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Diwali, quand l’Inde s’illumine

Alors que l’on célèbre Noël en France, évènement fédérateur bénéficiant d’un jour férié dans l’Hexagone, notre correspondante en Inde vous fait découvrir ce qui pourrait être compris comme son équivalent indien en termes d’engouement populaire : la fête de Diwali.

P1360191Durant tout l’automne, les rues indiennes sont ornées de guirlandes de lumières et de bougies pour Diwali © Crossworlds/ Cécile Marchand Ménard

Tous les ans, au cœur de l’automne, alors que les sapins de Noël sont encore enracinés, l’Inde toute entière est illuminée par des milliers de bougies et guirlandes de lumière. Pendant cinq jours, on fête le retour de Ram, roi de l’Inde antique après une victoire héroïque, en éclairant les rues, tandis que la lune n’occupe plus le ciel.

Dans un pays peuplé par plus d’un milliard d’êtres humains, parlant dix-huit langues officielles et pratiquant plus de huit cultes, un tel évènement semble fédérateur.

Vidhu, 21 ans, est christiano hindou. Rupinder, 32 ans, est sikh. Malgré leurs différences religieuses, ils fêtent tous deux Diwali.

Un évènement fédérateur dans une Inde plurielle

En Inde, la liberté de culte est garantie par les articles 25 à 28 de la Constitution. Un amendement de 1976 fait du sous-continent un Etat séculaire. Contrairement à la configuration française, en Inde, la subvention des cultes existe et les religions interviennent dans le droit civil.

L’Inde est le berceau de nombreuses religions toujours présentes aujourd’hui sur son territoire. Selon un recensement de 2011, rendu public en 2015, près de 80% d’Indiens pratiquent l’hindouisme, plus de 14 % pratiquent l’islam, plus de 2% pratiquent le christianisme, suivi de près par la pratique du bouddhisme et du sikhisme.

C’est dans ce contexte de diversité religieuse devenu structurel qu’est célébré tous les ans Diwali ou Deepavali (en sanskrit, rangée de lumières).

Dans un pays caractérisé par une diversité religieuse forte, la question du vivre ensemble se pose tout au long de l’Histoire. De la domination islamique de l’Empire moghol du XVIème siècle, à l’assassinat d’Indira Gandhi par ses gardes du corps sikhs en 1984, jusqu’aux attentats de Mumbai en 2008, l’unité nationale est mise à rude épreuve par des conflits religieux.

Les festivités de Diwali, fédératrices, s’étendent sur cinq jours, généralement à la fin du mois d’octobre, et marquent le début du calendrier hindou.

Bien souvent, les illuminations et le son des pétards s’étendent jusqu’au début du mois de novembre. Tout comme Noël, malgré son caractère religieux, cet événement fédère au-delà des cultes, comme l’illustrent Vidhu et Rupinder.

Avec ses vêtements à la pointe de la mode occidentale et son accent canadien, le premier est fier de son enfance passée en Amérique du nord. La seconde, née Penjab, porte le sari traditionnel. Les deux parlent librement de leur rapport personnel à la religion, sujet souvent tabou en Inde.

« Plus que le simple fait religieux »

Vidhu et Rupinder font partie de la classe moyenne indienne qui a prospéré lors de la libéralisation économique de 1991. Lui est fils d’un homme d’affaires et d’une mère au foyer. Il a passé dix ans de sa vie au Canada et étudie maintenant dans une des universités les plus prestigieuses du nord du pays. Elle a fait des études supérieures avant de devenir institutrice et présentatrice pour une radio locale.

S’ils sont proches socio-économiquement, ils ne le sont pas religieusement. Vidhu est issu d’une famille où christianisme et hindouisme s’entremêlent tandis que Rupinder est sikh. Néanmoins, ils reflètent une particularité indienne : l’importance accordée à la pratique religieuse. En Inde, la quasi-totalité de la population déclare appartenir à un culte.

En Inde, comme le souligne Vidhu, en expliquant la configuration particulière du droit civil indien vis-à-vis des cultes,

« La religion a une place dans les modes de vie, dans la société toute entière, c’est plus que le simple fait religieux ».

Malgré une laïcité de façade, le droit civil de l’Inde est souvent très relié à la religion ; en termes de mariage et de décès notamment. Il n’existe pas de législation universelle et générale en ce qui concerne le mariage, le décès et la succession. Ainsi, chaque communauté religieuse reconnue possède son code de statut personnel. Par exemple, le mariage civil est encadré de diverses façons selon la religion des mariés.

Une maison accueillante pour recevoir la déesse

La description de Diwali dans leurs familles par Rupinder, la Sikh, et Vidhu, l’Hindou, permet de faire ressortir des similitudes malgré des croyances différentes.

Vidhu explique que « la semaine avant Diwali, on nettoie nos maisons ». Rupinder ajoute :
« si la peinture est détériorée, c’est l’occasion de repeindre l’habitation ». Tous deux affirment qu’il est fréquent de refaire la décoration intérieure de sa maison en achetant de nouveaux meubles à l’approche du mois d’octobre, une caractéristique de la classe indienne moyenne et d’un certain culte de la consommation. Vidhu poursuit :

« Diwali est avant tout une fête d’amour et de joie. Tout ce qu’on veut c’est que les gens soient heureux ».

Ainsi, des millions d’Indiens et d’Indiennes se rendent chez leurs proches pour leur offrir toutes sortes de cadeaux ou offrandes. Le plus souvent, ce sont des fruits secs, précise Rupinder.

La semaine avant Diwali, les familles de Vidhu et Rupinder achètent des sucreries en tous genres, des feux d’artifice et de la poudre colorée. Avec cette poudre, les enfants confectionnent des rangolis, fresques colorées, devant et à l’intérieur des maisons. « Un jour avant Diwali, nous décorons le sol de nos maisons. Selon la croyance, le jour de Diwali, la déesse Lakshmi va venir. Il faut donc que la maison soit belle et accueillante pour la recevoir », explique Vidhu.

« Le jour de Diwali, qui est le nouvel an hindou, il n’y a pas de lune. Les gens allument donc des bougies et illuminent leurs maisons pour guider Ram qui rentre de la forêt. »

P1360357A Bundi, des enfants s’amusent avec des feux d’artifice pendant plusieurs jours suivant Diwali. C’est derniers peuvent être dangereux, leur usage est donc régulé. © CrossWorlds/Cécile Marchand Ménard

« La seule chose qui a peut être changé avec le temps, ce sont les feux d’artifices. Bien sûr, lors du retour de Ram, ils n’existaient pas », note Vidhu.

Cette remarque presque anecdotique a son importance puisque l’usage des feux d’artifices est, depuis quelques années, régulé. « Il est très fréquent que des gens perdent leurs mains ou se les brûlent à cause des feux d’artifices et des pétards. Cette année, mon oncle s’est brûlé une main ! » déclare Vidhu, à peine étonné.

Des significations et interprétations différentes

Malgré d’apparentes similitudes dans la manière de célébrer Diwali, les rituels tout comme la signification donnée à cette fête diffèrent selon l’appartenance religieuse.

« Ma grand-mère célèbre tout de la même manière que le reste de ma famille mais elle ne prononce pas les mêmes prières, et ne nous accompagne pas toujours au temple. Elle allume, comme nous, une bougie devant Ganesh. »

Certaines personnes ne prennent d’ailleurs pas part à Dusshera, comme l’explique Vidhu. Cette autre fête a lieu vingt jours avant Diwali, en mémoire de Ram qui a triomphé face à Ravana. Diwali célèbre alors son retour après cette bataille.

P1360346« Le soir, les femmes mettent leurs plus beaux saris et nous faisons la puja. Cette prière est dirigée vers Ganesh et Lakshmi. Cela est censé nous apporter prospérité et un futur heureux. Il est dit que quand une maison est illuminée par des bougies, alors elle est protégée. » © CrossWorlds/Cécile Marchand Ménard

Rupinder précise :

« Les sikhs ne célèbrent pas réellement Diwali. En fait, même si les célébrations se déroulent de la même manière, nous célébrons Bandi Chhor Divas [le jour de la délivrance des prisonniers] ».

Cette célébration correspond à l’arrivée du sixième guru, Hargobind, au temple d’or d’Amritsar. Ce dernier s’est échappé du Fort Gwalior en 1619 où il était prisonnier politique, permettant l’évasion de 52 rois hindous par la même occasion. Dans le jaïnisme, religion prenant racines en Inde, la signification de Diwali est également différente. Selon les jains, Diwali correspond au jour où Mahavira, un des 24 tirthankaras (disciples atteignant l’omniscience) a atteint le Nirvana en 527 avant Jésus Christ.

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Devant un temple jain, une femme dépose des bougies en hommage à Mahavira. © CrossWorlds/Cécile Marchand Ménard

Diwali, moment d’unité nationale, contraste avec les conflits inter-religieux perdurant en Inde jusqu’à récemment. Selon Vidhu, « depuis l’indépendance du pays, les choses ont tendance à s’apaiser entre les différentes religions. Le premier ministre Modi joue un rôle de modérateur dans ce processus ». Mais pour Rupinder, Narendra Modi est le représentant du parti nationaliste hindou, ce qui a tendance à biaiser le débat. Pour elle, Modi privilégie les hindou·es, « ralentissant l’accès à l’unité nationale forte ».

Reste que la fête de Diwali en Inde est l’occasion de faire ressortir une certaine unité du sous-continent indien le temps de quelques jours.

Cécile Marchand Ménard

Fête des couleurs en Inde : la routine d’Holi

Aujourd’hui est un jour férié en Inde, et pour cause : c’est Holi.

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Holi – Un enfant dans les rues de Pali Hill, Mumbai. Crédits photo: CrossWorlds/Théo Depoix-Tuikalepa

La fertilité haute en couleurs

Cette fête sacrée de l’hindouisme est célébrée chaque année aux alentours de l’équinoxe de printemps, comme un hommage au retour des beaux jours et à la fertilité dont ils font la promesse. Même s’il est aujourd’hui fréquent dans certaines villes de commencer les festivités près d’une semaine avant le jour J, Holi s’étale traditionnellement sur deux jours.

Tout au long de la première journée, les Hindous prient et se recueillent, avant de se retrouver le soir autour de bûchers en flammes, symbolisant la mort de la démone Holika – d’où la festivité tire d’ailleurs son nom. Le jour d’après est, quant-à-lui, le théâtre de la désormais bien connue « fête des couleurs » : un carnaval ouvert à tous où fusent pigments, ballons remplis d’eau et « Happy Holi » à tout va.

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Holi – Groupe de femmes, Juhu Beach, Mumbai. Crédits photo : CrossWorlds/Théo Depoix-Tuikalepa

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Holi – Visages, Juhu Beach, Mumbai. Crédits photo : CrossWorlds/Théo Depoix-Tuikalepa

Mais seuls les pigments restent

À Mumbai, Holi semble se diluer dans le cosmopolitisme et la modernité de la mégalopole : les visages fardés sont plus ou moins nombreux selon les quartiers et les festivités semblent avant tout réjouir les enfants, qui y trouvent l’occasion de transformer la rue en un immense terrain de jeu. « Pour Holi, je resterai chez moi », m’ont confié des étudiants lassés des explosions de couleurs et des tâches qui peinent à partir.

« C’est une fête pour les enfants », « Nous, nous célébrerons ça à la maison, en famille » ai-je également pu entendre.

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Holi – Pigments, sable : quelle différence ? Juhu Beach, Mumbai Crédit photo: CrossWorlds/Théo Depoix–Tuikalepa

 

C’est vrai qu’à y regarder de plus près, Holi a perdu de sa sacrale essence. De nombreuses fêtes privées étaient organisées dans des clubs, résidences et enceintes d’immeuble. Volume maximum et open-bars, il n’y a que les pigments pour rappeler l’origine de cette fête, qui s’est d’ailleurs exportée sous cette forme au reste du monde.

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Holi – Pigments vendus en sachets, Pali Hill, Mumbai. Crédits photo: CrossWorlds/Théo Depoix-Tuikalepa

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Holi – Un étal paré de couleurs, Pali Hill, Mumbai. Crédits photo: CrossWorlds/Théo Depoix-Tuikalepa

Cannabis et bain multicolore

Dans le quartier de Pali Hill, dans la banlieue de Bandra, des vendeurs de rue fournissent poudres de couleur et pistolets à eau. Des gens font la queue devant des échoppes pour remplir leur bouteille de bhang lassi, une boisson lactée à base de beurre clarifié (ghee), d’épices et de feuilles de cannabis. Un homme m’assure qu’ « après une bouteille entière de cette boisson, tu peux avoir des hallucinations ».

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Holi – « Do you like cocaine bro ? », Pali Hill, Mumbai Crédit photo: CrossWorlds/Théo Depoix–Tuikalepa

 

En fin d’après-midi, je finis par me diriger vers la plage de Juhu où une foule immense a envahi le sable. Son murmure couvre le bruit de la mer où viennent se rincer des masses d’Indiens rouges, roses, violets, bleus, verts, jaunes.

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Holi – Marée humaine à Juhu Beach, Mumbai. Crédits photo: CrossWorlds/Théo Depoix-Tuikalepa

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Holi – Photographe photographié, Juhu Beach, Mumbai Crédit photo: CrossWorlds/Théo Depoix-Tuikalepa

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Holi – Profil, Juhu Beach, Mumbai. Crédits photo: CrossWorlds/Théo Depoix-Tuikalepa

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Holi – Visage, Juhu Beach, Mumbai Crédits photo : CrossWorlds/Théo Depoix-Tuikalepa

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Holi – Père et fils, Pali Hill, Mumbai. Crédits photo: CrossWorlds/Théo Depoix-Tuikalepa

 

Théo Depoix-Tuikalepa
@Theo__DT