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En Argentine, la révolution porte un foulard vert

UPDATE : Le vote aura été serré. 129 députés se sont prononcés en faveur de la légalisation de l’avortement en Argentine, contre 125. Le projet de loi part maintenant pour le Sénat, réputé pour son conservatisme. L’espoir se lit sur les visages des manifestants, qui ont passé la nuit dans les rues de la capitale.

Cécile Marchand Ménard, sur place, vous raconte l’histoire de ce projet de loi historique.

Des manifestantes crient de joie après avoir appris que le Congrès argentin se prononce en faveur de la légalisation de l'avortement, le 14 juin 2018. © CrossWorlds / Esther Meunier

Des manifestantes crient de joie après avoir appris que le Congrès argentin se prononce en faveur de la légalisation de l’avortement, le 14 juin 2018. © CrossWorlds / Esther Meunier

Manifestante tout sourire après avoir appris que le Congrès argentin se prononce en faveur de la légalisation de l'avortement, le 14 juin 2018. © CrossWorlds / Esther Meunier

Manifestante tout sourire après avoir appris que le Congrès argentin se prononce en faveur de la légalisation de l’avortement, le 14 juin 2018. © CrossWorlds / Esther Meunier

 

 

Le 13 juin 2018 est un jour historique pour l’Argentine. Les députés se prononcent sur la dépénalisation et la légalisation de l’avortement, jusqu’à maintenant puni d’un à quatre ans de prison, et seulement autorisé en cas de viol ou de danger pour la mère.

Alors que l’Église catholique s’y oppose, des foulards verts envahissent la capitale. Accroché aux sacs dans le métro, autour du cou dans les parcs, dans les cheveux ou brandi à la main en manifestation, le Pañuelo verde se pare d’un slogan :

« Éducation sexuelle pour décider, contraception pour ne pas avorter, avortement légal pour ne pas mourir »

 

Un pays précurseur mais ralenti par son Église

D’un point de vu législatif, l’Argentine s’avère être un pays précurseur dans plusieurs domaines. Par exemple, la loi régissant les médias, adoptée en 2009, a bénéficié d’une consultation citoyenne inédite qui a, depuis, inspiré de nombreux pays à travers le monde. L’Argentine est surtout un des premiers pays à avoir légalisé le mariage homosexuel en 2010 et mis en place une loi sur l’identité de genre en 2012. Dans ce contexte, la pénalisation de l’IVG semble contre-intuitive.

Mais c’est sans compter l’influente de l’Eglise catholique argentine. L’IVG reste considérée comme un « délit contre la vie » pour ses militants anti-avortement. Cette influence s’exerce considérablement fort sur l’État conservateur présidé par Mauricio Macri, à droite de l’échiquier politique. De plus, ce vote aurait une portée symbolique d’autant plus forte que l’actuel pape est argentin. Le pape Francisco, souvent décrit comme progressiste, reste opposé à l’avortement, qu’il voit comme « un péché grave parce qu’il met fin à une innocente ». Pourtant, l’accès à l’IVG est un problème de santé publique.

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Plusieurs pancartes fustigent l’Eglise catholique lors du Martes Verde du 29 mai 2018 © CrossWorlds / Cécile Marchand Ménard

450 000 femmes avortent clandestinement

L’IVG clandestine est la seule option pour des milliers de femmes chaque année en Argentine. Néanmoins, tandis que les classes supérieures ont les moyens de financer un avortement dans une clinique privée, les femmes aux ressources moindres se retrouvent prises au piège et meurent fréquemment des suites d’un avortement illégal.

Selon une étude commandée par le Ministère de la santé et réalisée par les chercheuses Edith Pantelides et Silvia Mario en 2005, 450 000 femmes par an ont recours à l’avortement, ce qui en fait la première cause de mort maternelle dans 17 des 24 provinces argentines. Selon une étude publiée en 2014, 300 femmes meurent chaque année après avoir subi un avortement clandestin en Argentine.

Par ailleurs, si l’IVG est autorisée par la loi argentine en cas de viol ou de danger pour la mère, la pratique est toute autre, surtout dans les provinces plus conservatrices du pays. En mai dernier, une fillette de 11 ans, après avoir été violée par son beau-père, n’a pas pu avoir accès à une IVG. Enceinte de 19 semaines dans la Province de Salta, qui limite la possibilité de l’avortement à la douzième, elle s’était plainte de douleurs abdominales. Sous le feu des critiques, le gouverneur a finalement abrogé le décret interdisant l’accès à l’IVG après 12 semaines de grossesse dans la province.

L’émergence difficile d’un débat législatif

C’est en 2005 que la Campagne Nationale Pour le Droit à L’avortement Légal, Sûr et Gratuit a été lancée, à l’occasion de la Journée Internationale pour la Santé des Femmes. Dès lors, son slogan, porté par les foulards verts, est « Educación sexual para decidir, anticonceptivos para no abortar, aborto legal para no morir », qui se traduit par « Éducation sexuelle pour décider, contraception pour ne pas avorter, avortement légal pour ne pas mourir ».

C’est ce même collectif de près de 500 ONG qui a rédigé le projet de loi. Il aura fallu 6 tentatives et 11 ans pour qu’il passe le barrage des débats en commission initiés le 10 avril dernier. 700 intervenantes et intervenants ont alors été invités à s’exprimer les mardis et jeudis sur la légalisation de l’avortement jusqu’à 14 semaines de gestation (à titre d’exemple, c’est 12 semaines en France). Des discussions qui ont duré jusqu’au 31 mai.

« Mardis verts »

S’il est bien un élément qui a permis l’émergence et le soutien de ce projet de loi tout au long des débats, c’est la mobilisation citoyenne. Un mouvement féministe d’une ampleur inédite s’est uni autour de la question de l’avortement, si bien que les sondages d’opinions, dont celui intitulé « La opinión pública y el aborto. Ambito nacional » (L’opinion publique et l’avortement. Cadre national.), annoncent que

Plus de la moitié de la population argentine serait en faveur de sa légalisation.

À l’occasion des Mardis verts (Martes Verdes), des associations, collectifs, personnalités et artistes étaient invité·es à défendre l’accès à l’avortement légal, sûr et gratuit à travers tout le pays. Ces derniers ont été organisés chaque semaine depuis le début des débats au Congrès.

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« Avortement légal maintenant ! » est un des slogans qui accompagnent la défense du projet de loi pour la légalisation de l’IVG en Argentine © CrossWorlds / Cécile Marchand Ménard

 

Le 4 juin dernier, des milliers de manifestants se sont mobilisés pour la troisième édition de la manifestation nationale initiée par le mouvement féministe Ni Una Menos (pas une de moins). A l’origine dédiée à la lutte contre les violences faites aux femmes, le mouvement  a étendu ses revendications et soutient aussi la légalisation de l’IVG.

Cette année, le Pañuelo verde a coloré la place du Congrès comme dernier rappel aux parlementaires avant le vote tant attendu.

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Un slogan lors de la manifestation du 4 juin 2018 en Argentine : « La maternité sera désirée ou ne sera pas » © CrossWorlds / Cécile Marchand Ménard

29 député.e.s pour faire la différence

115 élu.e.s ont annoncé s’opposer à la loi le 13 juin face à 112 en faveur. Les 29 député.e.s restant.e.s feront donc la différence. Puis passage au Sénat, plus conservateur. Si ce projet de loi est voté après avoir fait la navette entre les députés et les sénateurs, l’Argentine deviendra le troisième pays d’Amérique latine après Cuba et l’Uruguay à légaliser totalement l’accès à l’avortement.

Dans le cas contraire, le changement culturel enclenché par une mobilisation féministe inédite aura permis une « dépénalisation sociale de l’avortement », sur laquelle un retour en arrière sera difficile, selon les mots de Marta Alanis, membre de la Campagne Nationale pour le Droit à l’Avortement Légal, sans Risque et Gratuit, relayés dans Le Monde.

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Pour beaucoup, la mobilisation est trop forte et le changement culturel trop profond pour se contenter d’un rejet de la loi le 13 juin © Cécile Marchand Ménard pour CrossWorlds

 

Cécile Marchand Ménard (Argentine, Buenos Aires)

Au Panama, femmes et représentation artistique du canal (4/4)

FEMMES DU CANAL (4/4). La manière dont on parle des femmes dans l’histoire influe sur la perception et les droits actuels de nos contemporaines. Notre correspondante au Panama vous propose un voyage dans le temps : quatre épisodes pour comprendre le rôle, la condition sociale et les combats des femmes lors de la construction du fameux canal de Panama.

Le pinceau, la plume et la parole, autant d’armes pour mettre fin au machisme de la Zone du Canal

Quatre podcasts pour comprendre l'évolution de la place des femmes du canal de Panama lors de sa construction. © CrossWorlds / Judith Couvé

Quatre podcasts pour comprendre l’évolution de la place des femmes du canal de Panama lors de sa construction. © CrossWorlds / Judith Couvé

 

Dans le poème La mujer del patio (à écouter ci-dessous), Shirley Campbell dénonce les abus physiques d’un mari sur sa femme. Ces mots, récités par la poétesse costaricienne, ont été choisis par le Centre culturel espagnol et la branche de l’ONU dédiée aux Femmes à Panama pour protester contre la violence de genre. Interrogées sur l’expression de la subjectivité féminine à travers la poésie, les trois artistes présentes, Shirley Campbell, Corina Rueda et Lucy Chau ont souligné son importance comme outil de communication, et à ce titre de dénonciation et d’éveil des consciences.

Le podcast, dernier épisode :

Ou préférez-vous lire ?

Éveiller les consciences, c’est aussi ce que cherche à faire la nicaraguayenne Virginia Paguaga à travers son projet vidéopoétique, né d’un métissage entre les arts du court-métrage et de l’envolée lyrique. Peu codifiés, ces courts-métrages poétiques laissent libre court à l’imagination de jeunes femmes qui retranscrivent par images leur lyrisme. Tous ont pour point commun de questionner la place des femmes dans la société, leurs rôles, la manière dont elles sont perçues, leurs réflexions ou encore leurs relations à l’altérité. Au micro de Daniel Alarco pour la Estrella de Panamá, la directrice de Videopoética s’exprime sur l’importance de positionner les femmes en première ligne dans le domaine de l’audiovisuel, un domaine encore trop gouverné par les hommes.

L’égalité professionnelle au Panamá

Miguel Trancozo Treviño, en charge de la Communication et de la Promotion des Femmes au siège régional des Nations Unies à Panamá, nous éclaire sur la situation toujours alarmante des femmes dans la zone du Canal.

      – Qu’en est-il de la condition féminine au Panamá? 

Il est certain que les  postes professionnels du Canal de Panamá ont été historiquement réservés aux hommes. Par exemple, le poste de contrôleurs, qui représente le poste le plus haut placé et le mieux rémunéré dans la hiérarchie professionnelle du Canal de Panamá, est occupé par 90 personnes dont seulement une femme. […]

Cela a à voir avec une vision imposée dans nos sociétés latino-américaines, occidentales et hispanophones dans lequel certaines capacités ou conditions académiques ont été distribuées par genre. 

Poétesses et engagement politique

Déjà en 1906, Amelia Denis de Icaza dénonçait l’occupation américaine dans la Zone du Canal, à travers son poème “Al Cerro Ancón”. Plus récemment, la poétesse Eyra Harbar a renforcé le rôle de la poésie comme outil d’engagement politique. Sa vision se résume par la conviction que la poésie est société et que la société elle-même est un argument poétique. Dans sa poésie Confesión du recueil Acopio de piezas, Harbar conte les événements populaires qui ont conduit à la rétrocession du Canal aux mains panaméennes (à écouter ci-dessus). 

Peindre et résister

Même lorsqu’elle n’évoque pas directement les violences faites aux femmes ou leur manque de visibilité, la création artistique permet à des artistes femmes de se démarquer et de s’imposer plus facilement que dans d’autres domaines, encore très fermés au Panamá. C’est le cas d’Olga Sinclair, apparue dans le World Guiness Record après avoir réuni plus de 5000 enfants de 1 à 18 ans pour peindre un tableau de 2000m² devant les bureaux des travaux d’agrandissement du Canal de Panamá. Entre un goût pour la peinture qu’elle apprend via les tableaux de Rembrandt et celui, plus récent de la sculpture, Olga Sinclair cherche à travers les défis qu’elle s’impose et à travers ses œuvres, à casser les codes de la société panaméenne qui reste machiste selon elle.

Judith Couvé

Au Panama, les femmes au devant des mouvements sociaux anti-impérialistes (3/4)


 

Jacinda Ardern, Première ministre de la Nouvelle-Zélande et bientôt mère

Pour la Saint-Valentin, notre équipe de correspondants vous présente des couples à la frontière, qui dépassent les conventions : après les amoureux à la frontière religieuse au Liban, découvrez l’histoire d’un couple de pouvoir qui transcende les normes sociales en Nouvelle-Zélande.

« Je serai Première ministre ET maman, Clarke (…) sera homme au foyer. » Jacinda Ardern, 37 ans et cheffe du gouvernement néo-zélandais, a annoncé sa grossesse il y a près d’un mois sur les réseaux sociaux. « Je ne suis pas la première femme à faire plusieurs choses en même temps, à travailler et avoir un enfant », a-t-elle plus tard précisé à la presse.

Jacinda Ardern, lors d'un meeting à l'Université d'Auckland, en septembre 2017. © CrossWorlds / Ulysse Bellier

Jacinda Ardern, lors d’un meeting à l’Université d’Auckland, en septembre 2017. © CrossWorlds / Ulysse Bellier

 

Jacinda Ardern et son compagnon Clarke Gayford ont appris la nouvelle en octobre dernier, alors qu’avaient lieu les discussions visant à former une coalition gouvernementale. C’est son principal partenaire politique, le Vice-Premier ministre Winston Peters, qui prendra ses fonctions durant les 6 semaines suivant la naissance de l’enfant, prévue en juin.

Tricoter pour le premier bébé

Dans le premier pays du monde à avoir accordé le droit de vote aux femmes (1893), la nouvelle a été saluée presque unanimement par la classe politique. Le leader du parti écologiste, dans la majorité, exprime une fierté nationale :

« Qu’une femme puisse être Première ministre de la Nouvelle-Zélande, et choisir de bâtir une famille alors qu’elle est en fonction, dit beaucoup du type de société que nous incarnons : moderne, progressiste, inclusive et égalitaire », a déclaré James Shaw sur Facebook.

Le principal opposant politique de Jacinda Ardern et ancien Premier ministre de droite, Bill English, lui a aussi souhaité « tout le meilleur ».

De leur côté, de nombreux Néo-zélandais ont accueilli la nouvelle sur les réseaux sociaux en proposant de tricoter pour le bébé de la première ministre travailliste, sous le hastag #KnitforJacinda (#tricotez pour Jacinda).

Devenue tête de liste du parti travailliste à deux mois des élections générales, en août dernier, Jacinda Ardern s’était fait remarquer lors d’un interview au cours duquel le journaliste l’avait questionné concernant la possibilité d’une maternité pendant son mandat.

« Il est totalement inacceptable en 2017 d’estimer que les femmes doivent répondre à cette question », avait rétorqué Jacinda Ardern.

« Le choix du moment pour avoir des enfants appartient aux femmes. Cela ne doit pas déterminer le fait de décrocher ou non un emploi. »

Sa réponse l’avait propulsée sur le devant de la scène et avait fait la Une des titres, exclusivement de manière positive.

Durant la campagne électorale qui a suivi en août et septembre 2017, Jacinda Ardern avait confirmé sa position de candidate jeune et progressiste, jusqu’à la victoire, mettant fin à neuf ans d’exercice du pouvoir par le Parti National, de centre droit.

Elle avait notamment proposé de sortir du droit pénal la législation concernant l’avortement pour l’intégrer dans le droit de la santé – en Nouvelle-Zélande, l’avortement est toujours légalement une infraction, même si dans les faits il reste assez largement accessible.

À l’issue des élections législatives du 23 septembre, la droite est arrivée en tête mais sans majorité absolue, et c’est finalement les trois autres partis présents au parlement (Travaillistes, verts et le parti populiste New Zealand First) qui ont formé une coalition de changement, avec à sa tête Jacinda Ardern.

Une grossesse virale

Si elle n’est pas la première cheffe de gouvernement à mettre au monde un enfant pendant son mandat, la nouvelle a cependant eu un impact international.

Plus de 800 articles de presse ont recensé la nouvelle à travers le monde, et Mme Ardern a reçu des messages de Theresa May, son homologue britannique, ou encore du Premier ministre australien Malcolm Turnbull.

Cependant, cette célérité semble se limiter aux réactions diplomatiques – le chemin est long avant que, à travers le monde, les femmes politiques disposent d’une telle liberté. Malgré de telles avancées, aujourd’hui moins d’une vingtaine de pays sont dirigés par des femmes.

Ulysse Bellier

Mariage mixte au Liban : combattre « le sectarisme » au quotidien

 

#MenAreTrash : les Sud-Africaines s’élèvent contre les violences genrées

Depuis quelques jours, le hashtag #MenAreTrash (les hommes sont des ordures) agite les réseaux sociaux sud-africains. Notre correspondante vous explique pourquoi.

Ce hashtag, populaire au sein de la communauté féministe connectée dans le pays, a pris une ampleur massive à la suite du meurtre de Karabo Mokoena, une Sud-Africaine de 22 ans, par son petit ami. Portée disparue le 28 avril 2017, elle a été retrouvée morte brûlée, comme l’a annoncé son père sur Facebook. La médiatisation sur les réseaux sociaux de cet événement morbide a amorcé une vague de colère quant aux violences que subissent les femmes en Afrique du Sud.

Dans un pays où une femme meurt sous les coups de son conjoint toutes les huit minutes (selon le South African Medical Research Council en 2009), l’événement est loin d’être anecdotique pour les Sud-Africaines. La même semaine, une étudiante de l’Université du Western Cape a été violée sur le campus, rejoignant la longue liste de victimes d’abus sexuels (53 617 cas de viols recensés par la police en 2014-2015, bien plus en réalité car toutes les femmes ne portent pas plainte). Pour Candice Chirwa, étudiante en relations internationales à l’université du Witswaterand, la situation est effrayante :

« Les femmes ne sont en sécurité nulle part : ni à l’école, ni dans la rue, ni même chez elles. Je pense que la mort de Karabo Mokoena a permis de réaliser cela. »

Sous le hashtag #MenAreTrash, des femmes ont partagé des histoires personnelles, des photos de femmes battues et des récits glaçants sur les abus dont elles ont été les victimes. Quelques Sud-Africains l’ont aussi relayé.

« Voici des tweets à dérouler sur comment j’ai survécu à la mort. #MenAreTrash.
Photo 1, le matin d’après.
Photo 2, le matin d’avant. »

#NotInMyName

D’autres hommes ont préféré réagir en créant leur propre hashtag, #Notinmyname (pas en mon nom), reconnaissant l’oppression et la gravité du problème. Une marche est même organisée le 20 mai à Johannesburg avec pour nom « Men March Against Women Abuse » (Les hommes marchent contre les abus faits aux femmes).

Marche prévue le 20 mai pour les hommes qui s'élèvent contre les violences faites aux femmes en Afrique du Sud.

Marche prévue le 20 mai pour les hommes qui s’opposent aux violences faites aux femmes en Afrique du Sud.

 

Certaines Sud-Africaines n’approuvent pas cette démarche qui implique, qu’encore une fois, les hommes doivent secourir les femmes. Toutefois, l’initiative reste saluée : elle montre qu’il est possible d’être un homme conscient du privilège d’être né homme.

#NotAllMen

Mais beaucoup d’hommes y voient une tendance « anti-homme » et en réponse, les hashtags #NotAllMen (pas tous les hommes) et #WomenAreTrash (les femmes sont des ordures) ont fleuri, une façon de dire pour beaucoup : « Moi je ne suis pas comme ça, ne nous accusez pas tous. » 

https://twitter.com/TheExoticDj/status/862682814482968576

« Dites que #CetHommeEstUneOrdure pas que #LesHommesSontDesOrdures. Vous commencez à nous ennuyer. »

Cela a pour conséquence de révolter encore davantage de nombreuses Sud-Africaines :

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« Ca traite les femmes de #bitches et de #salopes dans tous les hits mais le hashtag #MenAreTrash vous offusque tous. »

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« Pourquoi est-ce que #MenAreTrash vous met davantage en colère que la mort de nombreuses femmes ? »

Les arguments du type #NotAllMen sont difficilement recevables pour les Sud-Africaines puisqu’elles y voient l’outil pour dénoncer « une oppression systémique et globale ». Pour Mbalenhle Moloi, étudiante en histoire : « l’idée n’est pas de dire que chaque homme, individuellement, est une ordure mais bien de dénoncer un système ».

Dans un pays où l’apartheid a été aboli en 1994, certaines femmes ont répondu à ces hommes indignés qu’elles agissent avec la même logique que lorsque les Sud-Africains se battent contre un système de suprématie blanche : il ne s’agit pas d’accuser chaque personne blanche, mais de dénoncer l’oppression systémique qui réside dans le racisme et dans ce qui est aujourd’hui nommé le « white prilevege » (le privilège blanc). De même avec #MenAreTrash : il ne s’agit pas d’accuser chaque homme, mais de dénoncer l’oppression systémique qu’est le système patriarcal.

C’est d’ailleurs ce qu’un internaute tentait d’expliquer à travers ce post relayé par la suite par des femmes sur Twitter :

« Laissez moi expliquez « Men are trash » avec l’exemple des serpents de façon à ce que tout le monde puisse comprendre (et aussi parce que nous sommes des serpents). On sait que tous que les serpents sont dangereux, même si certains ne représentent pas un danger mortel. Cependant on n’entend jamais personne dire « certains serpents sont dangereux, d’autres ne le sont pas », ils disent juste « les serpents sont dangereux » parce qu’il est difficile pour une personne lambda de dire quels serpents sont dangereux et lesquels ne le sont pas, donc on demande aux gens de faire attention aux serpents en général. Donc même si on vous présente un serpent en vous disant qu’il n’est pas dangereux du tout, vous ne serez pas forcément à l’aise avec et vous allez prendre beaucoup de précautions parce que vous savez ce dont les serpents sont capables. C’est ce que les femmes ressentent à propos des hommes, et pourtant vous êtes toujours là à vous plaindre parce qu’elles n’ont pas spécifié que vous étiez un mec bien (vous PENSEZ que vous l’êtes). »

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« Tous les hommes ne sont pas des violeurs, mais tous les hommes bénéficient ou participent au système patriarcal », explique encore Mbalenhle Moloi. « C’est souvent de façon inconsciente. Dommage qu’ils aient autant de mal à l’admettre et à lutter contre. »Finalement, ce que beaucoup espèrent aujourd’hui, c’est que la lutte s’étende au delà des réseaux sociaux.

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« Un statut facebook ne changera rien aux violences contre les femmes. Nous devons faire plus », affirme Mbalenhle Moloi. Cette dernière a déjà entamé la démarche : elle veut créer un groupe de self-defense pour les étudiantes de l’université de Wits à Johannesburg.

Coline Pélissier


>> La situation des femmes en Afrique du Sud vous intéresse ? Retrouvez nos autres articles sur le sujet :

 

En Israël, les Bédouins luttent pour leur reconnaissance

En Israël, notre correspondante a travaillé pour la campagne d’Amnesty International pour la défense des droits de la communauté bédouine. Elle illustre ce billet d’opinion d’un reportage photos réalisé au moment de sa mission sur place, au sud du pays.

Sous la tente, deux tables basses, trois matelas et quelques chaises. Sur le côté, grand format et mis en évidence, le titre de propriété du village datant de l’Empire Ottoman. Je suis à Al Araqib, village « non-reconnu » détruit plus de 100 fois par les autorités israéliennes depuis juillet 2010. Activiste et représentant du village, Aziz al-Touri témoigne :

« Le gouvernement nous laisse dans l’espoir d’un jour reconnaître nos terres, nos villages. Et nous vivons avec cet espoir : celui d’être un jour reconnus ».

Sur les routes du Néguev/Naqab, difficile d’ignorer les villages bédouins aux allures de bidonvilles. Pourtant, ces villages faits de bric et de broc n’apparaissent pas sur les cartes officielles. 11 villages seulement ont été reconnus par le gouvernement, tandis que 35 restent non-autorisés et susceptibles d’être démolis par les autorités israéliennes.

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Dromadaire. Bir-Hadaj, Israël, Novembre 2016 © CrossWorlds / Camille Lévy

 

Région désertique du sud d’Israël, le Néguev couvre 66% des terres du pays pour 10% de sa population. À la veille de la création de l’Etat d’Israël, entre 65 000 et 100 000 Bédouins vivaient sur ces terres. Après la guerre de 1948, seuls 11 000 restaient, la plupart d’entre eux ayant fui ou été expulsés vers la Transjordanie, l’Egypte ou Gaza. Aujourd’hui, du fait d’une forte croissance démographique de la communauté bédouine, le Néguev compte près de 230 000 Bédouins. Plus de la moitié vivent en milieu urbain, dans sept villes planifiées et créées par le gouvernement à partir de 1969.

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Résidente de Bir Hadaj, village bédouin reconnu, au lendemain de démolitions de maisons par les autorités israéliennes. Bir-Hadaj, Israël, Novembre 2016 © CrossWorlds / Camille Lévy

Le 18 janvier dernier, un résident du village bédouin d’Umm al-Hiran et un policier israélien mouraient dans des circonstances incertaines lors d’affrontements suscités par la mise en œuvre d’ordres de démolition du village. Au-delà de la communauté bédouine, ces morts ont provoqué l’émoi au sein de la population israélienne qui s’est largement mobilisée dans les rues de Tel Aviv pour protester contre le racisme. Ainsi, le 4 février 2017, juifs et Arabes défilaient dans les rues pour dénoncer les démolitions de maisons arabes et témoigner son soutien à la communauté bédouine du pays.

De retour sous les projecteurs, la question de la condition bédouine en Israël mérite davantage d’explications. Citoyens d’Israël, les Bédouins du Néguev constituent une minorité au sein de la minorité arabe palestinienne du pays. Ils font l’objet, selon Amnesty International et d’autres organisations, d’une politique discriminatoire claire de la part du gouvernement, en particulier en termes de droit au logement.

 

Politique discriminatoire et plans d’urbanisation forcée

Considérée par le droit international comme « groupe » ou « peuple autochtone », la communauté bédouine du Néguev devrait, en théorie, bénéficier de droits particuliers. Entre autres, l’ONU  et sa Déclaration sur les Droits des Peuples Autochtones (2007) entend garantir la pleine participation des peuples autochtones aux prises de décisions concernant « leur mode de vie, leurs terres et territoires traditionnels, leur intégrité culturelle ou tout autre aspect de leur vie. »  Pourtant, la communauté bédouine et en particulier les représentants des villages non-reconnus sont exclus des prises de décisions qui les concernent.

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Dromadaire, Bir-Hadaj, Israël, Novembre 2016. © CrossWorlds / Camille Lévy

 

Depuis la création de l’Etat d’Israël, les gouvernements successifs ont élaboré divers plans d’urbanisation forcée des populations bédouines du Néguev, faisant fi de la volonté d’une grande partie de la communauté de conserver un mode de vie traditionnel rural. Il s’agit officiellement de « moderniser » la communauté bédouine – officieusement de mieux la contrôler, selon un processus propre à tout Etat centralisé moderne.

Jusqu’en 1966, le gouvernement israélien regroupe et déplace les populations bédouines dans une zone sous administration militaire connue sous le nom de « Al-Siyaj ». En 1965, la « Loi sur la Planification et la Construction » déclare « agricoles » la plupart des terres de cette région, rendant illégale toute construction – passée ou future – entreprise par les résidents bédouins. Originellement nomade, la population bédouine s’est progressivement sédentarisée à partir du 19e siècle.  Sous l’Empire ottoman puis sous mandant mandat britannique,  la distribution tribale des terres du Néguev/Naqab est progressivement enregistrée dans des registres cadastraux qui seront ignorés par l’Etat d’Israël.

Alors que l’Etat autorisait dans les années 1970 les citoyens bédouins à revendiquer leurs droits et titres de propriété sur leurs terres ancestrales, le processus est gelé au cours des décennies suivantes. En effet, les terres occupées par les Bédouins sont désormais considérées comme terres étatiques par la justice israélienne.

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Décombres au lendemain de démolitions de maisons ordonnées par le gouvernement israélien dans le village reconnu de Bir Hadaj. En 2016, l’association Dukium comptait davantage de démolitions de maisons dans les villages reconnus que dans les villages non-reconnus. Bir-Hadaj, Israël, Novembre 2016. © CrossWorlds / Camille Lévy

En 2005, le Plan National Stratégique pour le Développement du Néguev donne le ton pour la décennie à venir : les terres occupées illégalement, selon la loi, par les Bédouins peuvent et doivent être utilisées de manière productive par l’Etat.

En 2011, et malgré les recommandations de la Commission Goldberg – nommée en 2008 par le gouvernement – de « reconnaître autant que possible chacun des villages non-reconnus », le Plan Prawer-Begin entend déplacer 30 000 citoyens bédouins de villages non-reconnus vers des villes planifiées par l’Etat. Approuvé par le gouvernement en 2011 et voté en première lecture à la Knesset en 2013, le projet de loi est abandonné suite à de nombreuses manifestations contre son implantation. Alors que des militants de droite et d’extrême droite protestent contre ce qu’ils considèrent comme un cadeau trop généreux fait à la communauté bédouine par l’Etat, une large partie de la gauche manifeste contre ce qu’elle perçoit comme un plan d’urbanisation forcée profondément discriminatoire.

Placée sous l’autorité du Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural, la communauté bédouine est au cœur des préoccupations de l’actuel ministre Uri Ariel, issu du parti d’extrême droite Foyer Juif. Précisément, celui-ci projette de relancer sous une forme nouvelle le Plan Prawer Begin afin de déplacer la communauté bédouine en zone urbaine. Cette fois encore, aucun représentant de la communauté bédouine n’a été invité à rejoindre le comité en charge du projet de loi.

 

Les villages non-reconnus : démolitions et expulsions forcées

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Décombres au lendemain de démolitions de maisons ordonnées par le gouvernement israélien dans le village reconnu de Bir Hadaj. Bir-Hadaj, Israël, Novembre 2016. © CrossWorlds / Camille Lévy

 

Aujourd’hui, des dizaines de milliers de citoyens bédouins vivent dans des villages non-reconnus par le gouvernement. Certains sont le résultat de constructions spontanées et illégales de la part de citoyens bédouins au cours des dernières décennies. D’autres cependant précédaient l’existence-même de l’Etat d’Israël ou sont le fruit de déplacements forcés conduits au cours de la guerre de 1948. Pourtant, le gouvernement israélien refuse indistinctement de reconnaître les droits des populations bédouines sur ces terres.

L’argument avancé par l’Etat est simple : la communauté bédouine serait une communauté nomade qui n’aurait, par conséquent, aucun droit sur les terres d’Israël. Pourtant, le processus de sédentarisation des bédouins du Néguev précède largement la création de l’Etat d’Israël en 1948.

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Résidente de Bir Hadaj, village bédouin reconnu, au lendemain de démolitions de maisons par les autorités israéliennes. Bir-Hadaj, Israël, Novembre 2016. © CrossWorlds / Camille Lévy

 

Dans ces villages, l’Etat manque à son devoir et ne fournit pas les services de base tels que l’accès à l’eau, l’électricité ou la construction de routes. La plupart des villages n’ont d’ailleurs ni école, ni cabinet médical, ni système d’évacuation des eaux usées.

Reconnus ou non, les villages bédouins font régulièrement l’objet de démolitions et d’expulsions forcées. Saturées, les villes bédouines planifiées et créées par l’Etat depuis 1969 sont les plus pauvres du pays et manquent cruellement d’infrastructures.

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Un enfant dans le village de Bir-Hadaj, Israël, Novembre 2016. © CrossWorlds / Camille Lévy

L’un des membres du Conseil Régional des Villages Non-Reconnus, habitant de Wadi al-Na’am, m’expliquait :

« Nous souhaitons nous moderniser, bien sûr. Mais pas comme ça, pas si brutalement. Mais avant tout, nous devons prendre part aux décisions qui nous concernent et l’Etat doit reconnaître nos droits sur ces terres. »

Il ajoute : « Cela prend du temps. Et puis nous avons nos traditions ».

Condition féminine : la ville libératrice ?

Parmi ces traditions, la claustration des femmes – remarquablement exposée par Germaine Tillion dans Le Harem et les Cousins publié en 1966 au sujet de certaines tribus du Maghreb. La condition des femmes au sein de la communauté bédouine du Néguev est déplorable. Précisément, l’une des raisons pour lesquelles les Bédouins refusent de s’installer en ville est la promiscuité imposée par le milieu urbain. Dans ce système patriarcal, polygame et endogame, une femme appartient à son mari et ne saurait être vue par des hommes extérieurs à la famille.

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Deux des 14 enfants du chef du village. Bir-Hadaj, Israël, Novembre 2016. © CrossWorlds / Camille Lévy

 

Du fait même de cette promiscuité, la ville semble dans une certaine mesure être un élément libérateur pour ces femmes prisonnières d’un système de  mœurs extrêmement sexiste. Force est de constater que la très large majorité des organisations féministes bédouines sont le fruit du travail de femmes installées dans les villes et confrontées à un mode de vie différent de celui des villages.

Mais la tentative étatique de passage forcé vers la « modernité » par un gouvernement parfaitement extérieur au groupe et ignorant de son mode de vie constitue une violence aux yeux de cette population autochtone, entraînant résistances psychologiques et sociales dans les villages.

Pris au piège d’une forme de mission civilisatrice menée par le gouvernement, les Bédouins du Néguev vivent dans des conditions extrêmement difficiles. Les agissements du gouvernement constituent de graves violations des droits humains contre lesquelles de nombreux citoyens israéliens se battent chaque jour. Nombre d’organisations locales travaillent d’arrache-pied pour défendre la cause des Bédouins du Néguev. Parmi elles, Adalah, Dukium (the Negev Coexistence Forum for Civil Equality) et A New Dawn in the Negev fournissent un travail formidable. Observations de terrain, recueil de témoignages et rédaction de rapports, ils œuvrent aussi à la compréhension de l’autre pour la construction d’un rapport de confiance intercommunautaire à travers l’art et l’éducation.

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Enfant du village bédouin de Bir Hadaj. M’invitant à boire le thé, sa mère s’excusait de me recevoir dans de telles conditions. Quelques jours plus tôt, sa maison était démolie par les autorités israéliennes. Bir-Hadaj, Israël, Novembre 2016. © CrossWorlds / Camille Lévy

Ces photos ont été prises en novembre 2016 dans le village bédouin de Bir-Hadaj (6000 habitants) où des démolitions de maisons venaient d’avoir lieu. Pourtant reconnu par le gouvernement en 1999, le village ne dispose toujours pas d’accès à l’eau courante et à l’électricité. 

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Pour aller plus loin :

Carte interactive des villages bédouins par Dukium – Negev Coexistence Forum

Arik Rudnitzky, Dr. Thabet Abu Ras. The Bedouin Population in the Negev. The Abraham Fund Initiatives, March 2012

Amnesty International Israel – Campagne pour la défense du droit au logement de la communauté bédouine[/box]

Camille Lévy

La banalité silencieuse des violences faites aux femmes en Afrique du Sud

« Mais quand des hommes vous complimentent innocemment, vous parlez de harcèlement. Vous risquez de ne pas trouver l’homme idéal pour vous marier ! »

C’est ainsi que le Président sud-africain Jacob Zuma s’est adressé à un groupe de femmes journalistes, il y a deux semaines. Il faut dire que le Président fait pâle figure en termes de défense des droits des femmes… Polygame, accusé de viol, même si la Cour de Justice a depuis déclaré que le rapport avec la jeune femme qui l’accusait était «consenti», tout cela ne l’empêchait pas de clamer la nécessité de « faire face à ce problème et d’éradiquer la culture de la violence dans notre pays » lors du lancement des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes en novembre dernier.

Assemblée de femmes dans la province de KwaZulu-Natal. Crédits photo : Flickr/ Steve Evans

Assemblée de femmes dans la province de KwaZulu-Natal. Crédits photo : Flickr/ CC/Steve Evans

Noir tableau de statistiques

Si le comportement du Président en a outré plus d’un.e, c’est aussi parce qu’il dirige un pays dans lequel le taux de violences faites aux femmes atteint des niveaux records. Les agressions sexuelles sont monnaie courante : 53 617 cas de viols ont ainsi été recensés par la police en 2014-2015, sachant que seule une faible proportion des femmes porte plainte. Si l’on peine à évaluer précisément le nombre réel de viols à l’échelle du pays, dans la province de Johannesburg et de Prétoria, la dernière étude en date a estimé que seulement 4% des viols faisaient l’objet d’un dépôt de plainte.

Toutes les huit heures, une femme meurt sous les coups de son (ex-)conjoint en Afrique du Sud.

En 2009, c’est une femme qui meurt sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint toutes les 8 heures, selon le South African Medical Research Council. Des cas emblématiques ont fait la une des journaux en Afrique du Sud mais aussi dans le monde, comme l’assassinat de Reeva Steekamps, la compagne d’Oscar Pistorius, abattue de trois balles tirées à travers la porte des toilettes de leur maison. Ce dernier, condamné pour meurtre, attend la sentence qui devrait être prononcée en avril. Ce cas hyper médiatisé, ou encore celui d’un animateur radio sud-africain récemment condamné à 20 ans de prison pour le meurtre de sa compagne, a attiré l’attention du public sur la question.

Des violences banalisées

Pourtant, malgré les efforts fournis par les associations pour sensibiliser à la lutte contre les violences faites aux femmes, ces violations de leurs droits et de leur dignité semblent être d’une effrayante banalité dans la société sud-africaine. Ainsi, outre les déclarations de Zuma qui prouvent à quel point ces atteintes sont déconsidérées en Afrique du Sud, une étude du Institute for Security Studies menée localement dans la province de Cape Town sur un échantillon de 1378 hommes indique que 42,3% d’entre eux admettent avoir déjà fait preuve de violence à l’égard d’une partenaire au cours des 10 dernières années.

Sous silence

Et le calvaire des victimes continue malheureusement après les agressions. L’association Rape Crisis Cape Town Trust rappelle ainsi qu’il n’est pas évident pour les femmes de parler des violences qu’elles subissent « par peur des représailles de leur agresseur« , « à cause de la stigmatisation dont les victimes font l’objet« , et « de la proximité voire du lien familial qui existe souvent entre la victime et l’agresseur« .

Les services d’aide aux victimes restent aussi encore difficiles d’accès pour les femmes sud-africaines. Le gouvernement dispose d’un numéro d’aide et beaucoup d’associations proposent des services similaires ou des permanences où les femmes peuvent s’informer et chercher de l’assistance. Mais nombre d’entre elles, et en particulier les plus pauvres – qui sont aussi les premières victimes – ne le savent pas.

Vers une meilleure prise en charge ?

L’Afrique du Sud dispose pourtant d’un riche réseau d’associations féministes œuvrant pour les droits des femmes, ainsi que d’ambassadrices de renom telles que Phumzile Mlambo Ngcuka, sous-secrétaire générale de l’ONU au Droit des Femmes et Directrice Exécutive d’ONU Femmes. Le prochain objectif fixé par cette dernière est de provoquer une prise de conscience chez les hommes afin qu’eux aussi se mobilisent pour l’égalité entre les hommes et les femmes.

Esther Meunier