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Panama : les Femmes du Canal, premier épisode

FEMMES DU CANAL (1/4). La manière dont on parle des femmes dans l’histoire influe sur la perception et les droits actuels de nos contemporaines. Notre correspondante au Panama vous propose un voyage dans le temps : quatre épisodes pour comprendre le rôle, la condition sociale et les combats des femmes lors de la construction du fameux canal de Panama.

A man, a plan, a Canal – Panama ! (Leigh Mercer)

Vraiment ?

Ce discours hégémonique est bancal. Si ce sont en effet des hommes qui ont entrepris la construction théorique puis physique du Canal de Panama, cette dernière n’aurait pu avoir lieu sans le travail des femmes.

Vous l’aurez compris, cette chronique de quatre épisodes intitulée « Femmes du Canal » cherche à rendre visibles ces femmes oubliées par l’histoire et qui ont tant compté dans la réussite de cet exploit.

Car la réalisation de cette excavation de plus de 77km est le résultat du travail de femmes et d’hommes de tous les âges, de toutes classes sociales et de tous les continents.

Le podcast :

Ou préférez-vous lire ?

Dans les années 1880, des ingénieurs français arrivèrent sur l’isthme de Panama avec le projet de s’établir à Panama et à Colon. L’accompagnement de leurs épouses et de leurs enfants fut justifié comme une garantie de la stabilité familiale, indispensable à la viabilité du projet. Nombreuses de ces Françaises piliers de famille rejoignirent également l’isthme pour être recrutées comme infirmières, maîtresses ou encore secrétaires par la Compagnie du Canal Français.

La tradition catholique étant de mise à l’époque, de nombreuses sœurs vinrent également au Panamá, assurant une double mission, l’une religieuse, l’autre concernant l’offre d’un service social, sans but lucratif. C’est ainsi que les Sœurs de la Charité de Saint Vincent de Paul s’installèrent à Panamá dans une période économique critique pour l’État fédéral qui se traduisit par une carence d’instruction et une déficience des conditions sanitaires. Ces soeurs tinrent un rôle particulièrement fort dans l’objectif d’assainissement de la zone du Canal et apportèrent des soins aux blessés et aux malades sans discrimination aucune.

Des femmes infirmières, maîtresses, secrétaires... ont contribué à la construction du canal de Panama. © CrossWorlds / Judith Couvé

Des femmes infirmières, maîtresses, secrétaires… ont contribué à la construction du canal de Panama. © CrossWorlds / Judith Couvé

 

La majorité de la population étant formée d’ouvriers, ces soeurs étaient exposés aux souffrances d’accidents de type explosions ou glissement de terrain et à la contraction de maladies. Si les problèmes sanitaires et financiers contraignirent les Français à abandonner la construction du Canal, il n’en fut pas tant pour ces sœurs qui restèrent sur place et collaborèrent, non sans une certaine rivalité, avec les infirmières américaines.

La présence féminine assurait une continuité des services domestiques, comme le ménage, le linge et la cuisine. Les carnets de voyageurs regorgent d’anecdotes sur les pratiques des laveuses – qui se retrouvaient par groupe de 5 à 7 pour battre le linge dans la rivière – et des vendeuses de rue proposant des fleurs, des fruits ou encore des cigares près des stations de train.

La construction du Canal sous les Français est une étape d’intégration progressive des femmes dans le secteur professionnel ; mais celle-ci resta cantonnée aux métiers du care et du travail domestique.

Des femmes durent, elles, avoir recours à la prostitution pour se constituer un salaire. Bien que les Français aient établi un règlement contre la prostitution clandestine, de nombreuses femmes gagnaient leur vie,  en “vendant leurs corps” aux ouvriers du Canal. Si cette pratique était bien mieux rémunérée que les autres selon les diverses sources de l’époque, elle exposait les femmes à des conditions de vulnérabilité liées à la violence et la corruption des réseaux de prostitution.

La construction du canal favorisa l’écart financier entre les femmes de différentes classes sociales, contribuant ainsi à une sectorisation de la société par salaire et couleur de peau qui ne cessera de croître avec la construction américaine.

Judith Couvé

>> Retrouvez le deuxième épisode des Femmes du Canal dimanche prochain.

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Le canal de Panama, vu du ciel, en 2017. © Flickr/CC/Bernal Saborio

DÉBAT-DÎNER — Ferez-vous le « premier pas » ?

Vous aimez notre Regard Croisé sur la cuisine dans une quinzaine de pays ? Vous êtes sensible à la thématique de l’intégration ? Le Baba et notre équipe vous invitons à la table du chef afghan Massoud le vendredi 24 mars, au Petit Bain. Pour réserver votre place : http://bit.ly/2nlOqQR

Né dans la province de Baghlan, au nord de l’Afghanistan, Massoud fuit son pays en 2010. Il se sent menacé par le gouvernement et les talibans. Ses deux frères à ses côtés, il laisse derrière lui ses parents, ses amis et un pays blessé dans lequel il ne se reconnaît plus. S’ensuivent des semaines de route qui, de l’Iran à l’Italie, en passant par la Turquie, le mèneront jusqu’à Paris.

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Le chef Massoud, originaire d’Afghanistan, aimerait ouvrir son restaurant en France et a rejoint l’équipe du Baba cette année. © CrossWorlds / Théo Depoix-Tuikalepa

 

Avant son arrivée, la France se résumait pour lui à Napoléon, Victor Hugo… mais aussi l’islamophobie et le « cerveau colonial » à l’origine d’une politique étrangère qu’il condamne. Pourtant, il s’étonne d’aimer y vivre. « J’aime les Français et leur accueil. » Il apprend leur langue, découvre la gastronomie française en même temps qu’il se met à cuisiner pour ses frères et ses amis. « La cuisine française est une grande cuisine », dit-il, mais elle n’a évidemment pas le goût de celle de son pays. Alors Massoud s’investit, redouble d’efforts derrière les fourneaux : nostalgique de sa terre autant que désireux d’en partager les saveurs.

D’un projet à l’autre, il intègre l’équipe du Baba. « En Afghanistan, on ne parle pas à table, par respect pour la nourriture. Mais les Français aiment discuter quand ils mangent. » Le chef y voit une aubaine : autour de ses plats, les Français peuvent échanger et lui poser des questions sur son pays natal.

Pour le dîner de vendredi soir, le chef Massoud a choisi de vous cuisiner ses plats préférés qu’il a — secrètement — appris par-dessus de l’épaule de sa mère restée au pays ; elle qui ignore encore aujourd’hui que son fils a enfilé le tablier. Ce repas est pour lui « un morceau d’Afghanistan », une invitation à découvrir ce pays qui a trop peu l’occasion de parler de lui-même. Ce repas est un « premier pas », libre à chacun de poursuivre la découverte.

Théo Depoix-Tuikalepa

Plus d’informations sur l’événement et sur les intervenants (Le Recho, Eat&Meet, Meet my Mama) en cliquant ici

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