Archives du mot-clé Musique

À la recherche de l’identité hongkongaise « Under the Lion Rock »

À l’heure où parodier l’hymne chinois pourrait devenir un crime passible de trois ans de prison, selon une loi débattue à partir de cette semaine par le parlement hong-kongais, notre correspondant revient sur un symbole identitaire propre à l’ancienne colonie britannique, devenue en 1997 Région Administrative Spéciale de la République Populaire de Chine.

Aujourd’hui, Hong Kong est une des places fortes de la finance et de l’économie mondiale ; de fait, c’est aussi l’une des contrées les plus internationales au monde, les expatriés y représentant près de 5% de la population totale. Pourtant, l’identité hongkongaise existe bel et bien et se nourrit de ces caractéristiques. Une chanson populaire, « Under the Lion Rock », fait notamment figure d’hymne officieux pour le peuple hongkongais.

Le générique d’une série télévisée sur la vie sous le Lion Rock au début des années 1950

À partir des années 1950, le petit port de Hong Kong connait une immigration massive en provenance de la Chine continentale, conséquence des troubles liés à la Seconde Guerre mondiale puis à la politique de Mao Zedong. Des centaines de milliers de familles d’origines différentes se retrouvent alors à devoir repartir de zéro depuis la petite enclave britannique.

Les temps sont durs pour ces travailleurs qui triment jour et nuit pour gagner de quoi vivre. La zone de Kowloon, située en plein cœur de Hong Kong, est celle qui concentre la grande majorité des nouveaux arrivants. Sous la montagne du Lion Rock, qui domine Kowloon, tout le monde se serre les coudes et met la main à la pâte pour s’en sortir.

Kwun_Tong_Road_1945

C’est ce quotidien difficile des hongkongais que s’efforce de retracer la série télévisée « Under the Lion Rock » au milieu des années 1970. À cette date, Hong Kong a réussi à s’imposer comme un acteur économique majeur en Asie. Sa réputation et sa prospérité florissantes attirent toujours plus de personnes et la région se transforme à grande vitesse pour devenir la mégapole que le monde connait aujourd’hui.

La série télévisée, produite par le gouvernement local, prétend mettre à l’honneur les racines de ce succès en suivant l’évolution d’un groupe de jeunes hongkongais dans les années 1950. En 1979, la série, déjà célèbre, se dote d’un générique musical qui devient très vite un incontournable de la culture populaire hongkongaise.

Le générique de la série avant un épisode datant de 2016. La série a en effet continuer d’être produite, le thème musical traversant les saisons. 

Solidaires face aux difficultés, généreux dans l’effort : les valeurs fondamentales hongkongaises

« Bien sûr que je la connais ! Comme tous les hongkongais ! », s’exclame aussitôt Matthew, un étudiant de 20 ans à la Chinese University of Hong Kong, lorsque je lui pose la question. Même son de cloche du côté de son camarade Hinson, qui évoque spontanément « la chanson du peuple hongkongais ». En effet, les paroles de « Under the Lion Rock » renvoient aux valeurs fondamentales des habitants de Hong Kong ; persévérance et solidarité sont ainsi particulièrement mis à l’honneur.

« Hong Kong n’est pas très étendu et pourtant de nombreuses personnes y vivent, il faut donc travailler très dur et sans relâche pour y mériter sa place », explique Hinson. Pour autant, « cette chanson nous rappelle aussi l’importance d’être unis. Qu’importe les difficultés, les hongkongais n’abandonnent pas et surmontent ensemble les obstacles », complète Matthew. « Nous sommes dans le même bateau », une des phrases qui revient le plus au cours de la chanson, prends alors tout son sens.

« Under the Lion Rock » est un symbole incontestable d’unité « nationale » pour Hong Kong. « Quand il m’arrive de devoir présenter Hong Kong à des chinois du continent, je commence toujours par leur passer cette chanson », sourit Hinson. Matthew lui, se souvient de l’importance de la chanson pendant l’épidémie du SRAS en 2003 (une maladie respiratoire foudroyante qui fit plusieurs centaines de victimes à Hong Kong). « Les gens avaient peur, ils n’osaient plus sortir de chez eux, alors le gouvernement diffusait cette musique pour redonner du courage aux habitants ».

La même année, alors qu’il faisait face à de sérieuses difficultés sur le plan économique, le gouvernement avait aussi directement fait référence aux paroles de la chanson dans un discours officiel ayant pour but de redonner confiance à la population.

« Oui, je suis fier d’être hongkongais quand j’entends cette chanson », répondent de concert les deux étudiants, « elle fait partie de notre identité et les hongkongais y sont particulièrement attachés », ajoute Hinson.

« Under the Lion Rock » : en passe de devenir l’hymne officiel ?

Le « Lion Rock’s spirit » est ainsi invoqué par les hongkongais chaque fois que la région traverse une période difficile.

En août 2014, les autorités de Chine continentale annoncent que les candidats au poste de chef du gouvernement hongkongais ne pourront se présenter que si Pékin valide leur candidature, une manière pour la Chine de resserrer son emprise sur Hong Kong.

Cette décision met en péril la fameuse règle « un pays, deux systèmes » en vigueur à Hong Kong et entraîne une vague de manifestations de la part de la population hongkongaise, notamment estudiantine – un mouvement qui prend rapidement le nom de Révolution des parapluies.

Depuis, les partisans d’une démocratie libérée de tout contrôle chinois entendent incarner ce symbole culturel. Le 23 Octobre 2014, un groupe d’étudiants réalise l’exploit de suspendre au sommet du Lion Rock une bannière longue de plusieurs mètres sur laquelle est inscrit ce slogan :

« Je veux un vrai suffrage universel ».

Un fossé générationnel s’est créé entre la génération des années 1980 pour qui le « Lion Rock’s spirit » renvoie avant tout à la réussite socio-économique, alors qu’une partie de la nouvelle génération lui donne désormais un sens beaucoup plus politique.

Les jeunes activistes de la révolution des parapluies tentent ainsi de redéfinir le Lion Rock’s Spirit, estimant qu’il n’y a plus lieu de s’inquiéter de la survie au jour le jour grâce à un dur labeur des hongkongais, mais que les règles du vivre ensemble (et par là même le système politique) à Hong Kong doivent évoluer. Certains associent alors cette revendication en faveur du suffrage universel à la chanson « Under the Lion Rock », à l’image d’Hinson, qui par exemple la chante lors de la commémoration annuelle du massacre de la place Tiananmen.

Mais beaucoup préfèrent mettre en avant le caractère fédérateur de la chanson. Elle « cherche avant tout à rassembler tous les hongkongais, quelles que soient leurs opinions politiques. Même les adversaires d’une démocratie autonome à Hong Kong se trouvent sous le Lion Rock », affirme Matthew.

Quant à la question de savoir si « Under the Lion Rock » devrait devenir l’hymne officiel de Hong Kong, à la place de celui de la République Populaire de Chine dont beaucoup de hongkongais ne connaissent même pas les paroles puisqu’ils ne parlent pas mandarin, les deux étudiants optent pour la négative. « Hong Kong fait partie de la Chine », maintient Hinson, « même si j’aime beaucoup cette chanson, nous devons garder l’hymne officiel chinois ». « Under the Lion Rock » apparaît donc être avant tout un symbole de l’identité culturelle hongkongaise.

Colin Moriniaux

 

Playlist : de l’Inde au Panama, un son par jour jusqu’en 2018 !

2018 approche à grands pas, et en prévision de la soirée du Nouvel An, l’équipe de CrossWorlds se mobilise pour vous offrir chaque jour un nouveau morceau international à ajouter à votre playlist !

Patea Māori Club – Poi E : JOUR J en Nouvelle Zélande !

Pour fêter le passage à la nouvelle année, nous clôturons cette playlist avec la contribution de Tom Février, correspondant en Nouvelle Zélande !

Poi E est la première (et seule) chanson māorie à être parvenue en tête des charts, et ce pendant tout le mois de mars 1984. Pourtant cela était loin d’être gagné, car aucune maison de disque n’avait voulu produire la chanson, et une fois cette dernière enregistrée avec les moyens du bord, aucune radio ou presque n’avait accepté de la diffuser.

Les paroles — en te reo, la langue māorie — ont été écrites par la linguiste Ngoi Pēwhairangi, et la musique a été composée par Dalvanius Prime.

La chanson et son clip sont un savant mélange de danses et chants traditionnels māoris (kapa haka), et de la culture hip-hop et breakdance très populaire au sein de la jeunesse des années 1980.

Un film documentaire sur la genèse du phénomène Poi E est même sorti au cinéma en 2016.

SANTA FERIA – Haciendo Nada : J-1 au Chili

Quentin Derobertmasure, correspondant à Valparaiso, fait découvrir un groupe de cumbia chilien !

Le groupe Santa Feria est très populaire ici. Leur musique représente bien l’ambiance de Noël à Valparaiso, sous le soleil et pendant les vacances d’été.

Le clip d’Haciendo Nada a été réalisé avec de nombreuses contributions personnelles, il illustre bien ce à quoi ressemble l’ambiance des fêtes de fin d’année au Chili !

CHILDISH GAMBINO – Me and your Mama : J-2 aux États-Unis

Raphaëlle Aubert, basée à Chapel Hill en Caroline du Nord, ambiance votre playlist avec un morceau à la frontière des genres.

Childish Gambino, de son vrai nom Donald Glover, est un acteur, réalisateur et musicien Américain. Il a été élevé dans la banlieue d’Atlanta (Géorgie, USA), berceau des musiques trap et rap américaines.

Donald Glover est d’ailleurs le créateur de la série Atlanta, qui met en lumière la scène musicale de cette mégalopole.

Awaken, My Love!, son dernier album en date de 2016, mêle rap, blues et gospel, et rappelle l’héritage musical Afro-Américain. La chanson Me and Your Mamma en est particulièrement représentative, et a connu un grand succès, notamment chez la jeunesse d’Atlanta.

ROMAN TAM – Lazerlights : J-3 à Hong Kong

Notre correspondant basé à Hong-Kong vous emmène faire un tour dans les années 80 !

À Hong Kong, le genre musical de référence est sans conteste la pop cantonaise, ou cantopop, ou même HK-pop.

Son plus célèbre interprète, le chanteur hongkongais Roman Tam, est devenu une véritable icône culturelle à Hong Kong. Pendant l’âge d’or de la cantopop, les années 1980, ses singles inondent les soirées festives hongkongaises, à l’image de Lazerlights (1983), curieux mélange de musique disco et chinoise.

EDUARDO PERALTA – El pornografo : J-4 au Chili

Adrien Urbin, l’un de nos correspondants au Chili fait un clin d’œil à la France en vous faisant découvrir un artiste de Santiago, passionné par un certain Georges…

Eduardo Peralta est un auteur-compositeur-interprète chilien qui se proclame « troubadour » dans un Français impeccable. Il découvre la langue de Molière lors de ses études au collège Notre-Dame de Santiago.

C’est avec le recteur de l’établissement qu’il prend plaisir à réciter, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, etc. Lors de son premier voyage en France en 1980, il tombe amoureux de la poésie, de l’humour et des mélodies de Georges Brassens.

Il se met d’ailleurs très tôt à traduire et adapter ses chansons en espagnol pour transmettre cette culture à ses compatriotes chiliens. Ce travail ne fut pas une mince affaire, car ces derniers n’étaient pas friands de la virulence envers le pouvoir politique et religieux chère à George Brassens.

Petit à petit Eduardo réussit son pari et se constitue un public. Il est très heureux de ses « étonnants lundis brasséniens », qu’il organise depuis 1999 au Meson Nerudiano, un Café-Concert style Rive Gauche des années 50. Il a fait participer plus de 180 artistes invités pour rendre hommage aux auteurs de la chanson poétique chilienne et ibéro-americaine, et aussi aux grands auteurs de la chanson francophone : Brassens, Brel, Ferré, Moustaki, Leclerc, Lapointe, et bien d’autres.

C’est un véritable bonheur de découvrir ses traductions et sa joie de chanter mais surtout de parfaire son Espagnol avec les airs de notre enfance. Et si au hasard d’une promenade dominicale à Santiago vous passez le long de Americo Vespucio, vous croiserez certainement Eduardo entrain de s’adonner à sa passion pour la pétanque avec ses amis !

IU – Palette : J-5 en Corée du Sud

Cyprien Miléa qui séjourne actuellement en Corée du Sud fait aujourd’hui honneur à la K-Pop !

Palette marque un puissant retour de IU, jeune chanteuse de K-pop, malgré un rythme relativement lent, grâce à son timbre profond et ses paroles matures.

IU nous invite à découvrir ses questionnements intimes, phénomène nouveau dans la K-Pop, tout en accueillant G-Dragon, figure à portée internationale.

Cette chanson a convaincu les jeunes Coréens, qui récitent religieusement ce léger « I’m fine, I’m twenty five ». IU est très acclamée en Corée, mais tout semble indiquer qu’elle le sera bientôt à l’étranger.

KANDIA KORA – Confirmer : J-6 en Guinée Conakry

Camille Russo, notre correspondante en Guinée Conakry, vous fait découvrir ou redécouvrir un artiste guinéen qui tourne déjà dans le monde entier à travers l’un des titres qui font danser ses compatriotes !

Kandia Kora, de son vrai nom Kandia Kouyaté, est issu de l’une des plus grandes familles de musiciens du pays : son père Mbady Kouyaté, lui-même descendant d’une longue lignée de griots, fut le directeur artistique du prestigieux Ensemble Symphonique Traditionnel National de Guinée dont la réputation s’est établie au-delà des frontières de la sous-région.

La musique de Kandia Kora puise ses racines dans la grande culture artistique madingue qui se transmet depuis le XIIIème siècle de génération en génération par les griots ou djélis. Ces derniers sont les « détenteurs et les conservateurs » de la tradition orale, les maîtres de la parole, souvent accompagnée de musique. En témoigne l’usage de la kora par le jeune artiste, instrument à corde harpe-luth au doux son caractéristique.

Kandia Kora connait aujourd’hui une carrière internationale : il accompagne en tournée le chanteur ivorien Tikken Jah Foly ou le groupe C2C, signe de nombreux duos avec le malien Sidiki Diabaté, et enregistre un morceau pour la BO du film Kirikou et les bêtes sauvages. Il n’en conserve pas moins un fort attachement pour sa terre natale, comme en témoigne ce hits des dancefloors guinéens : 224 est ma fierté !.

Vive le vent – Version chinoise: J-9 en Chine

A l’avant-veille de Noël, Laure Gutteriez, correspondante en Chine, vous propose la version chinoise de notre très célèbre Vive le vent : ou quand les mélodies qui ont bercé votre enfance passent le processus de mondialisation.

 

La majorité des Chinois pratiquant les religions traditionnelles du pays, Noël n’a jamais été une fête chinoise. Mais les enseignes ont compris que c’est une occasion qui fait vendre. Pour ce faire, malgré le très faible pourcentage de catholiques, les codes occidentaux sont repris dans le but de pousser à la consommation.

L’action, à l’origine commerciale, semble marcher. Aujourd’hui l’air de Vive le vent est très connu en Chine et a même sa propre traduction.

El tambor de la alegria – Musique traditionnelle : J-10 au Panama

Notre correspondante Judith nous embarque sur la piste de danse panaméenne !

El Tambor de la Alegria est l’illustration parfaite de la société traditionnelle panaméenne. On y trouve les rythmiques de percussions venues avec les esclaves africains ainsi que des chants criés et soudains qui illustrent la particularité de la chanson panaméenne.

El Tambor de la Alegria est une chanson connue par tous et entonnée par tous dès que l’occasion se présente. Bien que ses paroles soient simples et répétitives, elles sont là une retranscription de la société panaméenne de « l’Interior », le pays sans considérer sa capitale, vu par beaucoup comme le « vrai Panamá ».

Entre joie, pollera – l’habit traditionnelle des femmes panaméennes, et appel à la réunion entre Panaméens et Panaméennes autour d’une danse à la hanche cadencée, cet air est une légèreté entraînante et il est à découvrir ici !

ANDREAS BOURANI – Auf uns : J-11 en Allemagne

« Auf uns », littéralement « à nous ». Pour finir 2017 en beauté, Pauline Dumortier, nous présente le titre incontournable des soirées du Nouvel An en Outre-Rhin.

En avril 2014, l’artiste allemand Andreas Bourani sort son album pop Hey. Au mois de juillet, l’un de ses titres, « Auf uns », devient no 1 des ventes de singles en Allemagne et en Autriche et est nominé pour le prix de la meilleure chanson internationale.

Le tube est rendu célèbre dans toute l’Allemagne grâce à son utilisation comme générique pour la Coupe du monde de football au Brésil par la chaîne de télévision ARD. Après la victoire de l’Allemagne en finale contre l’Argentine , Andreas Bourani joue « Auf uns » en live au stade Maracana à Rio de Janeiro. Au retour de l’équipe à Berlin, il l’interprète cette fois devant la porte de Brandebourg. Le tube devient alors un hymne à la victoire et à la vie et le symbole de l’unité allemande;  le « I will survive » français de l’été 98.

Connu de tous les allemands, « Auf uns » est la chanson incontournable de toutes les fêtes.

MASHROU’ LEILA – Roman : J-12 au Liban

Pour commencer 2018, Wendy Trogneux, notre correspondante au Liban, nous propose d’allier tonalités envoutantes et paroles fortes.

Mashrou’ Leila, groupe de rock indie Libanais, sort l’été dernier une vidéo accompagnant une de leurs dernières chansons.

Roman, en Arabe, renvoie aux Romains, donc non-musulmans, et plus tard deviendra un mot désignant les Européens et l’Ouest. Cette chanson et vidéo remettent en cause les stéréotypes souvent créés par rapport aux femmes Arabes : voilées, opprimées par leur culture et religion. Ainsi, sur la vidéo, des femmes voilées et non voilées dansent, courent, mettent en valeur un féminisme qui se veut intersectionnel, en opposition au « white feminism » qui souvent remet les femmes Arabes au statut de victimes.

Le groupe de musique, entièrement masculin, chante en cœur « À l’attaque » au refrain : c’est, l’appellent-ils, un « cri de réalisation de soi-même », en traitant « l’oppression non pas comme une source de victimisation mais comme un terrain fertile duquel la résistance peut pousser ».

5K HD – What if I : J-13 en Autriche

Lorraine Vaney nous présente « une énigme sonore » autrichienne, pour teinter de jazz la soirée du 31 !

Quand il ne s’agit pas d’opéra, la scène musicale autrichienne se distingue par son atmosphère planante et mélancolique, influencée par le trip-hop, le jazz et post-rock.

En tête, le nouveau quintet 5K HD qui a sorti son premier album And to in A en Septembre dernier sous les applaudissements des viennois, conquis.

Fruit de l’alliance entre la vocaliste Mira Lu Kovacs et des jazzmen de Kompost 3, 5K HD se décrit comme un groupe de jazz avant-garde ; un genre suffisamment large pour leur permettre d’explorer de nouveau ensembles, puissants et fragiles à la fois.

LA SARITA – Identidad : J-14 au Pérou

Notre correspondante au Pérou, Lola Moinard, nous invite à commencer l’année sur du rock péruvien !

Chanson du groupe de Rock fusion La Sarita, Identidad, est issu du quatrième album du même nom édité en 2012.

Une chanson aux influences diverses, choisie parmi la richesse qu’offre le rock péruvien !

NUCLEYA – DHOOP feat. Vibha Saraf : J-15 en Inde

On démarre en beauté avec la contribution de Cécile, en Inde.

Dhoop (hindi pour soleil) est le dernier titre en date de l’artiste Nucleya. Celui-ci est devenu très populaire auprès de la jeunesse indienne après son premier album en 2015.

Son style unique est appelé « desi bass », mélange de bass et de sons et textes traditionnels et populaires indiens. Il est un des rares artistes du sous-continent à s’exporter tout en s’imposant face à l’industrie musicale de Bollywood qui bénéficie d’une quasi-hégémonie dans le pays.

Entre l’Inde et le Pakistan, la frontière transformée en piste de danse

PLAYLIST — Kirghizistan, Angleterre, Liban… Commencez 2017 en musique !

Le réveillon du 31 approche. Ne dansez plus sur les mêmes sons attendus. Pour vous, nos correspondants ont choisi une chanson populaire dans leur pays. Debout lecteurs : ça va bouger !

Argentine

Dans le flot de reggaeton qui inonde les ondes de radios argentines, les soirées, les boites, et à peu près tous les endroits où on entend de la musique, Atrás hay truenos se démarque, et ça fait du bien! Ce rock poétique et onirique donne envie de voyager et de s’évader. A écouter quand on a envie de se plonger dans un univers psychédélique et hors du temps.

Agathe Hervey, à Buenos Aires

Liban

On peut dire que cette chanson a fait le tour du Maghreb et du Moyen Orient, puisqu’elle a fait le buzz dès sa sortie en 2015 en atteignant 201 millions de vues sur YouTube en moins de six mois. Son titre لمعلم (lma3llem) signifie « le maître » « celui qui sait ». Le chanteur, Saad Lamjarred, est marocain. Il s’est fait connaître en 2007 lorsqu’il a atteint la finale de l’émission de compétition musicale libanaise « Superstar ». Depuis, ses chansons sont plébiscités dans toute la région. Néanmoins Saad Lamjarred a eu des démêlés avec la justice américaine de 2010 à 2016 car il était accusé de viol. L’affaire est classée en 2016, mais s’ensuit dans la foulée une accusation similaire, cette fois-ci en France. L’enquête est toujours en cours.

Camille Gerber, à Beyrouth

Irlande

La chanson que les Irlandais ont plébiscitée pour Noël cette année n’est pas une véritable chanson de Noël dans le sens où on ne parle pas de Santa, de neige et compagnie. Il s’agit d’un vieux morceau, remis au goût du jour grâce à la pub édition spéciale de Noël d’un opérateur télécoms  irlandais. Le choix d’une chanson irlandaise traditionnelle par les publicitaires et sa réception par le public rentre bien dans la politique linguistique de l’Irlande, dont le gaélique est la deuxième langue officielle. Le pays a dépensé plusieurs millions d’euros ces dernières années pour la promotion de cette langue traditionnelle.

Olga Lévesque, à Dublin 

États-Unis

Hello Luna c’est un groupe tout neuf de Columbus qui a à peine un an. Ils ont sorti deux chansons qui leur ont apporté immédiatement une petite réputation dans le milieu alternatif de Columbus. La chanteuse vient du folk et le bassiste du métal. Le tout est une power pop ciselée et couillu. Si je devais désigner un groupe émergent de Columbus à écouter ce serait celui-ci.

Adrien Lac, à Columbus

 

Angleterre

Heroes est une chanson de David Bowie, sortie en 1977. Fruit de la période où Bowie vivait à Berlin Ouest, cette chanson ne connait pas un grand succès à l’époque. Aujourd’hui, elle est devenue l’un des titres les plus connus de l’artiste au Royaume Uni et dans le monde. Cette année a été marquée par la disparition de cet artiste majeur de la scène glam rock qui naît dans les années 1970. Comme bien souvent avec les légendes, la disparition de Bowie en janvier dernier a valu à sa discographie un regain de popularité et a dressé l’artiste au rang d’icône du mouvement LGBT et de la pop culture en général.

Clara Hernanz, à Londres

 

Kirghizistan 

Cette chanson n’est pas kirghize mais elle enflamme la capitale du Kirghizistan. Elle nous vient d’Azis, la star de la pop bulgare. Cette chanson est adorée par la jeunesse kirghize qui peut danser dessus de jour comme de nuit. Malgré ce succès, Azis, qui est homosexuel et d’origine rom, n’est pas toujours accepté. Lors d’un cours à l’université américaine de Bishkek, un professeur nous montre le clip du morceau. Les élèves kirghizes connaissaient évidemment la chanson, mais ont affirmé n’avoir jamais vu la vidéo. Les étudiants se sont alors cachés les yeux, refusant d’en voir plus.

Clara Merienne, à Bishkek

Espagne

Ce titre nous vient directement du chanteur colombien José Álvaro Osorio Balvin alias J Balvin. En Espagne, ce titre occupe depuis plusieurs semaines la tête des classements selon l’organisation espagnole Promusicae. La chanson a été vendue plus de 40 000 fois, faisant décrocher à son chanteur un disque d’or et son vidéoclip visionné plus de 250 millions de fois sur Youtube. Néanmoins, pas besoin d’aller voir les classements pour savoir que ce titre bat son plein. Si vous sortez en boite en Espagne ou avec des Espagnols vous n’échapperez pas à son rythme entraînant. C’est certain.

Hortense Bertand, à Grenade

 

Afrique du Sud

Babes Wodumo a battu un record sud-africain avec cette vidéo qui a atteint, lors de sa première publication sur Youtube, plus de 2 millions de vues en seulement trois mois. A Johannesburg cette chanson est partout, tout le temps, un tube qui dure : dans les boîtes, dans les restaurants, dans les garages, dans les bars ou par les fenêtres ouvertes des voitures qui circulent !

Coline Pélissier, à Johannesburg

CHILI – Frontera Festival 2014 : quand l’Amérique du Sud se fait Une en musique

Samedi 15 novembre 2014, Santiago du Chili. L’événement est de taille : l’idée latente d’une Union Latino Américaine se concrétise enfin, donnant tort à mon professeur d’université chilien :

« En Europe, ils ont réussi à construire l’Union Européenne à 27 et à se doter d’une monnaie commune alors que nous ne sommes même pas capable de profiter de nos atouts : une langue et une culture que nous partageons. »

Certes, ce ne sera que pour une journée. Et l’on parle de musique, pas de politique. Mais qu’importe : l’édition 2014 du Festival Frontera fut un moyen de rassembler des groupes d’horizons, de style et d’accents différents mais avec un dénominateur commun : l’espagnol. Retour sur cet événement.

Entrée du festival Frontera 2014, à Santiago, Chili, le 15 novembre 2014. Crédit photo : CrossWorlds/Camille Russo

Entrée du festival Frontera 2014, à Santiago, Chili, le 15 novembre 2014. Crédit photo : CrossWorlds/Camille Russo

 

Frontera Festival n’en est encore qu’à ses débuts, mais son succès ne s’est pas démenti, avec ses 35 000 spectateurs venus applaudir plus de quinze formations chiliennes, argentines, colombiennes ou encore portoricaines. Et fini les clichés du gringo quant à la musique sud américaine : point de reaggeaton ou de salsa, et lorsqu’on écoute de la cumbia, elle est ici électronique.

 18h00 : de la folk chilienne au rock punk argentin
Les scènes principales du festival Frontera 2014, avec une ambiance encore calme, à Santiago, Chili, 15/11/2014. Crédit photo : CrossWorlds/Zeïneb Boughzou

Les scènes principales du festival Frontera 2014, avec une ambiance encore calme, à Santiago, Chili, 15/11/2014. Crédit photo : CrossWorlds/Zeïneb Boughzou

Arrivée sur les lieux. La première tête d’affiche qui m’est donnée de voir est Manuel Garcia, le chanteur de folk le plus populaire au Chili. Il mêle l’héritage de la Nueva Cancion Chilena, dont la plupart des membres durent s’exiler après le coup d’Etat, et des influences plus pop. Les fans sont au rendez-vous en fin d’après-midi pour profiter des ballades de l’artiste comme Tu Ventana, El Viejo Comunista ou Carcelero, tous des succès ici.

Mais le changement de style est radical avec Attaque 77, groupe de punk rock argentin adulé sur tout le continent. La foule reprend ses refrains en choeur. Fondé en 1987 à Buenos Aires et influencé par les Ramones et les Sex Pistols, ils connurent véritablement le succès à partir de 92 avec leur troisième album, pour s’ouvrir ensuite à d’autres styles tel que le rock alternatif. Le groupe continue à se produire et prépare actuellement un nouvel album. Et parmi les morceaux les plus populaires on peut citer Hacelo por mi (ci-dessous), Donde las aguilas se atreven ou Arrancacorazones.

20h00: l’heure du raggae jazzy argentin

La nuit tombe sur les Andes et le Club Hipico se remplit doucement. L’air se rafraichit à mesure que l’énergie monte.
Encore un changement de style avec une très belle découverte : le raggae jazzy de Dread Mar-I, chanteur argentin à la popularité croissante en Amérique Latine  réunit la foule sur la première scène, accompagné de son groupe de musiciens, les Guerreros del Rey.
Une performance musicale qui fait voyager vers d’autres horizons, une voix douce qui électrise le public : le tout accompagnant le spectacle du coucher du soleil, sous un ciel aux mille nuances rosées… Quelques extraits pour donner un aperçu de l’atmosphère en ce moment magique : Tu sin mi (Version live / Version studio), Mas alla de tus ojos (Version live / Version studio).

 21h00: l’électro colombienne

Direction la plus petite scène où se produisent en continu des formations émergentes. Les prochains à arriver sont les colombiens de Bomba Estereo.

Si le nom est à priori inconnu du grand public, les amateurs de FIFA reconnaitront leur titre phare Fuego qui a servi de bande son au jeu en 2010. Ce groupe bogotanais vaut le détour pour son mélange unique de cumbia et d’électro à écouter notamment avec le morceau Pajaros. Venus à Frontera interpréter les titres de leur dernier album, ils révèlent véritablement tout leur talent en live grâce à des morceaux rallongés, des arrangements inédits et une chanteuse à l’énergie contaminatrice – ici sur El alma y el cuerpo. Une performance impressionnante donc, dont la fin fut malheureusement quelque peu éclipsée à cause de la bonne demi-heure de retard prise au démarrage du set, et qui coïncidait du coup avec l’ultime performance.

22h00: la star ce soir, Calle 13

L’heure est arrivée. L’heure de celui pour qui la foule s’est déplacée en masse, la tête d’affiche principale du festival qui a – il faut bien l’avouer –fait un peu d’ombre au reste : Calle 13.

Si cette formation est encore méconnue en Europe, il s’agit d’un véritable phénomène ici. Groupe composé de trois membres d’une même fratrie, au style inclassable (entre rap-rock, fusion ou encore merengue et world music), il se revendique d’influences multiples et se veut reflet de la diversité musicale sud-américaine. Il est aussi connu pour ses paroles critiques face à la situation politico-sociale du continent ainsi que pour le profond engagement du chanteur, El Residente, farouche défenseur de l’identité latino-américaine.

La rumeur courait que leurs concerts étaient exceptionnels. Et, tel Saint Thomas, je le confirme l’ayant vu de mes yeux. Le groupe a livré une performance live en communion avec son public. 35 000 personnes vibrant ensemble. Surtout lors des chansons aux messages les plus forts, devenant des véritables manifestes : El Aguante, sorte d’inventaire non exhaustif de tout ce que les êtres humains de cette planèete –aguantar signifiant endurer (Version live / Version studio) ou Latinoamerica, déclaration vibrante à ce bout de terre vu sans ses frontières (Version live / Version studio), le tout entrecoupé de discours notamment rendant hommage aux 43 étudiants assassinés au Mexique.

Mais des moments de douceur aussi avec les ballades La Vuelta al Mundo ou Ojos color sol, chantée en duo avec Manuel Garcia pour le plus grand plaisir du public chilien comme en témoignaient les cris de joie et les exclamations de surprise lors de la venue du chanteur sur scène. Et nuage de poussière pour le rappel quand le public se met à sauter d’un seul mouvement sur Vamo’ a portarnos mal sur l’invitation du chanteur.

Abrazo entre le chanteur de Calle 13, El Residente et Manuel Garcia après leur duo. Photo publiée sur la page Facebook officielle du festival Frontera 2014.

Abrazo entre le chanteur de Calle 13, El Residente et Manuel Garcia après leur duo. Photo publiée sur la page Facebook officielle du festival Frontera 2014.

 

00h30. Santiago retrouve son calme. Frontera, c’est terminé. Mais à travers ces nombreuses découvertes musicales, toutes plus riches les unes que les autres, on en retiendra une idée. L’idée que malgré les différences, ce continent partage bel et bien quelque chose de commun, qui transcende les frontières. Aujourd’hui, c’était la musique. Demain, la monnaie ?

Camille R.