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S’engager en confinement, pas toujours évident ? L’histoire inspirante de Solidaritel

Depuis le début du confinement, des initiatives d’entraide plus ou moins locales fleurissent. Pas toujours évident d’accorder l’offre et la demande, mais les bonnes volontés à l’origine du Solidaritel ne se découragent pas : elles sont aujourd’hui dans notre série « Confinés et engagés ».
© Photo par Jenna Anderson sur Unsplash

© Photo libre de droits par Jenna Anderson sur Unsplash

 

Un après-midi comme un autre pendant le confinement, à un détail près. Ariane Martin raccroche son téléphone : elle vient de passer 1h30 à discuter avec Yvonne*,  73 ans.

Il y a trois semaines, elles ne se connaissaient pas, et aujourd’hui pourtant elles parlent de tout.

« On dérive souvent vers des sujets sociétaux ou personnels. Elle m’a demandé si j’avais un petit ami par exemple, je lui demande des conseils. C’est intéressant parce qu’elle a 73 ans, elle réfléchit beaucoup à sa vie, donc elle a des choses à dire ! »

En quelques heures passées à discuter, elles ont abordé des sujets aussi variés que l’intelligence artificielle, l’arrivée d’Internet dans la vie d’Yvonne, les écoles non mixtes de l’enfance de cette dernière, les taux de divorce dans les années 80, le féminisme, le mythe de la virilité…

Téléphoner à des confinés sans Internet

Toutes deux ont été mises en contact grâce à l’initiative Solidaritel, lancée au début du confinement en France par des étudiantes. C’est Chloé Laurent qui a eu l’idée :

« C’était à la fin de la première semaine de confinement. On voyait passer beaucoup d’initiatives pour promouvoir la solidarité, entre voisins par exemple, mais beaucoup reposaient sur l’utilisation d’Internet. Les personnes exclues du numérique n’avaient pas accès à tout ça, donc on s’est dit que ce serait le bon moment pour lancer une initiative d’appels et inciter les gens à partager ça à leurs proches isolés. »

Accompagnée d’autres étudiantes qui suivent comme elle un cours sur l’entreprenariat social, et avec l’aide de leur prof, elles mettent sur pied un programme : recrutement des bénévoles qui dédieront un moment de leur temps pour appeler des personnes isolées, voire leur proposer de faire leur courses.

100 bénévoles mais des obstacles

L’engouement est là puisque plus de cent bénévoles répondent à l’appel. Mais l’équipe se heurte à une autre difficulté : comment joindre les personnes isolées du numérique, alors que tout le monde est coincé chez soi ?

Après diverses tentatives – passer par d’autres associations, joindre des EHPAD, inciter chacun à inscrire ses proches isolés dans le dispositif – c’est un peu plus d’une dizaine de personnes qui bénéficient aujourd’hui du service de Solidaritel. Tous les retours sont très positifs, mais pas évident d’obtenir beaucoup plus de numéros de personnes isolées.

« En fait, les gens n’ont pas envie d’être perçus comme “isolés” ou “à aider” », explique Chloé. Pour elle, avec le recul, il aurait fallu revoir la communication pour toucher davantage de personnes.

« Mais malgré ça, on a surtout inspiré beaucoup de personnes à appeler elles-mêmes leurs proches ! Et on a mis en place d’autres actions. »

Quand la solidarité se réinvente

Inès Martelli, l’une des membres de Solidaritel m’explique que si les EHPAD n’ont pas tous répondu favorablement à l’offre des étudiantes, l’un d’eux leur a fait part d’un besoin particulier :

« On nous a proposé de créer des exercices cognitifs, comme des mots croisés ou des textes à trous avec des textes connus, pour mettre à disposition de leurs résidents. On a transmis cette proposition à nos bénévoles et on leur envoie chaque semaine un lot. »

Et à l’approche du déconfinement, la petite équipe réfléchit à se transformer. « On envisage d’orienter le projet vers une plateforme de mise en relation pour permettre aux bénévoles de savoir comment s’engager après le confinement » détaille Inès. Sur la page Facebook du groupe, les besoins d’autres initiatives sont ainsi relayés régulièrement.

Chloé confirme que si le confinement était un premier pas dans le bénévolat, elle ne compte pas s’arrêter là :

« J’ai énormément appris, c’était la première fois que je lançais quelque chose et il y a eu une super cohésion avec le groupe. Ça me donne encore plus envie de m’engager à l’avenir, que ce soit là où ça existe déjà ou en créant mes propres actions ! »

A voir si la dynamique entamée grâce au temps libéré par le confinement se poursuivra une fois celui-ci levé !

Quant à Ariane, elle confie n’avoir pas la moindre envie de cesser sa relation fraîchement entamée avec Yvonne.

« Je me suis vraiment attachée à elle, c’est assez unique ! »

* Le prénom a été modifié.

Esther Meunier

Retrouvez les autres articles de notre série « Confinés et engagés » :

Confinés et engagés : des chambres d’hôtel pour convalescents du Covid-19

Depuis début avril, une association accueille dans des chambres d’hôtel des patients ayant été hospitalisés pour Covid-19, et qui doivent rentrer chez eux. Le but : accompagner ces personnes convalescentes, particulièrement fragiles car handicapées ou souffrant de maladies chroniques, dont un retour direct au domicile pourrait engendrer des complications du fait de l’isolement.
Une patiente entre dans l'hôtel de Chelles, où une quinzaine de chambres ont été louées par l'association de Sibel Bilal-De la Selle pour accueillir des convalescents du Covid-19, encore fragiles du fait d'un handicap ou de maladies chroniques. Crédits photo : Sibel Bilal-De la Selle, avec autorisation

Une patiente entre dans l’hôtel de Chelles, où une quinzaine de chambres ont été louées par l’association « Centre de ressources pour mini réseaux de proximité », afin  d’accueillir des convalescents du Covid-19, encore fragiles du fait d’un handicap ou de maladies chroniques. Crédits photo : Sibel Bilal-De la Selle, avec autorisation

 

 

Soins et nourriture

À Chelles, en Seine-et-Marne, une quinzaine de chambres ont été louées dans un hôtel trois étoiles, actuellement fermé pour cause de nouveau coronavirus. Les occupants : des personnes ayant été hospitalisées pour Covid-19, encore particulièrement fragiles du fait d’un handicap, de maladies chroniques ou encore de ressources financières très limitées.

« Il y a un problème sérieux et réel » dans le retour au domicile de ces personnes, nous explique Sibel Bilal-de la Selle, à l’origine du projet et déléguée générale de l’association « Centre de ressources pour les mini-réseaux de proximité ».

« On a des gens très fragiles qui sont hospitalisés et qui sortent de réanimation », mais qui se retrouvent démunis chez eux, « où il y a peu de gens, voire personne » et qui « n’ont pas la possibilité de payer » pour des soins ou de la nourriture.

La durée moyenne de prise en charge prévue dans l’hôtel est de 7 à 10 jours : les personnes reçoivent des soins et bénéficient d’une surveillance 24h/24h. Les repas leur sont aussi servis.

Résultat : des patients « ravis ». « C’est ça qui nous donne du courage », nous raconte Sibel Bilal-de la Selle. Comme cette patiente, qui lui a confié n’être « jamais partie en vacances et n’avoir jamais dormi dans un hôtel ». « Ici, elle a le service d’hôtel, fait par des bénévoles, avec le passage des kinés, les repas », souligne Sibel Bilal-de la Selle. 

« Il a fallu se débrouiller »

Pour récupérer ces chambres, Sibel Bilal-de la Selle et son équipe ont appelé fin mars des hôtels en banlieue parisienne, jusqu’à ce que l’un d’eux accepte de leur en louer. « J’ai pris les clés de l’hôtel le 15 avril et les premiers patients sont arrivés le 20 avril », nous détaille Mme Bilal-de la Selle. Ensuite, « il a fallu se débrouiller ». 

Entre autres, elle trouve grâce au responsable du CCAS (centre communal d’action social) de Chelles un prestataire qui leur fournit des repas à prix coûtant, le directeur de l’hôtel leur donne surchemises et surblouses, et ce sont les médecins traitants et infirmières qui vont voir leurs patients. En guise de masques protecteurs, « j’ai trouvé une startup qui nous a imprimé en 3D des visières », précise Sibel Bilal-de la Selle.

Le personnel soignant à l'hôtel trois étoiles de Chelles, où des chambres ont été louées par l'association de Sibel Bilal-De la Selle pour convalescents du Covid-19 particulièrement fragiles du fait d'un handicap ou de maladies chroniques. Avril 2020. Crédits : Sibel Bilal-De la Selle, avec autorisation

Le personnel soignant à l’hôtel trois étoiles de Chelles, où des chambres ont été louées par l’association « Centre de ressources pour mini réseaux de proximité » pour convalescents du Covid-19 particulièrement fragiles du fait d’un handicap ou de maladies chroniques. Avril 2020. Crédits : Sibel Bilal-De la Selle, avec autorisation

 

Cette initiative s’inscrit dans un engagement de longue date. En 2008, Sibel Bilal-de la Selle a créé le métier de coursier sanitaire et social comme « un appui aux généralistes pour la gestion des cas complexes ». Leur objectif : accompagner socialement et administrativement des personnes souffrant de maladies chroniques ou de handicap. Par exemple, son équipe aide les personnes handicapées à obtenir leurs allocations.

Avec le confinement, les patients suivis par son association ont été encore davantage isolés : « 40% n’ont pas de téléphone ou n’ont pas de crédit et ne peuvent pas le recharger à cause du confinement et d’un manque de ressources », estime Sibel Bilal-de la Selle. Alors pour ceux qui ont été infectés par le nouveau coronavirus et dû être hospitalisés, l’hôtel de Chelles est comme un sas « d’empathie et de soutien ».

Propos recueillis par Antoine Bianco