditions régionales comme ici dans le Tamil Nadu.
 
Drapeaux en berne, les autorités consulaires françaises du pays ont observé une minute de silence en hommage aux victimes. D’autres rassemblements spontanés ont eu lieu à Bombay notamment, unissant à la communauté d’expatriés endeuillée, une foule d’Indiens compatissants.
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Drapeaux en berne au Foyer du soldat à Pondichéry en Inde suite à l’attentat contre Charlie Hebdo. Crédits photo : CrossWorlds/Théo Depoix Tuilalepa

Théo

Au Chili

Le choc de la nouvelle et la vague de solidarité à l’annonce de la tragédie française auront été ressentis jusqu’à Santiago. Les médias locaux ont relayé en permanence les informations communiquées depuis Paris et ce soir, les unes de leurs sites Internet étaient encore largement consacrées à l’événement, comme El Mercurio ou La Tercera.

Le site du journal satirique The Clinic (équivalent chilien de notre Canard Enchainé), en plus de la couverture du drame sur Twitter et sur leur site, a notamment regroupé dans un article les dessins de Charlie Hebdo consacrés au général Pinochet – ancien dictateur chilien.

La présidente de la République Michelle Bachelet a exprimé sa « consternation » et a fait part de ses condoléances « face a la peine et la douleur que vivent le peuple français et son gouvernement en ce moment », rappelant le bilan terrible de « douze personnes (…) mortes assassinées et quatre autres luttant entre la vie et la mort ». L’Université du Chili (plus grande et plus prestigieuse université publique du pays) a publié un long communiqué de condamnation du geste et de soutien.

Un rassemblement a été organisé mercredi soir a Santiago a 21h (2h du matin, heure de Paris).

Un rassemblement à Santiago, au Chili, le mercredi 7 janvier 2014, en solidarité aux victimes de l'attaque contre Charlie Hebdo à Paris. Crédits photo : CrossWorlds/Ombeline Guillaume

Un rassemblement à Santiago, au Chili, le mercredi 7 janvier 2014, en solidarité aux victimes de l’attaque contre Charlie Hebdo à Paris. Crédits photo : CrossWorlds/Ombeline Guillaume

 

Une centaine de personnes rassemblées Plaza Italia, « majoritairement des Français mais quelques Chiliens venus manifester leur solidarité » raconte Estelle Desallais, étudiante française en échange au Chili et participante. « Au début, personne ne savait vraiment quoi faire. L’événement s’est clairement improvisé et comme on était loin des milliers de personnes en France, il y a eu un moment de flottement ». Finalement, le rassemblement aura duré une heure, entre prises de paroles et slogan « Charlie presente, ahora y para siempre ».
Un rassemblement à Santiago, au Chili, le mercredi 7 janvier 2014, en solidarité aux victimes de l'attaque contre Charlie Hebdo à Paris. Crédits photo : CrossWorlds/Ombeline Guillaume

Un rassemblement à Santiago, au Chili, le mercredi 7 janvier 2014, en solidarité aux victimes de l’attaque contre Charlie Hebdo à Paris. Crédits photo : CrossWorlds/Ombeline Guillaume

Un rassemblement à Santiago, au Chili, le mercredi 7 janvier 2014, en solidarité aux victimes de l'attaque contre Charlie Hebdo à Paris. Crédits photo : CrossWorlds/Ombeline Guillaume

Un rassemblement à Santiago, au Chili, le mercredi 7 janvier 2014, en solidarité aux victimes de l’attaque contre Charlie Hebdo à Paris. Crédits photo : CrossWorlds/Ombeline Guillaume

Estelle regrette cependant une chose :  » on était tournés sur nous-mêmes. La partie commémoration fut pleinement remplie mais la partir information…moins. Dommage. Car c’était aussi le but de l’événement ». Un nouveau rassemblement est prévu ce samedi devant l’Ambassade de France.

Camille R.

En Afrique du Sud

Loin du tsunami suscité en France par la tuerie d’hier, la vague Charlie Hebdo a tout de même atteint l’Afrique du Sud. Le gouvernement sud-africain, par l’intermédiaire de Clayson Monyela, le porte-parole du département des relations internationales, s’est joint aux réactions émanant de la communauté internationale.

Clayson Monyela a déclaré dans un communiqué que le gouvernement d’Afrique du Sud condamne cette « attaque terroriste barbare et préméditée », ajoutant qu’une telle attaque contre des journalistes et des civils « viole les lois internationales et constitue un crime contre l’humanité ». Il a insisté que l’Afrique du Sud faisait bloc au côté de la communauté internationale pour condamner le terrorisme sous toutes ses formes ; le pays dirigé par Jacob Zuma continuera, d’après Clayson Monyela « de soutenir les efforts locaux et internationaux entrepris pour endiguer ce fléau ». Il a aussi présenté au nom de la République Sud-Africaine ses condoléances au peuple et au gouvernement français, ainsi qu’aux proches des victimes.

Si la population Sud-Africaine a majoritairement accueilli la nouvelle de cet attentat comme un fait divers de plus, la minorité musulmane du pays (moins de 2%) s’est montrée la plus touchée par l’épisode barbare du 7 janvier. Ighsaan Hendricks, président du Conseil Judiciaire d’Afrique du Sud a tenu à prendre la parole, signifiant que « rien de peut justifier un acte pareil, pas même des prétendus idéaux religieux ». Il a insisté sur l’incompatibilité totale entre ce massacre et les valeurs de l’islam.

Gabriel

En Finlande

En ce lendemain d’attaque terroriste, la France se mobilise et mobilise au-delà de ses frontières. Le Premier ministre Stubb a souligné que « la liberté d’expression et la presse libre sont une partie intégrante des valeurs européennes ». C’est au travers de ces valeurs que les Européens de multiples pays se sentent touchés.

L’ambassade de France en Finlande est le lieu de recueillement de nombreuses pensées et hommages aux victimes. Comme pour tous les morts, les Finlandais déposent de nombreuses lumières pour réchauffer la longue nuit hivernale.

Photo prise sur la page Facebook de ARX-Antirasismi X

Photo prise sur la page Facebook de ARX-Antirasismi X

 

Candice B.

En France

Enfin, en France. Les chaînes d’infos ont diffusé en masse les images des rassemblements en solidarité des victimes. Notamment celui à Paris, place de la République. Les journalistes rapportent 35.000 personnes présentes. Nous y sommes aussi allés mais à 20 heures, les manifestants sont moins nombreux : il est possible de se faufiler à travers la cohue.

Moins nombreux, mais pas moins présents. Des dizaines de personnes se sont hissées sur la statue de Marianne et crient avec ferveur « Vivra Charlie », « Char-Liberté », « Liberté d’expression », « Liberté des crayons », sans s’arrêter. La phrase « Nous sommes Charlie » est projeté sur la statue.

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« Nous sommes Charlie » projeté sur la statue de Marianne le mercredi 7 janvier 2014 vers 20h. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

 

La foule regarde, reprend quelques refrains en coeur, applaudit lorsque les photos des dessinateurs Wolinski et Charb sont collées sur la statue de Marianne, mais reste le plus souvent silencieuse. Un silence que l’on ressent comme respectueux. Dans le calme, l’émotion est palpable. Des panneaux sont brandis ; on peut lire des hommages aux victimes mais aussi des messages de défense de la démocratie et de la liberté d’expression.

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Un panneau avec les noms des victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo, vu lors du rassemblement à République le mercredi 7 janvier 2014. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

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Mercredi 7 janvier 2014, à 20heures, le sol de la place de la République. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

 

Sur le sol, on peut lire « Je suis Charlie » écrit à la main par les manifestants. Alors bien sûr, nous ne sommes pas tous Charlie, nous ne lisions pas tous le magazine qui tirait à 60.000 exemplaires par semaine, nous n’étions pas tous fans de leur cynisme. Bien sûr, il y a des attentats qui ne reçoivent pas la même couverture médiatique, mais est-ce pour autant que l’on devrait se flageller d’être révolté ? A lire ces lignes sur le parvis parisien, je pense aux mots de Paul Eluard :

« Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

(…)

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté. »

Et j’y crois.

Clara