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Aux Etats-Unis, des cours pour survivre à une fusillade

C’est la rentrée des classes. Dans les universités américaines, la saison des « add and drop » et du choix des disciplines suivies est lancée. Parmi les options, des cours de… survie, en cas de fusillade.

Etudiante de la prestigieuse Université du Missouri, dans le Midwest, Maria Fernanda a assisté à l’un de ces cours. Pour se rassurer, et se sentir prête, au cas où. La jeune femme vénézuélienne et espagnole avoue souvent penser à la possibilité d’une fusillade sur le campus.

« Certains jours plus que d’autres, mais c’est toujours quelque chose que j’ai en tête. »

Le campus de l'Université du Missouri, à l'automne 2014. © Flickr/CC/Kyle Spradley - Curators of the University of Missouri.

Le campus de l’Université du Missouri, à l’automne 2014. © Flickr/CC/Kyle Spradley – Curators of the University of Missouri.

 

En octobre dernier, lors d’une alerte de menace imminente, il y avait eu un moment de confusion à l’Université du Missouri. Une personne armée avait été signalée sur le campus. Elle avait finalement été arrêtée, et selon la police, était suicidaire et  ne prévoyait pas de tuer d’autres personnes. Pour Maria Fernanda, la « situation, une fusillade potentialle, a été mal gérée« . « Personne ne comprenait ce qui se passait, les professeurs réagissaient tous différemment, j’ai dû aller en cours alors que nous étions en confinement… Donc un meilleur protocole et une bonne communication avec les étudiants me paraissent essentiels. »

D’où son inscription aux cours de survie. Qu’a-t-elle appris lors de ces sessions ? « C’était comme une conférence donnée par deux policiers. Ils nous ont montré des vidéos qui présentaient des scénarios à risques et les réactions correctes. On a eu des mises en situation. »

« Par exemple, on a dû prétendre être dans une situation d’attaque et devoir bloquer les portes et entrées. On a appris à désarmer un tireur. »

Les policiers encouragent les étudiants à avoir des réflexes : appeler la police, prendre une photo de l’assaillant, de la plaque de sa voiture, quoi que ce soit qui peut aider les autorités à identifier l’individu au plus vite.

En partenariat avec la police

« Ces cours ont lieu à l’Université du Missouri depuis plusieurs années, ce n’est pas nouveau. Ils sont basés sur le programme national A.L.I.C.E., qui est mis en place dans d’autres universités  et dans des lycées », nous explique Brian Weimer, officier de police et porte-parole du département de police de l’Université. « Les participants apprennent à développer des idées pour réagir en présence d’un tireur. »

« On les encourage à s’éloigner de la zone, si c’est possible. Sinon on les pousse à se cacher, se barricader, et si cela n’est pas possible non plus, à savoir comment se battre pour sa vie. »

Le programme A.L.I.C.E. (Entraînement à Réagir en cas de Tireur Actif) n’est pas nouveau. Il a été créé par le policier Greg Crane après la fusillade à Columbine en 1999. Depuis, il a été adopté par des institutions publiques et privées pour apprendre à se défendre, et plus d’un million de personnes ont été formées.

« Les membres de la faculté, les employés et les étudiants peuvent accéder aux cours, nous les avons aussi ouverts à toute personne associée à l’Université », ajoute Brian Weimer. 

Comment une arme peut-elle arriver sur un campus américain ?

C’est la question épineuse, au coeur des débats. L’année scolaire passée a notamment été marquée par la forte mobilisation, inédite, de lycéens après la fusillade de Parkland en Floride, qui exigeaient alors et continuent de lutter pour un meilleur contrôle des armes à feu.

Réponse : tout dépend de l’Etat dans lequel est situé l’université. Le Missouri est un red state à ce jour, un état qui soutient majoritairement le parti républicain : les armes y sont populaires. En théorie, un background check, c’est-à-dire une vérification des antécédents judiciaires et médicaux, est requis pour acheter une arme dans un magasin dédié dans le Missouri.

Mais cette obligation est très facilement contournable, en achetant une arme à une foire ou à un particulier. Pas de permis requis alors. Depuis janvier 2016, plus besoin de permis pour avoir le droit au « concealed carry », c’est à dire le port d’arme dissimulé (autrement dit, vous pouvez avoir une arme non pas à la main, mais dans votre voiture). Le port d’arme non dissimulé est légal également dans tous les endroits où ce n’est pas interdit de manière explicite : si un lieu privé ou fédéral interdit expressément de porter une arme visible, c’est interdit, autrement, c’est autorisé.

“Gun Free Campus”

Dans cette mer rouge républicaine, la ville de Columbia est une tâche bleue, démocrate. L’Université du Missouri est un « gun free campus », c’est-à-dire qu’il est interdit de porter une arme sur le territoire appartenant à l’école.

Cela étant dit, c’est aussi un « dry campus », c’est-à-dire que la possession et la consommation d’alcool sur le campus sont aussi interdites, et il arrive pourtant de voir des étudiants s’échanger clandestinement quelques bouteilles. Aucune vérification n’est faite, et le campus étant gigantesque, il est tout à fait possible d’introduire une arme malgré l’interdiction. Une interdiction qui ne fait pas que des heureux, puisqu’elle a été contestée par un professeur, qui réclame le droit… d’amener son arme sur le campus.  

Astrig Agopian

 

Au Panama, des Femmes du Canal « d’or » et « d’argent » (2/4)

FEMMES DU CANAL (2/4). La manière dont on parle des femmes dans l’histoire influe sur la perception et les droits actuels de nos contemporaines. Notre correspondante au Panama vous propose un voyage dans le temps : quatre épisodes pour comprendre le rôle, la condition sociale et les combats des femmes lors de la construction du fameux canal de Panama.

A man, a plan, a Canal – Panama ! (Leigh Mercer)

Vraiment ?

Ce discours hégémonique est bancal. Si ce sont en effet des hommes qui ont entrepris la construction théorique puis physique du Canal de Panama, cette dernière n’aurait pu avoir lieu sans le travail des femmes.

Vous l’aurez compris, cette chronique de quatre épisodes intitulée « Femmes du Canal » cherche à rendre visibles ces femmes oubliées par l’histoire et qui ont tant compté dans la réussite de cet exploit.

Car la réalisation de cette excavation de plus de 77km est le résultat du travail de femmes et d’hommes de tous les âges, de toutes classes sociales et de tous les continents.

Le podcast, deuxième épisode :

Ou préférez-vous lire ?

Comme les travailleurs de la Compagnie du Canal français, les ingénieurs étasuniens vinrent accompagnés de leurs femmes lorsqu’ils reprirent les travaux au début du XXème siècle. Leur arrivée n’incarna pas une opportunité de changement social pour la société panaméenne mais participa à la reproduction des inégalités déjà existantes basées sur les classes sociales, le genre et les origines.

Théoriquement, cela se traduit par une différentiation des salaires entre la “nómina de oro” et la “nómina de plata”, respectivement salaire en or et en argent. Le premier salaire était attribué aux Américains blancs, qualifiés, et le second à la main d’œuvre non qualifiée, le plus souvent afro-descendante.

Pour les femmes, étant donné que leur accès au travail dépendait du statut socio-économique de leur mari, la distinction était encore plus marquée.

Femmes « d’or » et « d’argent »

Les femmes dites de la Nómina de Oro ne devaient pas travailler pour être acceptée socialement, tandis que celle de la Nómina de Plata était forcées, pour des raisons économiques, de travailler – le plus souvent en effectuant des travaux de nettoyage ou en “vendant leurs corps”.

La prostitution était acceptée dans certaines zones dites rouges et constituait un commerce rentable pour nombre de femmes qui rejoignirent des réseaux organisés. De nombreux articles du Canal Record et de La Estrella de Panamá – deux journaux de l’époque – ont rendu compte des violences que ces femmes subissaient.

Berceau d’associations

Les femmes américaines qui ne travaillaient pas devaient représenter socialement l’honorabilité de la famille, en tant qu’épouses et que mères au foyer, et vaquaient la plupart du temps à des occupations intellectuelles telles que les ateliers d’écriture et autres activités associatives. Sous l’impulsion de ces femmes, la Zone du canal de Panamá, délimitée par le traité Hay-Buneau Varilla de 1903, devint le berceau d’associations catholiques, sportives ou encore maçonniques.

Moins payées que les hommes

Le peu de femmes de la Nómina de Oro qui travaillaient lors de la construction du Canal américain étaient infirmières ou maîtresses, payée près de moitié moins que leurs homologues masculins. Les infirmières étaient surtout présentes pour appuyer l’influence américaine et la volonté du gouvernement américain de reléguer les sœurs de la Charité de Saint-Vincent, et donc indirectement la présence française, au second plan.

Ecole discriminante

En ce qui concerne les maîtresses, l’existence de deux types de salaires entretenait la ségrégation raciale et sociale dès le plus jeune âge. Les maîtresses de la Nómina de oro enseignaient aux enfants blancs, tandis que les maîtresses de la Nómina de plata s’occupaient des enfants des ouvriers, le plus souvent noirs.

La présence américaine marqua considérablement la société panaméenne du début du XXème siècle en lui imposant un schéma discriminant, dans lequel les hommes blancs étaient les plus puissants et les femmes non blanches les plus stigmatisées et sujettes aux violences des autres.

Toutefois, les réunions intellectuelles des Américaines au statut social a priori privilégié dans la Zone du Canal permirent une prise de consciences, sur le rôle de la femme dans la société américaine, dont le microcosme s’activait autour du Canal de Panama, puis sur l’absurdité de la ségrégation raciale, système appuyé par ce même microcosme.

Bientôt, aux portes de cette Zone du Canal, un autre mouvement de protestation émergeait : celui des Panaméennes. A découvrir dans notre troisième épisode.

Judith Couvé

Panama : les Femmes du Canal, premier épisode

 


Panama : les Femmes du Canal, premier épisode

FEMMES DU CANAL (1/4). La manière dont on parle des femmes dans l’histoire influe sur la perception et les droits actuels de nos contemporaines. Notre correspondante au Panama vous propose un voyage dans le temps : quatre épisodes pour comprendre le rôle, la condition sociale et les combats des femmes lors de la construction du fameux canal de Panama.

A man, a plan, a Canal – Panama ! (Leigh Mercer)

Vraiment ?

Ce discours hégémonique est bancal. Si ce sont en effet des hommes qui ont entrepris la construction théorique puis physique du Canal de Panama, cette dernière n’aurait pu avoir lieu sans le travail des femmes.

Vous l’aurez compris, cette chronique de quatre épisodes intitulée « Femmes du Canal » cherche à rendre visibles ces femmes oubliées par l’histoire et qui ont tant compté dans la réussite de cet exploit.

Car la réalisation de cette excavation de plus de 77km est le résultat du travail de femmes et d’hommes de tous les âges, de toutes classes sociales et de tous les continents.

Le podcast :

Ou préférez-vous lire ?

Dans les années 1880, des ingénieurs français arrivèrent sur l’isthme de Panama avec le projet de s’établir à Panama et à Colon. L’accompagnement de leurs épouses et de leurs enfants fut justifié comme une garantie de la stabilité familiale, indispensable à la viabilité du projet. Nombreuses de ces Françaises piliers de famille rejoignirent également l’isthme pour être recrutées comme infirmières, maîtresses ou encore secrétaires par la Compagnie du Canal Français.

La tradition catholique étant de mise à l’époque, de nombreuses sœurs vinrent également au Panamá, assurant une double mission, l’une religieuse, l’autre concernant l’offre d’un service social, sans but lucratif. C’est ainsi que les Sœurs de la Charité de Saint Vincent de Paul s’installèrent à Panamá dans une période économique critique pour l’État fédéral qui se traduisit par une carence d’instruction et une déficience des conditions sanitaires. Ces soeurs tinrent un rôle particulièrement fort dans l’objectif d’assainissement de la zone du Canal et apportèrent des soins aux blessés et aux malades sans discrimination aucune.

Des femmes infirmières, maîtresses, secrétaires... ont contribué à la construction du canal de Panama. © CrossWorlds / Judith Couvé

Des femmes infirmières, maîtresses, secrétaires… ont contribué à la construction du canal de Panama. © CrossWorlds / Judith Couvé

 

La majorité de la population étant formée d’ouvriers, ces soeurs étaient exposés aux souffrances d’accidents de type explosions ou glissement de terrain et à la contraction de maladies. Si les problèmes sanitaires et financiers contraignirent les Français à abandonner la construction du Canal, il n’en fut pas tant pour ces sœurs qui restèrent sur place et collaborèrent, non sans une certaine rivalité, avec les infirmières américaines.

La présence féminine assurait une continuité des services domestiques, comme le ménage, le linge et la cuisine. Les carnets de voyageurs regorgent d’anecdotes sur les pratiques des laveuses – qui se retrouvaient par groupe de 5 à 7 pour battre le linge dans la rivière – et des vendeuses de rue proposant des fleurs, des fruits ou encore des cigares près des stations de train.

La construction du Canal sous les Français est une étape d’intégration progressive des femmes dans le secteur professionnel ; mais celle-ci resta cantonnée aux métiers du care et du travail domestique.

Des femmes durent, elles, avoir recours à la prostitution pour se constituer un salaire. Bien que les Français aient établi un règlement contre la prostitution clandestine, de nombreuses femmes gagnaient leur vie,  en “vendant leurs corps” aux ouvriers du Canal. Si cette pratique était bien mieux rémunérée que les autres selon les diverses sources de l’époque, elle exposait les femmes à des conditions de vulnérabilité liées à la violence et la corruption des réseaux de prostitution.

La construction du canal favorisa l’écart financier entre les femmes de différentes classes sociales, contribuant ainsi à une sectorisation de la société par salaire et couleur de peau qui ne cessera de croître avec la construction américaine.

Judith Couvé

>> Retrouvez le deuxième épisode des Femmes du Canal dimanche prochain.

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Le canal de Panama, vu du ciel, en 2017. © Flickr/CC/Bernal Saborio

Kwanzaa : une fête pour célébrer l’identité africaine-américaine

Lorsqu’il était candidat, Donald Trump accusait Barack Obama de souhaiter « bon Kwanzaa » mais pas « joyeux Noël » aux Américains – ce qui était faux. Une fois élu président, Donald Trump a présenté ses vœux à tous ceux qui célèbrent la fête de Kwanzaa, célébration qui s’est achevée en début de semaine. Beaucoup d’activistes ont dénoncé un comportement hypocrite.

Que représente cette fête pour les Américains ?

Les sept jours de célébration de Kwanzaa sont animés par des spectacles. © Flickr/CC/Black Hour

Les sept jours de célébration de Kwanzaa sont animés par des spectacles. © Flickr/CC/Black Hour

 

« Nous »

Depuis 1966, chaque année du 26 décembre au 1er janvier se déroule une fête des Africains-Américains appelée « Kwanzaa ».

Elle a été inventée par Maulana Karenga, professeur et intellectuel connu dans la communauté noire aux Etats-Unis pour son activisme. Figure importante du mouvement Black Power dans les années 1960 et 1970, il a ensuite cofondé avec Hakim Jamal l’organisation Us, un groupe nationaliste noir en concurrence avec les Black Panthers. Us désigne « us » c’est-à-dire « nous » les Noirs, en opposition à « them » c’est-à-dire « eux », les oppresseurs.

La fête du Kwanzaa revêt une signification particulière et politique pour la communauté noire américaine. Ce n’est pas une célébration religieuse mais une fête qui tend à rassembler les Africains-Américains autour de leur héritage culturel commun, prônant l’affirmation de soi.

Le nom vient de la phrase « matunda ya kwanza » qui signifie ”premiers fruits” en swahili, langue africaine majoritairement parlée en Afrique de l’Est. C’est une référence aux célébrations qui suivaient les premières récoltes en Afrique et au panafricanisme.

Héros

Lors de Kwanzaa, que ce soit en famille ou entre étudiants dans les universités, on célèbre les héros de l’histoire des Africains-Américains, on organise des évènements culturels et culinaires pour redonner de l’importance à la culture noire, et à sa place dans l’Histoire tout court.

Des hommages sont rendus à des figures historiques comme Rosa Parks, Martin Luther King ou à des artistes qui ont marqué l’histoire de leur domaine, comme Bob Marley par exemple. Il s’agit aussi de faire une fête pour les Noirs,  Noël étant perçu comme une fête pour les Blancs. Pour des raisons religieuses ou traditionnelles, les Africains-Américains n’ont, bien sûr, pas à choisir entre Noël et Kwanzaa.

Une fête très symbolique, mais moins célébrée

Toutefois, très peu d’Américains célèbrent Kwanzaa, qui semble être moins populaire que jadis. Selon Mark Anthony Neal, auteur et professeur d’études africaines-américaines, le déclin s’explique par le sentiment que c’est une fête fabriquée et artificielle et par le fait que la nouvelle génération africaines-américaine ne ressent pas le besoin de cette fête pour apprendre ou célébrer son héritage car elle est plus facilement au courant de l’histoire de sa communauté et de ses combats, grâce à Internet notamment. Mais avec des mouvements plus récents comme #BlackLivesMatter qui peuvent être intégrés dans Kwanzaa, un regain d’intérêt est espéré par certains militants.

Se déroulant juste après Noël et Hanoukka, le manque de popularité de Kwanzaa peut aussi venir de la relation méfiante entre les églises noires qui n’encouragent pas toujours leurs fidèles à célébrer cette fête considérée païenne.

7 jours pour 7 valeurs

Kwanzaa dure sept jours et ce n’est pas un chiffre choisi par hasard. Chaque jour est célébrée l’une des sept valeurs suivantes, « nguzo saba » en swahili : « umoja » qui désigne l’unité, « kujichagulia » qui désigne l’auto-détermination, « ujima » qui désigne le travail collectif et la responsabilité, « ujamaa » qui désigne la coopération économique, « nia » qui désigne le but, « kuumba » qui désigne la créativité et « imani » qui désigne la foi.

Le symbole de ces principes est un bougeoir à sept branches et sept bougies appelé « kinara ». Trois bougies vertes, une noire et trois rouges, en référence au drapeau panafricain présenté en 1920 par le militant Marcus Garvey lors de la première convention de l’Universal Negro Improvement Association (UNIA). Sur les étales des magasins de cartes postales, on peut trouver des cartes aux couleurs de ce drapeau souhaitant un “Happy Kwanzaa !” et les bougeoirs sont placés dans les salons avec d’autres décorations représentant l’Afrique.

Astrig Agopian

Jérusalem, jeudi 7 décembre : après l’annonce de Trump

Mercredi 6 décembre, Donald Trump reconnaît Jérusalem comme capitale d’Israël et promet d’y transférer l’ambassade américaine. Le lendemain, jeudi 7, la ville se vide à la faveur d’un appel à la grève de l’autorité palestinienne. Une journée de flottement au milieu des tensions.

Vendredi 8, jour de prière hebdomadaire dans le culte musulman, des confrontations entre Palestiniens et forces de l’ordre israéliennes éclatent dans la ville.

A quelques mètres du Saint Sépulcre, haut lieu de la chrétienté, les rues habituellement noires de monde sont vides et les échoppes à touristes fermées, respectant ainsi l'appel à la grève de l'autorité palestinienne. © CrossWorlds / Lisa Birgand Balcon

© CrossWorlds / Lisa Birgand Balcon

 

A quelques mètres du Saint Sépulcre, haut lieu de la chrétienté, les rues habituellement noires de monde sont vides et les échoppes à touristes fermées, respectant ainsi l’appel à la grève de l’autorité palestinienne. Jérusalem, 7/12/2017

Quelques courageux pèlerins bravent les interdits de leurs ambassades pour visiter le Saint Sépulcre. © CrossWorlds / Lisa Birgand Balcon

© CrossWorlds / Lisa Birgand Balcon

 

Quelques courageux pèlerins bravent les interdits de leurs ambassades pour visiter le Saint Sépulcre. Jérusalem, 7/12/2017

Alors que les marchands de bondieuseries ont disparu de l'esplanade des mosquées, un homme s’improvise vendeur de Keffiehs, symbole de la résistance palestinienne. Jérusalem, 6/12/2017 © CrossWorlds / Lisa Birgand Balcon

© CrossWorlds / Lisa Birgand Balcon

 

Alors que les marchands de bondieuseries ont disparu de l’esplanade des mosquées, seul reste un vendeur de Keffiehs, symbole de la résistance palestinienne. Jérusalem, 7/12/2017

 A la sortie de la Vieille Ville, certains célèbrent la décision américaine. Ambiance oppressante pourtant joyeuse pour ces musiciens de rue. Jérusalem, 6/12/2017 © CrossWorlds / Lisa Birgand Balcon

© CrossWorlds / Lisa Birgand Balcon

 

A la sortie de la Vieille Ville, certains célèbrent la décision américaine. Ambiance oppressante pourtant joyeuse pour ces musiciens de rue. Jérusalem, 7/12/2017

6 décembre 2017 : la mairie de Jérusalem se pare d'un drapeau américain © CrossWorlds / Lisa Birgand Balcon

© CrossWorlds / Lisa Birgand Balcon

 

6 décembre 2017 : la mairie de Jérusalem se pare d’un drapeau américain

La veille de l’annonce, ces posters atypiques fleurissent déjà à travers la ville. © CrossWorlds / Lisa Birgand Balcon

© CrossWorlds / Lisa Birgand Balcon

 

La veille de l’annonce, ces posters atypiques fleurissent déjà à travers la ville.

 

Aujourd’hui, le reste de la région est lui aussi sous tension, notamment la bande de Gaza, où deux Palestiniens sont morts.

Lisa Birgand

« Orange days » : notre sélection d’articles sur la lutte contre les violences faites aux femmes

Ce week-end, la Journée contre les violences faites aux femmes a lancé les « orange days » : 16 journées de campagne menées par l’ONU pour mettre fin à ces violences. Pour que le « non » aux violences faites aux femmes soit exprimable, audible et respecté.

A cette occasion, nous vous proposons une sélection d’articles rédigés ces dernières années par nos correspondants, qui éclairent la situation dans leurs pays d’accueil.

Le « non » de Judith Couvé

Notre correspondante au Panama, Judith Couvé, a exprimé en disant sa vision du "non". © CrossWorlds / Judith Couvé

Notre correspondante au Panama a dessiné sa vision du « non ». ©CrossWorlds / Judith Couvé

Etats-Unis

Lors d’un Regard Croisé sur l’aube dans 8 pays du monde, notre correspondante à Washington écrivait sur ces femmes qui s’organisent pour lutter contre le harcèlement de rue. Rencontre avec Lauren Taylor, fondatrice de l’association Defend yourself à l’occasion de cette journée internationale :

CINQ HEURES — Washington, quand la nuit inspire la peur

Corée du Sud

Des centaines de personnes se réunissent chaque mercredi devant l’ambassade japonaise de Séoul pour protester contre l’impunité de ce crime de guerre.

« Femmes de réconfort » : le passé d’esclavage sexuel dont le Japon a du mal à se débarrasser

Argentine

Malgré un statut pénal existant, la situation reste critique dans le pays où une femme est assassinée toutes les 32 heures. Retour sur cette situation alarmante à l’origine du mouvement #NiUnaMenos :

L’Argentine punit le « féminicide ». Et pourtant…

Irlande

Parmi le portrait de femmes, découvrez celui de Joan, l’oreille des femmes abusées.

Angleterre, Canada, Irlande… Ces femmes qui nous interpellent

Afrique du Sud

Un pays où 53 617 cas de viols ont ainsi recensés par la police en 2014-2015, sachant que seule une faible proportion des femmes porte plainte.

La banalité silencieuse des violences faites aux femmes en Afrique du Sud

Leur Hollywood à eux : à San Diego, une étoile fuyante se raconte

Leur Hollywood à eux (4/6). Nos correspondants au Canada entament un long voyage dans l’ouest des Etats-Unis. Ils vous proposent de comprendre le pays qu’ils traversent à travers l’image que les habitants s’en font, à travers le film projeté dans leurs têtes pour parler de leur nation, en bref : à travers leur Hollywood à eux.

On vous parle d’Amérique et vous voyez les grandes chevauchées à travers les déserts rocailleux, des policiers qui résolvent des enquêtes un café à la main, des surfeurs-coureurs zigzagant entre les palmiers, des forêts d’immeubles éclairés ou encore des stations services perdues dans des champs de blé. Des images colorées, vibrantes – des images de cinéma. Lorsqu’enfin vous arrivez aux États-Unis, tout vous semble presque familier. Fantasmes et songes trouvent enfin un endroit où se poser. Les images des westerns se superposent aux grandes plaines arides de l’Utah, et il vous semble apercevoir l’ombre de vos personnages préférés déambuler entre les collines de San Francisco.

Vous, c’est nous. Rime et Clément. Nous avons quitté le Canada pour découvrir ce pays voisin. On observe les gens autour de nous, dont ce décor de cinéma est le quotidien. Mais quel film représente le mieux leur pays ? Quel personnage de film les rend fier ? Dans quel film aimeraient-ils vivre ? Quel film représente ce qu’ils détestent le plus des États-Unis ? Ces quatre questions guideront nos rencontres.

Quatrième épisode : San Diego

Nous voilà arrivés à San Diego, ville de vacances perpétuelles. Après avoir passé de longues heures polluées dans les mythiques embouteillages de Los Angeles, les start-uppeurs hyperactifs de la Sillicon Valley peuvent enfin se reposer. Dans le quartier d’Ocean Beach, tout mène à la plage. Sur la longue artère principale, les promeneurs au pas languide, une glace à la main et des tongs au pieds, déambulent sans fin sous les longs palmiers. Le vent est puissant, et l’on croirait presque entendre le bruit des vagues depuis l’auberge de jeunesse à quelques pas de là (auberge d’ailleurs classée la meilleure aux Etats-Unis, comme en témoigne l’article fièrement accroché au mur). L’établissement ne manque pas de style : ses murs multicolores sont envahis de dessins d’algues, méduses et autres merveilles océaniques, et un peace lumineux brille sur le toit. Dans l’entrée, quelques surfeurs se rincent rapidement avant de ranger leur planche de surf, promenant avec eux une odeur de sel.

Roberta, l’étoile fuyante

Le soir, une tournée des bars est organisée. Seuls les mineurs qui n’ont pas encore atteint leur vingt-et-unième année restent dans la véranda de l’auberge, noyant leur infortune au son d’un mauvais air de guitare, buvant la bière qu’ils ont quand même réussi à acheter. Le lendemain matin, certains sont encore là, refusant de mettre fin à leur soirée. Dans ce tableau classique, une seule étrangeté : une femme âgée à la voix de fumeuse, la peau tannée et ridée, ses immenses ongles manucurés posés sur des cuisses découvertes, raconte avec emphase l’histoire de sa vie à un groupe de jeunes impressionnés.

Roberta Steinberg vient de Los Angeles. Elle a plus de soixante-ans, de faux cheveux blonds parfaitement lissés et des joues poudrées. Avec elle on retrouve les frasques et les contrastes de Los Angeles, la vieillesse masquée par la poudre rose, les rides se mélangeant au bronzage. Elle accepte sans hésiter de répondre à nos questions, mais demande à aller se recoiffer avant de se faire photographier. Roberta Steinberg aime parler, romancer sa vie. Elle dit avoir écrit des films et gagné de l’argent, avant d’arrêter pour retrouver de l’authenticité. Elle dit aussi avoir été victime de l’Eglise de Scientologie, qui lui aurait pris sa fille et ses parents et la poursuivrait sans relâche, l’obligeant à voyager sans cesse. Ses histoires sont invérifiables. Roberta Steinberg semble effectivement avoir inventé plusieurs films, mais sur sa propre vie.

Roberta Steinberg dans la cour de l’auberge de jeunesse. © Clément Foutrel

Roberta Steinberg dans la cour de l’auberge de jeunesse. © Clément Foutrel

 

 

– Quel film représente le mieux votre vision de l’Amérique ?

Tout dépend de l’époque qui vous intéresse aux Etats-Unis. Quand j’étais enfant, il y avait un film qui s’appelait Du Silence et des Ombres (To Kill a Mockingbird). Je rêvais d’être l’avocat dans ce film.  Je pensais que c’était ça, les Etats-Unis : l’équité, la justice… Mais je ne dirais pas que c’est encore le cas aujourd’hui.

Bande-annonce du film To Kill a Mockingbird

 

– Pourquoi n’est-ce plus valable ?

L’Amérique a changé. Avant, on valorisait l’intégrité, l’honneur, l’honnêteté. Bien sûr, les gens voulaient être riches avant aussi, mais leur éducation ne les poussait pas à désirer la richesse. On leur apprenait à aspirer à des principes plus importants, à avoir bon caractère. Tout le monde se fiche aujourd’hui d’avoir bon caractère, ils s’intéressent juste à combien d’argent ils ont. Et s’ils ont beaucoup d’argent, il y a de grandes chances pour qu’ils n’aient pas bon caractère !

Maintenant, on est attirés par les criminels, les escrocs. Il y a un film qui s’appelle L’Arnaque (The Sting), dans lequel des criminels installent un faux câble dans une course de chevaux, et gagnent beaucoup d’argent grâce à ça.

Voilà ce à quoi les gens aspirent : gagner de l’argent, honnêtement ou pas.

Les valeurs ont changé. Personne ne parle plus du niveau d’éducation d’une personne, de si elle lit beaucoup, si elle parle correctement… Non. Il n’y en a que pour l’argent que ça rapporte. Avant, un candidat à la présidentielle était quelqu’un de cultivé, parfois un intellectuel. Maintenant, c’est juste quelqu’un qui a de l’argent.

Bande-annonce du film The Sting

 

– Donc, quel film choisiriez-vous pour représenter l’Amérique d’aujourd’hui ?

Vous savez quel est le dernier film que j’ai vu ? Vous allez mourir de rire. C’était à propos du gars qui a inventé Facebook, Mark Zuckerberg. Ca s’appelle The Social Network. J’ai été fascinée par la manière dont Zuckerberg a créé le réseau. Même si en fait, l’histoire n’est pas si fascinante que ça, il voulait juste rencontrer des filles ! Mais Mark Zuckerberg est quelqu’un que j’admire, car même s’il est riche et célèbre, il a fait quelque chose pour le mériter.

J’utilise beaucoup Facebook moi-même. En ce moment, j’écris un livre sur la Scientologie, pour montrer que c’est une organisation criminelle. C’est grâce à Facebook que j’ai réussi à rentrer en contact avec d’autres victimes de la scientologie. Avant, je me demandais, « Est-ce que je suis la seule à être au courant de ça ? ». Puis je suis allée sur Facebook, et j’ai découvert toutes ces autres victimes de l’organisation. C’était vraiment une bonne chose pour moi.

Bande-annonce du film The Social Network

 

– Quel genre de film vous écriviez ?

C’était il y a très longtemps … C’était des comédies. Quand j’étais petite, j’étais fan de films, et mes parents étaient aussi dans le cinéma, donc j’ai été élevée dans ce milieu, à Los Angeles. Lorsque j’avais 20 ans, j’avais un théâtre qui s’appelait Kentucky Fried Theatre. Oui, comme Kentucky Fried Chicken (KFC). On était un groupe d’amis, avec David, Jerry Zucker, Jim Abrahams, et on faisait des sketches.

Au début des années 70, on a écrit un film à partir de nos sketches. On a gagné beaucoup d’argent grâce à ça. J’ai épousé le gars avec qui j’écrivais, et on écrivait jour et nuit, il y avait beaucoup de drogues … C’était un vrai ego trip, je ne pouvais plus le supporter. C’était amusant lorsqu’on ne gagnait pas d’argent, mais quand on a commencé à en gagner on n’arrêtait plus de se disputer. Ce n’était pas fait pour moi.

– Vous regrettez cette période de votre vie ?

Je ne le regrette pas, mais je n’en suis pas fière. Je pense que c’était une mauvaise période de ma vie. Ce n’était pas authentique, il y avait trop de drogues … Pas un style de vie qui valorisait l’intégrité. C’était comme se prostituer, en un sens. 

Je n’en parle jamais, parce que lorsque je m’en suis sortie, j’ai vécu une meilleure vie, une vie plus heureuse. Je n’ai pas gagné autant d’argent et personne ne me demandait mon autographe, mais pourquoi aurais-je besoin de ça de toute façon ? Beaucoup des gens avec qui je travaillais sont déjà morts, ou malades à cause de tous les trucs qu’ils prenaient, et regardez-moi ! Je vais bien, je m’en suis sortie.

C’est l’une des raisons pour lesquelles je trouve ça si difficile de regarder des films. Lorsque je regarde des comédies, je me dis que je devrais être en train d’en écrire ! Mais j’ai décidé que ce n’était qu’un monde fantastique, et que je voulais vivre dans la réalité. Mais je suis sûre que l’industrie du cinéma a changé aujourd’hui, c’est ce que m’ont dit des anti-scientologie.

– Quel film représente ce que vous détestez en Amérique ?

Vous savez, si je vais voir un film et que je le déteste, je me lève et je sors du cinéma ! Si je déteste un film, je ne le regarde jamais jusqu’au bout.

Propos recueillis par Rime Abdallah (texte) et Clément Foutrel (photo)

Découvrez les autres épisodes de notre série « Leur Hollywood à eux »

Leur Hollywood à eux : deuxième arrêt à Orick

Leur Hollywood à eux (2/6). Nos correspondants au Canada entament un long voyage dans l’ouest des États-Unis. Ils vous proposent de comprendre le pays qu’ils traversent à travers l’image que les habitants s’en font, à travers le film projeté dans leurs têtes pour parler de leur nation, en bref : à travers leur Hollywood à eux.

On vous parle d’Amérique et vous voyez les grandes chevauchées à travers les déserts rocailleux, des policiers qui résolvent des enquêtes un café à la main, des surfeurs-coureurs zigzagant entre les palmiers, des forêts d’immeubles éclairés ou encore des stations services perdues dans des champs de blé. Des images colorées, vibrantes – des images de cinéma. Lorsqu’enfin vous arrivez aux États-Unis, tout vous semble presque familier. Fantasmes et songes trouvent enfin un endroit où se poser. Les images des westerns se superposent aux grandes plaines arides de l’Utah, et il vous semble apercevoir l’ombre de vos personnages préférés déambuler entre les collines de San Francisco.

Vous, c’est nous. Rime et Clément. Nous avons quitté le Canada pour découvrir ce pays voisin. On observe les gens autour de nous, dont ce décor de cinéma est le quotidien. Mais quel film représente le mieux leur pays ? Quel personnage de film les rend fier ? Dans quel film aimeraient-ils vivre ? Quel film représente ce qu’ils détestent le plus des États-Unis ? Ces quatre questions guideront nos rencontres. Après un premier arrêt à Portland, on pose nos valises à Orick. 

Deuxième épisode : Orick

Orick, Californie, 357 habitants selon le dernier recensement en 2010. Non loin des immenses troncs rougeâtres du Redwoods National Park, un petit dinner accueille les travailleurs matinaux et les randonneurs en quête d’œufs frits et de bacon. Les habitués sont souvent assis seuls au bar, gobant leurs immenses plats en quelques secondes, le regard dans le vague. D’autres viennent à plusieurs, discutent vaguement en buvant une dizaine de tasses de free refill coffee (café à volonté). L’unique serveuse, les bras tatoués et les sourcils froncés, a le geste assuré. Sa voix porte loin, on entend les commandes fuser dans tout le dinner.

Taitasia, adolescente désabusée

Dans un coin, la fille de la serveuse est assise. Les cheveux blonds et le regard blasé, les yeux fixés sur son smartphone et les doigts qui papillonnent sur le clavier. L’adolescente refuse de se faire photographier. L’originalité de son prénom détonne avec son air renfrogné : Taitasia, un nom unique, aux sonorités fantastiques, que sa mère lui a inventé.

L’intérieur du Palm Cafe Motel. © Crossworlds / Clément Foutrel

L’intérieur du Palm Cafe Motel où travaille la mère de Taitasia. © Crossworlds / Clément Foutrel

 

– Quel film représente le mieux « ton Amérique » ?

Vous connaissez la série Shameless ?

Ça parle d’une grande famille, et les pères sont tout le temps bourrés…

Ça parle juste d’une grande famille qui fait plein de trucs tarés. Je connais beaucoup de gens comme ça. Je viens de l’Iowa, mais j’ai déménagé en Californie. Il y a beaucoup de gens comme ça en Californie.

Dans Shameless, ils sont une bande d’enfants avec chacun leur famille, leur mère et leur père… Pas vraiment des bons pères, mais bon… Il y a beaucoup de gens alcooliques ici. Pas forcément alcooliques, mais accro à quelque chose.

– Quel personnage de film aimerais-tu être ?

Euh… Je sais pas, peut-être la Belle dans la Belle et la Bête ? Parce que c’est un film heureux, qui se finit bien. Il y en a un tout nouveau, il vient juste de sortir.

– Dans quel film aimerais-tu vivre ?

Je sais pas, sûrement un film avec une plage, quelque chose comme ça …

– Quel film représente ce que tu détestes le plus ici ?

Sûrement un film sur un tremblement de terre, ou un tsunami. Il y en a un très bien, j’ai oublié comment il s’appelait … C’est à propos d’un grand tsunami qui détruit tout San Francisco. C’est très triste, mais c’est vraiment un bon film.

– Mais pourrais-tu nous parler d’un film que tu détestes vraiment ?

Taitasia : Je sais pas … Maman, quel film tu détestes ?

Maman : Un film que je déteste … Je dirais les films de guerre. Parce que c’est tragique. Il y a différentes sortes de tragédie, mais cette sorte-là est tragique pour tous ceux qui sont impliqués.

Taitasia : Moi, j’adore les films de guerre.

Propos recueillis par Rime Abdallah et Clément Foutrel

La bande annonce de la série Shameless, représentant l’Amérique selon Taitasia :

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Leur Hollywood à eux : premier arrêt à Portland

Leur Hollywood à eux (1/6). Nos correspondants au Canada entament un long voyage dans l’ouest des Etats-Unis. Ils vous proposent de comprendre le pays qu’ils traversent à travers l’image que les habitants s’en font, à travers le film projeté dans leurs têtes pour parler de leur nation, en bref : à travers leur Hollywood à eux.

On vous parle d’Amérique et vous voyez les grandes chevauchées à travers les déserts rocailleux, des policiers qui résolvent des enquêtes un café à la main, des surfeurs-coureurs zigzagant entre les palmiers, des forêts d’immeubles éclairés ou encore des stations services perdues dans des champs de blé. Des images colorées, vibrantes – des images de cinéma. Lorsqu’enfin vous arrivez aux États-Unis, tout vous semble presque familier. Fantasmes et songes trouvent enfin un endroit où se poser. Les images des westerns se superposent aux grandes plaines arides de l’Utah, et il vous semble apercevoir l’ombre de vos personnages préférés déambuler entre les collines de San Francisco.

Vous, c’est nous. Rime et Clément. Nous avons quitté le Canada pour découvrir ce pays voisin. On observe les gens autour de nous, dont ce décor de cinéma est le quotidien. Mais quel film représente le mieux leur pays ? Quel personnage de film les rend fier ? Dans quel film aimeraient-ils vivre ? Quel film représente ce qu’ils détestent le plus des États-Unis ? Ces quatre questions guideront nos rencontres.

Premier épisode : Portland

Des flammes et des drapeaux rouges et noirs s’élèvent dans les rues du centre-ville tandis que des hauts-parleurs posés sur des camions blindés annoncent la prochaine charge des policiers. C’est la journée du travail à Portland ; des policiers suréquipés font face à des anarchistes encagoulés. Si une centaine de manifestants ne peut résumer une ville, Portland semble malgré tout bien incarner cette Amérique de la contre-culture. Cafés, librairies, magasins… : tout ici est conceptualisé, idée avant-gardiste. Il faut éviter, à tout prix, la culture mainstream (dominante). Une bulle de restos vegans au pays des fast-food, où l’originalité fait loi. Ici, on s’indigne à voix haute du non respect des droits de l’homme. Pourtant, devant les galeries d’art dénonçant la condition des transgenres au Mexique, sont allongés sur le trottoir des hommes et des femmes qui font la manche.

Claire, fille de la contre-culture

Non loin de là, dans un petit hostel (auberge de jeunesse), le soir tombe et la pluie s’éternise. Hipsters en robes amples et cheveux longs se repaissent tranquillement de chou kale et beurre vegan. Claire est serveuse au café de l’hostel depuis janvier. Avant, elle profitait encore des largesses du soleil californien à Humble County, sa ville d’origine. Comme la plupart des gens que l’on croise sur notre chemin, elle dit ne rien connaître au cinéma. Intriguée pourtant, elle accepte de répondre aux questions, interrompue de temps à autres par le va-et-vient des clients.

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Claire derrière le bar de l’auberge de jeunesse. © CrossWorlds / Clément Foutrel

 

– Quel film représente le mieux votre vision de l’Amérique ?

Je pense que les films de Gregg Araki offrent une représentation intéressante de l’Amérique. En fait, c’est un réalisateur japonais. Il fait une description apocalyptique de la culture américaine, de comment les américains ne mangent que des burritos et de la malbouffe, et ne s’intéressent à rien.  C’est important de parler de cette culture de la malbouffe. J’aime particulièrement le film The Doom Generation (La Génération Maudite). En gros, ça parle de notre génération, et peut-être de celle d’avant aussi. C’est un film de science-fiction, avec des éléments sexuels aussi. C’est une description de la jeunesse, de cette génération d’entre-deux  qui a tous ces objets de consommation autour d’elle. On ne trouve pas ce genre de choses dans les médias mainstream ou le cinéma hollywoodien.

– Quel personnage aimeriez-vous être dans un film et pourquoi ?

Je dirais que … Mince, je n’ai pas de réponse sous la main … Je regarde beaucoup de dessins animés, donc … Princesse Mononoké, ça compte ? J’aime juste beaucoup le fait que ce soit une badass (dure à cuire) qui se bat pour la vie, et qui est proche de la nature. Ce n’est pas du tout un film américain, mais bon…

– Dans quel film aimeriez-vous vivre ?

Harry Potter, Le Seigneur des Anneaux, un monde fantastique j’imagine. C’est sûrement parce que j’aime les créatures surnaturelles. Dans Le Seigneur des Anneaux par exemple, j’aime le lien que les personnages ont avec la nature. Je suis bizarre, je sais.

– Quel film représente ce que vous détestez aux Etats-Unis ?

Il y a beaucoup de films que je n’aime pas beaucoup, surtout les plus récents. Je dirais sûrement les films romantiques. Aucun en particulier ne me vient à l’esprit, mais je pense surtout à toute cette mise en scène hollywoodienne, avec une femme et un homme qui tombent amoureux, tout ce décor … Cette idée que l’amour vous sauve, cette idée du prince charmant… J’ai l’impression que ça amène les gens à penser que c’est cela, l’amour, et ça m’insupporte.

La nouvelle version de la Belle au Bois Dormant (Maléfique) m’énerve, je ne sais pas trop pourquoi. Déjà, je n’aime pas vraiment Angelina Jolie. Et je n’aime pas trop les animations 3D : c’est fait par ordinateur et non pas par des gens, donc ça tue la créativité artistique.

Propos recueillis par Rime Abdallah et Clément Foutrel

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Portrait urbain : “New York, tu l’as rêvée aussi, fantasmée même”

Notre correspondant à Montréal a pris la route vers le Sud et s’est rendu à New York. Dans un récit illustré de ses photographies, il nous livre son impatience, ses frustrations, et le bouillonnement qu’il a trouvé dans cette ville et qu’il emporte avec lui.

Bien sûr, on s’y attend. On te l’a dit et redit : New York te submergera, tu n’auras l’air de rien, de plus rien. Tu le sais,  une ville – la ville, cette ville – change un corps. Tu lèveras la tête mais le ciel n’aura plus de bleu. Tu fermeras les yeux mais le noir t’éblouira. Tu tenteras de ne plus écouter mais le silence aura fui car, là-bas, ce sont les sons qu’on respire. Tout ça tu le sais.

New York, tu l’as rêvée aussi, fantasmée même. Car, on ne sait trop pourquoi, l’écrasement a quelque chose de séduisant. Cette décomposition, tu veux la vivre ne serait-ce qu’une fois, non pas pour dire que « tu l’as fait » mais pour modeler tes sens à jamais.

Et puis tu l’as déjà vue et revue ; mais toujours à travers les autres, leurs photos, leurs récits. Tu t’es projeté tout entier dans ces gens, ces paysages , ces sons. Mais les images défilaient et tu restais dans le fauteuil rouge. Il fallait te lever.

De sorte que, dans l’avion qui t‘y mène, il n’y a rien d’autre en toi que ce mélange de savoirs et de rêves, de certitudes et d’imaginaires.

Froid inhumain : de glace et d’acier

New York, février 2017. © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017. © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

 

Sortant du métro, une glace venteuse t’accueille. Les flocons aveuglants givrent tes cils et tu baisses la tête, masquant tes rictus dans une écharpe humide. Quand le vent suspend son souffle, tu relèves la tête : tu veux voir, retenir les premières images de cette ville qui se cache. Mais il n’y a que des ombres, de vagues silhouettes vacillant dans le vent. Les mots et les couleurs se diluent et seules les lignes noires des immeubles résistent. Il n’y a que cette lumière donnée par un camion publicitaire jaune drapé d’un drapeau américain. Une bourrasque reprend et tu replonges la tête, les yeux collés au sol.

New York, février 2017. © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017. © CrossWorlds / Clément Foutrel

 

Dans une station métro, tu veux trouver le repos. Mais la violence de l’architecture se substitue à celle de la nature, le flou neigeux est chassé par une lumière écrasante. En bas, au creux de cette colombe, serpentent des hommes bien trop nets. Il faut sortir de cette prison de l’irréel.

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

 

Dehors, la glace a cessé sa course, figeant la ville et le ciel. Le soleil blanc jette maintenant sa lumière sur des tours d’un bleu bien trop pâle où tout se reflète sans qu’il n’y ait rien à montrer. Piégées dans des câbles rectilignes, les voitures flottent dans l’acier du pont de Brooklyn, filant vers des rives où les arbres n’ont plus leur place. Au-dessus de l’Hudson River et sans air, tu dois monter.

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

 

Alors tu montes haut, là où l’homme ne monte plus, où seules quelques tiges en verre viennent briser un ciel vide. Plus de nature, plus d’homme, le monde est gris. En bas, l’air ne passe plus. Les vitres se succèdent, identiques, étouffant l’espace. Ni dessus, ni dessous, cette masse de verre et d’acier est tout : un tout de petites fenêtres carrées et d’escaliers de secours. Le regard perd prise. Sans assise, il vole d’immeubles en immeubles. Piégés, tes yeux s’enivrent et les cimes tranchantes des gratte-ciels forment peu à peu une forêt accueillante. Il est temps d’y replonger pleinement.

La sueur des briques et des hommes

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

 

A ton retour au sol, dans le creux des aiguilles de verre, la glace a fondu dans les vapeurs humaines. Les lignes se font courbes et l’horizon semble s’être bouché pour mieux te protéger. La brique se mêle au fer et les sons dansent dans la pierre. Tout est mouvement et il ne te reste plus qu’à tourner dans le bruit des sirènes.

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New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

 

Le soir, les immeubles longeant Central Park baignent dans un ciel rosé. Tu rejoins alors quelques badauds qui déambulent le long du Réservoir profitant de la chaleureuse simplicité des soirées hivernales. Un peu par hasard, tu atteins finalement Harlem où un « jazz live » écrit à la craie te convainc d’y passer la soirée.

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

 

A l’intérieur, adossée au mur, une poignée de musiciens fait vibrer les briques et chantonner les habitués. Dans la pénombre, une octogénaire bat la mesure de ses doigts, le sourire et les yeux dans le souvenir de ses jeunes soirées. Et toi, tu es là, au milieu de ces femmes qui se déhanchent et de ces hommes qui les admirent. Tu bois ces regards qui t’entourent, tu sens cette chaleur qui t’aspire. A la pause, les bras se serrent et les rires s’élèvent, avant que les corps se mêlent de nouveau à la mélodie cuivrée du saxo.

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

 

Et puis, enfin, tu reprends le métro. Un métro non plus blanc comme la mort mais noir comme les traces de la vie. En face, un homme simplement.

 

Clément Foutrel

 

Au Missouri, on peut désormais porter une arme sans permis

C’est une affaire qui, au milieu des remous de l’élection de Donald Trump, est passée inaperçue à l’internationale. Depuis le 1er janvier, au Missouri, il est pourtant plus simple d’obtenir un revolver que le permis de conduire (qui requiert, lui, une formation).

Alors que Barack Obama, défenseur d’un contrôle accru des acheteurs d’armes à feu, vivait ses derniers jours en tant que président, cet État du centre des États-Unis mettait en application une loi changeant la donne en matière de port d’armes. Au terme d’une longue bataille politique, le parlement du Missouri a adopté le constitutional carry, permettant à tout citoyen de porter une arme cachée sans permis. Retour sur une loi controversée et sur ses implications.

Open-carry vs. concealed-carry

Aux États-Unis, posséder une arme est un droit fondamental. Le célèbre deuxième amendement de la Constitution américaine déclare ainsi que dans un souci de sécurité, « le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé. »

Une fois l’arme procurée légalement, certaines mesures assurent cependant une forme de régulation. C’est le cas de la distinction entre le port d’une arme visible de tous (open carry) et le port d’une arme cachée (concealed carry). Jusqu’au 1er janvier, le Missouri permettait le port ouvert sans permis (sauf dans les écoles et les crèches), mais imposait une série d’examens et de formations pour les candidats au concealed carry.

 

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Depuis le 1er janvier 2017, les habitants du Missouri peuvent porter une armée cachée sans permis. © Flickr / CC / Rod Waddington

 

La nouvelle loi, appelée constitutional carry par ses défenseurs en référence au deuxième amendement, supprime cette exigence, autorisant ainsi tout individu de plus de 18 ans et n’ayant pas été condamné pour crime à acheter une arme et à la porter cachée, sans formation obligatoire ni vérification du passé psychiatrique.

Cette réforme, qui a provoqué de nombreux remous, a aussi fait parler d’elle par l’instauration d’une motion Stand your ground (Défendez votre territoire), permettant aux porteurs d’armes d’user de la force sur la voie publique s’ils se sentent en danger. La Castle Doctrine (la doctrine du château), qui permet d’utiliser ses armes pour se protéger sur sa propriété privée, a aussi été étendue aux invités des propriétaires et aux baby-sitters.

« Une parfaite tempête »

Tout au long des débats au parlement local, la loi a fait face à une rude opposition. Elle a été qualifiée de « parfaite tempête » par les élus démocrates et a suscité l’hostilité des forces de l’ordre de l’État.

Dans une interview donnée au Kansas City Star en septembre dernier, le président de la Missouri Police Chiefs Association exprimait son inquiétude face aux répercussions de la réforme en termes de sécurité. « Les personnes à qui on aurait interdit de porter une arme cachée auparavant pourront le faire grâce à cette loi », déclarait Paul Williams. « Cela met en danger les officiers qui auront affaire à eux sur la voie publique. »

Le gouverneur de l’époque, le démocrate Jay Nixon, avait décidé de poser son veto, déclarant que la loi mettrait des armes dans les mains de personnes « dont le casier judiciaire révèlerait des délits ou ferait penser au shérif qu’ils constituent un danger ». Après un contournement du veto par une législature composée aux deux tiers de représentants républicains, la loi a été acceptée mi-septembre.

Dans une série de tweets, la NRA (National Rifle Association) avait soutenu, puis félicité les républicains qui avaient voté contre le veto.

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« C’est un grand jour pour la liberté au Missouri », déclarait Chris Cox, directeur exécutif du lobby pro-armes.

« Le corps législatif a tenu bon pour défendre les droits constitutionnels des honnêtes citoyens contre le veto malavisé du gouverneur Nixon. »

Dès l’annonce du passage en force des républicains, des voix d’inquiétude se sont aussi faites entendre, aussi bien à l’échelle locale que dans la presse nationale. Grace Whitlock Vega, vice-présidente du mouvement anti-raciste Race Matters, Friends de la ville de Columbia, s’était ainsi montrée très pessimiste sur l’impact de la loi pour les minorités raciales, nombreuses dans cette ville du centre du Missouri.

« Ce qui va se passer va être désastreux. Les Blancs et les forces de police sont déjà effrayés par ceux qui ne leur ressemblent pas, et nous allons aux devants d’énormes problèmes », nous déclarait-elle au cours d’une longue interview en septembre dernier.

Ce sentiment, partagé par d’autres défenseurs des droits des minorités, résonne tout particulièrement avec le climat de tensions raciales qui culmine dans l’État depuis l’assassinat de Michael Brown et les émeutes de Ferguson en 2014 (Michael Brown, un jeune afro-américain non armé, avait été abattu par un officier de police). Un rapport de la Missouri State Highway Patrol estimait que les crimes de haine avaient doublé dans l’État entre 2014 et 2015.

« Le public ne comprend pas les responsabilités des propriétaires d’armes »

Au-delà de la question raciale, l’absence de formation obligatoire créée par la nouvelle loi est mal perçue, y compris du côté des défenseurs du port d’armes.

« Le public entend parler de la nouvelle loi, mais il ne comprend pas ses différentes ramifications et quelles sont les responsabilités qui incombent aux propriétaires d’armes », déplorait en décembre le gérant d’une armurerie que nous avions rencontré.

Ce commerçant proposait aussi des cours pour les nouveaux acheteurs.

 

Le Mid America Arms Gun Club, un club de tir à Saint Louis (Missouri). © Flickr / CC / Thomas Hawk

Le Mid American Arms gun club, où il est possible d’acheter des armes, est situé dans l’une des trois grandes villes du Missouri, Saint-Louis. © Flickr / CC / Thomas Hawk

 

« Je ne pense pas que les gens doivent avoir plus peur. Ma vraie inquiétude concerne les personnes qui ne s’entraînent pas de manière responsable avant de porter une arme », poursuivait-il lorsqu’on lui demandait si la loi devait être un sujet d’inquiétude.

Le plus inquiétant pour lui reste que de nombreux propriétaires agissent sans connaître leurs droits et leurs devoirs. Dans certains lieux – comme les bâtiments officiels ou les tribunaux – il est toujours interdit de porter une arme. Sans formation obligatoire, ceux-ci pourraient enfreindre la loi sans en avoir conscience.

« Nous sommes pour la protection par la Constitution des porteurs d’armes, mais nous voulons aussi que les gens soient formés. C’est plus sûr pour eux et pour le public. »

 

Julien Coquelle-Roëhm

Donald Trump Président : qu’en pensent les voisins ? Réponses au Mexique

Florilège des réactions de citoyens de Mexico City. Hommes, femmes, vendeur de tacos, professeurs universitaires, ils ont accepté de partager leurs émotions, pensées et ressenti à l’annonce du résultat des élections états-uniennes.

Trump, la nouvelle mode pour les piñatas d’anniversaires. Crédits : flickr/CC/torbakhopper

Trump, la nouvelle mode pour les piñatas d’anniversaires. Crédits : flickr/CC/torbakhopper

 

Marco de la Vega, 26 ans, travaille pour une industrie de boissons énergétiques de Coca-Cola.

« Nadie lo quería creer y pues yo tampoco. Pero en el fondo lo sabía, creo que el ser humano tiene una tendencia natural hacia la dominación. Va a ser el primero millonario a vivir en la Casa Blanca, donde antes vivía una familia negra. Pero el drama no es tanto su elección pero lo que refleja, que vivimos en un mundo dominado por el racismo, la violencia y el rechazo del otro. »

En français. « Personne ne voulait y croire et, naturellement, moi non plus. Mais au fond je le savais car pour moi l’être humain a une tendance naturelle à vouloir dominer. Il sera le premier millionnaire à vivre dans la Maison Blanche, où avant vivait une famille noire. Cependant le drame n’est pas tant son élection en soi, mais dans ce qu’elle reflète : nous vivons dans un monde régi par le racisme, la violence et le rejet de l’autre. »

 

Manuel Castillo Menezes, 45 ans, technicien de surface.

«Creía que Hillary iba a ganar. Ahora tengo un poco de incertidumbre, veremos si se va a portar bien con nosotros este señor. Yo solo pienso en mis familiares y amigos en California, algunos no tienen papeles, y siento un poco de temor. »

En français. « Je croyais qu’Hillary gagnerait. Maintenant je suis un peu perdu, on verra s’il se comporte correctement envers nous, ce monsieur. Je pense surtout à ma famille et mes amis en Californie, certains n’ont pas de papiers, et j’ai un peu peur. »

 

Sofía Villella Romero, 20 ans, étudiante en communication

« Hasta las 9h30 todo se veía equilibrado así que estábamos confiados en la victoria de Hillary, pero luego estados empezaron colorearse a favor de Trump. Me dieron ganas de llorar, sentí desconcierto e impotencia. Hasta qué punto un demagogo puede llegar a manipular las personas? A principio me imaginé lo peor, pero el Trump que conocimos, que se promocionó a través un discurso inventado de odio para llamar atención de los blancos que odian a los extranjeros no será el Trump electo. Sus propuestas son irracionales y me extrañaría que pasan por el congreso. Es un empresario y algunas propuestas irrealizables como construir  el muro o pelearse con China lo harían perder sus clientes, no sé si realmente lo va a hacer. »

En français. « Jusqu’à 9h30 tout était équilibré, donc nous demeurions confiants dans la victoire d’Hillary, puis plusieurs Etats ont commencé à se teinter d’une couleur favorable à Trump. J’ai eu envie de pleurer, je me suis sentie déconcertée et impuissante. Jusqu’où un démagogue peut réussir à manipuler les gens ? Au début, je me suis imaginée le pire, mais le Trump qu’on connaît, promu par un discours de haine créé pour capter l’attention des blancs qui haïssent les étrangers – ne sera pas le Trump élu. C’est un homme d’affaire et ses propositions irréalisables comme de construire un mur ou de se mettre à dos la Chine lui feraient perdre ses clients, je ne sais pas si il le fera réellement. »

 

Rúben Aguilar, analyste et coordinateur de communication gouvernementale de l’Etat mexicain.

« No me sorprendí con la elección. Las encuestas ya no funcionan. Hace 20 años 90 % de los interrogados respondían se lograba por eso se podía tener muestras representativas pero hoy hay una taza de rechazo superior al 90 por ciento. En este caso en particular en Estados-Unidos quien apoyaba a Trump era ante-establishment y probablemente no querían responder a medios de comunicación que consideraban a favor de  las instituciones envés de apoyar a Trump. Ahora qué tipo de presidente va a ser no lo puedo decir. Cuando alguien llega a la presidencia de un país y tiene una experiencia política podemos saber a qué esperarnos por haber visto esta persona como diputado o senador. Pero Donald Trump no tiene trayectoria política, absolutamente ninguna experiencia. Y como empresario no ha sido tan bueno, fue muy intolerante y especializado en declarar bancarrota de sus empresas. Su mayor éxito fue en evadir el pago de impuestos corporativos en Estados-Unidos… Su primer discurso fue moderado y conciliador y espero que siga este modelo. »

En français. « Je n’ai pas été surpris par les élections. Les enquêtes ne fonctionnent plus. Dans ce cas particulier aux Etats-Unis, ceux qui soutenaient Trump étaient anti-establishment et n’ont probablement pas voulu répondre aux sondages des médias qu’ils considéraient en faveur des institutions. Maintenant je ne peux pas dire quel type de président il sera. Quand quelqu’un arrive à la présidence d’un pays et a de l’expérience politique, il est possible de savoir à quoi s’attendre car on l’a vu travailler en tant que député ou sénateur. Mais Donald Trump n’a pas de trajectoire politique, absolument aucune expérience. En tant que chef d’entreprise il n’a pas été bon non plus, le spécialiste pour déclarer la faillite de ses entreprises. Son premier discours présidentiel fut modéré et conciliateur, et j’espère qu’il suivra ce chemin. »

 

Marcial Lara, 63 ans, commerçant

« Obama lo tachaban de muy buena gente pero nunca fue buena gente con las deportaciones y con el muro que continuaba construyendo. Creo que Trump fue sincero y por eso ganó las elecciones. También creo que necesitaban una persona agresiva ya que China y Russia están amenazando pasar a Estados-Unidos.  Creo que no debemos tener miedo porque más malos no podemos quedar. No hay seguridad, no hay salud, no hay infraestructura. »

En français. « On disait qu’Obama était un type bien mais il n’a jamais été un type bien quand on pense aux reconductions à la frontière. Je pense que Trump a été sincère, et pour cela il a gagné les élections. Ils avaient besoin d’une personne agressive vu que la Chine et la Russie menacent de dépasser les Etats-Unis. Je pense qu’on ne doit pas avoir peur car notre situation ne peut pas empirer. Au Mexique, il n’y a pas de sécurité, pas de santé, pas d’infrastructure. »

 

David Martinez, 18 ans, lycéen en classe équivalente à la Première.

« Hicieron un trabajo formidable para ultrapasar México y lograr tener el presidente más estúpido del mundo. Eligieron  a un humpa-lumpa más grande que la norma, pero igual de pendejo. Si esto pasó en Estados-Unidos, que va a pasar aquí? »

En français. « Ils ont fait un merveilleux travail pour surpasser le Mexique et réussir a avoir le président le plus stupide du monde. Ils ont élu un humpa-lumpa plus grand que la moyenne mais tout aussi con. Si ça a pu se passer aux Etats-Unis, qu’est ce qui va se passer ici ? »

 

Fernanda Montaño, 34 ans, psychanalyste.

 « Si hoy los mercados financieros amanecen nerviosos es por pura especulación y va pasar. La pregunta fundamental es : de todo que prometió Trump durante su campaña como echar abajo el tratado de libre comercio, sacar los inmigrantes indocumentados o levantar el muro, cuanto es lo que realmente va a poder hacer una vez en la Casa Blanca? »

En français. « Aujourd’hui les marchés financiers sont nerveux mais ce n’est qu’un produit de la spéculation et ça va passer. La question fondamentale est : de tout ce que Trump a promis pendant sa campagne comme de supprimer le traité de libre échange, renvoyer tous les immigrants sans papiers ou ériger le mur, que va-t-il réellement pouvoir faire une fois à la Maison Blanche? »

 

Maria-Yvonne Murillo, professeure universitaire d’Affaires Publiques.

« Fue un voto de castigo para los demócratas. En relación a reformas que hizo Obama  pero sobretodo contra Hillary Clinton que nunca fue aceptada. Tenía resultados ridículamente inferiores a los de Obama. Muchos la veían como representante del sistema establecido que sienten poco equitativo. Pero la otra parte de los electores es nacionalista y racista, personas que se sienten amenazados por trabajadores de acá o de otros países. Es un voto de rechazo a la globalización por parte de personas con poca educación que no entienden sus beneficios. Y mirando el rechazo al tratado de paz en Colombia, las manifestaciones anti-democráticas en Brasil, el Brexit en Reino-Unido, la elección de Trump solo hace parte de la radicalización del mundo actual. No estoy ni un poco optimista en relación a las elecciones a venir, que sea en Europa o en América Latina. »

 En français« Ce fut un vote-punition contre les démocrates. Par rapport aux réformes d’Obama mais surtout contre Hillary Clinton, qui n’a jamais été acceptée. Beaucoup la voyaient comme représentante du système établi et perçu comme peu équitable. Mais l’autre partie des électeurs est nationaliste et raciste, des personnes qui se sentent menacées par des travailleurs d’ici ou d’autres pays. C’est un vote de rejet de la mondialisation de la part de personnes qui n’en comprennent pas les bénéfices. Et en regardant le rejet du traité de paix en Colombie, les manifestations anti-démocratiques au Brésil, le Brexit au Royaume-Uni, l’élection de Trump est juste encore une partie de la radicalisation du monde actuel. Je ne suis pas du tout optimiste vis-à-vis des élections à venir, que ce soit en Europe ou en Amérique Latine. »

 

Propos recueillis par Helena Magnan Coelho, pour CrossWorlds.

 

Ils ont voté pour Trump et nous disent pourquoi

Les sondages prévoyaient Hillary Clinton gagnante, mais c’est Donald Trump qui fut élu 45e président des Etats-Unis mardi 8 novembre 2016. Ses supporters l’ont soutenu plus ou moins ouvertement et certains votes ont particulièrement surpris : le soutien de 29% des Latinos-Américains et de 8% des Africains-Américains. Nos correspondants ont cherché à comprendre les raisons de leur vote.

Des supporters de Trump se mêlent au cortège d'étudiants de l'Université d'Etat de l'Ohio, manifestant leur désarroi et leur colère après l'élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

Le 11 novembre 2016, des supporters de Trump dans l’Ohio. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

 

Le vote des Américains d’origine hispanique en faveur de Trump a étonné. Par exemple, la Floride où un électeur sur quatre est d’origine hispanique, a été remportée par Donald Trump. C’était un Etat clef pour gagner cette présidentielle. Notre correspondante, Victoria David, a cherché à comprendre.

Katherine Vasconez : « Les valeurs du travail acharné »

Katherine Vasconez se présente comme jeune avocate. Née en Equateur, elle est citoyenne américaine et vit à Los Angeles. Son père est un vétéran de la Marine américaine qu’il a servie pendant 20 ans. Katherine est membre du Parti républicain depuis qu’elle a le droit de vote. Nous avons pris contact avec elle via la page Facebook intitulée “Latinos/Hispanics for Donald Trump” (suivie par 34 500 personnes, les Etats-Unis ayant environ 52 millions de citoyens Latinos-Américains). Nous avions envoyé un message expliquant notre démarche et Katherine nous a répondu. Elle nous a dit être très intéressée par la politique. Sa page Facebook personnelle nous indique qu’elle a également accordé des interviews à des médias américains et espagnols.

« Trump est un homme d’action et je crois que les actions parlent plus fort que les mots. Nous avions besoin de changement dans ce pays, un changement qui mette nos intérêts d’abord et fasse revivre le rêve américain qui s’est aujourd’hui évanoui. Il n’y a pas de proposition de Trump avec laquelle je ne sois pas d’accord, du moment qu’il fasse de la prospérité de l’Amérique sa PRIORITE. C’est pourquoi je l’ai soutenu depuis le début, et ce publiquement, sur Facebook.

Oui, j’ai été déçue de sa prestation lors du troisième débat, mais je n’ai jamais hésité. Le fait que j’ai toujours été républicaine a en partie influencé mon choix mais ce n’était pas la seule raison. J’apprécie le fait que Mike Pence soit son colistier.

Par ailleurs, je n’ai jamais pris ses commentaires personnellement. Je pense qu’ils ont été exagérés et généralisés à une communauté entière au-delà de ses intentions.

Nous vibrons pour les valeurs plus profondes du travail acharné. Si tu es sûr de la qualité des normes que tu t’imposes, alors aucune parole ne pourra t’affecter. 

Sa vision du monde était bien plus forte que ses défauts qui ont pu émerger durant la campagne, ou les erreurs qu’il a pu commettre.

Je suis surprise par les réactions que l’on a pu observer jusqu’ici. J’ai perdu des amitiés à cause de mon soutien à Donald Trump. J’en ai vu d’autres pleurer le lendemain de l’élection. Je veux leur dire que nous sommes tous ensemble et que la vision que Trump a pour nous vaut la peine d’être soutenue. Il n’est pas là pour restreindre nos libertés. Il est là pour faire de l’Amérique un endroit meilleur. »

Propos recueillis par Victoria David, le 9 novembre 2016.

La famille Vaca : « On a besoin de fermer nos frontières »

Alec Vaca et ses parents, Carminia et Ismail, sont venus assister au meeting de Mike Pence, le colistier de Donald Trump, organisé sur le campus de l’université de George Mason le 5 novembre 2016. Alec est né aux Etats-Unis, ses parents sont d’origine bolivienne. Ces derniers, installés aux Etats-Unis depuis 25 ans, sont désormais citoyens américains. Supporters de Donald Trump depuis le début, ils trouvent Hillary Clinton "dégoûtante". Ils se dissocient cependant du parti républicain qui a, selon eux, aussi fait de "mauvaises choses".

« On est là pour Donald Trump, pas pour le parti. On n’est pas d’accord avec ce qu’il a dit sur les femmes, bien sûr. On ne l’accepte en aucun cas, on est chrétiens, on va à la messe toutes les semaines ! Mais il faut garder en tête qu’il n’était pas encore dans la politique aux moments des faits.

Avec les attaques et tout ce qu’il se passe, ça devient dangereux, on a besoin de fermer nos frontières. Trump n’est pas vraiment extrémiste. Ce sont les médias qui le présentent comme tel, les médias sont contre Trump.On doit essayer, on doit au moins faire quelque chose. »

Propos recueillis par Victoria David, le 6 novembre 2016.

Carlos Salinas : « Trump a été le seul à dire la vérité sur nos communautés »

Carlos Salinas, 24 ans, consultant en marketing pour les avocats et patron de deux entreprises, vit dans le Connecticut. Carlos est né à Las Vegas. Son arrière grand-père était péruvien et sa grand-mère mexicaine, ils ont tous deux émigré légalement aux Etats-Unis. Nous l’avons également rencontré via la page Facebook “Latinos/Hispanics for Trump”. Il a répondu à nos questions par mail.

« J’ai voté pour Donald Trump parce que je crois que c’était le seul candidat qualifié pour la fonction. Certaines mesures prises par l’administration Obama, comme l’Obamacare ou encore l’Accord de partenariat transpacifique (TPP), sont très rétrogrades. Trump a dit qu’il en renverserait un certain nombre.

J’aime son avis sur les accords commerciaux. J’aime le fait qu’il veuille construire et restaurer l’infrastructure du pays. J’aime le fait qu’il soit le premier candidat républicain de l’histoire américaine à avoir porté le drapeau LGBTQ [le 30 octobre, lors d’un meeting dans le Colorado, Trump a porté ce drapeau sur lequel était inscrit ‘les gays avec Trump’ ndlr]. J’aime comment il a tendu la main aux communautés noires et hispaniques et offert son aide pour réparer nos systèmes défectueux.

Trump a été le seul à dire la vérité sur nos communautés et il a été critiqué pour cela.

Trump a simplement déclaré que nos communautés sont en train d’être détruites, notre système éducatif ne fonctionne pas, nos emplois ont disparu et nos voisinages deviennent de plus en plus dangereux. Il a parlé aux communautés hispaniques en leur disant qu’il ramènerait les emplois, ce dont nous avons vraiment besoin. 

Rien de ce qu’il a dit ne m’a affecté à cause de mes origines. De ce que je sais, il n’a rien dit négativement à propos des Latinos en tant que communauté. Il a dit qu’il aimait l’esprit des Mexicains, ce que j’apprécie. Il a aussi déclaré que le gouvernement mexicain envoie des criminels de l’autre côté de la frontière. Avec les viols, la violence, les trafics de drogue et les gangs qui arrivent à traverser, j’ai tendance à être d’accord. 

J’ai supporté Trump dès qu’il s’est porté candidat. Ce n’était pas un choix par défaut. Je suis d’ailleurs plutôt libertarien avec quelques tendances démocrates sur les questions sociales. Mais je juge en me basant sur les propositions et les solutions de Trump qu’elles sont celles dans lesquelles je me retrouvais le plus. Je n’aurais pas préféré un autre candidat républicain.

J’ai d’ailleurs adhéré au parti républicain pour pouvoir voter pour Trump lors des primaires. C’était ma toute première élection. Même si je n’ai pas eu le temps de m’engager dans la campagne, j’ai réussi à convaincre d’autres amis de voter pour Trump.

J’ai douté quand j’ai lu un titre disant : ‘Trump veut interdire tous les musulmans’. J’étais choqué et cela aurait été assez pour qu’il perde mon soutien. Cependant, j’ai fait des recherches pour voir ce qu’il avait vraiment dit. J’ai écouté ses discours sur le sujet au lieu de m’en tenir aux extraits que veulent nous montrer les médias dans un faux contexte. Il a dit clairement qu’il voulait mettre en place une procédure rigoureuse avant de laisser entrer davantage de musulmans étant donné que l’Etat Islamique attaque les pays musulmans.

Daesh ayant pour but d’infiltrer chaque pays musulman, c’est une mesure extrême mais raisonnable. J’ai donc continué à le soutenir.

Je ne comprends pas la surprise et l’hystérie que je rencontre maintenant à la suite des résultats de l’élection. J’ai l’impression que beaucoup de gens ont été endoctrinés par des médias biaisés, qu’ils vivent dans une fausse réalité. Si je devais répondre à ces personnes, je leur dirais: ‘s’il vous plait arrêtez de laisser les médias de masse nous diviser et soyez un peu plus intelligents. Quand vous avez chaque star d’Hollywood, chaque grande banque, chaque grand média et chaque politique important qui soutient un seul et même candidat, alors vous devriez vous méfier de ce candidat. Il y a évidemment une manipulation flagrante.’

Certaines personnes diront que j’ai été ‘blanchisé’ parce que je ne partage pas l’opinion de ma propre communauté. C’est le genre de mentalité qui ne nous mènera nulle part. »

Propos recueillis par Victoria David, le 9 novembre 2016.

Donald Trump s'adressant à ses supporters lors d'un rally à Fountain Park, Fountain Hills, Arizona. Crédits photo : Flickr/CC/Gage Skidmore

Donald Trump s’adressant à ses supporters lors d’un rally à Fountain Park, Fountain Hills, Arizona. Crédits photo : Flickr/CC/Gage Skidmore

 

Lors de sa campagne, Donald Trump a répété que la communauté africaine-américaine était en piteux état. 8% des Africains-Américains ont voté pour lui (contre 88% pour Hillary Clinton). Notre correspondant, Adrien Lac, a rencontré l’un d’entre eux.

Shea Wilson : « Trump a affirmé qu’il soutiendrait la communauté LGBT »

Shea Wilson est un jeune entrepreneur originaire de l’Ohio et habitant de Columbus dans le même Etat. Il a beaucoup voyagé au sein des Etats-Unis et vécu dans l’Illinois et la Californie. Il se présente comme un indépendant. Longtemps rebuté par les postures anti-gay du Parti républicain, puis très critique du bilan de politique extérieur d’Obama menée par Hillary Clinton, il a voté Trump pour cette élection. Shea est noir et homosexuel et ne pouvait se résigner à voter pour une candidate qui recevait des fonds de pays qui, selon lui, piétine les droits de la communauté LGBT. Notre correspondant, Adrien Lac, a rencontré Shea Wilson par une amie commune qui savait qu'il cherchait des témoignages de Trump.

« Trump a été très bon en ce qui concerne la communauté LGBT. Auparavant beaucoup d’hommes politiques ont été très offensants et condescendants envers celle-ci, particulièrement les républicains. Mais Trump est venu, a affirmé qu’il nous soutiendrait et a souligné que Hillary acceptait des fonds venant de l’Arabie Saoudite et du Qatar, deux pays qui traitent les femmes comme des citoyens de seconde classe et qui tuent des homosexuels. Pourquoi devrions-nous soutenir quelqu’un qui accepte ce genre de soutien ?

Les gens ont été très ignorants à propos de Trump. Ils n’ont pas compris ce qu’il voulait dire. Les médias orientaient les choses de manière à le dépeindre comme le Grand Méchant Loup, ce qu’il n’est absolument pas.

Oui, il a utilisé un langage très incorrect pour qualifier les immigrants illégaux. Mais quand il y a des gens en situation irrégulière dans un pays et que certains eux tuent des gens, violent des gens et bien il y a un gros problème parce qu’ils ne devraient pas être dans ce pays en premier lieu [ndlr : USA Today notait en 2015 qu’il est impossible avec les données actuelles de conclure que les immigrants illégaux commettent plus ou moins de crimes que qui qui ce soit].

Sans parler des conséquences économiques. Personne ne va engager quelqu’un au salaire minimum quand on peut engager un immigrant illégal pour faire le même travail pour presque rien. Certains vont répliquer que personne ne veut faire le travail que ces immigrants font, mais c’est faux. Il y a des emplois occupés par ces gens que certains citoyens américains aimeraient avoir. Dans un pays où nous avons 50% de chômage chez les jeunes noirs c’est inacceptable [ndlr : Politifact indique que d’après le ‘Bureau of Labor Statistics’  ce taux est en réalité de 27.1% en mai 2016].

A propos des suprématistes blancs, certains ont supporté Hillary, d’autres supportent Trump. Ils peuvent soutenir qui ils veulent. Il y aura toujours des gens mauvais qui soutiendront untel ou untel ça n’a rien à voir avec ce que la personne incarne. Trump a travaillé avec des femmes noires en tant que cadres dirigeants depuis des années au sein de son entreprise [ndlr : Associated Press indique qu’il y a peu de preuve tant qu’à la prétendue diversité dans les organes dirigeants de l’empire Trump principalement à cause du manque de coopération de la part de celui-ci]. Il n’avait pas à le faire mais il travaille avec elles depuis des années, donc s’il était si intolérant, elles ne seraient probablement pas là.

Je m’en fiche qu’il n’ait pas gagné le vote populaire. La façon dont il a gagné a été très stratégique et s’il avait eu besoin du vote populaire pour gagner, il aurait fait campagne différemment. Il a renversé des Etats qui avaient été gagnés par Obama en 2008 et 2012 comme le Michigan et le Wisconsin.

Tout le monde crie au racisme mais non, ce sont les mêmes qui ont voté pour Obama ! Seulement, ils ont été déçus et sont passés à Trump. »

Propos recueillis par Adrien Lac, le 15 novembre 2016.

Midwest républicain : après l’élection de Trump, des étudiants se bougent

Les républicains ont largement emporté les Etats de l’Ohio et du Missouri, dans le Midwest des Etats-Unis. Dans l’université d’Etat de l’Ohio et dans l’Université de Missouri, des initiatives sont organisées en réponse aux résultats de l’élection présidentielle, qui a consacré Donald Trump 45e président des Etats-Unis. 

Ohio : « Le droit de construire un mouvement, de combattre le racisme »

Sous l’œil de fonte de la statue de l’emblématique directeur de l’institution, plusieurs centaines d’étudiants de l’université d’Etat de l’Ohio se sont regroupés pour protester contre la nomination de Trump à la présidence.

Le 11 novembre 2016, manifestation d'étudiants de l'Université d'Etat de l'Ohio exprimant le désarroi et la colère après l'élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

Le 11 novembre 2016, manifestation d’étudiants de l’Université d’Etat de l’Ohio exprimant leur désarroi et leur colère après l’élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

 

Au milieu des voix éraillées des jeunes manifestants, s’élève celle bien plus assurée de Pranav Jami, professeur d’anglais à l’université :

« Cette victoire de Trump encourage l’extrême-droite et toutes les forces qui s’opposent aux femmes, aux gens de couleur, aux immigrants, aux gays et aux musulmans. Ces forces connaissent toutes un regain d’énergie en ce moment. »

Un professeur de l'Université prend la parole lors d'une manifestation d'étudiants de l'Université d'Etat de l'Ohio exprimant le désarroi et la colère après l'élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

Un professeur de l’Université prend la parole lors d’une manifestation d’étudiants de l’université d’Etat de l’Ohio exprimant le désarroi et la colère après l’élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

 

Pranav explique que l’université qui l’emploie n’aime pas le savoir engagé dans ce genre de manifestations. « Je comprends l’idée général qu’un professeur ne devrait pas dire à ses étudiants comment voter. Mais je pense aussi qu’il devrait avoir un espace pour une pensée critique où même un professeur pourrait s’exprimer. Je n’appuie aucun candidat aujourd’hui.»

 « Je parle du droit de construire un mouvement, du droit à l’action concrète et du besoin de combattre le sectarisme et le racisme », a poursuivi le professeur.

Le 11 novembre 2016, manifestation d'étudiants de l'Université d'Etat de l'Ohio exprimant le désarroi et la colère après l'élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

Le 11 novembre 2016, manifestation d’étudiants de l’université d’Etat de l’Ohio exprimant leur désarroi et leur colère après l’élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

 

Depuis la victoire de Lincoln en 1860, aucun candidat républicain n’est parvenu jusqu’à la Maison Blanche sans avoir gagné le soutien de l’Ohio, et seulement deux démocrates ont été consacrés sans l’appui de cet Etat. L’Ohio est un « swing state », c’est-à-dire un Etat clef pour remporter la présidentielle.

Cet Etat fait partie de la Rust Belt, région phare de l’industrie lourde américaine dans les années 70, mise à mal par les évolutions économiques récentes. En début de campagne, cette réalité économique faisait de la région une cible privilégiée pour les politiques dites populistes de Trump.

En 2012, Barack Obama a remporté l’Ohio. Le mardi 8 novembre, l’Etat a tranché pour Donald Trump. La ville de Columbus, où se trouve l’Université, fait exception.

Dans la foulée de la longue nuit électorale, Michael Drake, le président de l’université, aurait appelé ses étudiants à la réconciliation et à l’apaisement selon le journal étudiant local, The Lantern, en rappelant les valeurs de « respect, intégrité et compassion ».

Ce sont ces valeurs que les manifestants de ce 11 novembre semblent vouloir porter, davantage que des ambitions de renversement des dernières élections. Taylor Gleason est étudiante à Ohio State.

« Je suis venue pour exprimer mon soutien à toutes les femmes et les survivants de violences sexuelles. J’ai vu le comportement abusif de Donald Trump et cela me perturbe profondément, » nous a-t-elle expliqué.

Taylor dit aussi être touchée de voir des gens de tout bord se rassembler pour échanger et se soutenir.

« Je suis triste que ce soit dans ces circonstances que les gens se rassemblent, mais je suis heureuse de ce que j’ai vu aujourd’hui. »

Le 11 novembre 2015, manifestation d'étudiants de l'Université d'Etat de l'Ohio exprimant le désarroi et la colère après l'élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

Le 11 novembre 2015, manifestation d’étudiants de l’université d’Etat de l’Ohio exprimant leur désarroi et leur colère après l’élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

 

Sarah Mamo, étudiante à Ohio State, a co-organisé cet événement avec diverses associations militantes du campus, depuis l’association internationale socialiste à celle dédiée à la défense des droits des Noirs. Son combat n’est pas né avec l’élection de Donald Trump et ne se serait même pas achevé avec celle d’Hillary Clinton.

Selon elle, «même si Hillary avait été élue, nous aurions continué de voir des déportations, des meurtres de Noirs par les policiers, des administrateurs abusifs à notre université». Pour cette militante, il s’agit de mobiliser l’opinion, de rallier de nouveaux sympathisants plus que d’avancer des mesures pratiques quant aux dernières élections :

« Notre direction principale ne change pas. Nous allons continuer de faire ce que nous avons toujours fait. Trump en lui-même n’est pas un mal nouveau pour nous. »

Le 11 novembre 2016, manifestation d'étudiants de l'Université d'Etat de l'Ohio exprimant le désarroi et la colère après l'élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

Le 11 novembre 2016, manifestation d’étudiants de l’université d’Etat de l’Ohio exprimant leur désarroi et leur colère après l’élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

Ohio : « Ils devraient s’en prendre aux médias, pas à Trump »

Ce rassemblement n’est pas unanimement soutenu par tous les étudiants. Alors que la foule gagne la rue commerçante côtoyant l’université, des supporters de Trump se mêlent à la foule – discrètement pour certains, à grand renfort de pancartes et de slogans pour d’autres.

Des supporters de Trump se mêlent au cortège d'étudiants de l'Université d'Etat de l'Ohio, manifestant leur désarroi et leur colère après l'élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

Le 11 novembre 2016, à l’université de l’Etat de l’Ohio, des supporters de Trump se mêlent au cortège de manifestants en désaccord avec l’élection du nouveau président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

 

Les échanges se font parfois vifs et la police doit intervenir pour empêcher les manifestants d’encercler les quelques nouveaux venus.

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Le 11 novembre 2016, à l’université de l’Etat de l’Ohio, des supporters de Trump se mêlent au cortège de manifestants en désaccord avec l’élection du nouveau président des Etats-Unis. La police intervient pour calmer les échanges. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

 

Jake Liddic en fait partie. Il arbore sa casquette rouge et dit être venu pour écouter : « Ils ont parfaitement le droit d’être en colère. Je pense juste que leur colère est mal dirigée. Ils devraient s’en prendre aux médias pour les avoir tromper sur le compte de Trump. Moi je suis juste venu pour écouter et j’ai reçu plus de haine que je n’en ai jamais déversée sur quiconque au cours de ma vie.»

« Ce que je vois c’est que tous ces gens qui prônent la tolérance ne la mettent pas en pratique, » a-t-il poursuivi.

Des manifestations ont eu lieu dans d’autres universités, comme le rapporte Le Monde.

Missouri : faire de l’université un endroit « safe » pour les étudiants

Des moments de discussion pour aider à comprendre les résultats et leurs conséquences sont organisés, comme dans l’université de Missouri, située à deux heures de voiture de Ferguson, là où le jeune Africain-Américain, Mike Brown, a été abattu par la police en 2014 alors qu’il n’était pas armé.

En octobre 2015, cette université a été bouleversée par des incidents raciaux qui ont donné naissance au mouvement « The Concerned Student 1950 » (c’est-à-dire « l’étudiant inquiet 1950 », en référence au premier étudiant africain-américain accepté dans cette prestigieuse institution du Midwest, en 1950). Ce mouvement a pris de l’ampleur en attirant les médias nationaux suite au soutien apporté par l’équipe de football locale à l’un des participants ayant entamé une grève de la faim. Un mois après la naissance du mouvement, le président de l’université a été poussé à se retirer, accusé d’être indifférent à la souffrance de ses étudiants.

Lors de ces protestations non-violentes, une menace de mort anonyme diffusée sur les réseaux sociaux avait ciblé les étudiants noirs. Des étudiants s’étaient même portés volontaires pour accompagner leurs camarades apeurés sur le campus. Le besoin d’avoir un endroit « sûr » (a safe space) où les étudiants africains-américains se sentent à l’aise, respectés et en sécurité, est encore au cœur des préoccupations des organisations dites « noires » du campus. Sur son compte Twitter, the Legion of Black Collegians, la principale organisation africaine-américaine du campus, a appelé à un moment de solidarité.

Le département de « Black Studies » invite tous les étudiants à réfléchir lors d’une conversation avec des professeurs la semaine prochaine.

Dans un mail envoyé à tous les élèves, le président intérimaire de l’université a lui aussi encouragé au dialogue, félicitant la première rencontre, apparemment apaisée, entre l’actuel et le futur président à la Maison Blanche. « Cela nous rappelle à tous que malgré nos plus grandes différences, nous pouvons nous unir avec civilité et respect ».

Cette union, des étudiants africains-américains de l’Université de Missouri l’ont voulue mardi dernier. À l’université de Missouri, il y a des « fraternités noires » et des « fraternités blanches ». La nuit de l’élection, une des fraternités noires a co-organisé une « Watch party » pour inviter les étudiants de toutes les communautés à regarder ensemble les résultats. L’un d’eux, Xavier, racontait alors que c’était important d’organiser cette soirée et d’agir en leaders. « Les gens dans ce pays ne nous présentent pas toujours comme des bonnes personnes. »

Après la victoire de Trump en Floride, des étudiants de l'Université de Missouri quittent la salle de projection de l'élection présidentielle, disant qu'il ne vaut plus la peine de regarder. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

Après la victoire de Trump en Floride, des étudiants de l’université de Missouri quittent la salle de projection de l’élection présidentielle, disant que cela ne vaut plus la peine de regarder. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

 

Ces étudiants disaient avoir voté pour Clinton par défaut.

« J’ai peur qu’avec Trump le racisme déclaré soit plus acceptable. Je suis africain-américain, lui et moi avons des conflits d’intérêt », expliquait John.

« Mais tu sais, il y a des choses qu’on contrôle et d’autres non. J’ai voté, j’ai joué le jeu, si Clinton perd, c’est comme ça. »  « Demain, je vais me lever, aller étudier, puis aller travailler, puis faire mes devoirs », renchérit Xavier ce mardi 8 novembre. S’il doit s’inquiéter, Xavier le fera en janvier. Avec un clin d’oeil, il lâche : 

« Demain, Président Obama sera toujours président. »

Adrien Lac (Ohio, Columbus) et Clara Wright (Missouri, Columbia)

Super Tuesday à Santa Barbara : « Je suis mexicain. Mais si je pouvais, j’adhérerais au parti des Républicains »

À l’occasion du Super Tuesday (étape décisive de la campagne des primaires américaines), notre correspondante en Californie nous livre une série de portraits. Découvrez ces « Humans of Santa Barbara », des étudiants de l’université californienne de Santa Barbara, qui prennent la parole.

Carlos, étudiant en philosophie, 4e année

S'il pouvait, Carlos adhérerait au parti des Républicains. Crédits photo : CrossWorlds/Marie Jactel

S’il pouvait, Carlos adhérerait au parti des Républicains. Crédits photo : CrossWorlds/Marie Jactel

 

« Je ne suis pas citoyen américain. Je suis Mexicain. J’ai émigré aux Etats-Unis quand j’avais 7 ans parce que mon père est un ambassadeur. Mais si je pouvais adhérer à un parti alors je serais probablement membre des Républicains.

Ils voient le rôle des institutions publiques différemment des Libertariens. Ils se préoccupent par exemple de la famille, de l’avortement, thèmes auxquels j’accorde beaucoup d’importance. Ce sont définitivement ces questions qui m’ont conduit à la politique.

Bien sûr, mon père est un politicien de carrière, mais on n’est pas d’accord sur certains enjeux comme l’économie. J’aime l’idée d’un marché libre. Par contre, dans ma famille on s’entend parfaitement sur les questions sociales : mariage, avortement, 2e amendement qui autorise le port d’armes. Peut-être parce qu’au Mexique l’environnement est catholique et conservateur.

« C’est le groupe le plus controversé du campus, mais je m’en fous. »

Je suis président de l’Anscombe Society à UCSB, l’université de Santa Barbara. Le nom rappelle celui de la philosophe britannique catholique Gertrude Elizabeth Margaret Anscombe qui écrivit sur la nécessité d’une éthique sexuelle traditionnelle. Elle défendait ardemment les valeurs familiales les plus rigoristes. Et nous, on y défend le mariage naturel et la morale sexuelle traditionnelle. C’est le groupe le plus controversé du campus mais je m’en fous. J’écris aussi pour des sites et journaux conservateurs. Par exemple, je contribue de temps en temps au Daily Wire de Ben Schapiro.

Je crois que les jeunes doivent s’engager même s’ils le font souvent mal. Si on prend son devoir civique au sérieux, alors l’engagement politique est inévitable. Il faut contribuer au bien commun.

« Ted Cruz rejette l’idéologie de la Cour Suprême »

Ted Cruz est mon candidat préféré actuellement. Je suis d’accord avec lui sur presque tout. En fait, je lutte même pour trouver des points de désaccord ! Il veut limiter le gouvernement – mais pas autant que Rand Paul –, il prend la Constitution au sérieux, il a les mêmes valeurs sur les enjeux sociaux. Surtout, il rejette l’idéologie de la Cour Suprême. Ce que beaucoup de Républicains oublient c’est que la Cour Suprême ne devrait pas avoir le dernier mot sur tout. C’est contraire à la Constitution et c’est notre devoir civique de s’opposer à cette façon d’agir illégitime.

Cruz est le candidat le plus conservateur en lice mais il est en compétition avec Rubio et les voix sont dispersées entre eux deux. Pour que Cruz ait une chance contre Trump, il faudrait que tous les autres disparaissent. Du coup je suis plutôt pessimiste pour demain. »

Propos recueillis par Marie Jactel

Parcourez notre série de portraits et rencontrez également Jason, le libertarien qui soutient « l’outsider politique » Bernie Sanders et Eric, le républicain qui est attiré par « le politiquement incorrect » de Donald Trump.