Archives du mot-clé guerre

« Femmes de réconfort » : le passé d’esclavage sexuel dont le Japon a du mal à se débarrasser

Comme tous les mercredis depuis le 8 janvier 1992, se réunissaient le 25 mai dernier devant l’ambassade japonaise de Séoul quelques centaines de personnes pour protester contre l’impunité d’un crime de guerre connu : les femmes de réconfort, 慰安婦, ces filles utilisées par l’armée japonaise de 1937 à 1945 pour pallier aux besoins sexuels de ses soldats.

Un accord semblait avoir été conclu le 28 décembre 2015 entre la Corée et le Japon, mais ces manifestations hebdomadaires ont toujours lieu. La lutte semble continuer. Nous avons voulu en savoir plus sur les revendications des Coréens et sur la position japonaise. Retour sur un sujet brûlant.

Mercredi 25 Mai 2016, en face de l'ambassade du Japon à Séoul, Corée du Sud - Rassemblement pour protester contre les accords entre le Japon et la Corée de Décembre 2015. Crédits Photos : CrossWorlds/ Yubin Khang.

Mercredi 25 mai 2016, en face de l’ambassade du Japon à Séoul, Corée du Sud – deux anciennes femmes de réconfort venues protester contre les accords du 28 décembre 2015. Crédits Photos : CrossWorlds/ Yubin Khang

De l’existence des femmes du réconfort

L’affaire a longtemps été classée au rang de l’Histoire, celle déjà rangée dans des archives, que d’ailleurs tout le monde semble préférer oublier. Une femme de réconfort, pendant les quarante années qui ont suivi les accords clôturant la Seconde Guerre Mondiale, n’avait pas réellement d’existence : c’était une rumeur, une honte, pour laquelle personne ne s’indignait vraiment.

Il faut attendre le 14 août 1991 pour que le sujet prenne de l’ampleur et intéresse la communauté internationale. Ce jour-là, une femme témoigne publiquement et dénonce un système d’esclavage sexuel. Elle s’appelle Kim Hak Sun. Avant elle, des dénonciations avaient été prononcées, mais aucune femme ne portant plainte directement, le Japon persistait à minimiser le coté coercitif des « femmes de réconfort ».

Après Kim Hak Sun, des centaines d’autres voix se sont élevées en Corée, Chine, Thaïlande, Myanmar, Vietnam, Philippines, Taïwan, Indonésie et au Timor – c’est-à-dire les pays de l’ancien Japon colonial, déclarant avoir, elles aussi, été victimes de l’armée japonaise et dévoilant ainsi, l’ampleur du crime de guerre. Les « femmes de réconfort » auraient été environ 200 000 dans la seule Corée du Sud.

 Mercredi 25 Mai 2016, en face de l'ambassade du Japon à Séoul, Corée du Sud - Rassemblement pour protester contre les accords entre le Japon et la Corée de Décembre 2015. Crédits Photos : CrossWorlds/ Yubin Khang.


Mercredi 25 mai 2016, en face de l’ambassade du Japon à Séoul, Corée du Sud – Rassemblement pour protester contre les accords entre le Japon et la Corée de Décembre 2015. Crédits Photos : CrossWorlds/ Yubin Khang

Le débat est sensible, particulièrement sur la sémantique : si le gouvernement japonais emploie le terme policé de « femmes de réconfort », axant sur l’aspect légal, contractuel, de la chose, les Coréens mettent un point d’honneur à parler d’esclavage sexuel, mettant l’emphase sur la cruauté du crime de guerre.

Une autre borne difficile à poser est temporelle : quand débute techniquement ce système d’exploitation sexuelle et dans quels lieux ? Certains historiens, comme Michael De Pasquale, considèrent que sa source remonte au système de Kôshô Seido, le système de prostitution réglementé qui se met en place à partir de 1872 dans tout l’empire japonais, caractérisé par un regroupement administratif et géographique des prostituées.

Le massacre de Nankin est souvent considéré comme le point de départ de la mise en application systématique dans les bases militaires japonaises du recours aux « femmes de réconfort ». Six semaines de massacres, de sacs et de viols, à partir de décembre 1937, perpétrés par l’armée impériale japonaise sur les civils de cette région en période de guerre sino-japonaise. L’armée prend sur elle d’ouvrir des « maisons de délassement » pour stopper ces viols à répétition, mais aussi protéger l’armée des maladies sexuellement transmissibles.

C’est grâce aux documents dévoilés par l’historien japonais Yoshimi Yoshiaki, en 1992, que l’on connaît précisément les détails techniques de l’organisation de ces maisons. Une femme de réconfort, une esclave sexuelle, pouvait être recrutée dans une maison close déjà existante, par une fausse annonce de recherche de travailleuses – aboutissant à un enrôlement forcé – ou encore se faire enlever par l’armée. Elles étaient placées dans des box d’environ 6m², et devaient prendre en charge au moins 10 hommes par jour, dans des conditions d’esclavage et souvent de torture.

2 Mai 2016, Mémorial pour les femmes de réconfort, devant l'ambassade du Japon à Séoul. Des pensées de tous pays pour continuer la lutte. Crédits Photos : CrossWorlds/ Hannah Bidoire

2 Mai 2016, Mémorial pour les femmes de réconfort, devant l’ambassade du Japon à Séoul. Rassemblement pour protester contre les accords entre le Japon et la Corée de Décembre 2015. Crédits Photos : CrossWorlds/ Yubin Khang

Les 1000 mercredis

Suite au témoignage de Kim Hak Sun, la Corée se lève. Menées par le한국정신대문제대책협의회 (Conseil Coréen pour les femmes utilisées par les militaires japonais comme esclaves sexuelles), des rassemblements pacifistes ont lieu tous les mercredis après-midi depuis le 8 janvier 1992 devant l’ambassade japonaise à Séoul, en présence des survivantes, les Halmuny, « grand-mères » en coréen.

Les revendications du mouvement étaient de deux niveaux : financier et moral. En effet, la Corée avait reçu des dédommagements de la part du Japon à la fin de la Seconde Guerre Mondiale pour les Coréens enrôlés de force dans les camps de travail nippons, mais rien n’avait été décidé pour les victimes féminines, qui n’avaient aucune réalité administrative au sein de la communauté internationale avant que soient publiées les archives de guerre en 1992.

Les revendications morales portées par le mouvement des « Manifestations du mercredi » demandaient des excuses publiques et une reconnaissance du crime par le gouvernement japonais.

Mercredi 25 Mai 2016, en face de l'ambassade du Japon à Séoul, Corée du Sud - Rassemblement pour protester contre les accords entre le Japon et la Corée de Décembre 2015. Crédits Photos : CrossWorlds/ Yubin Khang.

Mercredi 25 Mai 2016, en face de l’ambassade du Japon à Séoul, Corée du Sud – Des pensées de tous pays pour continuer la lutte. Crédits Photos : CrossWorlds/ Hannah Bidoire

Ce dernier n’a depuis lors cessé de se contredire sur sa position dans le débat. En 1993, le Premier ministre japonais, Kiichi Miyazawa, avait présenté ses excuses publiquement lors d’un voyage en Corée et organisé des interrogatoires au sein de l’armée pour tenter de faire avancer le conflit. A la suite de ces recherches, le Japon déclarait que l’armée impériale avait bel et bien commis un crime de guerre en exploitant « bien des fois contre leur gré » des femmes dans des maisons de délassement.

Les deux pays entamèrent alors les discussions pour s’accorder sur les différentes mesures à prendre, jusqu’à ce que Shinzo Abe devienne Premier ministre en 2007 et s’exprime sur le sujet :

« Aucune preuve ne montre qu’il y ait eu l’usage de contrainte. Ces femmes étaient sous contrat » (interview dans le Journal quotidien Asahi, le 5 mars 2007).

Les réactions ne tardèrent pas à fuser, notamment de la part des Etats-Unis qui demandèrent au Japon de « s’excuser et d’accepter sa responsabilité historique sans équivoque pour la contrainte employée par ses militaires afin de forcer des femmes à l’esclavage sexuel pendant la guerre ». Le 26 juin 2007, après la publication par Yoshimi Yoshiaki et Hayashi Hirofumi d’autres archives nationales accablant le Japon, que le gouvernement nippon s’est incliné. Il a fallu attendre décembre dernier pour que les négociations entre les deux Etats aboutissent à un accord – loin d’être satisfaisant pour les deux parties.

Un accord insatisfaisant

Le 28 décembre 2015, Shinzo Abe (Premier ministre japonais) et Park Geun-hye (Présidente de la Corée du Sud) trouvent un terrain d’entente. Le Premier ministre japonais s’est publiquement excusé et a exprimé ses sincères regrets par rapport à ses précédentes déclarations. L’aspect principal de l’accord est celui du dédommagement qui s’élève à un milliard de yens – 7,5 millions d’euros – et qui sera versé à la Corée pour les femmes de réconfort sous 10 ans.

Le conflit semble pourtant loin d’être terminé pour les deux pays. L’accord est critiqué de toutes parts. Par les nationalistes japonais d’abord, qui estiment que cet accord est une traîtrise de la part du gouvernement. Par les victimes de ce crime de guerre ensuite, qui trouvent que le compromis a été fait à la hâte, poussé par les Etats-Unis et ne déclare aucune responsabilité officielle de la part de l’Etat japonais. L’indemnité financière est présentée comme une aide pour ces femmes, et non comme une amende face au crime commis.

2 Mai 2016, Mémorial des femmes de réconfort devant l'ambassade du Japon à Séoul, des militants veillent. Crédits Photos : CrossWorlds/ Hannah Bidoire

2 mai 2016, Mémorial des femmes de réconfort devant l’ambassade du Japon à Séoul – Rassemblement pour protester contre les accords entre le Japon et la Corée de Décembre 2015. Crédits Photos : CrossWorlds/ Yubin Khang

 

Ainsi, tous les jours, au moins trois personnes se relaient autour de la Pyeonghwabi, la « Statue de la Paix », inaugurée le 14 décembre 2011 pour la millième manifestation du mercredi, face à l’ambassade japonaise. La jeune fille qu’elle représente, assise à côté d’une chaise vide, incarne toutes les adolescentes coréennes enrôlées de force comme « femme de réconfort ». Les militants protestent, mais surtout informent les passants sur la nécessité de poursuivre les revendications. Aujourd’hui, Kim, un étudiant coréen du Sud de 20 ans, nous explique son engagement :

« On est là tous les jours. On se relaie, il y a toujours quelqu’un, même la nuit. Le gouvernement japonais veut retirer la statue, c’est une menace pour eux, un symbole debout de nos revendications. Elle représente les victimes de l’esclavage sexuel opéré – c’est important d’utiliser ce mot d’esclavage – alors forcément devant leurs fenêtres ça ne leur plait pas. Du coup nous, on veille ».

2 Mai 2016, Mémorial des femmes de réconfort devant l'ambassade du Japon à Séoul, des militants veillent. Crédits Photos : CrossWorlds/ Hannah Bidoire.

2 Mai 2016, Mémorial des femmes de réconfort devant l’ambassade du Japon à Séoul, des militants veillent. Crédits Photos : CrossWorlds/ Hannah Bidoire

 

Alors que les survivantes, appelées les Halmuny, se font de plus en plus rares – 48 seulement sont encore en vie sur les 270 des années 90 – et que les récentes déclarations du ministre des affaires japonais Shinsuke Sugiyama niant encore une fois les faits ravivent la colère du peuple coréen, le débat demeure dans l’impasse.

Hannah Bidoire (correspondante au Japon, de passage en Corée du Sud)

Première guerre mondiale : les Canadiens s’en souviennent aussi

Article de la première édition de Crossworlds (2013-2014 ). English version below.

Parade du 11 novembre 2013, sur la place de la Victoire à Vancouver. Crédits photo - Clara.

Parade du 11 novembre 2013, sur la place de la Victoire à Vancouver. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright.

 

11 Novembre 2013, jour du Remembrance Day. A Vancouver, il y a foule place de la Victoire : aujourd’hui, on honore les soldats ayant participé au premier conflit mondial, mais pas seulement. Le 11 novembre est aussi l’occasion de se souvenir de toutes les guerres pour lesquelles le Canada s’est sacrifié. Cette année, il se trouve que le Remembrance Day célèbre aussi le 60ème anniversaire de la fin de la guerre de Corée – le Canada y perdit 516 hommes.

Le public est important et d'origines variées pour le Remembrance Day à Vancouver. Crédits photo - Clara

Le public est important et d’origines variées pour le Remembrance Day à Vancouver. Crédits photo – Clara

 

Mais revenons à la première guerre mondiale et à ce constat étonnant : en 1914, en tant que membre du Commonwealth, les Canadiens ont, eux aussi, pris les armes aux côtés de l’Entente. Leur engouement est connu – du moins, dans les livres scolaires canadiens. A la fin de l’année 1914, le but était de rassembler 50 000 soldats dans le Corps Expéditionnaire ; dès l’été 1915, ils étaient le triple grâce aux nombreux volontaires. En 1915, le Premier Ministre demanda un effort de guerre s’élevant à 50 millions de dollars et reçut le double. Mais cet enthousiasme s’estompa avec les années. En 1916, lorsque le Premier Ministre promit à l’Angleterre d’envoyer 500 000 soldats, soit le seizième de la population totale du pays, il dut revenir sur sa promesse et seulement 330 000 hommes partirent. En 1918, le Canada opta pour la conscription obligatoire.

Résultat : 56 683 soldats moururent selon les statistiques gouvernementales, plus de 60 000 selon le site de l’encyclopédie canadienne. Si l’on s’en tient aux chiffres du gouvernement, le Canada perdit 0,7% de sa population durant les combats. Et une petite comparaison aide à se faire une idée : l’Inde, qui était aussi membre du Commonwealth, perdit « seulement » 0,02% des siens tandis que 2,2% de la population anglaise mourut.

En France, l’on n’est peu informé de l’effort de guerre canadien. De manière générale, en France, on s’intéresse peu au Canada. On nous parle des Etats-Unis, ces héros que l’on adule et déteste. Et de l’Angleterre, notre allié ambigu. Pourtant, sur la place de la Victoire aujourd’hui, le souvenir des morts est brûlant.

Célébration du Remembrance Day à Vancouver 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

Célébration du Remembrance Day à Vancouver 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

Célébration du Remembrance Day à Vancouver le 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

Célébration du Remembrance Day à Vancouver le 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

 

La cérémonie se déroule comme toute cérémonie : solennellement, entre chants et silences. Il n’y a pas de tristesse exagérée sur les visages. Il fait beau, c’est un jour férié, et la parade vient juste de commencer. Les vétérans sont les premiers à défiler, suivis des légions actuelles et enfin des cadets. Vieux et jeunes, ils semblent venir des quatre coins du monde avec leurs uniformes de toutes les couleurs et marchent tous sous le même drapeau canadien. Fiers, souriant à un public tout autant multiculturel que son armée. Pour le Remembrance day, l’élan patriotique paraît réunir les âmes.

Célébration du Remembrance Day à Vancouver 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

Célébration du Remembrance Day à Vancouver 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

 

Le parfait tableau ?

Le Remembrance Day a soulevé des polémiques cette année à Vancouver. Comme ce journaliste, dans le Vancouver Observer, qui déclare qu’il ne respectera pas les deux minutes de silence à 11h. Comment les respecter lorsque, des soldats anglais ayant combattu aux côtés du Canada se voient refuser la citoyenneté canadienne sous prétexte que l’Acte de Citoyenneté Canadienne, celui qui pour la première fois distingua le statut canadien de la nationalité anglaise, n’a pris effet qu’en 1947 ?

Ou comme cette journaliste, dans le Huffington post, qui refuse de porter son « poppy » cette année. Le poppy est un petit coquelicot de velours que les Canadiens arborent sur leurs vêtements pendant deux semaines jusqu’au Remebrance Day. L’idée vient du poème « In Flanders field », écrit par un Canadien, et de l’image d’un coquelicot qui pousserait à chaque fois qu’un soldat est mort.

Mais selon cette journaliste, le poppy a perdu son sens original et revêt aujourd’hui une dimension politique : celui qui porte le poppy adhèrerait, implicitement, à toutes les actions militaires du Canada. Ce à quoi elle s’oppose depuis que son pays a rejoint les troupes américaines en Afghanistan.

L’artiste Andy Everson a dessiné un poppy avec des motifs dits « indigènes », histoire d’être sûr que, si les canadiens ne sont pas enclins à écouter les revendications de ces peuples pour leurs terres et leurs droits, au moins, ils ne pourront ignorer l’effort de guerre et les sacrifices que ces derniers ont fait pour le Canada et aux côtés des Canadiens. L’image de ce poppy a été partagé plus d’un millier de fois sur Facebook.

Les Canadiens présents ce jour place de la Victoire portent le fameux poppy. Les meilleurs élèves répondent que c’est un modeste moyen de montrer leur soutien aux vétérans, les cancres avouent qu’il ajoute une touche de couleur à leur tenue.

Clara Wright

World War I : Canadians remember it too

 

November 11th, Remembrance Day. The Victory Square Cenotaph of Vancouver is crowded: today not only Canadians gather to remember their eldest who fought during the First World War, but remembrance day aims to remember all the wars Canada fought for. This year, “Remembrance day comes on the 60th anniversary of the Korean War” the Vancouver Sun explains, “Canadians who gather on the 11th hour of the 11th day of the 11th month will do so in memory of all conflicts, among them the Korean War” – 516 Canadian lost their lives in Korea.

Célébration du Remembrance Day à Vancouver 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

Célébration du Remembrance Day à Vancouver 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

 

But let’s focus on the First World War and a surprising observation: in 1914, Canadians also took up arms by the Entente power’s side, as a member of the Commonwealth. Their enthusiasm was impressive according to Canadian schoolbooks at least. By the end of 1914, the government’s goal was to have 50,000 soldiers in the Expeditionary Force; six months later, they were 150,000 soldiers as a huge number of volunteers enlisted. The commitment was the same when it came to financing the war: in 1915, the government asked for 50 millions of dollars, it collected twice that amount. Yet, enthusiasm decreased as the years went by In 1916, the Canadian Prime Minister promised Britain to gather 500 000 people, that is, a sixteenth of the whole population, but he only managed to send 330,000 people to war that year. In January 1918, conscription had to become mandatory. 

All in all: 56, 683 soldiers died according to the government’s statistics, more than 60,000 according to the Canadian encyclopaedia. If we stick to the government’s numbers, Canada lost 0,7% of its population during the war. As a comparison, India, which was also a Commonwealth country “only” lost 0,02% of its population, and the UK itself lost 2,2%.

In France, we are not told a lot about the Canadian participation in the war. In fact, in France, we are not interested in Canada in general. We know about the Americans, these heroes, who we both love and hate; and about the British, our ambiguous allies. However, here in the Victory place, the memory of the slain is burning.

Célébration du Remembrance Day à Vancouver 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

Célébration du Remembrance Day à Vancouver 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

Célébration du Remembrance Day à Vancouver 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

Célébration du Remembrance Day à Vancouver 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

 

The ceremony is like any other ceremony with appropriate times for singing and others for silence. Yet, there is no excessive sadness on the people’s faces. And that is understandable: it’s sunny, it’s a public holiday and the parade has just started. The veterans come first, warmly acclaimed by the public. Then the current legions march, quickly followed by the cadets. Young or old, according to the varied uniforms, they seem to come from all over the world – in the cadets’ ranks, the visible minority is white – but they all march under the same Canadian flag. Proudly and smiling to a just as much multicultural public. On Remembrance Day, patriotic momentum seems to connect the souls. The perfect scene.

But Remembrance Day has given rise to arguments in Vancouver.

This journalist for instance, who declares in the Vancouver Observer that he won’t respect anymore the two minutes of silence at 11 am. He has charges against the government and is determined to voice them. He stands up against the current legislation that does not give the Canadian citizenship to all the British soldiers who fought in the Canadian forces during World War I. A legislation that follows The Canadian Citizenship Act, the first act that created a status for the Canadians distinct from the British one, but which came into effect in 1947 only.

Or this other journalist, in the Huffington post,  who refused to wear her “poppy” this year. The idea of the poppy comes from the poem “In Flanders field”, written by a Canadian poet, from the moving image of poppies flowering wherever a soldier died. But, to her, nowadays, people who wear the red poppy do not “just (pay tribute to) the sacrifices made by soldiers in past wars”: they also show their adhesion to any military action led by Canada, such as Canada’s involvement, which is disturbing when you know Canadian soldiers were sent to Afghanistan to fight side by side with the US soldiers.

Actually, this year, if the poppy had a warlike message to spread, it would be the Indigenous one: an artist, Andy Everson, drew a poppy with aboriginal signs on it to make sure that, if Canadian people are not willing to recognize the legitimacy of the First Nations’ claims for their lands or for their rights, they will at least remember the effort of the latter during the war. The Everson’s poppy was shared more than a thousand times on Facebook.

However, such a standpoint seems far stretched when you actually ask people next to you why they are wearing the poppy: the best pupils answer that this is a humble way to pay tribute to their eldest, the dunces admit the poppy looks great on them. No warriors in the public, no warriors either in the badly organized ranks of the younger cadets, who, a bit confused and a bit happy, march to the beat of the drums.

Célébration du Remembrance Day à Vancouver 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

Célébration du Remembrance Day à Vancouver 11 novembre 2013. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

 


@clarawright_