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PLAYLIST — Kirghizistan, Angleterre, Liban… Commencez 2017 en musique !

Le réveillon du 31 approche. Ne dansez plus sur les mêmes sons attendus. Pour vous, nos correspondants ont choisi une chanson populaire dans leur pays. Debout lecteurs : ça va bouger !

Argentine

Dans le flot de reggaeton qui inonde les ondes de radios argentines, les soirées, les boites, et à peu près tous les endroits où on entend de la musique, Atrás hay truenos se démarque, et ça fait du bien! Ce rock poétique et onirique donne envie de voyager et de s’évader. A écouter quand on a envie de se plonger dans un univers psychédélique et hors du temps.

Agathe Hervey, à Buenos Aires

Liban

On peut dire que cette chanson a fait le tour du Maghreb et du Moyen Orient, puisqu’elle a fait le buzz dès sa sortie en 2015 en atteignant 201 millions de vues sur YouTube en moins de six mois. Son titre لمعلم (lma3llem) signifie « le maître » « celui qui sait ». Le chanteur, Saad Lamjarred, est marocain. Il s’est fait connaître en 2007 lorsqu’il a atteint la finale de l’émission de compétition musicale libanaise « Superstar ». Depuis, ses chansons sont plébiscités dans toute la région. Néanmoins Saad Lamjarred a eu des démêlés avec la justice américaine de 2010 à 2016 car il était accusé de viol. L’affaire est classée en 2016, mais s’ensuit dans la foulée une accusation similaire, cette fois-ci en France. L’enquête est toujours en cours.

Camille Gerber, à Beyrouth

Irlande

La chanson que les Irlandais ont plébiscitée pour Noël cette année n’est pas une véritable chanson de Noël dans le sens où on ne parle pas de Santa, de neige et compagnie. Il s’agit d’un vieux morceau, remis au goût du jour grâce à la pub édition spéciale de Noël d’un opérateur télécoms  irlandais. Le choix d’une chanson irlandaise traditionnelle par les publicitaires et sa réception par le public rentre bien dans la politique linguistique de l’Irlande, dont le gaélique est la deuxième langue officielle. Le pays a dépensé plusieurs millions d’euros ces dernières années pour la promotion de cette langue traditionnelle.

Olga Lévesque, à Dublin 

États-Unis

Hello Luna c’est un groupe tout neuf de Columbus qui a à peine un an. Ils ont sorti deux chansons qui leur ont apporté immédiatement une petite réputation dans le milieu alternatif de Columbus. La chanteuse vient du folk et le bassiste du métal. Le tout est une power pop ciselée et couillu. Si je devais désigner un groupe émergent de Columbus à écouter ce serait celui-ci.

Adrien Lac, à Columbus

 

Angleterre

Heroes est une chanson de David Bowie, sortie en 1977. Fruit de la période où Bowie vivait à Berlin Ouest, cette chanson ne connait pas un grand succès à l’époque. Aujourd’hui, elle est devenue l’un des titres les plus connus de l’artiste au Royaume Uni et dans le monde. Cette année a été marquée par la disparition de cet artiste majeur de la scène glam rock qui naît dans les années 1970. Comme bien souvent avec les légendes, la disparition de Bowie en janvier dernier a valu à sa discographie un regain de popularité et a dressé l’artiste au rang d’icône du mouvement LGBT et de la pop culture en général.

Clara Hernanz, à Londres

 

Kirghizistan 

Cette chanson n’est pas kirghize mais elle enflamme la capitale du Kirghizistan. Elle nous vient d’Azis, la star de la pop bulgare. Cette chanson est adorée par la jeunesse kirghize qui peut danser dessus de jour comme de nuit. Malgré ce succès, Azis, qui est homosexuel et d’origine rom, n’est pas toujours accepté. Lors d’un cours à l’université américaine de Bishkek, un professeur nous montre le clip du morceau. Les élèves kirghizes connaissaient évidemment la chanson, mais ont affirmé n’avoir jamais vu la vidéo. Les étudiants se sont alors cachés les yeux, refusant d’en voir plus.

Clara Merienne, à Bishkek

Espagne

Ce titre nous vient directement du chanteur colombien José Álvaro Osorio Balvin alias J Balvin. En Espagne, ce titre occupe depuis plusieurs semaines la tête des classements selon l’organisation espagnole Promusicae. La chanson a été vendue plus de 40 000 fois, faisant décrocher à son chanteur un disque d’or et son vidéoclip visionné plus de 250 millions de fois sur Youtube. Néanmoins, pas besoin d’aller voir les classements pour savoir que ce titre bat son plein. Si vous sortez en boite en Espagne ou avec des Espagnols vous n’échapperez pas à son rythme entraînant. C’est certain.

Hortense Bertand, à Grenade

 

Afrique du Sud

Babes Wodumo a battu un record sud-africain avec cette vidéo qui a atteint, lors de sa première publication sur Youtube, plus de 2 millions de vues en seulement trois mois. A Johannesburg cette chanson est partout, tout le temps, un tube qui dure : dans les boîtes, dans les restaurants, dans les garages, dans les bars ou par les fenêtres ouvertes des voitures qui circulent !

Coline Pélissier, à Johannesburg

L’Union Economique Eurasienne divise au Kirghizistan

La place Alo Too, place centrale de Bishkek - novembre 2014. Crédit image: CrossWorlds/Margot Holvoet

La place Alo Too, place centrale de Bishkek – novembre 2014. Crédit image: CrossWorlds/Margot Holvoet

 

Ce 1er janvier 2015 entre en vigueur l’Union Economique Eurasienne (UEE), créant un espace économique commun entre la Russie, le Kazakhstan, la Biélorussie ainsi que l’Arménie et le Kirghizistan (voir carte n°1). L’Arménie et le Kirghizistan ayant rejoint le processus plus tardivement, l’entrée en vigueur complète se fera dans le courant du mois de mai ; en attendant, ils sont intégrés en tant que « pays accédant » et mettent en place les réformes nécessaires au fonctionnement du traité.

Les pays membres de l'Union Economique Eurasiatique au 1er janvier 2015

Les pays membres de l’Union Economique Eurasiatique au 1er janvier 2015. Crédits carte : CrossWorlds/Margot Holvoet

 

Cette union est l’aboutissement d’un long processus d’intégration ; elle est issue d’une idée de rassemblement des pays d’ex URSS (notamment ceux d’Asie  Centrale et Eurasie du Nord) qui a vu sa première réalisation dès l’effondrement du bloc avec la création de la Communauté des Etats Indépendants (CIS)  en 1991, par la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan. A rapidement émergé l’objectif d’un espace économique commun, où les biens et les personnes circuleraient librement. Ainsi à cette première construction ont succédé tour à tour la Communauté Economique Eurasiatique (2000), l’Union Douanière (2010) et le Marché Unique (2012), avec, en plus des trois pays d’origine, le Kirghizistan, l’Arménie et bientôt le Tadjikistan, qui négocie actuellement son entrée dans l’Union.

Une union économique, seulement ?

L’UEE vise à instaurer dans un premier temps des institutions communes permettant le fonctionnement d’un marché commun au sein des pays membres, avec comme second objectif la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes.

Ainsi, bien que le processus de construction de l’Union Economique Eurasiatique ressemble fortement à celui de l’Union Européenne, comme ne s’en cache pas d’ailleurs le Président russe V. Poutine (qui voit dans l’expérience européenne un exemple dont il faut apprendre les réussites et les échecs), les Présidents des autres Etats membres aiment à rappeler le caractère purement économique de l’Union. Et parfois avec insistance, tel le Président du Kazakhstan N. Nazarbayev. Ceci sans doute afin de parer à toute prétention de « néo-impérialisme » de la Russie, pouvant utiliser l’Union comme un moyen de remettre la main sur ses anciens satellites tout en contrebalançant l’Union Européenne économiquement.

Et le Kirghizistan, dans tout ça ?

Ayant ratifié le traité de l’UEE le 23 décembre dernier, le Kirghizistan n’en sera membre à part entière qu’à partir du 9 mai 2015 ; en attendant, il continue à mettre en œuvre la feuille de route pour son entrée dans l’Union douanière approuvée le 12 mai 2014. Elle consiste en l’adaptation des législations du Kirghizistan aux exigences de fonctionnement du traité.

Or, depuis le début des négociations autour de l’entrée du pays dans l’UEE, la question est loin de faire l’unanimité et soulève de vifs débats. Ses opposants soulignent les conséquences économiques négatives directes de l’entrée du Kirghizistan dans l’Union : en effet, favoriser le commerce intra-union signifie diminuer drastiquement le commerce avec sa voisine la Chine, grande fournisseuse de produits et garante des bas prix en vigueur au Kirghizistan. Plus généralement, tous les biens importés de l’étranger risquent de connaître une augmentation de prix menant sur un déficit budgétaire important, le Kirghizistan ayant une balance commerciale structurellement négative (important beaucoup, exportant peu). A ceci s’ajouterait une augmentation des coûts des matières premières, la favorisation des entreprises russes au détriment des locales…  C’est du moins l’analyse d’Aza Mighranyan, experte à l’Institut d’Economie près de l’Académie des sciences russes, citée par le journal Vetcherniy Bishkek. Une sévère inflation s’annonce ainsi rapidement et une perte d’indépendance encore accrue vis-à-vis de la Russie est à craindre.

Pourquoi alors faire le choix de l’UEE ? La réponse est fataliste : « Le Kirghizistan n’a d’autre choix que de rejoindre l’Union douanière de la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan. » a annoncé le Président kirghize A. Atambayev fin octobre, à une session du Conseil national. Ayant conscience du risque d’inflation, il semble faire son choix entre la peste et le choléra ; « nous choisissons le mal le moins grand ». En outre, les promesses de fonds alloués au Kirghizistan par la Russie (1,2 milliards de dollars en vue de l’adhésion et 200 millions de dollars pour la mise en œuvre de la feuille de route, selon le ministre de l’économie kirghize) font miroiter beaucoup d’espoirs, bien que la chute catastrophique du rouble et l’état économique de la Russie actuelle fassent apparaître de nouveaux doutes.

Dans les bouches, on entend souvent des inquiétudes, des attentes de lendemains peu chantant mais dans l’espoir de surlendemains meilleurs. Les personnes aisées disent « se préparer », acheter tout ce qu’elles peuvent conserver dès maintenant, temps que les prix sont encore bas. Beaucoup sont persuadés que le rapprochement avec la Russie est la meilleure option dans la voie du « développement », permettant une industrialisation accélérée et la construction d’infrastructures.

Aussi si le Kazakhstan travaille à éviter de retomber dans l’orbite du plus grand pays du monde, le Kirghizistan ne semble pas reformuler ses vœux d’indépendance, quitte à ré-adopter son vieux grand frère (au détriment des Etats-Unis, qui ont été très présents dans le pays depuis l’indépendance). La date de ratification du traité de l’Union a ainsi suivi de deux jours la date d’anniversaire de l’indépendance de la République en 1991. Ironie de l’histoire ou effacement d’une date par une autre ?

Emblème de l'Union

Emblème de l’Union Economique Eurasiatique

 

Margot Holvoet