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Au Panama, les femmes au devant des mouvements sociaux anti-impérialistes (3/4)

FEMMES DU CANAL (3/4). La manière dont on parle des femmes dans l’histoire influe sur la perception et les droits actuels de nos contemporaines. Notre correspondante au Panama vous propose un voyage dans le temps : quatre épisodes pour comprendre le rôle, la condition sociale et les combats des femmes lors de la construction du fameux canal de Panama.

Être femme avant tout, être panaméen.ne d’abord

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Quatre podcasts pour comprendre l’évolution de la place des femmes du canal de Panama lors de sa construction. © CrossWorlds / Judith Couvé

En Europe, la fin de la Première Guerre Mondiale fut un moment historique de mobilisations pour l’émancipation des femmes. L’Allemagne, l’Autriche, la Pologne et la Russie accordèrent en 1918 le droit de vote aux femmes en “remerciement” de leurs services durant la guerre. L’achèvement de la construction du Canal de Panamá arriva en phase avec ce nouvel élan intellectuel, anarchiste et progressiste, favorisant les débats sur la situation de la femme.   

Le podcast, troisième épisode :

Ou préférez-vous lire ?

En 1920, les droits de femmes demeuraient tout de même limités au Panama. Un recensement montre que plus de 80% des femmes de l’époque étaient femmes au foyer et en 1923, l’Assemblée nationale du Panama vota une loi retirant aux femmes le droit d’être avocate.

Avocate pour le progrès

C’est justement une avocate tout juste diplômée, Clara Gónzalez, qui, indignée, créa “La société pour le progrès de la Femme panaméenne”.

Ces femmes s’inspirèrent du mouvement d’émancipation qui grandissait aux États-Unis et se rapprochèrent peu à peu des Américaines présentes dans la Zone du Canal. Rapprochement jugé antipatriotique par le dirigeant Arosemena, élu en 1936, mais qui n’empêcha pas le suffrage féminin d’être approuvé en 1938, et de devenir l’article 97 de la Constitution de 1946. La lutte pour l’émancipation des femmes passait donc avant tout intérêt territorial…. Mais pour un temps seulement.

Drapeau panaméen en l’air

De jeunes universitaires initièrent le mouvement de protestation contre la présence états-unienne dans la Zone du Canal : le 2 mai 1958, ils hissèrent, pour la première fois, le drapeau panaméen dans la Zone du Canal. Cet événement hautement symbolique est connu sous le nom d’Opération Souveraineté.

À partir de ce moment, la volonté de voir le drapeau panaméen flottant sur le territoire de la Zone devint un véritable symbole d’insurrection anti-impérialiste si bien qu’une deuxième opération fut lancée le 3 novembre 1959, mais très durement réprimée par balles et baïonnettes par la milice américaine.

Les « Zoneítas » 

En 1964, l’implantation du drapeau panaméen fut au cœur de vives tensions entre les Panaméens et, habitants la Zone du Canal, les Zoneítas. Le gouvernement panaméen avait en effet ordonné le lever de son drapeau dans 17 lieux publics de la Zone du Canal. Mais le 9 janvier 1964, les étudiants de la Zone du Canal, majoritairement américains, refusèrent que soit hissé le drapeau de Panamá dans leur Collège Supérieur Balboa.

Les étudiants panaméens de l’Institut National de Panamá se ruèrent sur place pour veiller à la bonne implémentation de la loi et au lever du drapeau. En peu de temps, une confrontation émergea, avant d’être dissoute par les gaz et armes d’assaut de la police de la Zone. Cet événement, photographié et partagé par la presse internationale, changera l’image de la relation américano-panaméenne aux yeux de la communauté internationale.

Nombreuses femmes prirent part à cette confrontation, dont Amalia Tapia, artiste peintre qui dédia sa vie artistique à la réalisation d’œuvres sur le Canal de Panamá. A découvrir dans notre quatrième épisode.

Judith Couvé

Panama : les Femmes du Canal, premier épisode

Au Panama, des Femmes du Canal « d’or » et « d’argent » (2/4)

 

Beyrouth : refuge pour la communauté LGBT du Moyen-Orient ?

En février dernier, un membre de la Sécurité d’Etat libanaise est arrêté. Son crime ? Être homosexuel. En 2017, le Liban accueille pourtant la première Gay Pride du monde arabe. Figures de proue d’un Liban tiraillé entre valeurs familiales et jeunes générations avides de changement, notre correspondante a rencontré ceux et celles qui luttent au quotidien pour affirmer leur identité.

Beyrouth, capitale du Liban, est perçue comme l'un des villes les plus accueillantes des pays arabes avoisinants pour les personnes gays malgré un cadre législatif flou. Cette photo est un montage de notre correspondante. © CrossWorlds / Anaïs Richard

Beyrouth, capitale du Liban, est perçue comme l’un des villes les plus accueillantes des pays arabes avoisinants pour les personnes gays malgré un cadre législatif flou. Cette photo est un montage de notre correspondante. © CrossWorlds / Anaïs Richard

 

« Tout acte sexuel contre-nature est illégal », dispose l’article 534 du Code pénal libanaisAucune mention à l’homosexualité n’est faite dans ce texte de loi, datant du mandat français (1920-1943). Il devient dès lors un outil manipulable à souhait.  

L’homosexualité est-elle « un acte sexuel contre-nature », impliquant donc une sanction pénale ? Sandra Melhem, manager d’Ego, club gay réputé de Beyrouth et militante LGBT+ (Lesbiennes, Gays, Bisexuel.le.s, trans) engagée dans « tout ce qui touche la communauté » explique que « cela dépend de l’interprétation que l’on fait de la loi, et donc des juges eux-mêmes ».

Bien que ces dernières années, certains juges ont considéré dans leurs jugements que l’homosexualité ne tombait pas dans le champ de l’article 534, la situation est à nuancer.

« La police utilise souvent d’autres charges pour l’arrestation des gays, la drogue ou la prostitution par exemple, puis y ajoute celle de l’homosexualité », explique Sandra.

Dans les secteurs militaires et dépendants du gouvernement, les arrestations sont en outre beaucoup plus arbitraires. « Tout y est plus flou, » d’après Kevork, 21 ans et assistant personnel de Sandra, lui aussi fortement impliqué dans la communauté. Des médias locaux ont ainsi récemment fait part de soupçons de campagne de recherche et dénonciation des gays dans les forces armées et d’intelligence du pays. Récemment, une source travaillant à la Sécurité d’Etat, interrogée par le Daily Star, n’hésitait pas à parler de l’homosexualité comme d’un « crime » ou d’une « maladie mentale » pour justifier ces arrestations.

« Coming out », valeurs familiales et ostracisation

La société libanaise se fonde sur les valeurs familiales et religieuses. « Nous ne sommes pas une société très individualiste », constate la jeune manager d’Ego, « les valeurs familiales sont au coeur de la vie en société. Que va-penser la famille… Que vont penser les voisins… »

Les questions sexuelles sont encore taboues, pour les couples hétérosexuels comme pour les couples de même sexe. Faire son coming-out devient dès lors une tâche ardue. Sandra a eu la chance d’avoir été « bien acceptée ». Pas son jeune assistant Kevork, Libano-arménien, « Quand tu as cette culture, cette identité arménienne, ton entourage est très dur sur ce sujet . Ils ont eu beaucoup de difficultés à m’accepter et à me ré-adresser la parole », confie-t-il. Selon lui, cela a contribué à forger son fort caractère,

« Au Liban, si tu n’imposes pas qui tu es, tu ne peux pas continuer ta vie. »

Mahmoud, étudiant en médecine de 19 ans, n’ose quant à lui pas le dire à sa famille. Quand on lui demande s’il souhaite le faire un jour, il réfléchit un instant. Quitter le pays lui semble la meilleure option. « Peut-être quand je m’installerai à l’étranger, en Europe ou en Amérique du Nord, où ma famille ne pourra pas me juger au quotidien. Mon père, musulman, est très religieux et réagira mal. » Selon lui, les gays chrétiens ont les mêmes peurs. La réaction face à la nouvelle dépendrait moins des différences religieuses que du fait même d’être religieux.

Beyrouth, moins religieuse que les plus petites villes composant la mosaïque libanaise, est plus tolérante que le reste du Liban. Les discriminations auxquelles doivent faire face les personnes LGBT+ y sont moins fortes que dans les zones plus rurales.

Discriminations au quotidien

Mahmoud, médecin en herbe, explique que « la violence est verbale plus que physique ». Une insulte, un regard haineux, cela ne va souvent pas plus loin. Du moins tant que l’on n’appartient pas à l’armée. Le jeune étudiant continue, hésitant, « Un de mes amis, gay lui aussi, était dans l’armée, ils ont commencé à le suspecter, ont trouvé Grindr (ndlr: application de rencontre entre hommes) dans son téléphone. Il a été tabassé et poursuivi en justice. Il s’en est sorti, mais est resté 6 mois en prison. »

Les discriminations sont également présentes lors d’une recherche d’emploi, en particulier pour les personnes trans*(transgenres et transexuels), comme l’explique Ameen Rhayem, de l’Arab Foundation For Freedoms and Equality. Le problème auquel les individus trans*  font face est que leur apparence physique ne correspond pas toujours au sexe inscrit sur leurs papiers d’identité. « Pour changer tes papiers, tu dois connaître les bonnes personnes… » ajoute énigmatiquement Sandra Melhem, faisant référence à la corruption, très répandue  au Liban.

Des initiatives ont été mises en place pour offrir aux personnes de la communauté LGBT+ des espaces sécurisants et de dialogue. Helem, association n’en ayant pas le statut légal, est pionnière en la matière.

Structures d’aide et activisme

Helem débute en 1998, en tant que mouvement LGBT+ clandestin en ligne. Les membres organisent peu à peu des rencontres physiques. En 2002, ils décident de s’atteler à l’activisme et de commencer à combattre pour leurs droits, luttant principalement pour l’abolition de l’article 534, m’explique Joseph Aoun, en charge du centre communautaire.

Non reconnus par le Ministère de l’intérieur malgré leurs demandes, mais pas non plus interdits, ils n’ont pas d’identité légale et donc pas de possibilité d’ouvrir un compte en banque ou d’obtenir des fonds dédiés, regrette Joseph. Ils peuvent néanmoins exercer leurs activités.

L’association a développé divers programmes, allant de la prévention sur le VIH à l’aide juridique, en passant par la formation professionnelle. Elle a également un important volet de promotion des droits LGBT+, « Je ne pense plus que ce soit un tabou aujourd’hui, nous avons réussi à attirer l’attention des médias », se félicite Joseph.

La tolérance grandissante de la société civile quant aux LGBT+ n’est néanmoins pas sans conséquences. « Au niveau de la police ou de l’armée, on note un retour de feu important dû aux figures religieuses, qui poussent pour une criminalisation accrue », affirme Joseph.

Pour continuer sur la bonne voie, il est indispensable selon lui de « sensibiliser le public, en ayant plus de personnes faisant leur coming-out et réclamant leurs droits par exemple », mais également d’user de lobbying intense auprès des pouvoirs publics.

Il souligne également la nécessité de créer des coalitions avec d’autres mouvements de défense des droits.

A l’occasion de la Journée internationale des droits de la femme, souhaitant apporter sa pierre à l’édifice de ce combat, Helem a créé son Women’s committee. Celui-ci vise à soutenir les femmes mais plus spécifiquement les femmes LBT (Lesbiennes, bisexuelles, trans), en créant plus d’espaces d’aide et discussion réservés aux femmes au sein du centre.

« Nous avons la conviction que les droits LGBT+ sont indissociables, tout d’abord des droits de l’Homme, mais surtout des droits des femmes. Nous croyons en l’intersectionnalité de ce combat, du fait que nous sommes, les LGBT et les femmes, les deux minorités principales victimes du patriarcat », explique Joseph.

L’activisme s’associe bien à la vie nocturne libanaise. Plusieurs bars et clubs gays ont ainsi fait surface au fil des années, même si les rencontres peuvent se faire “absolument partout” d’après Sandra. « Depuis quatre ou cinq ans, c’est beaucoup moins restreint ! » s’enthousiasme-t-elle.

S’aimer la nuit

Sandra a ainsi ouvert son propre Club, Ego, il y a deux ans. En jetant un oeil à la page Facebook du club, impossible cependant d’y trouver la mention “gay”. Sandra nous explique.

« On ne le promeut pas ouvertement comme un club gay, il y a toujours une notion d’illégalité vis-à-vis de l’homosexualité dans le pays. Mais le bouche à oreille le transforme indéniablement en un club gay. »

Ainsi, dans un souci de protection des clients, les photos et baisers sont interdits une fois la porte de l’ascenseur menant au club franchie. Les rapprochements physiques éventuels devront se faire dans le cadre privé. « Le meilleur aspect de ce club, c’est que les gens ne sont pas là seulement pour forniquer, ils sont là pour la musique avant tout ! » défend Sandra. Comme Joseph, manager du centre communautaire Helem, elle souhaite briser cette image du gay « débauché » parfois véhiculée par les médias.

Les rencontres peuvent également se faire au gré de conversations en ligne. Mahmoud, le jeune étudiant n’ayant toujours pas fait part à sa famille de son homosexualité, rencontre ses « dates » au travail, mais aussi beaucoup à travers les applications mobiles, telles que Grindr ou Tinder. Il passe ainsi des heures à glisser frénétiquement sur les profils des nombreux hommes inscrits sur l’application et vivant à Beyrouth.

Comme dans les clubs, la prudence est toujours de mise. Mahmoud ne montre jamais son visage sur ses photos de profil, privilégiant des photos prises de loin. « J’attends de parler pendant un certain temps avec un garçon avant de lui envoyer mon visage, par précaution », confie-t-il.

Un pays en avance sur le reste de la région

Beyrouth, malgré un cadre légal flou en la matière, laisse une place grandissante à l’expression de sa communauté LGBT+, devenant un véritable lieu de pèlerinage pour les communautés arabes alentour.

La ville attire en effet de nombreux étrangers LGBT+, venant profiter de la vie nocturne beyrouthine, mais fuyant parfois également les persécutions dans leur pays d’origine.  

Sandra Melhem affirme que de nombreux clients étrangers foulent le dancefloor de son club Ego. Joseph, manager du centre communautaire Helem ajoute, « de par la proximité du Liban avec des pays en guerre comme l’Irak ou la Syrie, notre association est également beaucoup amenée à travailler avec des réfugiés ».

D’après Sandra, Beyrouth est en effet la ville la plus ouverte d’esprit, à cet égard, au Moyen-Orient. « Avec le temps, Beyrouth pourrait se revendiquer comme une ville gay-friendly pour attirer des touristes. » Elle nuance, « Mais pas le Liban dans son ensemble. »

Elle demeure néanmoins optimiste en voyant se développer, jour après jour, une communauté de plus en plus visible. Sandra  faisait ainsi partie des organisatrices de la première Gay Pride du monde arabe, née à Beyrouth en juin 2017.

Kevork, s’émerveille encore, à posteriori, du symbole de l’événement : « Pendant une semaine, il y avait des drapeaux gays sur toutes les devantures des bars de Mar Mikhail ! » se rappelle-t-il. « Ce n’est pas la seule chose dont tu te souviens, j’espère », le remet gentiment en place Sandra, avant d’ajouter, « chaque jour, des activités étaient organisées, gratuites pour la plupart. A force d’acharnement, nous avons réussi à obtenir les autorisations nécessaires pour que cet événement se produise enfin. » Discussions, projections, performances, et ateliers divers prirent ainsi place dans la capitale. La militante souligne cependant une volonté de s’éloigner des gay prides existant dans certains pays.

« Notre but n’est pas d’avoir les parades que l’on peut voir au Brésil, où tout le monde est à moitié-nu et s’embrasse, » juge-t-elle bon de préciser. Pour Sandra, l’affection relève du privé, que l’on soit homosexuel ou hétérosexuel. L’exubérance de ces parades correspond selon la jeune femme à un besoin de vouloir surcompenser une différence.

« Je suis vraiment contre l’idée d’une minorité demandant la permission d’exister. A la seconde où tu sollicites la permission, cela signifie que tes détracteurs sont plus importants que toi. Il faut juste exister, qu’importe le reste. »

Et Kevork de conclure avec engouement, « Nous sommes là, nous serons toujours là, et nous devenons de plus en plus importants ! »

Anaïs Richard

 

Manifestion de femmes à Beyrouth : « Différentes causes, rage partagée »

“Différentes causes, rage partagée” : une marche a été organisée dans les rues de Beyrouth dimanche pour montrer l’unité entre les femmes au Liban, mais sans objectifs concrets communs déterminés. Notre correspondante les a suivies. 

Les douze coups de midi donnent le feu vert : quelques mille femmes et hommes, munies de pancartes en arabe, en anglais, en espagnol, sortent dans la rue. Et le très calme rond point de Adlieh, dans le sud-est de la capitale libanaise, s’anime.

À gauche, "Se figer n'est pas consentir". À droite, "Je sourirai quand on arrêtera de nous violer". Mars 2018, Beyrouth.

À gauche, « Se figer n’est pas consentir ». À droite, « Je sourirai quand on arrêtera de nous violer ». Mars 2018, Beyrouth. © Wendolyn Trogneux

 

Une raison commune lie les manifestantes : malgré leurs différences, les « femmes libanaises sont unies », et veulent le signifier.

D’où le choix d’un dimanche pour marcher pour leurs droits, au lieu de la Journée internationale de la femme du 8 mars qui tombait un jeudi cette année : marcher un dimanche garantit que les personnes employées, les étudiants, toute catégorie sociale puissent participer à la manifestation, prêtes à élever leurs voix.

Ainsi, différentes associations féministes ont donné rendez-vous ce dimanche 11 mars à tous ceux et celles qui voudraient s’exprimer sous le slogan « différentes causes, rage partagée ».

"Nous sommes imbattables", pancarte dénonçant la violence sexiste et souvent conjugale au Liban. Mars 2018, Beyrouth.

« Nous sommes imbattables », pancarte dénonçant la violence sexiste et souvent conjugale au Liban. Mars 2018, Beyrouth.  © Wendolyn Trogneux

 

Cette manifestation vient avant les élections parlementaires qui auront lieu en mai au Liban. Le message de la manifestation était plus politisé que les années précédentes, puisque les demandes appelaient pour une vraie mobilisation et changement dans les droits des femmes du pays. Ainsi, certaines instances gouvernementales, comme la Commission Nationale pour les Femmes Libanaises (NCLW) avaient conseillé, plus tôt dans la semaine, l’annulation ou son report.

Ce message n’ayant pas été pris en compte, les quelques mille personnes réunies à cet évènement, qui a eu lieu pour la deuxième fois depuis l’année dernière, ont exprimé haut et fort leurs revendications en cette belle journée de mars. L’organisation a été menée par des associations étudiantes de l’American University of Beirut (AUB), comme Secular Club et Gender and Sexuality Club, ainsi que Kafa, organisation luttant contre la violence sexiste, ou encore le Mouvement Anti-Raciste.

"Si ton féminisme n'est pas intersectionnel, n'essaie même pas." Pancarte représentant l'esprit de la manifestation. Mars 2018, Beyrouth.

« Si ton féminisme n’est pas intersectionnel, n’essaie même pas. » Pancarte représentant l’esprit de la manifestation. Mars 2018, Beyrouth. © Wendolyn Trogneux

 

L’appel a été lancé à tous les groupes souhaitant faire partie de cette manifestation, sous une idéologie intersectionnelle.

L’intersectionnalité vise à réunir les différentes identités et expériences des femmes dans un pays où les barrières entre groupes sociaux sont loin d’avoir disparu.

Ainsi, des militants prônant différentes causes, se tiennent côte à côte dans ce parking qui attendent les derniers manifestants. À gauche, des pancartes en arabe et en anglais, tenues par des femmes syriennes. Le message est clair : solidarité avec les femmes de la Ghouta, une région pilonnée ces dernières semaines par les forces syriennes.

En face, trois drapeaux palestiniens, droits et bien hissés, décorent  le haut de la scène, soulignant la présence de la communauté palestinienne au Liban, qui réclame plus de droits.

Plusieurs drapeaux palestiniens décoraient la manifestation. Mars 2018, Beyrouth.

Plusieurs drapeaux palestiniens dans la manifestation. Mars 2018, Beyrouth. © Wendolyn Trogneux

 

Des pancartes en anglais, français, arabe et même espagnol s’étalent dans l’avenue Pierre Gemayel, qui s’étend devant plusieurs immeubles gouvernementaux, comme la résidence de l’ambassadeur français au Liban, le tribunal militaire et le musée national de Beirut.

Femmes, hommes. Jeunes et âgés. Etudiants et travailleurs migrants. Trans et cis.Religieux et athés. Bien qu’on ne puisse dire que la population libanaise était représentée dans sa totalité, les plus grandes minorités, comme la diaspora syrienne et les ouvrières immigrées, étaient présentes et bien audibles. Le but ultime étant celui de montrer à quel point la société libanaise est diverse, mais peut être unie sous une même cause :

il n’y aura jamais de justice si ce n’est pour tous les groupes.

Outre les pancartes, les chants étaient à l’ordre du jour. “Min Beirut ila el 3alam” (de Beirut à tout l’univers), “thaoura” (révolution), scandent les voix fortes et claires des manifestants,  appelant les spectateurs depuis leurs balcons à descendre avec eux. Le long de la rue Basta, dans le quartier de Barbir, les foyers, enfants comme adultes, observent la manifestation depuis leurs sièges au premier rang.

Infatigables, les manifestants chantent et dansent au rythme de tambours improvisés pendant deux heures, jusqu’à arriver au parc Haoud Al-Wilaya, qui marque la fin de l’euphorie dominicale.

Devant de manifestation. Mars 2018, Beyrouth.

Devant de manifestation. Mars 2018, Beyrouth. © Wendolyn Trogneux

 

Wendolyn Trogneux

Panama : les Femmes du Canal, premier épisode

FEMMES DU CANAL (1/4). La manière dont on parle des femmes dans l’histoire influe sur la perception et les droits actuels de nos contemporaines. Notre correspondante au Panama vous propose un voyage dans le temps : quatre épisodes pour comprendre le rôle, la condition sociale et les combats des femmes lors de la construction du fameux canal de Panama.

A man, a plan, a Canal – Panama ! (Leigh Mercer)

Vraiment ?

Ce discours hégémonique est bancal. Si ce sont en effet des hommes qui ont entrepris la construction théorique puis physique du Canal de Panama, cette dernière n’aurait pu avoir lieu sans le travail des femmes.

Vous l’aurez compris, cette chronique de quatre épisodes intitulée « Femmes du Canal » cherche à rendre visibles ces femmes oubliées par l’histoire et qui ont tant compté dans la réussite de cet exploit.

Car la réalisation de cette excavation de plus de 77km est le résultat du travail de femmes et d’hommes de tous les âges, de toutes classes sociales et de tous les continents.

Le podcast :

Ou préférez-vous lire ?

Dans les années 1880, des ingénieurs français arrivèrent sur l’isthme de Panama avec le projet de s’établir à Panama et à Colon. L’accompagnement de leurs épouses et de leurs enfants fut justifié comme une garantie de la stabilité familiale, indispensable à la viabilité du projet. Nombreuses de ces Françaises piliers de famille rejoignirent également l’isthme pour être recrutées comme infirmières, maîtresses ou encore secrétaires par la Compagnie du Canal Français.

La tradition catholique étant de mise à l’époque, de nombreuses sœurs vinrent également au Panamá, assurant une double mission, l’une religieuse, l’autre concernant l’offre d’un service social, sans but lucratif. C’est ainsi que les Sœurs de la Charité de Saint Vincent de Paul s’installèrent à Panamá dans une période économique critique pour l’État fédéral qui se traduisit par une carence d’instruction et une déficience des conditions sanitaires. Ces soeurs tinrent un rôle particulièrement fort dans l’objectif d’assainissement de la zone du Canal et apportèrent des soins aux blessés et aux malades sans discrimination aucune.

Des femmes infirmières, maîtresses, secrétaires... ont contribué à la construction du canal de Panama. © CrossWorlds / Judith Couvé

Des femmes infirmières, maîtresses, secrétaires… ont contribué à la construction du canal de Panama. © CrossWorlds / Judith Couvé

 

La majorité de la population étant formée d’ouvriers, ces soeurs étaient exposés aux souffrances d’accidents de type explosions ou glissement de terrain et à la contraction de maladies. Si les problèmes sanitaires et financiers contraignirent les Français à abandonner la construction du Canal, il n’en fut pas tant pour ces sœurs qui restèrent sur place et collaborèrent, non sans une certaine rivalité, avec les infirmières américaines.

La présence féminine assurait une continuité des services domestiques, comme le ménage, le linge et la cuisine. Les carnets de voyageurs regorgent d’anecdotes sur les pratiques des laveuses – qui se retrouvaient par groupe de 5 à 7 pour battre le linge dans la rivière – et des vendeuses de rue proposant des fleurs, des fruits ou encore des cigares près des stations de train.

La construction du Canal sous les Français est une étape d’intégration progressive des femmes dans le secteur professionnel ; mais celle-ci resta cantonnée aux métiers du care et du travail domestique.

Des femmes durent, elles, avoir recours à la prostitution pour se constituer un salaire. Bien que les Français aient établi un règlement contre la prostitution clandestine, de nombreuses femmes gagnaient leur vie,  en “vendant leurs corps” aux ouvriers du Canal. Si cette pratique était bien mieux rémunérée que les autres selon les diverses sources de l’époque, elle exposait les femmes à des conditions de vulnérabilité liées à la violence et la corruption des réseaux de prostitution.

La construction du canal favorisa l’écart financier entre les femmes de différentes classes sociales, contribuant ainsi à une sectorisation de la société par salaire et couleur de peau qui ne cessera de croître avec la construction américaine.

Judith Couvé

>> Retrouvez le deuxième épisode des Femmes du Canal dimanche prochain.

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Le canal de Panama, vu du ciel, en 2017. © Flickr/CC/Bernal Saborio

Taiwan : premier pays d’Asie en voie de légaliser le mariage pour tous

L’île de Taiwan légalisera-t-elle bientôt le mariage pour tous ? Le Conseil constitutionnel de Taiwan a rendu une décision historique mercredi 24 mai, jugeant qu’il était illégal d’interdire à deux personnes de même sexe de se marier.

Par cette décision, le Conseil constitutionnel donne deux ans au gouvernement taïwanais pour se plier à la règle. Le Parlement taïwanais est justement en train de débattre plusieurs propositions de lois visant à légaliser le mariage pour tous, une promesse phare de la campagne présidentielle de Tsai Ing-Wen, présidente élue en janvier 2016.

A Treasure Hill à Taipei, deux personnes se font un câlin, entourées d'un drapeau arc-en-ciel, représentant la communauté homosexuelle. © CrossWorlds / Camille Camdessus

Le 26 décembre 2016, un couple drapé dans un drapeau LGBT devant le parlement Taïwanais, au moment où un amendement introduisant le mariage gay était voté en 1ère lecture. © CrossWorlds / Camille Camdessus

 

Premier pays d’Asie

Taiwan s’apprête ainsi à être le premier pays d’Asie à franchir ce pas décisif, dans une région où l’homosexualité est parfois sévèrement réprimée. L’île a longtemps été pionnière en matière de droits LGBT, organisant la plus grande gay pride d’Asie, réunissant 85 000 personnes chaque année. La légalisation du mariage gay est débattue depuis 2003 dans le pays. Dans le quartier de Treasure Hill, réputé artistique et progressiste, certains murs, ornés de stickers militants, crient plus fort que d’autre .

La lutte pour la reconnaissance des droits des homosexuels placardée dans un quartier progressiste de Taïwan. © CrossWorlds / Camille Camdessus

La lutte pour la reconnaissance des droits des homosexuels placardée dans un quartier progressiste de Taïwan. © CrossWorlds / Camille Camdessus

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Camille Camdessus

F. M. Corrao : « Ce n’est pas juste de devoir adapter son comportement à celui des hommes. En Italie, c’est dû à la période Berlusconi »

Née en Sicile, Francesca Maria Corrao est considérée comme l’une des plus grandes expertes italiennes du monde arabo-musulman. Elle enseigne à Sciences Po et  fait partie de la minorité de femmes professeurs à la LUISS (Libera Università Internazionale degli Studi Sociali, Rome).  Aujourd’hui, elle reçoit notre correspondante, Isabel Del Real Corral-Humbert.

Avec un chapeau sur la tête. « C’est un chapeau de mec, mais ça m’est totalement égal », lâche-t-elle en riant.

"C'est un chapeau de mec, mais ça m’est totalement égal", dit en riant la Professeure Corrao. 8 mars 2017. © CrossWorlds / Isabel Del Real Corral-Humbert

« C’est un chapeau de mec, mais ça m’est totalement égal », dit en riant la Professeure Corrao. 8 mars 2017. © CrossWorlds / Isabel Del Real Corral-Humbert

 

CrossWorlds – On a célébré cette semaine la Journée internationale des droits des femmes. Quels sont-ils pour vous ?

Les droits des femmes sont liés à la grande trinité de Liberté- Égalité- Fraternité, déclarée en France il y a de cela trois siècles. Aujourd’hui, c’est encore un idéal difficile à atteindre, surtout en Italie. Certes, nous avons le droit de vote, le droit à un salaire égal, mais dans les faits… ce n’est pas toujours vrai. Voilà, les hommes et les femmes n’ont pas les mêmes opportunités. Plus qu’une question de droits que l’on accorde aux femmes, c’est une question de comportement humain : la société italienne est encore très machiste et patriarcale.

– Et pourtant, il y a eu du progrès durant le XXième siècle !

Il y a eu de grandes avancées.

Tenez par exemple, je peux vous raconter l’histoire de mon père. Ludovico Corrao, il était l’avocat de la sicilienne Franca Viola, la première femme à se rebeller contre le « mariage réparateur » en 1965. Sous cette expression, se cachait en réalité le mariage forcé d’une victime avec son violeur.

Mon père, en tant que sénateur en 1981, à changé la loi à ce sujet, en soutenant l’abrogation de l’article 544 du Code pénal italien, une étape fondamentale pour l’émancipation de la femme en Italie.

– La pression sociale contre Franca Viola et votre père était-elle forte à l’époque ?

Mon père n’a pas subi de pressions à cette époque, de toute façon, il avait déjà été excommunié [rires]. C’était un démocrate-chrétien, très catholique, mais aussi très modéré, moderne et pacifiste. Il ne voulait plus de la pensée vieillotte de l’Église, alors il a quitté les démocrates-chrétiens et créé un parti social en Sicile. Alors bon, les pressions sociales…

En vérité en Sicile, en Italie, les temps étaient mûrs pour permettre à Franca Viola de se rebeller, son action restant incroyablement admirable. L’élite voulait s’émanciper des comportements patriarcaux médiévaux et elle a été encouragée. Une quinzaine d’années plus tard, quand mon père a changé la loi sur le mariage forcé après un viol, il a été très soutenu. C’était un homme progressiste, très courageux, qui m’a donné beaucoup de liberté. Grâce à lui, j’ai pu aller étudier seule sept ans au Caire. Aujourd’hui, c’est courant, mais il y a quarante ans, c’était tabou en Sicile.

– Quels droits devraient avoir les femmes ?

D’être respectées. D’être écoutées. D’avoir la possibilité de pouvoir décider pour elles-mêmes. Parce qu’aujourd’hui, nous ne décidons pas.

Quand une femme obtient le pouvoir, elle tend à se comporter comme un homme, et ce n’est pas de l’émancipation.

C’est un pas en avant, mais ce n’est pas encore l’égalité. Nous sommes différents, hommes et femmes, les femmes ne sont pas agressives de nature. Pourtant, quand elles ont un poste à responsabilité, elles peuvent facilement le devenir. Et puis, les femmes ne devraient pas utiliser leurs corps pour devenir des femmes de pouvoir.

– Alors, que voudriez-vous de plus pour les femmes ?

Je voudrais qu’elles soient plus écoutées. Je voudrais qu’il y ait une plus grande harmonie dans le rapport hommes-femmes. Les femmes deviennent agressives quand elles veulent quelque chose, et je ne veux pas cela, ça ne va pas.

Professeure Corrao. 8 mars 2017. © CrossWorlds / Isabel Del Real Corral-Humbert

Professeure Corrao. 8 mars 2017. © CrossWorlds / Isabel Del Real Corral-Humbert

 

– En Italie, les femmes sont-elles aujourd’hui particulièrement prisonnières d’un schéma familial encore très patriarcal ?

Ce n’est pas seulement être prisonnière de la famille : c’est du consumérisme, ce qui est bien pire. Cela regarde les hommes et les femmes certes, mais c’est particulièrement grave en Italie. Nous, les Italiennes, étions très conscientes du fait d’être une femme avant d’être un objet de consommation. Mais nous retournons dans le vieux rôle de la femme séductrice et non respectée parce qu’elle montrerait trop son corps. C’est un changement négatif.

– Selon vous, il y a une régression des conditions de la femme en Italie ?

Oui, et c’est notamment dû à toute la période Berlusconi : une régression de la condition de la femme due au retour du patriarcat venant de la remise en scène de la femme-objet.

J’explique ceci avec la politique culturelle de Berlusconi. Il avait ouvertement des prostituées, c’est devenu une normalisation de la prostitution. Pour moi, c’est une folie, une honte. Pour ces jeunes filles, c’est normal. Elles ne comprennent pas qu’elles sont utilisées, qu’on les abuse dans cette histoire. L’image de la femme n’est pas constante. Ce sont des schémas en mouvement : dans le monde arabe, les femmes se couvrent et nous, on se dénude.

– En tant que spécialiste du monde arabo-musulman, quelle est votre image de la condition féminine au Moyen-Orient ?

J’ai la chance d’être née en Europe, et d’avoir grandi dans les années 70, où il y avait le boum du féminisme en Italie. Donc j’ai eu de la chance d’être consciente de mes droits, de ma dignité, de mes différences. Puis, au Caire, j’ai appris que je pouvais accepter qu’une femme porte le voile. Même si c’est renoncer à sa propre liberté, elles prennent le voile pour pouvoir aller à l’université ou avoir le droit de sortir en ville.

– Selon vous, quelle sera l’évolution de la condition des femmes ?

Rien ne peut arrêter le féminisme. Même si nous sommes dans une phase de crise, nous continuons.

– Vous dites que : « Rien ne peut arrêter le féminisme », c’est pourtant un concept décrié !

On peut changer les mots, c’est sans importance. Ce qui compte, ce sont les droits. Les droits et les devoirs.

Si les hommes continuent avec leurs comportements dominateurs, les femmes doivent, en réaction, avoir de l’humour ou leur crier dessus. Ce n’est pas juste de devoir adapter son comportement.

Propos recueillis par Isabel Del Real Corral-Humbert

Angleterre, Canada, Irlande… Ces femmes qui nous interpellent

Pour la Journée internationale des droits des femmes, nos correspondants vous font rencontrer une femme de leur pays d’accueil. Molly, Joan, Arije, Judy… Des femmes de notre époque qui les ont interpelés ou inspirés.

Chili : Nicole, la voyageuse

Nicole m’invite à la rejoindre au réveil sur son petit balcon. Elle regarde inspirée le port de Valparaíso, ses yeux sont des miroirs à facettes et sa peau respire encore les Caraïbes. On la surnomme pajarito (petit oiseau) et cela fait deux semaines qu’elle est rentrée au nid. Du haut de ses vingt six ans, elle a parcouru pendant un an les terres d’Amérique latine, du Chili jusqu’au Mexique.

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Nicole, du thé et un balcon. Valparaíso © CrossWorlds / Cyndi Portella

 

Lorsqu’elle était enfant, Nicole regardait avec admiration les programmes télévisés où apparaissaient des journalistes aux quatre coins du monde. Elle se souvient que son cœur battait très fort : elle aussi rêvait de prendre la route. Pourtant, son premier grand voyage ne fut pas à la hauteur de son désir de petite fille. Il y a deux ans, elle est partie travailler trois mois en Californie aux côtés d’un ancien petit-ami.

Apparaissent les souvenirs, et un brin de mélancolie se dessine sur son visage : « Là-bas je me suis rendue compte de ma situation de dépendance, je n’arrivais pas à communiquer en anglais, ou seulement à travers lui, je me sentais en perte de confiance et dévalorisée ». Son retour au Chili n’efface pas le sentiment d’insécurité développé lors du voyage, il demeure la peur de ne pas être capable de s’adapter à de nouveaux environnements. Surgit alors la nécessité de repartir, seule cette fois. Elle se souvient précisément de la veille de son départ, les rues de Valparaíso, ses amis tristes et enjoués, son sac fait à la dernière minute, le petit-déjeuner avec sa mère et sa sœur. Une fois dans le train, une question la taraude : quand les reverra-t-elle ?

Nicole revient à sa sérénité naturelle et raconte l’itinéraire au cours duquel elle alterna entre volontariat et couchsurfing traversant le Pérou, l’Équateur, la Colombie, le Panama, le Nicaragua et le Mexique. Même si les pays et les rencontres s’additionnent, elle décrit avant tout ce voyage comme une évolution personnelle, un cheminement fait de longues introspections. Elle sent qu’elle a grandi, qu’elle s’est affirmée aussi.

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Nicole, pensées matinales. Valparaíso. © CrossWorlds / Cyndi Portella

 

“En tant que femmes, on nous limite beaucoup”

Nicole n’était pas seulement une voyageuse, elle était une femme qui voyageait seule. Un détail qui fait la différence. Le regard pensif sur sa tasse de thé, elle reconnaît avoir été confrontée à diverses réactions machistes pour le moins irritantes. Particulièrement en Colombie et en Amérique centrale, où elle dit s’être sentie objectifiée parfois. Sa manière de voyager en surprenait plus d’un et les mêmes interrogations revenaient en boucle : « tu es mariée ? » « Tu as des enfants ? » « Où est ton fiancé? » Elle laissait alors entendre qu’elle n’avait besoin de personne.

Voyager seule, pour Nicole, a été une voie pour gagner sa liberté. Pour se défaire de la peur inculquée depuis toute petite à travers les standards éducatifs, elle souligne comme une évidence: « en tant que femme, on nous limite beaucoup ». Puis, comme elle n’aime pas parler seulement d’elle, elle fait valoir l’empathie qui lui a permis d’accéder à une altérité inspirante : « Je croisais des femmes qui restaient enfermées chez elles, d’autres qui étaient porteuses de grands projets et cela me donnait la force pour continuer ma route. »

Cyndi Portella

 

Jordanie : Aïcha, le « quatrième frère de la famille »

 

Elle est de ces femmes qu’on ne croise pas souvent. Aïcha, 29 ans, œuvre à répandre l’amour dans la ville d’Amman. Tous les samedis soir, nous nous retrouvons au sein d’un cercle de femmes pour discuter de questions diverses : « qu’est-ce que le féminisme ? Qu’est-ce qu’être femme ? » Initiées suite à l’élection de Donald Trump par un groupe d’amies et inspirées par les Women Marches de janvier 2017, ces rencontres hebdomadaires offrent à chacune un espace de partage exclusivement féminin.

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Aïcha. Amman. © CrossWorlds / Camille Lévy

A travers sa campagne « Al Ataa Bi Hob » [donner avec amour], Aïcha apprend aux autres à faire du crochet. Il s’agit, selon elle, de « donner aux gens par amour, parce qu’ils font partie de notre famille, plutôt que de donner par pitié ».

D’origine soudanaise, Aicha est née et a grandi avec sa mère en Jordanie. Sa mère, dit-elle, est sa plus grande source d’inspiration. Elle lui a appris à être forte, indépendante. « A marcher dans la vie avec plus de pouvoir ». Être une fille en Jordanie, poursuit-elle, c’est être façonnée par les normes et les traditions des gens qui nous entourent. C’est obéir à la culture de l’interdit, de l’immoral, dictée en particulier par les normes religieuses de l’islam. La pression sociale, la peur du « qu’en dira-t-on », imposent aux filles, puis aux femmes, des règles genrées auxquelles Aïcha tente d’échapper.

A partir de 15 ans, il n’est plus question pour une fille de faire du vélo dans la rue. Il faut couvrir son corps, rentrer de bonne heure, rester discrète. Difficile alors de jouer, comme avant, avec les garçons du quartier. Difficile aussi, en grandissant, d’être une femme « très active, efficace » : la société jordanienne, semble-t-il, rechigne encore à l’émancipation des femmes.

« Je pense que si j’étais un jeune homme dans cette ville, ma vie serait plus facile », conclut-elle.

En Jordanie, une loi permet au violeur d’épouser sa victime. C’est la cause qui, en termes de droit des femmes, lui tient le plus à cœur. Aïcha évoque également le harcèlement de rue, au travail et partout ailleurs. Sifflements, klaxons, regards pénibles et paroles vulgaires : c’est le quotidien d’une femme à Amman. Des sanctions plus sévères, dit-elle, sont nécessaires. En mai dernier, une manifestation invitait le gouvernement à criminaliser le harcèlement de rue – affaire à suivre.

La femme est forte, dit-elle, mais l’ « on prend de ses forces et de ses énergies pour prouver sa propre existence, pour défendre son propre espace ». Aïcha voit en chaque femme « le soleil, l’arbre, la puissance de la terre et de la nature ». En chacun.e d’entre nous, m’explique-t-elle, cohabitent une part masculine et féminine de notre personne.

Aïcha, enfin, refuse l’étiquette de « féministe » : elle résiste en étant elle-même. En suivant simplement ses désirs et ambitions, elle se bat, chaque jour, pour briser les règles, renverser les normes et marcher vers l’égalité.

Camille Lévy

Chine : Xing Qian, la mère

 

La foule se presse dans le parc de People’s square pour le marché des célibataires. Le nom pourrait prêter à sourire, pourtant l’événement est on ne peut plus sérieux.

Je vais m’asseoir quelques instants sur un banc en retrait et c’est alors que Xing Qian (姓钱) se décide à m’accoster, attirée par la vue d’un visage d’expatrié.

Assise face à son mari, elle discute de vive voix avec d’autres parents autour d’elle, mais ne se mêle pas à cette horde de parapluies où sont entreposées les fiches symboliques, façon profil Tinder sur papier, détaillant les mérites des célibataires que ces parents déterminés viennent marier, sans leur accord ni leur présence.

Xing Qian rebondit rapidement quand elle m’entend parler français : sa fille aussi parle français. Le ton est donné, la mère est déterminée à trouver un partenaire de vie pour sa jeune fille de 21 ans. Les mots à son encontre sont durs : « Ma fille n’a ni tempérament, ni ami. Elle a besoin de moi pour s’en sortir » .

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Xing Xian, Shanghai. © CrossWorlds / Nadim Ben Lallahom

 

Xing Qian exprime avec une assurance inébranlable les multiples défauts de sa fille, symbolisant à chaque mot prononcé toute la pression exercée par ces parents qui, en Chine, ne peuvent accepter le célibat de ses enfants. Une phrase est sans cesse répétée,  comme un couperet qui s’abat dans un tempo régulier : « Elle n’a aucune assurance, aucune confiance » . Et moi de naïvement souligner l’importance du soutien familial dans la construction de notre identité. Pourtant, Xing Qian dissémine ça et là des bribes de vie de sa fille, et dresse le portrait d’une personne bosseuse : elle s’envolera en fin de semaine pour le Canada pour poursuivre ses études. Mais pour la mère, le statut de célibataire endurcie de sa fille est une honte qu’elle ne peut plus accepter. Ce célibat révèle pour elle un signe d’immaturité et une inadaptation à la vie en société. Dans la société traditionnelle chinoise, le mariage est une affaire sérieuse, une transaction de personnes. S’en explique ce marché peu commun. Là où les fiches de célibataires vantent les attributs des jeunes gens et formulent les conditions nécessaires au candidat, Xing Qian ne s’en accommode pas et semble résignée face au « cas » de sa fille, volontairement à l’écart de cette agitation commerciale.

Elle répétera néanmoins à maintes prises qu’elle peut appeler sa fille pour me rencontrer. Tout comme elle soulignera avec une malice certaine être surnommée « Qian », argent en chinois. Une façon peu subtile de rappeler l’importance de la dot et le poids financier du mari : un verrou de plus qui contribue à la pression sociale autour du mariage.

Nadim Ben Lallahom

Angleterre : Molly, féministe « plus âgée »

 

Elles sont quatre aujourd’hui : Vivienne, Josefa, Irena, Molly. Moyenne d’âge : 72 ans. Hissant leurs drapeaux du Older Feminist Network (Réseau de féministes plus âgées), ce groupe de femmes s’est réuni samedi dernier dans le centre de Londres pour manifester contre les coupes budgétaires prévues pour le système de santé public britannique (NHS).

Manifestation du " Réseau des féministes plus âgées" à Londres samedi 5 mars 2017. © Crédits photo : CrossWorlds / Lucile Pannetier.

Manifestation du Réseau des féministes plus âgées à Londres, samedi 5 mars 2017. © Crédits photo : CrossWorlds / Lucile Pannetier

 

Depuis 1983, ces Londoniennes se retrouvent le deuxième samedi de chaque mois autour d’une cup of tea pour papoter, organiser des actions, comme des sorties et des manifestations. Selon elles, le mouvement pour la libération de la femme des années 80 n’accordait pas d’attention ou de valeur suffisante aux expériences et besoins des femmes plus âgées. Molly, une dame au regard doux et au sourire facile m’explique : « Aujourd’hui, les femmes qui travaillent se battent pour leurs droits sur leur lieu de travail… mais nous, nous sommes retraitées, nous avons d’autres besoins. »  En tant que féministes âgées, elles se battent contre les stéréotypes négatifs autour de l’âge et du genre, la fragilité et l’incapacité par exemple.

Molly, membre du Réseau des Féministes plus âgées de Londres. © CrossWorlds / Lucile Pannetier

Molly, membre du Réseau des féministes plus âgées de Londres. © CrossWorlds / Lucile Pannetier



Malgré ces réalités différentes, elles se reconnaissent dans les combats des femmes de tout âge. En ce moment, elles lancent une campagne contre la mutilation génitale féminine. Le mois dernier, elles étaient à la Women’s March et ce week-end, elles participeront à la Million Women Rise march, une manifestation contre la violence faite aux femmes. En attendant, j’essaie de garder le rythme de leur marche en direction du Parlement. Alors qu’on piétine, Molly m’avoue : « J’ai entendu dire qu’il y avait plusieurs ‘vagues’ de féminisme, je ne sais pas ce qu’elles sont… Malgré les différences, je pense que les femmes font face à des problèmes similaires ». Le lien entre jeunes et féministes âgées est au cœur de leur projet : le désir commun de défendre leurs droits.

Clara Hernanz

Irlande : Joan, l’oreille des femmes abusées

 

En Irlande, plus de 300 000 personnes auraient été sévèrement abusées par un partenaire à un moment de leur vie, dont 213 000 femmes. Un chiffre communiqué lors de la campagne de sensibilisation « What would you do?«  (« Que feriez-vous ? ») et auquel Joan se confronte chaque jour.

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Joan, employée au Centre de Ressources pour Femmes de Tralee devant le mur aux citations. Derrière elle, on peut lire : « Vous n’êtes pas responsables si vous êtes à terre, mais c’est votre responsabilité de vous relever ». © CrossWorlds / Olga Lévesque

 

Au Centre de Ressources pour Femmes de Tralee, on accueille les femmes victimes d’abus, physiques ou psychologiques, ou de violences dans leur couple. C’est ici que j’ai pour la première fois rencontré Joan. Elle me reçoit dans une salle où les murs sont tapissés de phrases encourageantes et valorisantes. Avec une voix basse, un débit calme, elle pèse ses mots avant de répondre.

Le centre a été fondé il y a 35 ans. Joan en a pris connaissance quand elle était elle-même victime de violences conjugales. Après s’en être sortie, elle a décidé de s’engager. Elle travaille comme employée au centre depuis 19 ans. “C’est un travail incroyable et épanouissant”, dit-elle avec un sourire penseur aux lèvres. Elle reçoit des femmes dans le besoin cinq jours par semaine, de neuf heures à dix-sept heures, pour une conversation profonde ou simplement pour prendre le thé.

Elle anime actuellement un cours pour les femmes victimes de violences conjugales. Pendant trois mois, 14 femmes se regroupent deux fois par semaine pour parler des abus qu’elles subissent. Joan leur montre les chemins qui s’offrent à elles : quitter un compagnon abusif, rester tout en se protégeant, résister… Mais sans leur donner d’impératif.

« J’essaie de leur montrer qu’elles ont le choix. Mais jamais je ne leur dirai qu’elles doivent quitter leur partenaire. »

Afin que ces femmes aient toutes les cartes en main pour prendre la décision qui leur conviendra, le centre travaille en collaboration avec des psychologues professionnels mais aussi d’autres organismes qui sauront les aider à trouver des solutions de logement et à gérer leurs finances.

Chaque femme qui prend contact avec le centre a une situation qui lui est propre. Les origines sociales sont diverses, il n’y a pas de norme lorsque l’on fait face à des situations d’abus. Joan les écoute et surtout, elle les « croit » . C’est, selon elle, la condition sine qua non pour établir une relation avec celles qui viennent la voir.

Le second cours que Joan anime se concentre sur l’estime de soi. Elle raconte que les femmes abusées par leur entourage ne se reconnaissent pas à leur juste valeur. S’estimer et appréhender son pouvoir est d’ailleurs le sujet d’une discussion organisée par le centre et qui aura lieu le 8 mars pour la Journée internationale des droits des femmes. Pour Joan, cette journée est une véritable célébration.

Joan n’aime pas parler d’elle-même, mais elle rayonne quand elle évoque ces femmes qu’elle aide. Certaines ne viennent au centre qu’une fois, d’autres sont là depuis deux ans, voire même dix. La discrétion et la confidentialité sont de mise. On ne détaillera pas ici les bribes de conversations entendues dans les couloirs du centre. On sait en revanche que Joan sera là demain pour les recueillir.

Olga Lévesque

Canada francophone : Arije, l’ado rebelle devenue adulte assumée

 

Arije Mahmoud, 31 ans, cinq pieds, peau tannée, casquette insolente sur cheveux frisés. Adossée contre un bureau de travail encombré, où s’alignent scotch, tissu et crayons de couleur éparpillés ; avec lesquels elle réalise des décors pour émissions de télé. En face, un buste de mannequin vêtu de sequins qu’Arije s’amuse souvent à habiller.

Arije Mahmoud, Québecoise ayant rencontré nos correspondants pour la Journée internationale des droits des femmes. © CrossWorlds / Clément Foutrel

Arije Mahmoud, Québecoise ayant rencontré nos correspondants pour la Journée internationale des droits des femmes. © CrossWorlds / Clément Foutrel

 

Arije, syrienne de nom et de racines, mais au fond surtout québécoise. Ses parents ont coupé toute attache avec la Syrie, même si des bribes de tradition tentent de subsister au sein du foyer.

« Si j’avais écouté mes parents, je serais restée vierge jusqu’à l’âge de vingt-six ans », commente-t-elle en riant.

Mais Arije a détruit un à un les rêves de stabilité. A quatorze ans, lorsque son père découvre qu’elle a un copain, les liens semblent brisés – ils ne s’adressent plus la parole cinq ans durant.

« Mes parents voulaient que je me marie et que j’aie des enfants. Je ne me suis pas mariée. Des enfants, j’en veux pas, un job stable, j’en veux pas, une maison, le rêve américain que ma mère souhaitait pour moi… Il n’y a rien de tout ça.  Elle voulait que je sois chirurgien : je suis artiste. Il n’y a rien qui a fonctionné », lâche-t-elle avec un rire amusé.

Après de longues années, ses parents se sont adaptés. L’adolescente rebelle s’est transformée en adulte au mode de vie assumé. Seule sa mère, de temps à autres, lâche un mélancolique : « Oh Arije, tu n’aimerais pas me faire des petits-enfants…? ».  Les rêves bien rangés ne viennent pas que d’Orient.  « La seule pression sociale que j’ai récemment ressentie est venue de la famille de mes ex-petits amis québécois », raconte Arije. Des familles traditionnelles catholiques, attendant des petits-enfants qui ne venaient pas.

Pour les Canadiennes, les préjugés sociaux s’arrêtent rarement au cadre familial. Technicienne sur un plateau de tournage, Arije a souvent l’impression d’être ignorée.

« Est-ce que c’est parce que je suis une femme, ou est-ce à cause de ma position hiérarchique ? », se demande-t-elle, elle qui travaille comme assistante décoratrice.

« On pourrait trouver une liste de raisons : parce que j’ai des piercings, parce que je suis arabe, parce que je suis une fille … », lance la jeune femme en riant. Elle pense donc que les femmes doivent agir pour les minorités ethniques et culturelles, même si elle trouve parfois « que c’est une drôle de chose de rassembler tous ces combats sous le terme de féminisme ».

Lorsqu’on lui demande ce qu’est le droit des femmes, Arije répond simplement : « C’est le droit de chaque individu, c’est le droit tout court. C’est le droit de tout le monde ». Mais un peu plus tard, elle ajoute : « Dire que les femmes ont les mêmes droits, ça n’enlève pas les inégalités. Donc peut-être que j’aimerais dire que les femmes ont droit à plus. Plus de respect, plus de place dans l’espace public. Mais c’est touchy [délicat], hein ? ».

Rime Abdallah (texte) et Clément Foutrel (photo)

Canada anglophone : Judy, l’entrepreneuse (en anglais)

Judy Machado-Duque, creator of Life Purpose Playbook, an interactive daily planner meant to help people beat procrastination and encourage entrepreneurship.

Judy Machado-Duque, habitante de Toronto. © CrossWorlds / Tara Mirkovic

Judy Machado-Duque, habitante de Toronto. © CrossWorlds / Tara Mirkovic

 

On the balance between male and female energies in society: “Society has always been very much male centric. When you think about the possibility of adding more inherently feminine traits such as nourishment, supporting, community and kindness to humankind and the business world, and empower more women so that there are more of those natural traits that come with us in everything we do, just imagine what the world could look like. If more women are empowered in business especially and bring those traits to the forefront, I believe that the world’s going to be completely transformed. It’s already changing; we are rising, the feminine energy is rising, and it’s going to create a beautiful balance in society.”

On women’s rights: “Neither governments nor religion are quite there yet, and I believe business or society in general are not at a place where equality has been achieved. Rather than coming at it from an aggressive point, I think women’s groups and companies that are really focusing on helping women to discover their voice and their passion are doing a better job at promoting equality. I’m excited about what I see but there’s also a lot of work to be done for sure.”

Tara Mirkovic

 

Contre Trump, les femmes marchent aussi à Londres et à Toronto

Nos correspondantes, en Angleterre comme au Canada, se sont faufilées dans les foules agitées de Londres et Toronto vendredi dernier. On y marchait pour les droits des femmes mais aussi pour tout un spectre d’autres mouvements, menacés par l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.

Our correspondants, in England and in Canada, sneaked in the agitated crowds of London and Toronto last Friday. These crowds walked for women’s rights but also for a large spectrum of social movements, threatened by Donald Trump’s election. [English version below]

A Londres

Une étudiante, un mégaphone dans une main, une pancarte dans l’autre, lance le premier chant. « Not the church, not the state. Women must control their fate ! » (« Ni l’Eglise, ni l’Etat. Les femmes doivent contrôler leur destin ! ») À quelques pas, dans la foule, une dame plus âgée nous confie qu’elle chantait exactement le même chant il y a 50 ans, lors des manifestations pour la légalisation de l’avortement en 1967 en Angleterre.

À Londres, environ 100 000 personnes ont marché dans les rues hier pour protester contre l’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis, vécue comme une menace aux droits des femmes.

A student, holding a megaphone in one hand, and a sign in the other, starts the first chant : « Not the church, not the state. Women must control their fate ! ». Further ahead, in the crowd, an older lady tells us she used to shout the exact same chant 50 years ago, during the demonstrations for the legalization of abortion in England in 1967.

In London, nearly 100,000 people marched in the streets last Friday to protest against the election of Donald Trump considered as a menace to women’s rights.

Clara Hernanz.

Crédits photo : CrossWorlds/ Clara Hernanz

« Notre pouvoir ne peut être quantifié ». Crédits photo : CrossWorlds/ Clara Hernanz

Crédits photo : CrossWorlds/ Clara Hernanz

Un Trump en carton vociférant dans la foule. Crédits photo : CrossWorlds/ Clara Hernanz

Crédits photo : CrossWorlds/ Clara Hernanz

Une manifestation qui rallie plusieurs causes. Crédits photo : CrossWorlds/ Clara Hernanz

A Toronto

Le 20 janvier, des centaines de milliers de personnes de tous âges à travers le monde, marchaient à travers le monde en soutien à la Women’s March de Washington. Seuls quelques milliers étaient attendus au Queen’s Park à Toronto mais ils furent plus de 60 000 à se rassembler pour faire preuve de solidarité et susciter une prise de conscience sur la menace que représente l’administration Trump pour les droits de la femme et les droits de l’Homme en général.

On prédit que Toronto sera la destination n°1 des Américains qui ont décidé d’émigrer suite aux résultats de l’élection, mais beaucoup craignent déjà que la rhétorique virulente de Trump ne traverse la frontière. Réputé pour son multiculturalisme et son ouverture à l’immigration unique au monde, le Canada s’unit pour montrer que les discours appelant à la division ou la misogynie ne sont pas les bienvenus ici.

On January 20th, hundreds of thousands of people of all ages marched all around the world in support of the Women’s March in Washington. Only a few thousand were expected to show up at Queen’s Park in Toronto, instead a spirited crowd of over 60,000 gathered to show solidarity and raise awareness on women’s and human rights threatened under the Trump administration.

Toronto is expected to be the number 1 destination for Americans fleeing the United States, while many fear that Trump’s hateful rhetoric might cross the Canadian border. As one of the most multicultural and welcoming countries in the world, Canada is determined to show that division and misogyny are a no-no here.

Tara Mirkovic.

Sous les paillettes, la lutte pour l’avancée des droits des homosexuels à Sydney continue

« It’s crazy ! » me lance d’un air ébahi la personne à ma droite, agglutinée dans la foule. C’est entre deux rues, Oxford et Flinder, en plein cœur du « quartier homo » de Sydney, que l’on s’est retrouvé serrés aux côtés de plus de 500 000 spectateurs. Les plus malins sont montés sur des cageots, des poubelles ou même des boîtes aux lettres. À l’occasion de la 38ème parade annuelle « Sydney Gay and Lesbian Mardi Gras », l’attention se porte sur les quelques 175 chars et 12 500 personnes qui défilent aux couleurs du mouvement LGBTQ.

Oxford Street, Sydney Mardi Gras - Les plus malins sont montés sur des cageots, des poubelles ou même des boîtes aux lettres. Mars 2016 - Crédits Photos : CrossWorlds/Loïc Renaudier

Oxford Street, Sydney Mardi Gras – Les plus malins sont montés sur des cageots, des poubelles ou même des boîtes aux lettres. Mars 2016 – Crédits Photo : CrossWorlds/Loïc Renaudier

 

Que ce soient les policiers, les ONG, Facebook ou même les partis politiques, tous participent à cette immense fête, qui attire chaque année de plus en plus de touristes – australiens ou non. Dans un interview donné à la télévision locale ABC, le directeur exécutif de l’événement, Michael Rolik, affirme même que ce Mardi Gras est le deuxième plus gros événement de New South Wales en terme d’impact économique.

Oxford Street, Sydney Mardi Gras - "Cum Safely !". Mars 2016 - Crédits Photo : CrossWorlds/Loïc Renaudier

Oxford Street, Sydney Mardi Gras – « Cum Safely ! ». Mars 2016 – Crédits Photo : CrossWorlds/Loïc Renaudier

Oxford Street, Sydney Mardi Gras - le char Facebook aux couleurs LGBT. Mars 2016 - Crédits Photo : CrossWorlds/Loïc Renaudier

Oxford Street, Sydney Mardi Gras – le char Facebook aux couleurs LGBT. Mars 2016 – Crédits Photo : CrossWorlds/Loïc Renaudier

 

On y voit des chars en forme de préservatifs qui crachent des paillettes ; on admire les costumes flamboyants des danseurs ; ça chante, ça danse, ça rigole ; on discerne quelques fessiers bien assumés ; on applaudit les slogans chocs (« CUM SAFE »). L’ambiance est à la joie et à la tolérance. Une fois encore, il est difficile de s’imaginer ce par quoi les gays, lesbiennes, et trans ont dû passer pour être enfin acceptés au sein de la société.

Un crime jusqu’en 1984

Car en New South Wales, l’homosexualité était un crime jusqu’en 1984. Un crime passible de peine de mort au 18ème siècle, puis passible d’emprisonnement à vie à partir de 1899. Si les dates diffèrent entre les États, on peut noter une similitude : c’est tard.

Oxford Street, Sydney Mardi Gras - le char préservatif cracheur de paillettes: prévenir contre les MST. Mars 2016 - Crédits Photo : CrossWorlds/Loïc Renaudier

Oxford Street, Sydney Mardi Gras – le char préservatif cracheur de paillettes: prévenir contre les MST. Mars 2016 – Crédits Photo : CrossWorlds/Loïc Renaudier

 

La première édition de cette parade en faveur des droits LGBT date de 1978. Le rassemblement, qui dénonçait harcèlement policier et discrimination anti-gays, s’était alors ironiquement soldé par l’arrestation de 50 personnes. Petit à petit, des droits LGBT ont été acquis au cours d’une longue bataille, dont le Mardi Gras reste le symbole fédérateur. Un spectateur se souvient encore de sa première parade en 1990, « où la sensation d’être accepté par la foule lui avait procuré des larmes de joie ».

Flinders Street, Sydney Mardi Gras - Amnesty International défile pour les droits LGBT. Mars 2016 - Crédits Photo : CrossWorlds/Loïc Renaudier

Flinders Street, Sydney Mardi Gras – Amnesty International défile pour les droits LGBT. Mars 2016 – Crédits Photo : CrossWorlds/Loïc Renaudier

 

Pourtant, une banderole sur l’un des chars rappelle que ce combat est encore d’actualité. Parmi les dernières avancées dans le New South Wales, la reconnaissance du pacte civil en 2010, et, en projet, le mariage pour tous. « Let’s get married in 2016, Australia ! », s’enthousiasment les pancartes brandies dans la foule.

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Flinders Street, Sydney Mardi Gras – « Let’s get married Australia ! ». Mars 2016 – Crédits Photos : CrossWorlds/Loïc Renaudier

 

En 2014, la Commission australienne des droits de l’Homme établissait que près de 10% des Australiens étaient « d’orientation sexuelle, d’identité sexuelle ou de sexe divers. » Dans les relevés officiels de population, on note une augmentation de 32% en 5 ans depuis 2006 des couples de même sexe. Ce n’est donc pas par hasard que Malcolm Turnbull, le Premier Ministre, a pointé le bout de son nez, en vue des élections fédérales australiennes en fin d’année 2016.

Loïc Renaudier