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En Israël, un nouveau maire pour « la Bulle » ?

Article de la première édition de Crossworlds (2013-2014 ).

Ce mardi 22 octobre à Tel Aviv, les quelques tonnelles et la dizaine de voitures diffusant les programmes politiques des candidats témoignent d’une petite agitation. Aujourd’hui se sont tenues les élections municipales,  à Tel Aviv comme dans les 191 autres bureaux de vote du pays. Chaque bureau de vote a ouvert vers 7 heures du matin, laissant aux citoyens israéliens, âgés de 17 ans et plus, la liberté de choisir un nouveau maire, et ce jusqu’à 22 heures.
Cette campagne électorale a suscité de nombreux débats dans tout le pays. Certains maires sanctionnés pour corruption par la Cour Suprême se sont en effet de nouveau présentés, entraînant un peu partout dans le pays de vives réactions.

Crédits photos - AFP

Crédits photos – AFP

 

A Tel Aviv, ces élections ont essentiellement vu s’opposer deux candidats : Ron Huldai, candidat travailliste et maire de Tel Aviv depuis près de quinze ans, et Nitzon Horowitz, candidat du Meretz. Ron Huldai a permis, ces dernières années, un développement rapide de la ville, à la fois à l’échelle locale et à l’échelle internationale. Il a également apporté de nouvelles infrastructures telles qu’un système de vélo en libre-service. Son adversaire, à gauche sur l’échiquier politique, représente davantage la modernité. Potentiel premier maire gay de Tel Aviv, il centre davantage son programme autour des problématiques sociales de la ville. Il entend agir dans des domaines tels que l’éducation et les réseaux de transport. Surtout, il voudrait mettre fin à la négligence des quartiers sud de Tel Aviv, emprunts depuis quelques années à l’insalubrité et à la délinquance.

Malgré les enjeux réels de ces élections pour le développement local de la ville, ses habitants ne perturbent que très peu leur insouciance habituelle. Sur les quatre jeunes étudiants israéliens rencontrés aujourd’hui, seule une est allée votée. Quand je lui demande si les jeunes se sentent vraiment concernés par ces élections, elle me répond : « Peu de personnes votent, et la plupart des israéliens demeurent apathiques et un peu désillusionnés alors qu’ils sont les premiers à se plaindre du coût du logement ou des prix dans les magasins ». Pour Ido, l’explication est toute autre : « Tout le débat portait sur le fait qu’Huldai est un bon maire pour les riches qui constituent d’ailleurs son électorat. Le problème c’est que les pauvres n’aiment pas Horowitz car il est du Meretz. Car ils ne se sentent pas représentés, ils ne votent pas ».

Après une conversation de quelques minutes avec l’étudiant en économie, ce dernier souligne  que « ici les politiciens oublient les préoccupations quotidiennes des gens et élargissent leur électorat grâce à un discours sur la sécurité du pays et les menaces extérieures. C’est pour çà que Bibi ( Cf. Benyamin Netanyaou) parle tout le temps de l’Iran, du Hezbollah et du Hamas ». Il est étrange de noter que la sécurité intérieure domine complètement le discours politique alors que les difficultés économiques et sociales occupent les plupart des discussions quotidiennes dans les bus, les cafés ou dans les commerces…  A quoi Ido me répond que « il est bien plus facile de convaincre les gens que la menace extérieure est plus importante que leur propres problèmes ».

Paradoxalement, en même qu’il entretient un certain patriotisme, ce discours sécuritaire semble dépolitiser les israéliens ( à l’échelle locale ) car ces derniers ne voient plus la politique comme un un moyen de régler leurs problèmes quotidiens.

Une première estimation du taux de participation tombe : 42% à l’échelle nationale pour 31% à Tel Aviv. Pourtant quelques initiatives encourageant le vote ont vu le jour ces dernières années: tractage, campagnes d’affichage et de sensibilisation mais également soirées et festivités à l’instar de la «  TLV rock The Vote election night celebration » au Valium, club réputé de la ville. Présente à cette dernière, j’ai pu constater qu’à l’heure des résultats, ce n’est pas le gagnant – Ron Huldai avec 53% des suffrages exprimés – qui concentre l’attention du public présent, mais bien le set du DJ sud-africain invité ce soir.
Sarah.