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“Dating” à l’irlandaise

En Irlande, pays où l’on recense plus d’un tiers de célibataires, la recherche de l’âme sœur est un art qui se décline notamment par la pratique du « dating », répandue dans les pays anglo-saxons. La veille de la Saint-Valentin, notre correspondante vous présente ses subtilités en Irlande.

Photographie intitulée "In love", prise à Dublin, la capitale irlandaise. © Flickr/CC/Giuseppe Milo

Photographie intitulée « In love », prise à Dublin, la capitale irlandaise. © Flickr/CC/Giuseppe Milo

Petite définition du dating

Le concept du dating est souvent traduit en français par le fait d’avoir des rendez-vous galants. En pratique, c’est plus complexe.

Le côté non officiel du dating est un point essentiel de la pratique. Une personne qui a des dates (rendez-vous) est perçue comme un célibataire – et cela même si elle date quelqu’un pendant des mois. La relation devient officielle seulement après LA conversation, celle où l’on demande à la personne que l’on voit de stabiliser les rapports, c’est-à-dire de devenir exclusifs.

Car cette non-officialité se traduit par la possibilité de voir plusieurs personnes à la fois, sans qu’il n’y ait de norme quant au nombre de conquêtes simultanées. Chacun définit sa propre limite. L’idée ? Rencontrer du monde et juger du prétendu potentiel amoureux de chacun.

Pour Glendon*, étudiant dublinois en dernière année de médecine, le date peut être cruel.  “Il y a quelques temps j’avais régulièrement des dates avec une fille. On s’est vus pendant environ quatre mois et du jour au lendemain, elle a coupé tout contact sans pouvoir me dire pourquoi.” Pas en couple, pas d’attache donc pas d’explication à donner en cas d’arrêt soudain de la relation.

“So, this is a date?” (Alors, c’est un rencart ?)

Le déroulement d’un date a ses us et coutumes.

L’idée principale étant de découvrir la personne en face de vous, un rendez-vous muet au cinéma est assez proscrit. On se retrouve le soir, autour d’un verre pour discuter et apprendre à se connaître. Si le date se déroule bien, que le contact passe bien, il peut continuer en privé.

Contrairement à l’image largement véhiculée par les comédies romantiques américaines, en Irlande, on n’attend généralement pas le cap des trois rendez-vous avant un rapprochement physique. Le seul cliché vérifié est, pour les couples hétérosexuels, la volonté de fer des hommes de payer pour les verres ou le repas de la femme qui les accompagne.

Le Ha'Penny Bridge à Dublin, la capitale irlandaise, est l'équivalent du Pont des amoureux à Paris. © Flickr/CC/Stibou5

Le Ha’Penny Bridge à Dublin, la capitale irlandaise, est l’équivalent du Pont des amoureux à Paris. © Flickr/CC/Stibou5

Des dates démultipliés

Aisling*, 29 ans et étudiante en psychologie, a eu il y a deux ans son premier date avec Seamus* dans un restaurant, après s’être rencontrés virtuellement sur Tinder.

Tinder est une application développée en 2012 qui permet à ses utilisateurs d’aborder des personnes virtuellement dans le but de les rencontrer ensuite dans la vraie vie. Lorsque l’on crée son profil, on peut renseigner l’âge, le sexe ainsi que la localisation des personnes que l’on souhaite voir apparaître sur son écran. Basé sur un mode de validation du physique par des attributions de « j’aime » ou de  « non intéressé », Tinder se targue d’avoir « inventé ce système afin de rapprocher les gens uniquement lorsque l’intérêt est réciproque« . C’est désormais une référence dans le domaine de la rencontre en ligne.

Avant Tinder, Aisling* faisait partie de ces rares Irlandaises à n’avoir jamais daté. Elle avait jusqu’alors été dans une relation stable depuis longtemps.

En Irlande, une récente étude réalisée par téléphone sur un échantillon de 1000 Irlandais, âgés de 15 ans et plus, estime que 6% de la population a recours à Tinder, loin derrière Facebook (64%) ou encore Instagram (28%). Mais c’est la seule de ces applications à avoir spécifiquement pour objectif le dating.

« C’est indéniable que, grâce à Tinder, les possibilités de rencontrer des personnes en dehors de mes cercles habituels ont été décuplées”, se félicite Glendon, qui utilise l’application depuis deux ans. “Avec mon travail de médecin, très prenant, c’est parfois difficile de rencontrer du monde dans la vraie vie. »

Mais l’application exacerbe aussi le côté négatif du dating : « On rencontre plein de monde dans l’espoir de rencontrer la perle rare. C’est immédiat, rapide et facile.

« Le risque, avec le nombre de ‘dates’ potentiels qui semble illimité grâce à Tinder, c’est de toujours chercher plus. Plus drôle, plus beau, plus intelligent. »

En Irlande, le dating fait aussi recette à la télévision. L’émission « First Dates » accompagne de nombreux potentiels couples hétérosexuels et et homosexuels, de la vingtaine à une cinquantaine d’années, lors de leur premier rendez-vous. Très populaire, le programme a été renouvelé pour une troisième saison.

Olga Lévesque

*Les prénoms ont été modifiés à la demande des interviewés.

« Orange days » : notre sélection d’articles sur la lutte contre les violences faites aux femmes

Ce week-end, la Journée contre les violences faites aux femmes a lancé les « orange days » : 16 journées de campagne menées par l’ONU pour mettre fin à ces violences. Pour que le « non » aux violences faites aux femmes soit exprimable, audible et respecté.

A cette occasion, nous vous proposons une sélection d’articles rédigés ces dernières années par nos correspondants, qui éclairent la situation dans leurs pays d’accueil.

Le « non » de Judith Couvé

Notre correspondante au Panama, Judith Couvé, a exprimé en disant sa vision du "non". © CrossWorlds / Judith Couvé

Notre correspondante au Panama a dessiné sa vision du « non ». ©CrossWorlds / Judith Couvé

Etats-Unis

Lors d’un Regard Croisé sur l’aube dans 8 pays du monde, notre correspondante à Washington écrivait sur ces femmes qui s’organisent pour lutter contre le harcèlement de rue. Rencontre avec Lauren Taylor, fondatrice de l’association Defend yourself à l’occasion de cette journée internationale :

CINQ HEURES — Washington, quand la nuit inspire la peur

Corée du Sud

Des centaines de personnes se réunissent chaque mercredi devant l’ambassade japonaise de Séoul pour protester contre l’impunité de ce crime de guerre.

« Femmes de réconfort » : le passé d’esclavage sexuel dont le Japon a du mal à se débarrasser

Argentine

Malgré un statut pénal existant, la situation reste critique dans le pays où une femme est assassinée toutes les 32 heures. Retour sur cette situation alarmante à l’origine du mouvement #NiUnaMenos :

L’Argentine punit le « féminicide ». Et pourtant…

Irlande

Parmi le portrait de femmes, découvrez celui de Joan, l’oreille des femmes abusées.

Angleterre, Canada, Irlande… Ces femmes qui nous interpellent

Afrique du Sud

Un pays où 53 617 cas de viols ont ainsi recensés par la police en 2014-2015, sachant que seule une faible proportion des femmes porte plainte.

La banalité silencieuse des violences faites aux femmes en Afrique du Sud

Randonnée champêtre au bord des falaises irlandaises

L’été pointe timidement le bout de son nez en Irlande. Olga Lévesque, notre correspondante en Irlande, vous emmène à la découverte de paysages célestes, où terre et ciels se côtoient dans une effusion de couleurs rafraîchissantes.

 

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Le Château de Bunratty. Crédits photo: CrossWorlds/ Olga Lévesque

 

Le Château de Bunratty s’élève sur ce qui était autrefois un camp viking. Construit par des Normands au XIIIè siècle puis successivement agrandi et fortifié par de grandes familles irlandaises, telles que les O’Brien et les Cromwell, la forteresse est aujourd’hui la mieux restaurée et la plus authentique d’Irlande.

 

 

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La tour O’Brien. Crédits photo: CrossWorlds/ Olga Lévesque

 

La tour O’Brien construite en 1835 par le propriétaire du même nom sert de point d’observation pour les touristes voulant admirer les falaises de Moher d’un nouvel angle. A l’époque de sa construction, on y trouvait même un salon de thé pour les gentlemen et ladies venus de loin.

 

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Les falaises de Moher. Crédits photo: CrossWorlds/  Olga Lévesque

 

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Les falaises de Moher. Crédits photo: CrossWorlds/  Olga Lévesque

 

Les falaises de Moher s’étendent sur 8 kilomètres de long et s’élèvent jusqu’à 214 mètres au dessus de l’océan atlantique. On estime qu’elles ont 320 millions d’années. Malgré leur grand âge, elles restes le site naturel le plus visité d’Irlande.

Olga Lévesque

 

 

Présidentielle française : pour qui voteraient les Irlandais, s’ils le pouvaient ?

Prendre le pouls d’un pays pour connaitre son avis. Notre correspondante s’est plongée dans les journaux irlandais et a confronté leurs analyses du deuxième tour de l’élection présidentielle française à l’avis d’Irlandais aux professions variées. Nous déclinons leur identité comme eux l’ont souhaité (nom complet ou incomplet, photographié ou non.)

St Denis Street, la rue principale de Tralee dans le sud de l'Irlande. © CrossWorlds / Olga Lévesque

St Denis Street, la rue principale de Tralee dans le sud de l’Irlande. © CrossWorlds / Olga Lévesque

 

Vu des médias

A en croire le Irish Times, le deuxième quotidien le plus lu d’Irlande, Emmanuel Macron, candidat au second tour de l’élection présidentielle française de 2017, a déjà gagné la présidentielle qui l’oppose à Marine Le Pen. Au lendemain du premier tour, le journal titrait “Macron will be President but France will never be the same again” (“Macron sera Président mais la France ne sera plus jamais la même”). Le 4 mai, juste après le dernier débat entre les deux candidats, le journal se projetait déjà dans les futurs combats du pays en qualifiant de “troisième tour” les législatives de juin (“In France’s ‘third round’, things could get very interesting”,pendant le “troisième tour” français, les choses pourraient devenir très interessantes), omettant alors complètement le deuxième tour.

L’Irish Independent, journal le plus lu en République d’Irlande, est plus réservé sur les prognostics. Le 3 mai, le quotidien affichait plus neutrement : “Stark French choice : fiery Le Pen or novice Macron?” (“Le difficile choix français : l’impétueuse Le Pen ou le débutant Macron ?”).

Qu’en disent les Irlandais ?

À Tralee, capitale du comté Kerry au sud-ouest de l’île, nous sommes allés à leur rencontre pour leur demander leur avis sur cette élection : s’y intéressent-ils ? Que pensent-ils d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen ? S’ils le pouvaient, pour qui voteraient-ils ? Nous leur avons présenté des photos de Marine Le Pen et d’Emmanuel Macron afin de les aider à les identifier. 

Ceux qui voteraient Emmanuel Macron

Cathal Foley, assistant parlementaire du parti nationaliste irlandais Sinn Féin. © CrossWorlds / Olga Lévesque

Cathal Foley, assistant parlementaire du parti nationaliste irlandais Sinn Féin. © CrossWorlds / Olga Lévesque

Cathal Foley, assistant parlementaire du parti nationaliste irlandais Sinn Féin

« Nous sommes un parti pour l’unité de l’Irlande, notre but principal est d’accéder à la réunification des deux Irlandes, mais c’est sur le long terme.
Sur le court terme, nous travaillons à l’intégration des groupes défavorisés dans notre société, comme les gens pauvres, les ouvriers, les minorités.

Dans ce sens-là, je pense que nous sommes à l’opposé de Marine Le Pen : je la trouve raciste.

Ses politiques sont anti-immigrants et anti-réfugiés. Je pense que Marine Le Pen serait une mauvaise chose pour la France, elle est dépassée : elle pense encore comme dans les années 30.

Macron est pour les marchés économiques libres, je ne suis pas toujours d’accord avec ça. Mais il est libéral en ce qui concerne les immigrés et les réfugiés. Si je pouvais voter, je voterais pour lui.

Marine Le Pen tenterait de faire sortir la France de l’Union Européenne : ce serait un désastre pour la France. Il n’y a qu’à regarder la Grande-Bretagne. Ils s’isolent et sont complètement seuls.

Je suis un républicain, la République vient de France. Nous, les Irlandais, nous admirons la tradition “Liberté, Egalité, Fraternité » et je ne crois pas que Marine Le Pen ait aucune de ces qualités. »

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Ciara, pharmacienne. © CrossWorlds / Olga Lévesque

Ciara est pharmacienne.

« J’ai regardé une partie du débat hier soir et Marine Le Pen est vraiment impressionnante. Je me considère comme étant féministe donc en soi, je serai ravie qu’une femme devienne présidente. Mais en tenant compte de ses vues extrêmes et de qui est son père, je ne voterais pas pour elle. Macron à l’air assez jeune. Je ne sais pas si c’est positif ou négatif.

L’élection française m’intéresse dans le sens où le mouvement “anti-système” grandit et que ça m’inquiète.

Surtout après l’élection de Trump. »

Juana Lopez, d’origine colombienne, vit depuis de nombreuses années en Irlande

Juana Lopez, colombienne expatriée en Irlande. © CrossWorlds / Olga Lévesque

Juana Lopez, colombienne, vit depuis plusieurs années en Irlande.

« Macron est seulement chanceux qu’il y ait eu le scandale des emplois fictifs de la femme de Fillon chez les Républicains. Il a juste eu de la chance. Pour moi, il est trop jeune. Ça n’a rien avoir avec son âge, c’est plutôt un manque d’expérience.

Marine Le Pen n’a pas de programme pour la France. Elle a un programme pour les étrangers, mais sinon rien.

Je suis assez inquiète par rapport à ça. Si je pouvais voter, je voterais Macron, mais sans vraiment être convaincue. »

Ceux qui comprennent Marine Le Pen

Notre correspondante a rencontré un Irlandais d’une cinquantaine d’années sur la place principale de Tralee. Il a accepté avec plaisir de répondre aux questions mais a insisté pour rester anonyme et ne pas être photographié.

« J’ai bien suivi les présidentielles françaises. Marine Le Pen d’extrême-droite face à Macron avec son nouveau mouvement.

Je peux comprendre le point de vue de Marine Le Pen sur l’immigration.

Quand on émigre aux Etats-Unis ou en Australie, on nous demande de remplir des papiers, pour prouver en quoi on serait utile à la société. Pourquoi n’en serait-il pas de même en Europe? J’espère que Le Pen ne sera pas présidente mais tout ça devrait être un signal d’alarme pour la France. C’est vraiment un beau pays et tout ce qu’il s’est passé, les attentats notamment, m’attriste beaucoup. »

Et la non-adhésion à Emmanuel Macron

Fergal Dooley, barman. © CrossWorlds / Olga Lévesque

Fergal Dooley, barman. © CrossWorlds / Olga Lévesque

 

Fergal Dooley est barman.

« Marine Le Pen est une p***** de cinglée ! Elle ne passera pas. Mais Macron est élitiste et trop instruit. »

Ceux qui font dans l’originalité

Tom Lowry, Sarah Steffens, Marian Ryan, travaillent pour une ONG. Ils ont répondu ensemble à nos questions.

Tom Lowry, Sarah Steffens, Marian Ryan, travaillent pour une ONG. Ils ont répondu ensemble à nos questions. © Crossworlds / Olga Levesque

 

« Les candidats sont Marine Le Pen et Emmanuel Macron, c’est ça? On la connaît plus elle parce qu’on a regardé un reportage sur l’Europe récemment qui décrivait son programme anti-européen. Elle est vraiment extrême et contre l’Union Européenne  : c’est pour nous la raison principale de s’opposer à elle. Macron à l’air plutôt sympathique. Si on cache ses yeux [sur la photo], il a l’air vraiment canon. »

Jack Walsh, Irlandais © CrossWorlds / Olga Lévesque

Jack Walsh, Irlandais © CrossWorlds / Olga Lévesque

Jack Walsh, « sans métier défini » selon lui, écrit des textes quand on l’aborde.

« Je ne connais pas grand chose à la politique, mais lui je l’ai déjà vu quelque part [en pointant la photo d’Emmanuel Macron]. Il a l’air jeune. Il a 39 ans ? Mais c’est l’année du serpent en astrologie chinoise, ça ! Ce sont souvent des gens qui aiment bien s’habiller et qui risquent de ne pas être toujours justes avec tout le monde.

Je ne sais pas si c’est de mauvais augure, mais il est né sous le signe du serpent.

Elle[en pointant la photo de Marine Le Pen] a l’air d’aimer la bonne nourriture en tout cas, et elle pourrait être pro-américaine.

Ça ne serait pas Angela Merkel ?

Mais ça ne me fait pas peur, les politiciens, y compris Trump, sont tous des marionnettes. »

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Georges, retraité. © CrossWorlds / Olga Lévesque

Georges est retraité.

« Ah mais oui, les candidats sont MarTine Le Pen et le monsieur dont le nom commence par un M ! Elle est plutôt jolie, MarTine, mais je ne voterais pas pour elle parce qu’elle est assez extrême. Après ce que je sais de la politique, c’est ce que les médias me disent. Les médias n’aimaient pas Trump, ils aimaient Clinton. On sait tous qui est le Président des Etats-Unis… Je crois que dans notre ville, les gens ne s’intéressent pas trop à la politique internationale – mais j’espère qu’au final tout ira pour le mieux. »

Propos recueillis par Olga Lévesque

Angleterre, Canada, Irlande… Ces femmes qui nous interpellent

Pour la Journée internationale des droits des femmes, nos correspondants vous font rencontrer une femme de leur pays d’accueil. Molly, Joan, Arije, Judy… Des femmes de notre époque qui les ont interpelés ou inspirés.

Chili : Nicole, la voyageuse

Nicole m’invite à la rejoindre au réveil sur son petit balcon. Elle regarde inspirée le port de Valparaíso, ses yeux sont des miroirs à facettes et sa peau respire encore les Caraïbes. On la surnomme pajarito (petit oiseau) et cela fait deux semaines qu’elle est rentrée au nid. Du haut de ses vingt six ans, elle a parcouru pendant un an les terres d’Amérique latine, du Chili jusqu’au Mexique.

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Nicole, du thé et un balcon. Valparaíso © CrossWorlds / Cyndi Portella

 

Lorsqu’elle était enfant, Nicole regardait avec admiration les programmes télévisés où apparaissaient des journalistes aux quatre coins du monde. Elle se souvient que son cœur battait très fort : elle aussi rêvait de prendre la route. Pourtant, son premier grand voyage ne fut pas à la hauteur de son désir de petite fille. Il y a deux ans, elle est partie travailler trois mois en Californie aux côtés d’un ancien petit-ami.

Apparaissent les souvenirs, et un brin de mélancolie se dessine sur son visage : « Là-bas je me suis rendue compte de ma situation de dépendance, je n’arrivais pas à communiquer en anglais, ou seulement à travers lui, je me sentais en perte de confiance et dévalorisée ». Son retour au Chili n’efface pas le sentiment d’insécurité développé lors du voyage, il demeure la peur de ne pas être capable de s’adapter à de nouveaux environnements. Surgit alors la nécessité de repartir, seule cette fois. Elle se souvient précisément de la veille de son départ, les rues de Valparaíso, ses amis tristes et enjoués, son sac fait à la dernière minute, le petit-déjeuner avec sa mère et sa sœur. Une fois dans le train, une question la taraude : quand les reverra-t-elle ?

Nicole revient à sa sérénité naturelle et raconte l’itinéraire au cours duquel elle alterna entre volontariat et couchsurfing traversant le Pérou, l’Équateur, la Colombie, le Panama, le Nicaragua et le Mexique. Même si les pays et les rencontres s’additionnent, elle décrit avant tout ce voyage comme une évolution personnelle, un cheminement fait de longues introspections. Elle sent qu’elle a grandi, qu’elle s’est affirmée aussi.

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Nicole, pensées matinales. Valparaíso. © CrossWorlds / Cyndi Portella

 

“En tant que femmes, on nous limite beaucoup”

Nicole n’était pas seulement une voyageuse, elle était une femme qui voyageait seule. Un détail qui fait la différence. Le regard pensif sur sa tasse de thé, elle reconnaît avoir été confrontée à diverses réactions machistes pour le moins irritantes. Particulièrement en Colombie et en Amérique centrale, où elle dit s’être sentie objectifiée parfois. Sa manière de voyager en surprenait plus d’un et les mêmes interrogations revenaient en boucle : « tu es mariée ? » « Tu as des enfants ? » « Où est ton fiancé? » Elle laissait alors entendre qu’elle n’avait besoin de personne.

Voyager seule, pour Nicole, a été une voie pour gagner sa liberté. Pour se défaire de la peur inculquée depuis toute petite à travers les standards éducatifs, elle souligne comme une évidence: « en tant que femme, on nous limite beaucoup ». Puis, comme elle n’aime pas parler seulement d’elle, elle fait valoir l’empathie qui lui a permis d’accéder à une altérité inspirante : « Je croisais des femmes qui restaient enfermées chez elles, d’autres qui étaient porteuses de grands projets et cela me donnait la force pour continuer ma route. »

Cyndi Portella

 

Jordanie : Aïcha, le « quatrième frère de la famille »

 

Elle est de ces femmes qu’on ne croise pas souvent. Aïcha, 29 ans, œuvre à répandre l’amour dans la ville d’Amman. Tous les samedis soir, nous nous retrouvons au sein d’un cercle de femmes pour discuter de questions diverses : « qu’est-ce que le féminisme ? Qu’est-ce qu’être femme ? » Initiées suite à l’élection de Donald Trump par un groupe d’amies et inspirées par les Women Marches de janvier 2017, ces rencontres hebdomadaires offrent à chacune un espace de partage exclusivement féminin.

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Aïcha. Amman. © CrossWorlds / Camille Lévy

A travers sa campagne « Al Ataa Bi Hob » [donner avec amour], Aïcha apprend aux autres à faire du crochet. Il s’agit, selon elle, de « donner aux gens par amour, parce qu’ils font partie de notre famille, plutôt que de donner par pitié ».

D’origine soudanaise, Aicha est née et a grandi avec sa mère en Jordanie. Sa mère, dit-elle, est sa plus grande source d’inspiration. Elle lui a appris à être forte, indépendante. « A marcher dans la vie avec plus de pouvoir ». Être une fille en Jordanie, poursuit-elle, c’est être façonnée par les normes et les traditions des gens qui nous entourent. C’est obéir à la culture de l’interdit, de l’immoral, dictée en particulier par les normes religieuses de l’islam. La pression sociale, la peur du « qu’en dira-t-on », imposent aux filles, puis aux femmes, des règles genrées auxquelles Aïcha tente d’échapper.

A partir de 15 ans, il n’est plus question pour une fille de faire du vélo dans la rue. Il faut couvrir son corps, rentrer de bonne heure, rester discrète. Difficile alors de jouer, comme avant, avec les garçons du quartier. Difficile aussi, en grandissant, d’être une femme « très active, efficace » : la société jordanienne, semble-t-il, rechigne encore à l’émancipation des femmes.

« Je pense que si j’étais un jeune homme dans cette ville, ma vie serait plus facile », conclut-elle.

En Jordanie, une loi permet au violeur d’épouser sa victime. C’est la cause qui, en termes de droit des femmes, lui tient le plus à cœur. Aïcha évoque également le harcèlement de rue, au travail et partout ailleurs. Sifflements, klaxons, regards pénibles et paroles vulgaires : c’est le quotidien d’une femme à Amman. Des sanctions plus sévères, dit-elle, sont nécessaires. En mai dernier, une manifestation invitait le gouvernement à criminaliser le harcèlement de rue – affaire à suivre.

La femme est forte, dit-elle, mais l’ « on prend de ses forces et de ses énergies pour prouver sa propre existence, pour défendre son propre espace ». Aïcha voit en chaque femme « le soleil, l’arbre, la puissance de la terre et de la nature ». En chacun.e d’entre nous, m’explique-t-elle, cohabitent une part masculine et féminine de notre personne.

Aïcha, enfin, refuse l’étiquette de « féministe » : elle résiste en étant elle-même. En suivant simplement ses désirs et ambitions, elle se bat, chaque jour, pour briser les règles, renverser les normes et marcher vers l’égalité.

Camille Lévy

Chine : Xing Qian, la mère

 

La foule se presse dans le parc de People’s square pour le marché des célibataires. Le nom pourrait prêter à sourire, pourtant l’événement est on ne peut plus sérieux.

Je vais m’asseoir quelques instants sur un banc en retrait et c’est alors que Xing Qian (姓钱) se décide à m’accoster, attirée par la vue d’un visage d’expatrié.

Assise face à son mari, elle discute de vive voix avec d’autres parents autour d’elle, mais ne se mêle pas à cette horde de parapluies où sont entreposées les fiches symboliques, façon profil Tinder sur papier, détaillant les mérites des célibataires que ces parents déterminés viennent marier, sans leur accord ni leur présence.

Xing Qian rebondit rapidement quand elle m’entend parler français : sa fille aussi parle français. Le ton est donné, la mère est déterminée à trouver un partenaire de vie pour sa jeune fille de 21 ans. Les mots à son encontre sont durs : « Ma fille n’a ni tempérament, ni ami. Elle a besoin de moi pour s’en sortir » .

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Xing Xian, Shanghai. © CrossWorlds / Nadim Ben Lallahom

 

Xing Qian exprime avec une assurance inébranlable les multiples défauts de sa fille, symbolisant à chaque mot prononcé toute la pression exercée par ces parents qui, en Chine, ne peuvent accepter le célibat de ses enfants. Une phrase est sans cesse répétée,  comme un couperet qui s’abat dans un tempo régulier : « Elle n’a aucune assurance, aucune confiance » . Et moi de naïvement souligner l’importance du soutien familial dans la construction de notre identité. Pourtant, Xing Qian dissémine ça et là des bribes de vie de sa fille, et dresse le portrait d’une personne bosseuse : elle s’envolera en fin de semaine pour le Canada pour poursuivre ses études. Mais pour la mère, le statut de célibataire endurcie de sa fille est une honte qu’elle ne peut plus accepter. Ce célibat révèle pour elle un signe d’immaturité et une inadaptation à la vie en société. Dans la société traditionnelle chinoise, le mariage est une affaire sérieuse, une transaction de personnes. S’en explique ce marché peu commun. Là où les fiches de célibataires vantent les attributs des jeunes gens et formulent les conditions nécessaires au candidat, Xing Qian ne s’en accommode pas et semble résignée face au « cas » de sa fille, volontairement à l’écart de cette agitation commerciale.

Elle répétera néanmoins à maintes prises qu’elle peut appeler sa fille pour me rencontrer. Tout comme elle soulignera avec une malice certaine être surnommée « Qian », argent en chinois. Une façon peu subtile de rappeler l’importance de la dot et le poids financier du mari : un verrou de plus qui contribue à la pression sociale autour du mariage.

Nadim Ben Lallahom

Angleterre : Molly, féministe « plus âgée »

 

Elles sont quatre aujourd’hui : Vivienne, Josefa, Irena, Molly. Moyenne d’âge : 72 ans. Hissant leurs drapeaux du Older Feminist Network (Réseau de féministes plus âgées), ce groupe de femmes s’est réuni samedi dernier dans le centre de Londres pour manifester contre les coupes budgétaires prévues pour le système de santé public britannique (NHS).

Manifestation du " Réseau des féministes plus âgées" à Londres samedi 5 mars 2017. © Crédits photo : CrossWorlds / Lucile Pannetier.

Manifestation du Réseau des féministes plus âgées à Londres, samedi 5 mars 2017. © Crédits photo : CrossWorlds / Lucile Pannetier

 

Depuis 1983, ces Londoniennes se retrouvent le deuxième samedi de chaque mois autour d’une cup of tea pour papoter, organiser des actions, comme des sorties et des manifestations. Selon elles, le mouvement pour la libération de la femme des années 80 n’accordait pas d’attention ou de valeur suffisante aux expériences et besoins des femmes plus âgées. Molly, une dame au regard doux et au sourire facile m’explique : « Aujourd’hui, les femmes qui travaillent se battent pour leurs droits sur leur lieu de travail… mais nous, nous sommes retraitées, nous avons d’autres besoins. »  En tant que féministes âgées, elles se battent contre les stéréotypes négatifs autour de l’âge et du genre, la fragilité et l’incapacité par exemple.

Molly, membre du Réseau des Féministes plus âgées de Londres. © CrossWorlds / Lucile Pannetier

Molly, membre du Réseau des féministes plus âgées de Londres. © CrossWorlds / Lucile Pannetier



Malgré ces réalités différentes, elles se reconnaissent dans les combats des femmes de tout âge. En ce moment, elles lancent une campagne contre la mutilation génitale féminine. Le mois dernier, elles étaient à la Women’s March et ce week-end, elles participeront à la Million Women Rise march, une manifestation contre la violence faite aux femmes. En attendant, j’essaie de garder le rythme de leur marche en direction du Parlement. Alors qu’on piétine, Molly m’avoue : « J’ai entendu dire qu’il y avait plusieurs ‘vagues’ de féminisme, je ne sais pas ce qu’elles sont… Malgré les différences, je pense que les femmes font face à des problèmes similaires ». Le lien entre jeunes et féministes âgées est au cœur de leur projet : le désir commun de défendre leurs droits.

Clara Hernanz

Irlande : Joan, l’oreille des femmes abusées

 

En Irlande, plus de 300 000 personnes auraient été sévèrement abusées par un partenaire à un moment de leur vie, dont 213 000 femmes. Un chiffre communiqué lors de la campagne de sensibilisation « What would you do?«  (« Que feriez-vous ? ») et auquel Joan se confronte chaque jour.

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Joan, employée au Centre de Ressources pour Femmes de Tralee devant le mur aux citations. Derrière elle, on peut lire : « Vous n’êtes pas responsables si vous êtes à terre, mais c’est votre responsabilité de vous relever ». © CrossWorlds / Olga Lévesque

 

Au Centre de Ressources pour Femmes de Tralee, on accueille les femmes victimes d’abus, physiques ou psychologiques, ou de violences dans leur couple. C’est ici que j’ai pour la première fois rencontré Joan. Elle me reçoit dans une salle où les murs sont tapissés de phrases encourageantes et valorisantes. Avec une voix basse, un débit calme, elle pèse ses mots avant de répondre.

Le centre a été fondé il y a 35 ans. Joan en a pris connaissance quand elle était elle-même victime de violences conjugales. Après s’en être sortie, elle a décidé de s’engager. Elle travaille comme employée au centre depuis 19 ans. “C’est un travail incroyable et épanouissant”, dit-elle avec un sourire penseur aux lèvres. Elle reçoit des femmes dans le besoin cinq jours par semaine, de neuf heures à dix-sept heures, pour une conversation profonde ou simplement pour prendre le thé.

Elle anime actuellement un cours pour les femmes victimes de violences conjugales. Pendant trois mois, 14 femmes se regroupent deux fois par semaine pour parler des abus qu’elles subissent. Joan leur montre les chemins qui s’offrent à elles : quitter un compagnon abusif, rester tout en se protégeant, résister… Mais sans leur donner d’impératif.

« J’essaie de leur montrer qu’elles ont le choix. Mais jamais je ne leur dirai qu’elles doivent quitter leur partenaire. »

Afin que ces femmes aient toutes les cartes en main pour prendre la décision qui leur conviendra, le centre travaille en collaboration avec des psychologues professionnels mais aussi d’autres organismes qui sauront les aider à trouver des solutions de logement et à gérer leurs finances.

Chaque femme qui prend contact avec le centre a une situation qui lui est propre. Les origines sociales sont diverses, il n’y a pas de norme lorsque l’on fait face à des situations d’abus. Joan les écoute et surtout, elle les « croit » . C’est, selon elle, la condition sine qua non pour établir une relation avec celles qui viennent la voir.

Le second cours que Joan anime se concentre sur l’estime de soi. Elle raconte que les femmes abusées par leur entourage ne se reconnaissent pas à leur juste valeur. S’estimer et appréhender son pouvoir est d’ailleurs le sujet d’une discussion organisée par le centre et qui aura lieu le 8 mars pour la Journée internationale des droits des femmes. Pour Joan, cette journée est une véritable célébration.

Joan n’aime pas parler d’elle-même, mais elle rayonne quand elle évoque ces femmes qu’elle aide. Certaines ne viennent au centre qu’une fois, d’autres sont là depuis deux ans, voire même dix. La discrétion et la confidentialité sont de mise. On ne détaillera pas ici les bribes de conversations entendues dans les couloirs du centre. On sait en revanche que Joan sera là demain pour les recueillir.

Olga Lévesque

Canada francophone : Arije, l’ado rebelle devenue adulte assumée

 

Arije Mahmoud, 31 ans, cinq pieds, peau tannée, casquette insolente sur cheveux frisés. Adossée contre un bureau de travail encombré, où s’alignent scotch, tissu et crayons de couleur éparpillés ; avec lesquels elle réalise des décors pour émissions de télé. En face, un buste de mannequin vêtu de sequins qu’Arije s’amuse souvent à habiller.

Arije Mahmoud, Québecoise ayant rencontré nos correspondants pour la Journée internationale des droits des femmes. © CrossWorlds / Clément Foutrel

Arije Mahmoud, Québecoise ayant rencontré nos correspondants pour la Journée internationale des droits des femmes. © CrossWorlds / Clément Foutrel

 

Arije, syrienne de nom et de racines, mais au fond surtout québécoise. Ses parents ont coupé toute attache avec la Syrie, même si des bribes de tradition tentent de subsister au sein du foyer.

« Si j’avais écouté mes parents, je serais restée vierge jusqu’à l’âge de vingt-six ans », commente-t-elle en riant.

Mais Arije a détruit un à un les rêves de stabilité. A quatorze ans, lorsque son père découvre qu’elle a un copain, les liens semblent brisés – ils ne s’adressent plus la parole cinq ans durant.

« Mes parents voulaient que je me marie et que j’aie des enfants. Je ne me suis pas mariée. Des enfants, j’en veux pas, un job stable, j’en veux pas, une maison, le rêve américain que ma mère souhaitait pour moi… Il n’y a rien de tout ça.  Elle voulait que je sois chirurgien : je suis artiste. Il n’y a rien qui a fonctionné », lâche-t-elle avec un rire amusé.

Après de longues années, ses parents se sont adaptés. L’adolescente rebelle s’est transformée en adulte au mode de vie assumé. Seule sa mère, de temps à autres, lâche un mélancolique : « Oh Arije, tu n’aimerais pas me faire des petits-enfants…? ».  Les rêves bien rangés ne viennent pas que d’Orient.  « La seule pression sociale que j’ai récemment ressentie est venue de la famille de mes ex-petits amis québécois », raconte Arije. Des familles traditionnelles catholiques, attendant des petits-enfants qui ne venaient pas.

Pour les Canadiennes, les préjugés sociaux s’arrêtent rarement au cadre familial. Technicienne sur un plateau de tournage, Arije a souvent l’impression d’être ignorée.

« Est-ce que c’est parce que je suis une femme, ou est-ce à cause de ma position hiérarchique ? », se demande-t-elle, elle qui travaille comme assistante décoratrice.

« On pourrait trouver une liste de raisons : parce que j’ai des piercings, parce que je suis arabe, parce que je suis une fille … », lance la jeune femme en riant. Elle pense donc que les femmes doivent agir pour les minorités ethniques et culturelles, même si elle trouve parfois « que c’est une drôle de chose de rassembler tous ces combats sous le terme de féminisme ».

Lorsqu’on lui demande ce qu’est le droit des femmes, Arije répond simplement : « C’est le droit de chaque individu, c’est le droit tout court. C’est le droit de tout le monde ». Mais un peu plus tard, elle ajoute : « Dire que les femmes ont les mêmes droits, ça n’enlève pas les inégalités. Donc peut-être que j’aimerais dire que les femmes ont droit à plus. Plus de respect, plus de place dans l’espace public. Mais c’est touchy [délicat], hein ? ».

Rime Abdallah (texte) et Clément Foutrel (photo)

Canada anglophone : Judy, l’entrepreneuse (en anglais)

Judy Machado-Duque, creator of Life Purpose Playbook, an interactive daily planner meant to help people beat procrastination and encourage entrepreneurship.

Judy Machado-Duque, habitante de Toronto. © CrossWorlds / Tara Mirkovic

Judy Machado-Duque, habitante de Toronto. © CrossWorlds / Tara Mirkovic

 

On the balance between male and female energies in society: “Society has always been very much male centric. When you think about the possibility of adding more inherently feminine traits such as nourishment, supporting, community and kindness to humankind and the business world, and empower more women so that there are more of those natural traits that come with us in everything we do, just imagine what the world could look like. If more women are empowered in business especially and bring those traits to the forefront, I believe that the world’s going to be completely transformed. It’s already changing; we are rising, the feminine energy is rising, and it’s going to create a beautiful balance in society.”

On women’s rights: “Neither governments nor religion are quite there yet, and I believe business or society in general are not at a place where equality has been achieved. Rather than coming at it from an aggressive point, I think women’s groups and companies that are really focusing on helping women to discover their voice and their passion are doing a better job at promoting equality. I’m excited about what I see but there’s also a lot of work to be done for sure.”

Tara Mirkovic

 

Brexit : quelles conséquences pour la République d’Irlande ?

Le mardi 17 janvier, la Première ministre britannique Theresa May exposait pour la première fois son plan de sortie de l’Union européenne suite au vote en faveur du Brexit. Dans un discours ferme, la Première ministre a présenté ses douze objectifs. En République d’Irlande, aussi connue comme l’Irlande du Sud ayant acquis son indépendance par rapport au Royaume-Uni, cette allocution a été suivie attentivement. Le maintien de la Zone Commune de Voyage (Common Travel Area) avec l’Irlande du Nord, le contrôle de l’immigration et la sortie du marché unique, ont suscité le plus d’interrogations.

 

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Entre petits chemins et petites routes: à 10 minutes à pied de Tralee, la capitale du comté Kerry qui compte près de 25 000 habitants, on est déjà en pleine campagne. Crédits photos: CrossWorlds/ Olga Lévèsque

La Zone Commune de Voyage, ou une frontière presque fictive entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord

 

Aujourd’hui, il est très simple de passer d’une Irlande à l’autre. Theresa Regner et Janine Hellwig, toutes deux assistantes d’allemand dans le nord de la République d’Irlande, racontent que lorsqu’elles traversent la frontière pour se rendre au Royaume-Uni, rien n’indique le changement de pays, à l’exception d’un panneau annonçant l’entrée dans un nouveau county (comté) et l’affichage des limitations de vitesse en miles par heure.

Si se rendre d’un pays à l’autre est aussi facile, c’est grâce à l’accord sur la Zone Commune de Voyage (Common Travel Area). Mis en place en 1923, juste après l’indépendance officielle de la République d’Irlande du Royaume-Uni, cet accord permet aux citoyens irlandais de se déplacer sur le territoire britannique avec un minimum de contrôle aux frontières même si la paix ne sera véritablement établie qu’en 1998. Ils n’ont pas besoin de disposer d’un passeport, expliquant ainsi l’absence de démarcation visible entre les deux Irlande, dont la jonction est la seule frontière terrestre entre le Royaume-Uni et la République irlandaise (et aujourd’hui avec l’Union Européenne).

Ainsi la déclaration de Theresa May mardi 17 janvier 2017, qui affirme vouloir « travailler pour arriver à délivrer une solution qui permette le maintien de la Zone Commune de Voyage avec la République » apparaît comme une bonne nouvelle pour les Irlandais du Nord. Comme l’avaient relevé certains journaux, ces derniers avaient pris d’assaut les mairies afin de se faire délivrer un passeport irlandais suite à l’annonce du Brexit, de peur de ne plus pouvoir se rendre en Irlande du Sud. En effet, après des décennies de guerre entre les royalistes protestants du Nord et les républicains catholiques du Sud, l’accord de Good Friday (Vendredi Saint), signé en 1998 et assurant en premier lieu la paix, permettait également aux Irlandais du Nord de jouir de la double nationalité irlando-britannique. La détention d’un passeport issu de la République d’Irlande, leur garantirait la possibilité de passer d’un pays à l’autre sans besoin de visa en cas de suppression de la Zone Commune de Voyage et de ré-instauration d’un contrôle strict à la frontière.

 

Le contrôle de l’immigration : « Ce qui me préoccupe, c’est de voir une nouvelle barrière réapparaître »  

Cependant, lors de son discours, Theresa May a réaffirmé son projet de régulation et de « protection de l’intégrité du système de l’émigration au Royaume-Uni ». Ces mots inquiètent les Irlandais résidant actuellement sur l’île voisine.

Depuis la crise économique de 2008, les jeunes Irlandais du Sud sont de plus en plus nombreux à quitter leur terre natale dans l’espoir de sortir d’un environnement très rural et de trouver un emploi plus facilement (en Irlande, sur la période 1983-2016, le taux moyen de chômage des jeunes actifs s’élève à 18,5%).

 

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Entre petits chemins et petites routes: à 10 minutes à pied de Tralee, la capitale du comté Kerry qui compte près de 25 000 habitants, on est déjà en pleine campagne. Crédits photos: CrossWorlds/ Olga Lévèsque

 

De plus, cette affirmation inquiète l’industrie du tourisme. Mary, employée à l’office de tourisme de Tralee (comté Kerry) raconte :

« Près d’un huitième des visiteurs qui foulent le sol de la République d’Irlande sont d’Irlande du Nord. Et si on regarde plus globalement, un tiers des touristes sont citoyens du Royaume-Uni. » Les migrations ne sont pas unilatérales. « Avant l’été, beaucoup de gens d’ici [Tralee], viennent me voir pour préparer leurs vacances en Irlande du Nord. » Elle ajoute sur un ton fataliste :

« Ce qui me préoccupe avec le contrôle de l’immigration qui va être mis en place, c’est de voir une nouvelle barrière réapparaître. »

Interviewés par Rté, la première chaîne d’information irlandaise, certains parlementaires de la République décrivent les mesures annoncées comme « un pas agressif » à l’encontre de leur pays, certains d’entre eux attendaient même un statut spécial en faveur de l’Irlande du Nord.

 

La sortie du marché unique européen et de l’union douanière de l’Union européenne et ses conséquences pour la République d’Irlande 

 

Le huitième point abordé par Theresa May dans son discours concerne la sortie du marché unique européen, ainsi que la fin de l’adhésion britannique à l’union douanière de l’Union européenne. Selon Rté, les échanges économiques entre les deux Irlande représentent jusqu’à 80% du marché dans certains domaines. Ainsi, le rétablissement d’une douane entre l’Union européenne et le Royaume-Uni signifierait probablement une baisse des échanges commerciaux entre les deux pays en raison de la concurrence de niveau international. De plus, afin de contrôler l’entrée et la sortie de biens et de marchandises sur le territoire britannique, l’instauration d’une frontière physique entre le nord et le sud de l’île verte semble être une possibilité à envisager. Pour la plupart des citoyens de la République irlandaise à qui nous avons posé la question, cette idée reste impensable. Ils évoquent le long et sanglant combat de leurs parents et grands-parents (3 480 morts entre 1969 et 1998) qui a mené à l’indépendance irlandaise en 1920, puis à la paix entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande en 1998.

 

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« Mon sang d’Ulster est mon héritage le plus précieux ». L’Ulster est la province irlandaise correspondant à l’Irlande du Nord. Fresque murale dans le quartier Sankhill de Belfast. Crédits photos: Flickr/ CC/ Suart Caie

 

En attendant l’avancée de négociations concernant la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, Sinn Féin, le parti républicain irlandais guidé par l’ancien premier ministre d’Irlande du Nord Martin McGuinness, appelle à un référendum sur la réunification de l’île « considérant que […] le vote des gens du Nord était à 55,77% de rester dans l’Union européenne, ce serait la prochaine étape logique ».

 

Les Irlandais du sud interviewés évoquent quant à eux de trop grandes différences avec les Irlandais du nord et rejettent les valeurs auxquelles ils les associent (comme le catholicisme qu’ils jugent exacerbé). Le projet de réunification des deux Irlande, tout comme le Brexit à ses premières heures, semble donc actuellement n’être qu’une irréaliste chimère.

Olga Lévesque.

 

PLAYLIST — Kirghizistan, Angleterre, Liban… Commencez 2017 en musique !

Le réveillon du 31 approche. Ne dansez plus sur les mêmes sons attendus. Pour vous, nos correspondants ont choisi une chanson populaire dans leur pays. Debout lecteurs : ça va bouger !

Argentine

Dans le flot de reggaeton qui inonde les ondes de radios argentines, les soirées, les boites, et à peu près tous les endroits où on entend de la musique, Atrás hay truenos se démarque, et ça fait du bien! Ce rock poétique et onirique donne envie de voyager et de s’évader. A écouter quand on a envie de se plonger dans un univers psychédélique et hors du temps.

Agathe Hervey, à Buenos Aires

Liban

On peut dire que cette chanson a fait le tour du Maghreb et du Moyen Orient, puisqu’elle a fait le buzz dès sa sortie en 2015 en atteignant 201 millions de vues sur YouTube en moins de six mois. Son titre لمعلم (lma3llem) signifie « le maître » « celui qui sait ». Le chanteur, Saad Lamjarred, est marocain. Il s’est fait connaître en 2007 lorsqu’il a atteint la finale de l’émission de compétition musicale libanaise « Superstar ». Depuis, ses chansons sont plébiscités dans toute la région. Néanmoins Saad Lamjarred a eu des démêlés avec la justice américaine de 2010 à 2016 car il était accusé de viol. L’affaire est classée en 2016, mais s’ensuit dans la foulée une accusation similaire, cette fois-ci en France. L’enquête est toujours en cours.

Camille Gerber, à Beyrouth

Irlande

La chanson que les Irlandais ont plébiscitée pour Noël cette année n’est pas une véritable chanson de Noël dans le sens où on ne parle pas de Santa, de neige et compagnie. Il s’agit d’un vieux morceau, remis au goût du jour grâce à la pub édition spéciale de Noël d’un opérateur télécoms  irlandais. Le choix d’une chanson irlandaise traditionnelle par les publicitaires et sa réception par le public rentre bien dans la politique linguistique de l’Irlande, dont le gaélique est la deuxième langue officielle. Le pays a dépensé plusieurs millions d’euros ces dernières années pour la promotion de cette langue traditionnelle.

Olga Lévesque, à Dublin 

États-Unis

Hello Luna c’est un groupe tout neuf de Columbus qui a à peine un an. Ils ont sorti deux chansons qui leur ont apporté immédiatement une petite réputation dans le milieu alternatif de Columbus. La chanteuse vient du folk et le bassiste du métal. Le tout est une power pop ciselée et couillu. Si je devais désigner un groupe émergent de Columbus à écouter ce serait celui-ci.

Adrien Lac, à Columbus

 

Angleterre

Heroes est une chanson de David Bowie, sortie en 1977. Fruit de la période où Bowie vivait à Berlin Ouest, cette chanson ne connait pas un grand succès à l’époque. Aujourd’hui, elle est devenue l’un des titres les plus connus de l’artiste au Royaume Uni et dans le monde. Cette année a été marquée par la disparition de cet artiste majeur de la scène glam rock qui naît dans les années 1970. Comme bien souvent avec les légendes, la disparition de Bowie en janvier dernier a valu à sa discographie un regain de popularité et a dressé l’artiste au rang d’icône du mouvement LGBT et de la pop culture en général.

Clara Hernanz, à Londres

 

Kirghizistan 

Cette chanson n’est pas kirghize mais elle enflamme la capitale du Kirghizistan. Elle nous vient d’Azis, la star de la pop bulgare. Cette chanson est adorée par la jeunesse kirghize qui peut danser dessus de jour comme de nuit. Malgré ce succès, Azis, qui est homosexuel et d’origine rom, n’est pas toujours accepté. Lors d’un cours à l’université américaine de Bishkek, un professeur nous montre le clip du morceau. Les élèves kirghizes connaissaient évidemment la chanson, mais ont affirmé n’avoir jamais vu la vidéo. Les étudiants se sont alors cachés les yeux, refusant d’en voir plus.

Clara Merienne, à Bishkek

Espagne

Ce titre nous vient directement du chanteur colombien José Álvaro Osorio Balvin alias J Balvin. En Espagne, ce titre occupe depuis plusieurs semaines la tête des classements selon l’organisation espagnole Promusicae. La chanson a été vendue plus de 40 000 fois, faisant décrocher à son chanteur un disque d’or et son vidéoclip visionné plus de 250 millions de fois sur Youtube. Néanmoins, pas besoin d’aller voir les classements pour savoir que ce titre bat son plein. Si vous sortez en boite en Espagne ou avec des Espagnols vous n’échapperez pas à son rythme entraînant. C’est certain.

Hortense Bertand, à Grenade

 

Afrique du Sud

Babes Wodumo a battu un record sud-africain avec cette vidéo qui a atteint, lors de sa première publication sur Youtube, plus de 2 millions de vues en seulement trois mois. A Johannesburg cette chanson est partout, tout le temps, un tube qui dure : dans les boîtes, dans les restaurants, dans les garages, dans les bars ou par les fenêtres ouvertes des voitures qui circulent !

Coline Pélissier, à Johannesburg