Archives du mot-clé manifestation

We Dance Together – We Fight Together : la Rave-olution de Tbilisi

Tbilisi, capitale de la Géorgie, pays de 3,7 millions d’habitants situé entre la Russie et la Turquie, est devenue depuis ce weekend la scène de manifestations festives, sur fond de musique électronique, mais aux revendications sérieuses. Samedi, à la suite d’une intervention des forces spéciales, lourdement armées, dans les deux clubs techno les plus populaires de la ville, Bassiani et Café Gallery, des milliers de Géorgiens ont envahi l’avenue principale en face du Parlement. Le mot d’ordre : « nous dansons ensemble, nous nous battons ensemble ».

La manifestation s’est progressivement transformée en une rave party qui a duré toute la nuit. Les jeunes Géorgiens ont fait leur Rave-olution, encerclés par les ultra-religieux, les homophobes, les fascistes et les pro-russes.

Notre correspondante vous propose une série d’articles pour comprendre les motivations de cette jeunesse géorgienne qui s’engage en dansant. Retour sur les événements d’un weekend historique.

E9A877AD-10DE-4745-AF9D-B329E546F1DE

Le drapeau Georgien, porté par la jeunesse de Tbilisi devant le Parlement / © Irakli Mereli avec autorisation

Une vie nocturne politisée

La vie nocturne et la scène alternative géorgienne n’a pas arrêté de croître depuis cinq ans, devenant une capitale underground au même titre que Berlin. Le club de musique électro Bassiani est souvent comparé au Berghain berlinois et attire de plus en plus d’artistes internationaux — Nina Kravitz, productrice et DJ russe mondialement connue, y jouait une semaine seulement avant les événements de ce weekend. Mais la Géorgie n’est pas l’Allemagne.

Cette ancienne république soviétique est dominée par le pouvoir de l’Eglise orthodoxe et ses valeurs, 20% de son territoire est occupée par la Russie et les nationalistes restent très influents au sein d’un régime politique marqué par le conservatisme social. Bassiani est donc plus qu’un club : c’est un symbole de la lutte contre l’oppression des valeurs progressistes que veut porter une génération qui a passé son enfance dans un pays déchiré par la guerre civile, la violence quotidienne des mafias et la corruption.

Sortir en club est un acte politique, une revendication pour plus de tolérance et de liberté.

Les manifestants devant le Parlement géorgien / © Vakho Koreli

Les manifestants dansant devant le Parlement géorgien / © Vakho Koreli

 

Les idéaux portés par ces “ravers”, qui ont souvent pu étudier et voyager en Europe et aux Etats-Unis, à l’inverse de leurs parents, ont rapidement été perçus comme une menace pour le pouvoir conservateur.

Les tensions se sont cristallisées autour de la politique des drogues, contestée par le White Noise Movement, un mouvement citoyen qui réclame la dépénalisation de leur consommation et s’inspire du modèle européen où la drogue est avant tout un problème de santé publique plutôt qu’une affaire criminelle. La dépénalisation partielle de la consommation de cannabis en novembre dernier fut un premier succès pour le mouvement.

Depuis, une réforme proposée par un consortium d’organisations militantes, écrite en commun avec des experts internationaux et des représentants politiques, attend en vain dans les couloirs du Parlement. Cette réforme pourrait notamment permettre de mieux réguler le marché noir.  

Cinq morts au début du mois

Car l’actuelle politique de tolérance zéro a eu comme effet secondaire l’apparition de drogues à base de substances alternatives, plus néfastes pour la santé.  Les usagers n’ont donc aucun moyen de vérifier la composition de leur consommation.

Au début du mois de mai, cinq personnes sont mortes après avoir consommé une drogue, vendue comme de l’ecstasy mais en réalité 80 fois plus puissante que la morphine. Les proches des victimes ont déclaré que jamais leurs ami(e)s n’auraient volontairement consommé une substance aussi forte.

C’est ce terrible incident qui a mis le feu aux poudres. Les tensions entre les gérants de Bassiani, accusés d’être responsables de ce trafic, alors qu’ils affirment ne pas avoir de lien avec les dealers, le gouvernement et la jeunesse aboutissent vendredi soir à l’intervention à Bassiani et au Café Gallery de dizaines de forces spéciales, armées de mitraillettes pour, selon leurs dires, “appréhender les dealers”.   

Une manifestante faisant face à la police, à la suite de l'intervention à Bassiani

Une manifestante faisant face à la police, à la suite de l’intervention à Bassiani / © Irakli Mereli avec autorisation

Danser au nom de la liberté

En réalité, les huit dealers recherchés avaient été arrêtés plus tôt dans la soirée, des heures avant l’intervention armée, révèle le défenseur public Nino Lomjara. Cet acte fut vécu par les ravers comme une intimidation et une provocation injustifiée. Choquées par cette démonstration de force, les personnes présentes dans le club se sont réunies devant le Parlement directement après les faits, dans la nuit de vendredi à samedi. Des heurts ont alors éclaté avec la police.

Le samedi à 15h, les Géorgiens répondent à l’appel de White Noise Movement et se réunissent de nouveau devant le Parlement pour une première manifestation. Après plusieurs discours contre les violences policières, le radicalisme du gouvernement et la stigmatisation de la jeunesse géorgienne, plusieurs DJ se relaient jusqu’à 7h du matin, devant une foule de milliers de personnes. La rave a des airs de Love Parade.

La foule danse pour le respect, l’amour, la tolérance, et la liberté. Ce fut une nuit de revendication générale, célébrant avec fierté la jeunesse géorgienne et ses idéaux. Aucun acte violent ne trouble cette rave et la place est nettoyée par les ravers au petit matin.   

A4537AAF-D9FF-4958-B740-95877EE7A73F

Les ravers devant le Parlement © Irakli Mereli avec autorisation

 

Le dimanche se tient une nouvelle manifestation, cette fois spécifique à la libéralisation de la politique des drogues. Moins de personnes se joignent aux organisateurs, car ce sujet continue de diviser l’opinion. En parallèle, divers groupuscules violents se rassemblent, armés, près à frapper les manifestants pacifistes. Giorgi Chelidze, leader du groupe Georgian National Unity, réclame la peine de mort pour les dealers.   

Sur ordre du Premier Ministre Giorgi Kvirikachvili la police passe toute l’après-midi et la nuit à protéger les manifestants de ces groupes de plus en plus nombreux. Les attaquants sont repoussés à l’aide de canons à eau et plusieurs sont arrêtés.

Les forces de l'ordre protégeant les manifestants devant le Parlement géorgien / © Irakli Mereli avec autorisation

Les forces de l’ordre protégeant les manifestants devant le Parlement géorgien / © Irakli Mereli avec autorisation

Shaka, un militant se trouvant à  l’intérieur du périmètre de sécurité, rapporte qu’ils n’avaient “ni eau, ni nourriture pendant quatre, cinq heures ou plus. Un ami était habillé tout en noir, nous lui avons donné un bandana; comme ça, il ressemblait aux fascistes. Il nous a ramené de l’eau. Les toilettes les plus proches étaient près de la contre-manifestation du côté des fascistes, si nous y allions, nous n’aurions pas pu revenir”.

Lors de la manifestation, les militants appellent Giorgi Gakharia, le Ministre de l’Intérieur, à venir discuter. A la surprise générale, celui-ci rejoint la foule et s’excuse publiquement pour les raids de vendredi, personnellement et au nom du ministère. Il demande la paix, assure la protection policière de tous, peu importe leur orientation sexuelle ou religieuse.

George, un manifestant géorgien, raconte :

« Hier personne ne connaissait ce ministre, aujourd’hui c’est une rock star ! En Géorgie, les politiciens ne vont pas aux manifs qui sont contre eux, ne s’excusent pas comme ça, et surtout n’utilisent jamais les mots ‘orientation sexuelle’ pour en parler positivement. »

Les applaudissements sont longs et le soulagement général. A l’issue de ce week-end historique, les négociations sur la politique des drogues devraient reprendre, bien qu’aucun détail sur le calendrier n’ait encore été annoncé. La manifestation est évacuée sous escorte policière, ce qui n’a pu cependant empêcher les agressions dans les rues proches du Parlement, hors du périmètre de sécurité.  

Lorraine Vaney

Manifestion de femmes à Beyrouth : « Différentes causes, rage partagée »

“Différentes causes, rage partagée” : une marche a été organisée dans les rues de Beyrouth dimanche pour montrer l’unité entre les femmes au Liban, mais sans objectifs concrets communs déterminés. Notre correspondante les a suivies. 

Les douze coups de midi donnent le feu vert : quelques mille femmes et hommes, munies de pancartes en arabe, en anglais, en espagnol, sortent dans la rue. Et le très calme rond point de Adlieh, dans le sud-est de la capitale libanaise, s’anime.

À gauche, "Se figer n'est pas consentir". À droite, "Je sourirai quand on arrêtera de nous violer". Mars 2018, Beyrouth.

À gauche, « Se figer n’est pas consentir ». À droite, « Je sourirai quand on arrêtera de nous violer ». Mars 2018, Beyrouth. © Wendolyn Trogneux

 

Une raison commune lie les manifestantes : malgré leurs différences, les « femmes libanaises sont unies », et veulent le signifier.

D’où le choix d’un dimanche pour marcher pour leurs droits, au lieu de la Journée internationale de la femme du 8 mars qui tombait un jeudi cette année : marcher un dimanche garantit que les personnes employées, les étudiants, toute catégorie sociale puissent participer à la manifestation, prêtes à élever leurs voix.

Ainsi, différentes associations féministes ont donné rendez-vous ce dimanche 11 mars à tous ceux et celles qui voudraient s’exprimer sous le slogan « différentes causes, rage partagée ».

"Nous sommes imbattables", pancarte dénonçant la violence sexiste et souvent conjugale au Liban. Mars 2018, Beyrouth.

« Nous sommes imbattables », pancarte dénonçant la violence sexiste et souvent conjugale au Liban. Mars 2018, Beyrouth.  © Wendolyn Trogneux

 

Cette manifestation vient avant les élections parlementaires qui auront lieu en mai au Liban. Le message de la manifestation était plus politisé que les années précédentes, puisque les demandes appelaient pour une vraie mobilisation et changement dans les droits des femmes du pays. Ainsi, certaines instances gouvernementales, comme la Commission Nationale pour les Femmes Libanaises (NCLW) avaient conseillé, plus tôt dans la semaine, l’annulation ou son report.

Ce message n’ayant pas été pris en compte, les quelques mille personnes réunies à cet évènement, qui a eu lieu pour la deuxième fois depuis l’année dernière, ont exprimé haut et fort leurs revendications en cette belle journée de mars. L’organisation a été menée par des associations étudiantes de l’American University of Beirut (AUB), comme Secular Club et Gender and Sexuality Club, ainsi que Kafa, organisation luttant contre la violence sexiste, ou encore le Mouvement Anti-Raciste.

"Si ton féminisme n'est pas intersectionnel, n'essaie même pas." Pancarte représentant l'esprit de la manifestation. Mars 2018, Beyrouth.

« Si ton féminisme n’est pas intersectionnel, n’essaie même pas. » Pancarte représentant l’esprit de la manifestation. Mars 2018, Beyrouth. © Wendolyn Trogneux

 

L’appel a été lancé à tous les groupes souhaitant faire partie de cette manifestation, sous une idéologie intersectionnelle.

L’intersectionnalité vise à réunir les différentes identités et expériences des femmes dans un pays où les barrières entre groupes sociaux sont loin d’avoir disparu.

Ainsi, des militants prônant différentes causes, se tiennent côte à côte dans ce parking qui attendent les derniers manifestants. À gauche, des pancartes en arabe et en anglais, tenues par des femmes syriennes. Le message est clair : solidarité avec les femmes de la Ghouta, une région pilonnée ces dernières semaines par les forces syriennes.

En face, trois drapeaux palestiniens, droits et bien hissés, décorent  le haut de la scène, soulignant la présence de la communauté palestinienne au Liban, qui réclame plus de droits.

Plusieurs drapeaux palestiniens décoraient la manifestation. Mars 2018, Beyrouth.

Plusieurs drapeaux palestiniens dans la manifestation. Mars 2018, Beyrouth. © Wendolyn Trogneux

 

Des pancartes en anglais, français, arabe et même espagnol s’étalent dans l’avenue Pierre Gemayel, qui s’étend devant plusieurs immeubles gouvernementaux, comme la résidence de l’ambassadeur français au Liban, le tribunal militaire et le musée national de Beirut.

Femmes, hommes. Jeunes et âgés. Etudiants et travailleurs migrants. Trans et cis.Religieux et athés. Bien qu’on ne puisse dire que la population libanaise était représentée dans sa totalité, les plus grandes minorités, comme la diaspora syrienne et les ouvrières immigrées, étaient présentes et bien audibles. Le but ultime étant celui de montrer à quel point la société libanaise est diverse, mais peut être unie sous une même cause :

il n’y aura jamais de justice si ce n’est pour tous les groupes.

Outre les pancartes, les chants étaient à l’ordre du jour. “Min Beirut ila el 3alam” (de Beirut à tout l’univers), “thaoura” (révolution), scandent les voix fortes et claires des manifestants,  appelant les spectateurs depuis leurs balcons à descendre avec eux. Le long de la rue Basta, dans le quartier de Barbir, les foyers, enfants comme adultes, observent la manifestation depuis leurs sièges au premier rang.

Infatigables, les manifestants chantent et dansent au rythme de tambours improvisés pendant deux heures, jusqu’à arriver au parc Haoud Al-Wilaya, qui marque la fin de l’euphorie dominicale.

Devant de manifestation. Mars 2018, Beyrouth.

Devant de manifestation. Mars 2018, Beyrouth. © Wendolyn Trogneux

 

Wendolyn Trogneux

« No más AFP » : les Chiliens manifestent pour leur droit de vieillir sereins

A l’approche des élections présidentielles en novembre prochain, le contexte social se tend au Chili. Dimanche dernier, ce sont plus de deux millions de personnes qui sont descendues dans la rue, selon les responsables du collectif « NO+AFP » (No más AFP). Une mobilisation massive pour exiger une réforme des AFP, le système actuel de retraite, que nous raconte notre correspondante depuis Valparaiso.

La ferveur politique épouse les rues de Valparaiso ce dimanche 26 mars. Il est 11h lorsque commence ce qui fut annoncé comme la plus grande mobilisation nationale contre le système de retraite chilien. Le soleil accorde d’ailleurs une trêve automnale, presque en signe d’approbation. Un char aux couleurs partisanes prend la tête du cortège face à une foule plus que jamais unie, le ton est donné : « Aujourd’hui, le Chili refuse de financer les intérêts des grandes entreprises et ceux des politiques corrompus. Ces mêmes représentants politiques qui ont rejeté le projet de réforme. Nous savons et n’oublierons pas qui ils sont ! ». Le port s’embrase sous le bruit des tambours mêlé aux chants militants.

image03

Manifestation sur l’avenue Pedro Montt, Valparaiso. Crédit photos : CrossWorlds / Cyndi Portella

 

 

Que sont les AFP ?

Les AFP, Administradora de Fondos de Pensiones, sont les agences privées chargées de la gestion du système de retraite chilien. Elles sont crées sous la dictature militaire d’Augusto Pinochet, en novembre 1980, par le décret-loi n°3.500. Cette mesure réforme l’ancien système de retraite par répartition en faveur d’un système de capitalisation individuelle. Tous les travailleurs chiliens sont obligatoirement affiliés à une AFP à laquelle ils doivent verser 10% de leur salaire.

Ce décret-loi est modifié en 2002 par la loi 19.795 qui introduit la notion de « multifonds ». Apparaît dès lors, au sein des AFP, cinq fonds de pensions différents classés par échelle de risque financier. Les Chiliens ont donc le choix d’investir leur cotisation du fonds le plus risqué (A) au plus conservateur (E). Les fonds de pensions risqués permettent d’envisager un majeur bénéfice sur le long terme tout en s’exposant aux lois du marché et donc, au risque de perte de l’investissement.

À ce jour, il existe six entreprises privées à la tête des AFP et la majorité des travailleurs chiliens concentrent leurs épargnes sur les fonds B et C, respectivement considérés comme risqué et intermédiaire pour tenter d’augmenter tant bien que mal une pension retraite très souvent insuffisante.

 

image01

Des familles entières manifestent à Valparaiso dans un rassemblement inter-générationnel. Crédits photo : CrossWorlds / Cyndi Portella

 

Les raisons de la colère

Les manifestations qui ont eu lieu sur tout le territoire national dénoncent les conséquences des AFP sur les pensions retraites des travailleurs et réclament leur abolition. D’où le nom du collectif « No más AFP » : « nous ne voulons plus d’AFP ».

En 2016, la moyenne des pensions au Chili s’élève à 286 euros par mois selon les chiffres du think tank de gauche Fundacion Sol . Rapporté au coût de la vie, beaucoup de retraités doivent continuer à générer une activité économique ou imposer une lourde charge financière à leurs familles. Une manifestante révoltée s’insurge :

« Nous sommes ici parce que nous sommes tous obligés de contribuer à un système qui n’apporte que la misère ».

Dans l’air est perceptible un vif sentiment d’injustice face à cet héritage de la dictature. Sentiment également alimenté par l’enrichissement des AFP : 2.3 millions de dollars par jour en 2015. Et leur relation avec les grands groupes financiers et commerciaux du pays : les AFP investissent plus de 31.000 millions de dollars dans dix banques présentes sur le territoire. Cela signifie que les travailleurs chiliens financent par ce biais les mêmes groupes bancaires qui leur accordent des crédits à la consommation, auxquels ils ont recours pour remédier aux bas salaires et faibles retraites, avec des taux d’intérêts annuels pouvant dépasser les 20%, 30% ou encore 40%.

« La lutte sociale, c’est le plus important »

image02

Miguel regarde le char de la coordinadora NO + AFP. Crédits photos : CrossWorlds / Cyndi Portella

 

Au-delà du sentiment d’injustice réside l’espoir d’un changement qui naîtrait de la force collective. C’est ce que défend Miguel, un octogénaire plein de fougue et toujours au front des manifestations de son port natal : « La lutte sociale, c’est le plus important. Il ne faut pas se diviser à cause des partis politiques mais s’unir et se mobiliser pour changer ce système ». Il laisse flotter au vent un drapeau chilien qu’il brandit fièrement mais qui lui rappelle des heures plus sombres. Il reçoit 200 euros de pension retraite par mois. Miguel explique qu’il a travaillé toute sa vie pourtant. Il est dans la rue aujourd’hui « pour défendre la dignité de tous les travailleurs ». Et il descendra dans la rue, son drapeau comme cerf-volant, jusqu’à atteindre ce rêve collectif.

Pour les partisans du changement, ce rêve se défend d’ailleurs d’être une utopie : il a été traduit sous forme de réforme politique par le collectif  NO+AFP. Cette réforme propose la mise en place d’un nouveau système de répartition solidaire et tripartite entre Etat, entreprises et travailleurs. Des manifestations pour soutenir leur abolition ont eu lieu dès cet été au Chili.

« L’avenir entre les mains des enfants ». Crédits photo : CrossWorlds / Cyndi Portella

 

La marche dominicale se termine par d’intenses remerciements aux étudiants, travailleurs et professionnels mobilisés tout au long du pays et grâce auxquels la proposition de réforme a pu voir le jour. La présidente Michelle Bachelet a proposé de convertir ce système de retraite en une AFP publique, pour casser le monopole des six agences privées. Mais ces Chiliens dans la rue veulent leur abolition. Et ils scandent : « Nous ne lâcherons rien ! ».

Cyndi Portella

Contre Trump, les femmes marchent aussi à Londres et à Toronto

Nos correspondantes, en Angleterre comme au Canada, se sont faufilées dans les foules agitées de Londres et Toronto vendredi dernier. On y marchait pour les droits des femmes mais aussi pour tout un spectre d’autres mouvements, menacés par l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.

Our correspondants, in England and in Canada, sneaked in the agitated crowds of London and Toronto last Friday. These crowds walked for women’s rights but also for a large spectrum of social movements, threatened by Donald Trump’s election. [English version below]

A Londres

Une étudiante, un mégaphone dans une main, une pancarte dans l’autre, lance le premier chant. « Not the church, not the state. Women must control their fate ! » (« Ni l’Eglise, ni l’Etat. Les femmes doivent contrôler leur destin ! ») À quelques pas, dans la foule, une dame plus âgée nous confie qu’elle chantait exactement le même chant il y a 50 ans, lors des manifestations pour la légalisation de l’avortement en 1967 en Angleterre.

À Londres, environ 100 000 personnes ont marché dans les rues hier pour protester contre l’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis, vécue comme une menace aux droits des femmes.

A student, holding a megaphone in one hand, and a sign in the other, starts the first chant : « Not the church, not the state. Women must control their fate ! ». Further ahead, in the crowd, an older lady tells us she used to shout the exact same chant 50 years ago, during the demonstrations for the legalization of abortion in England in 1967.

In London, nearly 100,000 people marched in the streets last Friday to protest against the election of Donald Trump considered as a menace to women’s rights.

Clara Hernanz.

Crédits photo : CrossWorlds/ Clara Hernanz

« Notre pouvoir ne peut être quantifié ». Crédits photo : CrossWorlds/ Clara Hernanz

Crédits photo : CrossWorlds/ Clara Hernanz

Un Trump en carton vociférant dans la foule. Crédits photo : CrossWorlds/ Clara Hernanz

Crédits photo : CrossWorlds/ Clara Hernanz

Une manifestation qui rallie plusieurs causes. Crédits photo : CrossWorlds/ Clara Hernanz

A Toronto

Le 20 janvier, des centaines de milliers de personnes de tous âges à travers le monde, marchaient à travers le monde en soutien à la Women’s March de Washington. Seuls quelques milliers étaient attendus au Queen’s Park à Toronto mais ils furent plus de 60 000 à se rassembler pour faire preuve de solidarité et susciter une prise de conscience sur la menace que représente l’administration Trump pour les droits de la femme et les droits de l’Homme en général.

On prédit que Toronto sera la destination n°1 des Américains qui ont décidé d’émigrer suite aux résultats de l’élection, mais beaucoup craignent déjà que la rhétorique virulente de Trump ne traverse la frontière. Réputé pour son multiculturalisme et son ouverture à l’immigration unique au monde, le Canada s’unit pour montrer que les discours appelant à la division ou la misogynie ne sont pas les bienvenus ici.

On January 20th, hundreds of thousands of people of all ages marched all around the world in support of the Women’s March in Washington. Only a few thousand were expected to show up at Queen’s Park in Toronto, instead a spirited crowd of over 60,000 gathered to show solidarity and raise awareness on women’s and human rights threatened under the Trump administration.

Toronto is expected to be the number 1 destination for Americans fleeing the United States, while many fear that Trump’s hateful rhetoric might cross the Canadian border. As one of the most multicultural and welcoming countries in the world, Canada is determined to show that division and misogyny are a no-no here.

Tara Mirkovic.

« Femmes de réconfort » : le passé d’esclavage sexuel dont le Japon a du mal à se débarrasser

Comme tous les mercredis depuis le 8 janvier 1992, se réunissaient le 25 mai dernier devant l’ambassade japonaise de Séoul quelques centaines de personnes pour protester contre l’impunité d’un crime de guerre connu : les femmes de réconfort, 慰安婦, ces filles utilisées par l’armée japonaise de 1937 à 1945 pour pallier aux besoins sexuels de ses soldats.

Un accord semblait avoir été conclu le 28 décembre 2015 entre la Corée et le Japon, mais ces manifestations hebdomadaires ont toujours lieu. La lutte semble continuer. Nous avons voulu en savoir plus sur les revendications des Coréens et sur la position japonaise. Retour sur un sujet brûlant.

Mercredi 25 Mai 2016, en face de l'ambassade du Japon à Séoul, Corée du Sud - Rassemblement pour protester contre les accords entre le Japon et la Corée de Décembre 2015. Crédits Photos : CrossWorlds/ Yubin Khang.

Mercredi 25 mai 2016, en face de l’ambassade du Japon à Séoul, Corée du Sud – deux anciennes femmes de réconfort venues protester contre les accords du 28 décembre 2015. Crédits Photos : CrossWorlds/ Yubin Khang

De l’existence des femmes du réconfort

L’affaire a longtemps été classée au rang de l’Histoire, celle déjà rangée dans des archives, que d’ailleurs tout le monde semble préférer oublier. Une femme de réconfort, pendant les quarante années qui ont suivi les accords clôturant la Seconde Guerre Mondiale, n’avait pas réellement d’existence : c’était une rumeur, une honte, pour laquelle personne ne s’indignait vraiment.

Il faut attendre le 14 août 1991 pour que le sujet prenne de l’ampleur et intéresse la communauté internationale. Ce jour-là, une femme témoigne publiquement et dénonce un système d’esclavage sexuel. Elle s’appelle Kim Hak Sun. Avant elle, des dénonciations avaient été prononcées, mais aucune femme ne portant plainte directement, le Japon persistait à minimiser le coté coercitif des « femmes de réconfort ».

Après Kim Hak Sun, des centaines d’autres voix se sont élevées en Corée, Chine, Thaïlande, Myanmar, Vietnam, Philippines, Taïwan, Indonésie et au Timor – c’est-à-dire les pays de l’ancien Japon colonial, déclarant avoir, elles aussi, été victimes de l’armée japonaise et dévoilant ainsi, l’ampleur du crime de guerre. Les « femmes de réconfort » auraient été environ 200 000 dans la seule Corée du Sud.

 Mercredi 25 Mai 2016, en face de l'ambassade du Japon à Séoul, Corée du Sud - Rassemblement pour protester contre les accords entre le Japon et la Corée de Décembre 2015. Crédits Photos : CrossWorlds/ Yubin Khang.


Mercredi 25 mai 2016, en face de l’ambassade du Japon à Séoul, Corée du Sud – Rassemblement pour protester contre les accords entre le Japon et la Corée de Décembre 2015. Crédits Photos : CrossWorlds/ Yubin Khang

Le débat est sensible, particulièrement sur la sémantique : si le gouvernement japonais emploie le terme policé de « femmes de réconfort », axant sur l’aspect légal, contractuel, de la chose, les Coréens mettent un point d’honneur à parler d’esclavage sexuel, mettant l’emphase sur la cruauté du crime de guerre.

Une autre borne difficile à poser est temporelle : quand débute techniquement ce système d’exploitation sexuelle et dans quels lieux ? Certains historiens, comme Michael De Pasquale, considèrent que sa source remonte au système de Kôshô Seido, le système de prostitution réglementé qui se met en place à partir de 1872 dans tout l’empire japonais, caractérisé par un regroupement administratif et géographique des prostituées.

Le massacre de Nankin est souvent considéré comme le point de départ de la mise en application systématique dans les bases militaires japonaises du recours aux « femmes de réconfort ». Six semaines de massacres, de sacs et de viols, à partir de décembre 1937, perpétrés par l’armée impériale japonaise sur les civils de cette région en période de guerre sino-japonaise. L’armée prend sur elle d’ouvrir des « maisons de délassement » pour stopper ces viols à répétition, mais aussi protéger l’armée des maladies sexuellement transmissibles.

C’est grâce aux documents dévoilés par l’historien japonais Yoshimi Yoshiaki, en 1992, que l’on connaît précisément les détails techniques de l’organisation de ces maisons. Une femme de réconfort, une esclave sexuelle, pouvait être recrutée dans une maison close déjà existante, par une fausse annonce de recherche de travailleuses – aboutissant à un enrôlement forcé – ou encore se faire enlever par l’armée. Elles étaient placées dans des box d’environ 6m², et devaient prendre en charge au moins 10 hommes par jour, dans des conditions d’esclavage et souvent de torture.

2 Mai 2016, Mémorial pour les femmes de réconfort, devant l'ambassade du Japon à Séoul. Des pensées de tous pays pour continuer la lutte. Crédits Photos : CrossWorlds/ Hannah Bidoire

2 Mai 2016, Mémorial pour les femmes de réconfort, devant l’ambassade du Japon à Séoul. Rassemblement pour protester contre les accords entre le Japon et la Corée de Décembre 2015. Crédits Photos : CrossWorlds/ Yubin Khang

Les 1000 mercredis

Suite au témoignage de Kim Hak Sun, la Corée se lève. Menées par le한국정신대문제대책협의회 (Conseil Coréen pour les femmes utilisées par les militaires japonais comme esclaves sexuelles), des rassemblements pacifistes ont lieu tous les mercredis après-midi depuis le 8 janvier 1992 devant l’ambassade japonaise à Séoul, en présence des survivantes, les Halmuny, « grand-mères » en coréen.

Les revendications du mouvement étaient de deux niveaux : financier et moral. En effet, la Corée avait reçu des dédommagements de la part du Japon à la fin de la Seconde Guerre Mondiale pour les Coréens enrôlés de force dans les camps de travail nippons, mais rien n’avait été décidé pour les victimes féminines, qui n’avaient aucune réalité administrative au sein de la communauté internationale avant que soient publiées les archives de guerre en 1992.

Les revendications morales portées par le mouvement des « Manifestations du mercredi » demandaient des excuses publiques et une reconnaissance du crime par le gouvernement japonais.

Mercredi 25 Mai 2016, en face de l'ambassade du Japon à Séoul, Corée du Sud - Rassemblement pour protester contre les accords entre le Japon et la Corée de Décembre 2015. Crédits Photos : CrossWorlds/ Yubin Khang.

Mercredi 25 Mai 2016, en face de l’ambassade du Japon à Séoul, Corée du Sud – Des pensées de tous pays pour continuer la lutte. Crédits Photos : CrossWorlds/ Hannah Bidoire

Ce dernier n’a depuis lors cessé de se contredire sur sa position dans le débat. En 1993, le Premier ministre japonais, Kiichi Miyazawa, avait présenté ses excuses publiquement lors d’un voyage en Corée et organisé des interrogatoires au sein de l’armée pour tenter de faire avancer le conflit. A la suite de ces recherches, le Japon déclarait que l’armée impériale avait bel et bien commis un crime de guerre en exploitant « bien des fois contre leur gré » des femmes dans des maisons de délassement.

Les deux pays entamèrent alors les discussions pour s’accorder sur les différentes mesures à prendre, jusqu’à ce que Shinzo Abe devienne Premier ministre en 2007 et s’exprime sur le sujet :

« Aucune preuve ne montre qu’il y ait eu l’usage de contrainte. Ces femmes étaient sous contrat » (interview dans le Journal quotidien Asahi, le 5 mars 2007).

Les réactions ne tardèrent pas à fuser, notamment de la part des Etats-Unis qui demandèrent au Japon de « s’excuser et d’accepter sa responsabilité historique sans équivoque pour la contrainte employée par ses militaires afin de forcer des femmes à l’esclavage sexuel pendant la guerre ». Le 26 juin 2007, après la publication par Yoshimi Yoshiaki et Hayashi Hirofumi d’autres archives nationales accablant le Japon, que le gouvernement nippon s’est incliné. Il a fallu attendre décembre dernier pour que les négociations entre les deux Etats aboutissent à un accord – loin d’être satisfaisant pour les deux parties.

Un accord insatisfaisant

Le 28 décembre 2015, Shinzo Abe (Premier ministre japonais) et Park Geun-hye (Présidente de la Corée du Sud) trouvent un terrain d’entente. Le Premier ministre japonais s’est publiquement excusé et a exprimé ses sincères regrets par rapport à ses précédentes déclarations. L’aspect principal de l’accord est celui du dédommagement qui s’élève à un milliard de yens – 7,5 millions d’euros – et qui sera versé à la Corée pour les femmes de réconfort sous 10 ans.

Le conflit semble pourtant loin d’être terminé pour les deux pays. L’accord est critiqué de toutes parts. Par les nationalistes japonais d’abord, qui estiment que cet accord est une traîtrise de la part du gouvernement. Par les victimes de ce crime de guerre ensuite, qui trouvent que le compromis a été fait à la hâte, poussé par les Etats-Unis et ne déclare aucune responsabilité officielle de la part de l’Etat japonais. L’indemnité financière est présentée comme une aide pour ces femmes, et non comme une amende face au crime commis.

2 Mai 2016, Mémorial des femmes de réconfort devant l'ambassade du Japon à Séoul, des militants veillent. Crédits Photos : CrossWorlds/ Hannah Bidoire

2 mai 2016, Mémorial des femmes de réconfort devant l’ambassade du Japon à Séoul – Rassemblement pour protester contre les accords entre le Japon et la Corée de Décembre 2015. Crédits Photos : CrossWorlds/ Yubin Khang

 

Ainsi, tous les jours, au moins trois personnes se relaient autour de la Pyeonghwabi, la « Statue de la Paix », inaugurée le 14 décembre 2011 pour la millième manifestation du mercredi, face à l’ambassade japonaise. La jeune fille qu’elle représente, assise à côté d’une chaise vide, incarne toutes les adolescentes coréennes enrôlées de force comme « femme de réconfort ». Les militants protestent, mais surtout informent les passants sur la nécessité de poursuivre les revendications. Aujourd’hui, Kim, un étudiant coréen du Sud de 20 ans, nous explique son engagement :

« On est là tous les jours. On se relaie, il y a toujours quelqu’un, même la nuit. Le gouvernement japonais veut retirer la statue, c’est une menace pour eux, un symbole debout de nos revendications. Elle représente les victimes de l’esclavage sexuel opéré – c’est important d’utiliser ce mot d’esclavage – alors forcément devant leurs fenêtres ça ne leur plait pas. Du coup nous, on veille ».

2 Mai 2016, Mémorial des femmes de réconfort devant l'ambassade du Japon à Séoul, des militants veillent. Crédits Photos : CrossWorlds/ Hannah Bidoire.

2 Mai 2016, Mémorial des femmes de réconfort devant l’ambassade du Japon à Séoul, des militants veillent. Crédits Photos : CrossWorlds/ Hannah Bidoire

 

Alors que les survivantes, appelées les Halmuny, se font de plus en plus rares – 48 seulement sont encore en vie sur les 270 des années 90 – et que les récentes déclarations du ministre des affaires japonais Shinsuke Sugiyama niant encore une fois les faits ravivent la colère du peuple coréen, le débat demeure dans l’impasse.

Hannah Bidoire (correspondante au Japon, de passage en Corée du Sud)

« Zuma must fall » : la colère des Sud-africains contre leur président

Le 16 décembre est férié en Afrique du Sud et placé sous l’aura de la réconciliation depuis la fin de l’apartheid. Mais aujourd’hui, la foule gronde. Les Sud-africains ont manifesté ce 16 décembre pour dire leur mécontentement à l’égard de leur président, Jacob Zuma, et scandent des slogans comme : « pas de réconciliation avec la corruption ».

Plusieurs milliers de personnes ont marché à Johannesburg, Pretoria et au Cap, une semaine après qu’ait débuté un feuilleton au ministère des finances sud-africain, qui a vu trois ministres différents se succéder en cinq jours et a fait fortement chuter le rand, la monnaie locale.

20151216_100207

Les manifestants réunis au pied du Mandela Bridge. 16 décembre 2015, Johannesburg. Crédits photo : CrossWorlds/Esther Meunier

 

20151216_101152

Sur la pancarte, Nene. Il est le premier des ministres à avoir été limogé, remplacé par David van Rooyen, relativement inconnu, conduisant le rand à atteindre un taux historiquement bas vendredi 11 décembre. 16 décembre 2015, Johannesburg. Crédits photo : CrossWorlds/Esther Meunier

 « Pas de réconciliation avec la corruption »

L’exaspération des Sud-africains a été alimentée par différents scandales, le dernier en date étant celui de Nkandla, où il a été révélé que de l’argent public avait servi à rénover la résidence personnelle du Président Zuma.
20151216_112936

A l’avant du cortège, un bandeau « Pas de réconciliation avec la corruption ». 16 décembre 2015, Johannesburg. Crédits photo : CrossWorlds/Esther Meunier

 

Le président est la première cible des manifestants. Le slogan « Zuma Must Fall » fait référence aux précédents mouvements « Rhodes Must Fall » pour la désinstallation d’une statue du colonisateur Rhodes dans l’université de Cape Town et « Fees Must Fall » contre l’augmentation des frais d’inscription dans l’enseignement supérieur.
20151216_111524

Les manifestants, défilant sur le Mandela Bridge. 16 décembre 2015. Crédits photo : CrossWorlds/Esther Meunier

 

Le limogeage du ministre des finances sans raisons officielles et la confusion qui s’en est suivie a été la goute d’eau qui a fait déborder le vase. Les manifestants regrettent que l’ANC, le parti au pouvoir depuis la fin de l’apartheid, ait néanmoins soutenu le Président lors d’une conférence de presse donnée mardi 15 décembre alors même que le parti pourrait le destituer. Après les discours, ils ont symboliquement traversé le Mandela Bridge.
20151216_111942

Après les discours, les manifestants ont symboliquement traversé le Mandela Bridge. 16 décembre 2015, Johannesburg. Crédits photo : CrossWorlds/Esther Meunier

 

Certains manifestants, chantent également en zulu que « Zuma est un traître ». Beaucoup de discours dénoncent l’abandon de l’héritage des leaders anti-apartheid tels que Mandela, Steve Biko et bien d’autres. Cependant l’esprit de la réconciliation est bien présent, selon une manifestante qui assure que « nous sommes multi-raciaux, ce n’est pas à propos de ça ». La foule des manifestants était en effet arc-en-ciel ce mercredi.
20151216_115454

Une foule arc-en-ciel en colère ce 16 décembre 2015, lors de la manifestation contre le président Zuma en Afrique du Sud. 16 décembre 2015, Johannesburg. Crédits photo : CrossWorlds/Esther Meunier

 

Esther Meunier