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Donald Trump Président : qu’en pensent les voisins ? Réponses au Mexique

Florilège des réactions de citoyens de Mexico City. Hommes, femmes, vendeur de tacos, professeurs universitaires, ils ont accepté de partager leurs émotions, pensées et ressenti à l’annonce du résultat des élections états-uniennes.

Trump, la nouvelle mode pour les piñatas d’anniversaires. Crédits : flickr/CC/torbakhopper

Trump, la nouvelle mode pour les piñatas d’anniversaires. Crédits : flickr/CC/torbakhopper

 

Marco de la Vega, 26 ans, travaille pour une industrie de boissons énergétiques de Coca-Cola.

« Nadie lo quería creer y pues yo tampoco. Pero en el fondo lo sabía, creo que el ser humano tiene una tendencia natural hacia la dominación. Va a ser el primero millonario a vivir en la Casa Blanca, donde antes vivía una familia negra. Pero el drama no es tanto su elección pero lo que refleja, que vivimos en un mundo dominado por el racismo, la violencia y el rechazo del otro. »

En français. « Personne ne voulait y croire et, naturellement, moi non plus. Mais au fond je le savais car pour moi l’être humain a une tendance naturelle à vouloir dominer. Il sera le premier millionnaire à vivre dans la Maison Blanche, où avant vivait une famille noire. Cependant le drame n’est pas tant son élection en soi, mais dans ce qu’elle reflète : nous vivons dans un monde régi par le racisme, la violence et le rejet de l’autre. »

 

Manuel Castillo Menezes, 45 ans, technicien de surface.

«Creía que Hillary iba a ganar. Ahora tengo un poco de incertidumbre, veremos si se va a portar bien con nosotros este señor. Yo solo pienso en mis familiares y amigos en California, algunos no tienen papeles, y siento un poco de temor. »

En français. « Je croyais qu’Hillary gagnerait. Maintenant je suis un peu perdu, on verra s’il se comporte correctement envers nous, ce monsieur. Je pense surtout à ma famille et mes amis en Californie, certains n’ont pas de papiers, et j’ai un peu peur. »

 

Sofía Villella Romero, 20 ans, étudiante en communication

« Hasta las 9h30 todo se veía equilibrado así que estábamos confiados en la victoria de Hillary, pero luego estados empezaron colorearse a favor de Trump. Me dieron ganas de llorar, sentí desconcierto e impotencia. Hasta qué punto un demagogo puede llegar a manipular las personas? A principio me imaginé lo peor, pero el Trump que conocimos, que se promocionó a través un discurso inventado de odio para llamar atención de los blancos que odian a los extranjeros no será el Trump electo. Sus propuestas son irracionales y me extrañaría que pasan por el congreso. Es un empresario y algunas propuestas irrealizables como construir  el muro o pelearse con China lo harían perder sus clientes, no sé si realmente lo va a hacer. »

En français. « Jusqu’à 9h30 tout était équilibré, donc nous demeurions confiants dans la victoire d’Hillary, puis plusieurs Etats ont commencé à se teinter d’une couleur favorable à Trump. J’ai eu envie de pleurer, je me suis sentie déconcertée et impuissante. Jusqu’où un démagogue peut réussir à manipuler les gens ? Au début, je me suis imaginée le pire, mais le Trump qu’on connaît, promu par un discours de haine créé pour capter l’attention des blancs qui haïssent les étrangers – ne sera pas le Trump élu. C’est un homme d’affaire et ses propositions irréalisables comme de construire un mur ou de se mettre à dos la Chine lui feraient perdre ses clients, je ne sais pas si il le fera réellement. »

 

Rúben Aguilar, analyste et coordinateur de communication gouvernementale de l’Etat mexicain.

« No me sorprendí con la elección. Las encuestas ya no funcionan. Hace 20 años 90 % de los interrogados respondían se lograba por eso se podía tener muestras representativas pero hoy hay una taza de rechazo superior al 90 por ciento. En este caso en particular en Estados-Unidos quien apoyaba a Trump era ante-establishment y probablemente no querían responder a medios de comunicación que consideraban a favor de  las instituciones envés de apoyar a Trump. Ahora qué tipo de presidente va a ser no lo puedo decir. Cuando alguien llega a la presidencia de un país y tiene una experiencia política podemos saber a qué esperarnos por haber visto esta persona como diputado o senador. Pero Donald Trump no tiene trayectoria política, absolutamente ninguna experiencia. Y como empresario no ha sido tan bueno, fue muy intolerante y especializado en declarar bancarrota de sus empresas. Su mayor éxito fue en evadir el pago de impuestos corporativos en Estados-Unidos… Su primer discurso fue moderado y conciliador y espero que siga este modelo. »

En français. « Je n’ai pas été surpris par les élections. Les enquêtes ne fonctionnent plus. Dans ce cas particulier aux Etats-Unis, ceux qui soutenaient Trump étaient anti-establishment et n’ont probablement pas voulu répondre aux sondages des médias qu’ils considéraient en faveur des institutions. Maintenant je ne peux pas dire quel type de président il sera. Quand quelqu’un arrive à la présidence d’un pays et a de l’expérience politique, il est possible de savoir à quoi s’attendre car on l’a vu travailler en tant que député ou sénateur. Mais Donald Trump n’a pas de trajectoire politique, absolument aucune expérience. En tant que chef d’entreprise il n’a pas été bon non plus, le spécialiste pour déclarer la faillite de ses entreprises. Son premier discours présidentiel fut modéré et conciliateur, et j’espère qu’il suivra ce chemin. »

 

Marcial Lara, 63 ans, commerçant

« Obama lo tachaban de muy buena gente pero nunca fue buena gente con las deportaciones y con el muro que continuaba construyendo. Creo que Trump fue sincero y por eso ganó las elecciones. También creo que necesitaban una persona agresiva ya que China y Russia están amenazando pasar a Estados-Unidos.  Creo que no debemos tener miedo porque más malos no podemos quedar. No hay seguridad, no hay salud, no hay infraestructura. »

En français. « On disait qu’Obama était un type bien mais il n’a jamais été un type bien quand on pense aux reconductions à la frontière. Je pense que Trump a été sincère, et pour cela il a gagné les élections. Ils avaient besoin d’une personne agressive vu que la Chine et la Russie menacent de dépasser les Etats-Unis. Je pense qu’on ne doit pas avoir peur car notre situation ne peut pas empirer. Au Mexique, il n’y a pas de sécurité, pas de santé, pas d’infrastructure. »

 

David Martinez, 18 ans, lycéen en classe équivalente à la Première.

« Hicieron un trabajo formidable para ultrapasar México y lograr tener el presidente más estúpido del mundo. Eligieron  a un humpa-lumpa más grande que la norma, pero igual de pendejo. Si esto pasó en Estados-Unidos, que va a pasar aquí? »

En français. « Ils ont fait un merveilleux travail pour surpasser le Mexique et réussir a avoir le président le plus stupide du monde. Ils ont élu un humpa-lumpa plus grand que la moyenne mais tout aussi con. Si ça a pu se passer aux Etats-Unis, qu’est ce qui va se passer ici ? »

 

Fernanda Montaño, 34 ans, psychanalyste.

 « Si hoy los mercados financieros amanecen nerviosos es por pura especulación y va pasar. La pregunta fundamental es : de todo que prometió Trump durante su campaña como echar abajo el tratado de libre comercio, sacar los inmigrantes indocumentados o levantar el muro, cuanto es lo que realmente va a poder hacer una vez en la Casa Blanca? »

En français. « Aujourd’hui les marchés financiers sont nerveux mais ce n’est qu’un produit de la spéculation et ça va passer. La question fondamentale est : de tout ce que Trump a promis pendant sa campagne comme de supprimer le traité de libre échange, renvoyer tous les immigrants sans papiers ou ériger le mur, que va-t-il réellement pouvoir faire une fois à la Maison Blanche? »

 

Maria-Yvonne Murillo, professeure universitaire d’Affaires Publiques.

« Fue un voto de castigo para los demócratas. En relación a reformas que hizo Obama  pero sobretodo contra Hillary Clinton que nunca fue aceptada. Tenía resultados ridículamente inferiores a los de Obama. Muchos la veían como representante del sistema establecido que sienten poco equitativo. Pero la otra parte de los electores es nacionalista y racista, personas que se sienten amenazados por trabajadores de acá o de otros países. Es un voto de rechazo a la globalización por parte de personas con poca educación que no entienden sus beneficios. Y mirando el rechazo al tratado de paz en Colombia, las manifestaciones anti-democráticas en Brasil, el Brexit en Reino-Unido, la elección de Trump solo hace parte de la radicalización del mundo actual. No estoy ni un poco optimista en relación a las elecciones a venir, que sea en Europa o en América Latina. »

 En français« Ce fut un vote-punition contre les démocrates. Par rapport aux réformes d’Obama mais surtout contre Hillary Clinton, qui n’a jamais été acceptée. Beaucoup la voyaient comme représentante du système établi et perçu comme peu équitable. Mais l’autre partie des électeurs est nationaliste et raciste, des personnes qui se sentent menacées par des travailleurs d’ici ou d’autres pays. C’est un vote de rejet de la mondialisation de la part de personnes qui n’en comprennent pas les bénéfices. Et en regardant le rejet du traité de paix en Colombie, les manifestations anti-démocratiques au Brésil, le Brexit au Royaume-Uni, l’élection de Trump est juste encore une partie de la radicalisation du monde actuel. Je ne suis pas du tout optimiste vis-à-vis des élections à venir, que ce soit en Europe ou en Amérique Latine. »

 

Propos recueillis par Helena Magnan Coelho, pour CrossWorlds.

 

Super Tuesday à Santa Barbara : « Je veux marquer la différence entre le centre et la gauche, entre Hillary et Bernie »

À l’occasion du Super Tuesday (étape décisive de la campagne des primaires américaines), notre correspondante en Californie nous livre une série de portraits. Découvrez ces « Humans of Santa Barbara », des étudiants de l’université californienne de Santa Barbara, qui prennent la parole.

Eric, étudiant en Théologie, 3e année

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« Je suis gauchiste. En l’absence de parti socialiste fort à l’échelle nationale, j’ai adhéré au parti démocrate pour voter aux primaires. Mais je me définis plutôt comme « gauchiste-non aligné ». Les valeurs de la gauche sont diverses. De manière générale, les gauchistes contestent la tendance impérialiste, interventionniste des démocrates. On dit qu’Hillary est solide sur la politique étrangère. En fait elle est belliqueuse, donc plus faible selon moi.

« Un de mes principaux souvenir d’enfance ? Une grève générale en faveur des sans-papiers. »

Je suis mexicain-américain. J’ai toujours été sensible aux mouvements en faveur de l’immigration. Quand j’avais 7 ans, il y a eu une grande grève générale en Californie pour protester contre la limitation de l’accès des sans-papiers aux services financés par l’État. Ma famille a pris part au mouvement. C’est un de mes principaux souvenirs d’enfance.

Mais je suis entré en politique de mon propre chef. Ma mère n’est pas engagée, et mon père est un libéral, non un gauchiste. Je me souviens d’un test fait en dernière année de lycée. C’était un questionnaire sur les convictions politiques qui cherchait à voir la corrélation entre nos idées et celles de nos parents : aucune n’existait entre mon père et moi. Il était plutôt au centre et j’étais à l’extrémité gauche de l’échiquier.

C’est difficile de déterminer exactement quand tout a commencé. J’étais définitivement un gauchiste avant l’université, probablement depuis le collège. J’ai longtemps été intéressé par la politique mais passif. C’est avec les médias, la lecture de la presse que j’en suis progressivement venu à mes propres conclusions. Un jour, il y a eu un débat en classe sur la Proposition 8 qui visait à invalider le mariage homosexuel en Californie. J’ai été le seul à m’opposer à cette mesure. C’est là que j’ai vraiment pris une position, contre mes camarades.

Aujourd’hui, je manifeste mon engagement politique de façon très basique à travers les réseaux sociaux, pour des pétitions notamment. Mais je participe volontiers à des manifestations sur le campus. Et je suis aussi l’administrateur du club pour Bernie.

« Je pense que Bernie Sanders sera plus à l’écoute des actions de démocratie directe »

Mon candidat favori est évidemment Bernie Sanders. Principalement parce que, je pense, et peut-être naïvement, qu’il serait plus à l’écoute des actions de masse et de démocratie directe. À mon âge, Bernie Sanders était quand même déjà en train de protester contre la ségrégation, il était actif pour les droits civils. J’aime aussi sa politique d’échange commerciale, sa position contre le TAFTA.

Même si on présente Obama comme socialiste, il n’est pas différent des autres dans son action. C’est aussi la raison pour laquelle je m’oppose à Hillary Clinton. Elle se vend comme culturellement/socialement libérale et économiquement progressiste, mais elle fera la même chose que d’habitude. Les autres Démocrates centristes diront qu’elle se bat pour le progrès, alors qu’en réalité elle se bat pour les intérêts des entreprises. Avec elle, il n’y aura pas de changement. Ce sera même pire puisqu’elle coupera dans les programmes d’assistance, comme Obama. Ce qui est inacceptable pour moi.

« Si Bernie l’emporte en Californie, il est sûr de gagner. »

Ça va être une course serrée mais Sanders a ses chances. Et mon objectif à court terme est de communiquer au maximum sur le fait que le processus des primaires n’est pas un sprint mais un marathon. Cela ne se joue pas seulement sur la règle du « winner-takes-all » qui veut que le candidat ayant obtenu la majorité simple remporte l’ensemble des grands électeurs d’un Etat : il y a aussi de la proportionnelle.

Donc, en perdant de peu au Nevada et en Iowa, Bernie a tout de même gagné des représentants. Maintenant, le plan c’est de s’accrocher jusqu’en Californie. On nous prête peu d’attention parce qu’on vote à la fin des primaires, mais c’est un Etat qui fonctionne sur la base du « winner-takes-all » justement, ce qui signifie rafler d’un coup le tiers des délégués nationaux . Si Bernie l’emporte ici, il est sûr de gagner.

Je me rappelle d’un sondage qui le donnait à 3 % contre Hillary en Californie. Un mois après il était à 30 %. Cela sans aucune campagne : il n’a fait que deux apparitions publiques. Rien qu’avec des actions de terrain, comme celles sur le campus, il a réussi à multiplier sa base par 10. Je ne serais donc pas surpris qu’il batte Hillary en juin [NDLR : la Californie vote le 30 juin, ce qui clôt le cycle des élections primaires].

« En tant que mexicain et américain, avec de nombreux proches sans papiers, la politique d’immigration de Trump me terrifie. »

Les Républicains ? C’est Trump qui va l’emporter à coup sûr. En tant que mexicain et américain avec de nombreux proches sans papiers, ça me terrifie. Si Trump met en œuvre sa politique d’immigration, ils pourraient être déportés alors qu’ils n’ont pratiquement jamais vécu au Mexique. Je pense qu’il ne faut pas sous-estimer Trump. Les Démocrates croient qu’il va perdre de façon automatique à cause de son manque de crédibilité. Mais ils disaient déjà ça quand il est entré en jeu. Et il est toujours là.

L’autre problème c’est que l’establishment démocrate ne s’est pas comporté de façon très équitable avec nous, notamment concernant les débats : 6 ont été prévus, contre plus d’une vingtaine aux précédentes élections ! Mais pire, les débats ont été programmés à des moments très mal choisis. L’un était le samedi avant Noël, l’autre le jour d’un des plus gros événements sportifs de football américain. C’était une façon de dire que le processus de primaire était déjà plié en faveur d’Hillary. Du coup, il y a beaucoup de ressentiment de la part des pro-Bernie. Et si Hillary gagne les primaires, une large portion de la faction progressiste ira voter soit pour un 3e parti – c’est mon cas –, soit ne votera pas du tout. Ça disperserait les voix et l’establishment devrait s’en soucier.

Actuellement, les deux partis principaux sont d’énormes coalitions de points de vue différents. Cela aspire les gens de gauche dans le parti Démocrate, parce qu’ils n’ont pas d’autre option. Mais des candidats comme Hillary disent qu’il faut faire des compromis et on a un déplacement vers la droite de l’échiquier politique.

« Mais ils disent ça parce qu’ils sont souvent blancs, aisés, donc ils s’intègrent parfaitement dans ce monde. »

C’est l’argument préféré des centristes : « il faut faire avec ». Mais ils disent ça parce qu’ils sont souvent blancs, aisés, donc ils s’intègrent parfaitement dans ce monde, ce n’est pas difficile de faire avec. Ma tâche c’est de faire en sorte que les étudiants ne soient pas seulement conscients de la différence entre les Républicains et les Démocrates, mais aussi de celle entre le centre et la gauche. »

Propos recueillis par Marie Jactel

Super Tuesday à Santa Barbara : « Je suis mexicain. Mais si je pouvais, j’adhérerais au parti des Républicains »

À l’occasion du Super Tuesday (étape décisive de la campagne des primaires américaines), notre correspondante en Californie nous livre une série de portraits. Découvrez ces « Humans of Santa Barbara », des étudiants de l’université californienne de Santa Barbara, qui prennent la parole.

Carlos, étudiant en philosophie, 4e année

S'il pouvait, Carlos adhérerait au parti des Républicains. Crédits photo : CrossWorlds/Marie Jactel

S’il pouvait, Carlos adhérerait au parti des Républicains. Crédits photo : CrossWorlds/Marie Jactel

 

« Je ne suis pas citoyen américain. Je suis Mexicain. J’ai émigré aux Etats-Unis quand j’avais 7 ans parce que mon père est un ambassadeur. Mais si je pouvais adhérer à un parti alors je serais probablement membre des Républicains.

Ils voient le rôle des institutions publiques différemment des Libertariens. Ils se préoccupent par exemple de la famille, de l’avortement, thèmes auxquels j’accorde beaucoup d’importance. Ce sont définitivement ces questions qui m’ont conduit à la politique.

Bien sûr, mon père est un politicien de carrière, mais on n’est pas d’accord sur certains enjeux comme l’économie. J’aime l’idée d’un marché libre. Par contre, dans ma famille on s’entend parfaitement sur les questions sociales : mariage, avortement, 2e amendement qui autorise le port d’armes. Peut-être parce qu’au Mexique l’environnement est catholique et conservateur.

« C’est le groupe le plus controversé du campus, mais je m’en fous. »

Je suis président de l’Anscombe Society à UCSB, l’université de Santa Barbara. Le nom rappelle celui de la philosophe britannique catholique Gertrude Elizabeth Margaret Anscombe qui écrivit sur la nécessité d’une éthique sexuelle traditionnelle. Elle défendait ardemment les valeurs familiales les plus rigoristes. Et nous, on y défend le mariage naturel et la morale sexuelle traditionnelle. C’est le groupe le plus controversé du campus mais je m’en fous. J’écris aussi pour des sites et journaux conservateurs. Par exemple, je contribue de temps en temps au Daily Wire de Ben Schapiro.

Je crois que les jeunes doivent s’engager même s’ils le font souvent mal. Si on prend son devoir civique au sérieux, alors l’engagement politique est inévitable. Il faut contribuer au bien commun.

« Ted Cruz rejette l’idéologie de la Cour Suprême »

Ted Cruz est mon candidat préféré actuellement. Je suis d’accord avec lui sur presque tout. En fait, je lutte même pour trouver des points de désaccord ! Il veut limiter le gouvernement – mais pas autant que Rand Paul –, il prend la Constitution au sérieux, il a les mêmes valeurs sur les enjeux sociaux. Surtout, il rejette l’idéologie de la Cour Suprême. Ce que beaucoup de Républicains oublient c’est que la Cour Suprême ne devrait pas avoir le dernier mot sur tout. C’est contraire à la Constitution et c’est notre devoir civique de s’opposer à cette façon d’agir illégitime.

Cruz est le candidat le plus conservateur en lice mais il est en compétition avec Rubio et les voix sont dispersées entre eux deux. Pour que Cruz ait une chance contre Trump, il faudrait que tous les autres disparaissent. Du coup je suis plutôt pessimiste pour demain. »

Propos recueillis par Marie Jactel

Parcourez notre série de portraits et rencontrez également Jason, le libertarien qui soutient « l’outsider politique » Bernie Sanders et Eric, le républicain qui est attiré par « le politiquement incorrect » de Donald Trump.

MEXIQUE – Mexico assassin, Mexico victime, Mexico en feu

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Tag de la faculté de Ciencias Políticas de la UNAM à Mexico. Crédit photo: CrossWorlds/Elise Didier

Samedi 15 novembre, des forces de l’ordre (des policiers d’investigation de la Procuraduría General de Justicia del Distrito Federal) sont entrées dans la UNAM (Université Nationale Autonome du Mexique), où leur présence est interdite*. Des affrontements ont eu lieu avec des étudiants qui étaient rassemblés dans l’amphithéâtre Che Guevara, avant d’en sortir pour jeter des pierres sur les policiers, qui voulaient les déloger.

Devant la fac, des coups de feu ont retenti. Les policiers auraient blessé par balles un à deux étudiants selon les médias locaux, et pris la fuite en taxi. La colère est montée à leur encontre. Pourquoi s’introduisent-ils à l’université, lieu utilisé aujourd’hui pour les réunions pacifiques des élèves qui souhaitent se mobiliser ? L’État se transforme en monstre répressif s’autorisant des actions « préventives ».

Tout comme l’école normale d’Ayotzinapa, d’où étaient originaires les 43 étudiants disparus, la UNAM, composée de plus de 330 000 étudiants, est un lieu de contestation politique fort, au sein duquel une grande liberté d’expression a toujours été revendiquée. Cette grande université a déjà été par le passé, la scène de vastes mouvements sociaux. Ce weekend, elle se retrouve au cœur de l’actualité mexicaine, en faisant la Une de certains journaux, comme Proceso ou La Jornada.

Après l’intrusion de la police, les étudiants ont décidé d’organiser une marche pacifique, dimanche 16 novembre, pour montrer leur mécontentement. Le cortège a parcouru toute l’université, plus de 1500 personnes ont participé, d’autres universités se sont liées au mouvement (IPN, UAM…) ainsi que des parents d’élèves et des professeurs.

Assemblée du 21 Octobre 2014 à la UNAM, à l’entrée de la faculté de Ciencias Politicas. Crédit photo: CrossWorlds/Elise Didier

Assemblée du 21 Octobre 2014 à la UNAM, pour les disparus d’Ayotzinapa, à l’entrée de la faculté de Ciencias Políticas de la UNAM à Mexico. Crédit photo: CrossWorlds/Elise Didier

 

Même si l’objectif principal de cette marche est de contester la présence des forces de l’ordre dans l’université, ce qui engendre de la violence, les manifestants demandent également au gouvernement de rendre justice par rapport aux étudiants d’Ayotzinapa. Le cortège exige la démission d’Enrique Peña Nieto, ainsi que celle de José Narro Robles, le directeur de la UNAM, qui est accusé de «collaborer» avec le pouvoir exécutif et de ne pas défendre les étudiants.

Affiches qui circulent sur les réseaux sociaux, publiées sur le compte  Facebook de « Desinformémonos ».

Affiches qui circulent sur les réseaux sociaux, publiées sur le compte Facebook de « Desinformémonos ».

 

Ainsi, depuis quelques semaines, un sentiment d’indignation prend place dans les esprits, l’incompréhension envahit les réseaux sociaux, et dans la rue, les murs supportent des cris de rage. Les messages de ras-le-bol sont de plus en plus nombreux, de plus en plus grands, noirs, et de plus en plus forts.

‘1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43’

Comme ce message chiffré, placardé dans le couloir de la faculté de philosophie et lettres, qui m’a faite frissonner. 43 pour les étudiants normalistes disparus depuis un mois, dans l’État de Guerrero. Une salle de classe bien pleine, vide. Vidée par un Narco-État corrompu, qui se permet de retirer la vie pour son petit confort.

Tag de la faculté de Ciencias Politicas de la UNAM. Crédit photo: CrossWorlds/Elise Didier

Tag de la faculté de Ciencias Politicas de la UNAM à Mexico. Crédit photo: CrossWorlds/Elise Didier

Quand un maire se révèle être un criminel, qu’il ordonne l’assassinat ses opposants politiques, quand sa femme est à la tête de cartels de narcotrafiquants, quand leurs meetings sont la raison de l’enlèvement d’étudiants, et quand leurs frivolités sont la source de massacres, la question est : pourquoi s’étonnent-t-ils quand les familles sortent de chez elles, se mobilisent, se regroupent et vont réclamer justice devant le palais présidentiel ? Pensaient-ils vraiment qu’ils pourraient brûler des étudiants, sans que personne ne s’en rende compte ? En tous cas, ce mardi 18 novembre, ce sont des pneus qui brûlent devant la fac ce matin.

« La goutte d’eau qui a fait déborder le vase ». Voilà ce qu’écrivent les médias, pour justifier les mouvements populaires qui s’organisent. Certes, cet assassinat est peut-être celui « de trop », mais aujourd’hui, le drame d’Ayotzinapa n’est pas « la seule goutte d’eau ». Le vase dégouline.

Elise.

*Une dizaine d’années après la révolution mexicaine, UNAM est devenue autonome et indépendante du pouvoir politique. Un code intérieur protège les professeurs et les étudiants, notamment de l’ingérence des pouvoir publics ou de l’intrusion de la police,  sauf en cas de force majeur. Samedi, le cas de force majeur était le vol d’un portable ; pour lequel ils ont jugé bons de venir armés.