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Confinés et engagés : des chambres d’hôtel pour convalescents du Covid-19

Depuis début avril, une association accueille dans des chambres d’hôtel des patients ayant été hospitalisés pour Covid-19, et qui doivent rentrer chez eux. Le but : accompagner ces personnes convalescentes, particulièrement fragiles car handicapées ou souffrant de maladies chroniques, dont un retour direct au domicile pourrait engendrer des complications du fait de l’isolement.
Une patiente entre dans l'hôtel de Chelles, où une quinzaine de chambres ont été louées par l'association de Sibel Bilal-De la Selle pour accueillir des convalescents du Covid-19, encore fragiles du fait d'un handicap ou de maladies chroniques. Crédits photo : Sibel Bilal-De la Selle, avec autorisation

Une patiente entre dans l’hôtel de Chelles, où une quinzaine de chambres ont été louées par l’association « Centre de ressources pour mini réseaux de proximité », afin  d’accueillir des convalescents du Covid-19, encore fragiles du fait d’un handicap ou de maladies chroniques. Crédits photo : Sibel Bilal-De la Selle, avec autorisation

 

 

Soins et nourriture

À Chelles, en Seine-et-Marne, une quinzaine de chambres ont été louées dans un hôtel trois étoiles, actuellement fermé pour cause de nouveau coronavirus. Les occupants : des personnes ayant été hospitalisées pour Covid-19, encore particulièrement fragiles du fait d’un handicap, de maladies chroniques ou encore de ressources financières très limitées.

« Il y a un problème sérieux et réel » dans le retour au domicile de ces personnes, nous explique Sibel Bilal-de la Selle, à l’origine du projet et déléguée générale de l’association « Centre de ressources pour les mini-réseaux de proximité ».

« On a des gens très fragiles qui sont hospitalisés et qui sortent de réanimation », mais qui se retrouvent démunis chez eux, « où il y a peu de gens, voire personne » et qui « n’ont pas la possibilité de payer » pour des soins ou de la nourriture.

La durée moyenne de prise en charge prévue dans l’hôtel est de 7 à 10 jours : les personnes reçoivent des soins et bénéficient d’une surveillance 24h/24h. Les repas leur sont aussi servis.

Résultat : des patients « ravis ». « C’est ça qui nous donne du courage », nous raconte Sibel Bilal-de la Selle. Comme cette patiente, qui lui a confié n’être « jamais partie en vacances et n’avoir jamais dormi dans un hôtel ». « Ici, elle a le service d’hôtel, fait par des bénévoles, avec le passage des kinés, les repas », souligne Sibel Bilal-de la Selle. 

« Il a fallu se débrouiller »

Pour récupérer ces chambres, Sibel Bilal-de la Selle et son équipe ont appelé fin mars des hôtels en banlieue parisienne, jusqu’à ce que l’un d’eux accepte de leur en louer. « J’ai pris les clés de l’hôtel le 15 avril et les premiers patients sont arrivés le 20 avril », nous détaille Mme Bilal-de la Selle. Ensuite, « il a fallu se débrouiller ». 

Entre autres, elle trouve grâce au responsable du CCAS (centre communal d’action social) de Chelles un prestataire qui leur fournit des repas à prix coûtant, le directeur de l’hôtel leur donne surchemises et surblouses, et ce sont les médecins traitants et infirmières qui vont voir leurs patients. En guise de masques protecteurs, « j’ai trouvé une startup qui nous a imprimé en 3D des visières », précise Sibel Bilal-de la Selle.

Le personnel soignant à l'hôtel trois étoiles de Chelles, où des chambres ont été louées par l'association de Sibel Bilal-De la Selle pour convalescents du Covid-19 particulièrement fragiles du fait d'un handicap ou de maladies chroniques. Avril 2020. Crédits : Sibel Bilal-De la Selle, avec autorisation

Le personnel soignant à l’hôtel trois étoiles de Chelles, où des chambres ont été louées par l’association « Centre de ressources pour mini réseaux de proximité » pour convalescents du Covid-19 particulièrement fragiles du fait d’un handicap ou de maladies chroniques. Avril 2020. Crédits : Sibel Bilal-De la Selle, avec autorisation

 

Cette initiative s’inscrit dans un engagement de longue date. En 2008, Sibel Bilal-de la Selle a créé le métier de coursier sanitaire et social comme « un appui aux généralistes pour la gestion des cas complexes ». Leur objectif : accompagner socialement et administrativement des personnes souffrant de maladies chroniques ou de handicap. Par exemple, son équipe aide les personnes handicapées à obtenir leurs allocations.

Avec le confinement, les patients suivis par son association ont été encore davantage isolés : « 40% n’ont pas de téléphone ou n’ont pas de crédit et ne peuvent pas le recharger à cause du confinement et d’un manque de ressources », estime Sibel Bilal-de la Selle. Alors pour ceux qui ont été infectés par le nouveau coronavirus et dû être hospitalisés, l’hôtel de Chelles est comme un sas « d’empathie et de soutien ».

Propos recueillis par Antoine Bianco