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VIDEO — Retour sur notre événement : « La cuisine : ingrédient d’intégration ? »

Vendredi 24 mars, vous êtes nombreux à avoir répondu présents à notre invitation à débattre de la cuisine comme vecteur d’intégration autour d’un dîner afghan : merci ! Du contenu de l’échange à celui de l’assiette, tout était à la hauteur de nos attentes. Nous avons pensé à ceux qui n’ont pas pu se joindre à nous : nous voudrions que les absents puissent aussi découvrir les porteurs de projet invités à discuter.

Intervenants :

Le Baba — Projet lancé en septembre dernier, Le Baba sera bientôt un marché-cantine citoyen réunissant des chefs réfugiés et immigrés souhaitant partager avec les parisiens les petits plats de leurs pays. Mais ce sera aussi un lieu de vie, où nous pourrons tous venir rencontrer les personnes qui font la diversité de notre pays, et découvrir des activités toujours étonnantes.

Chef Massoud — Né dans la province de Baghlan, au nord de l’Afghanistan, Massoud fuit son pays en 2010 sous la pression du gouvernement et des talibans qui le menacent. Après deux mois et demi de route qui le conduiront en Europe, il s’installe à Paris. Massoud se met à la cuisine pour ses frères et ses amis. D’un projet à l’autre, il finit par intégrer l’équipe du Baba.

Meet my Mama — Entreprise soutenue par Kiwanda, l’incubateur de l’association de soutien aux réfugiés Singa, Meet My Mama s’est donné une mission : vous faire découvrir des cuisines typiques du monde entier, préparées et racontées avec amour par celles qu’ils appellent les “mamas”, des mamans d’ici ou d’ailleurs, pleines de talents et de passion.

Eat & Meet — C’est l’histoire de quatre étudiants qui se sont rencontrés au Brésil et en sont revenus avec une conviction : accepter le repas d’un étranger est la première forme de confiance. En transformant des bus en cuisines mobiles, les fondateurs de Eat & Meet veulent promouvoir la culture des réfugiés à travers des événements culinaires.

Le Récho — Projet solidaire et itinérant mené par dix femmes, Le Récho se concrétise par un food truck qui fait le tour des camps de réfugiés d’Europe, pour y créer du lien à travers la cuisine. Elles viennent de s’arrêter à Grande-Synthe, et c’est un succès !

Damien Carême — Maire de Grande-Synthe, où vivent 1700 réfugiés dans le camp de Grande-Synthe. Il vient de publier un livre On ne peut rien contre la volonté d’un homme, écrit avec la journaliste du Monde, Maryline Baumard.

Chef Emad — Originaire de Damas, Chef Emad a appris le français derrière les fourneaux. Il a comme projet d’ouvrir un food truck de cuisine syrienne sur le canal Saint-Martin.

Discussion animée par Clara Wright, notre fondatrice et rédac chef et suivi du dîner aux saveurs afghanes cuisiné par Chef Massoud.

Merci au Petit Bain de nous avoir accueillis !

DÉBAT-DÎNER — Ferez-vous le « premier pas » ?

Vous aimez notre Regard Croisé sur la cuisine dans une quinzaine de pays ? Vous êtes sensible à la thématique de l’intégration ? Le Baba et notre équipe vous invitons à la table du chef afghan Massoud le vendredi 24 mars, au Petit Bain. Pour réserver votre place : http://bit.ly/2nlOqQR

Né dans la province de Baghlan, au nord de l’Afghanistan, Massoud fuit son pays en 2010. Il se sent menacé par le gouvernement et les talibans. Ses deux frères à ses côtés, il laisse derrière lui ses parents, ses amis et un pays blessé dans lequel il ne se reconnaît plus. S’ensuivent des semaines de route qui, de l’Iran à l’Italie, en passant par la Turquie, le mèneront jusqu’à Paris.

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Le chef Massoud, originaire d’Afghanistan, aimerait ouvrir son restaurant en France et a rejoint l’équipe du Baba cette année. © CrossWorlds / Théo Depoix-Tuikalepa

 

Avant son arrivée, la France se résumait pour lui à Napoléon, Victor Hugo… mais aussi l’islamophobie et le « cerveau colonial » à l’origine d’une politique étrangère qu’il condamne. Pourtant, il s’étonne d’aimer y vivre. « J’aime les Français et leur accueil. » Il apprend leur langue, découvre la gastronomie française en même temps qu’il se met à cuisiner pour ses frères et ses amis. « La cuisine française est une grande cuisine », dit-il, mais elle n’a évidemment pas le goût de celle de son pays. Alors Massoud s’investit, redouble d’efforts derrière les fourneaux : nostalgique de sa terre autant que désireux d’en partager les saveurs.

D’un projet à l’autre, il intègre l’équipe du Baba. « En Afghanistan, on ne parle pas à table, par respect pour la nourriture. Mais les Français aiment discuter quand ils mangent. » Le chef y voit une aubaine : autour de ses plats, les Français peuvent échanger et lui poser des questions sur son pays natal.

Pour le dîner de vendredi soir, le chef Massoud a choisi de vous cuisiner ses plats préférés qu’il a — secrètement — appris par-dessus de l’épaule de sa mère restée au pays ; elle qui ignore encore aujourd’hui que son fils a enfilé le tablier. Ce repas est pour lui « un morceau d’Afghanistan », une invitation à découvrir ce pays qui a trop peu l’occasion de parler de lui-même. Ce repas est un « premier pas », libre à chacun de poursuivre la découverte.

Théo Depoix-Tuikalepa

Plus d’informations sur l’événement et sur les intervenants (Le Recho, Eat&Meet, Meet my Mama) en cliquant ici

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Merkel promue « personne de l’année » ? Pas en Allemagne !

Le 4 décembre dernier, le parlement allemand dominé par la grosse coalition CDU (centre droit) et SPD (centre gauche) a massivement approuvé la proposition du gouvernement de s’engager militairement en Syrie. Une semaine plus tard, Angela Merkel (CDU) a été distinguée par le Time du titre de « personne de l’année ». Mais la population allemande ne soutient pas son parti.

Merkel est nommée "Personne de l'Année" / Credits "Time Magazine".

Merkel est nommée « Personne de l’Année » / Credits « Time Magazine ».

« Parce qu’elle a demandé davantage à son pays que la plupart des politiciens auraient osé, parce qu’elle a tenu bon face à la tyrannie et à l’opportunisme et parce qu’elle a amené un leadership moral ferme dans un monde où il se fait rare, » lit-on dans le Time.

 

Si le Time la reconnait comme la « chancelière du monde libre », aucun journal n’en fait sa une en Allemagne. En effet, Angela Merkel semble en difficulté. Son parti reste encore dans une position délicate dans les sondages. Une moitié des Allemands juge sa politique à l’égard des migrants négative, quand l’autre la trouve plutôt positive.  Même résultat à l’égard de sa politique contre Daesh, et cela même si l’engagement sera limité : pour un an renouvelable, 1200 soldats seront mis à disposition pour, des missions de reconnaissance et de ravitaillement, ainsi que la protection du porte-avion Charles de Gaulle. Il n’y a pas outre-Rhin un effet « chef de guerre » rassembleur auprès des Allemands.

Au « Café rouge », Merkel est persona non grata

Pour mieux comprendre, allons au « Café rouge », repaire des étudiants de gauche de l’Université libre de Berlin, elle-même réputée pour son orientation très à gauche de l’échiquier politique. Des affiches et des graffitis recouvrent les murs, des gâteaux vegan sont vendus en libre service, des journaux anarchistes sont posés sur les chaises.

Quand je demande à Hannah, 19 ans, si elle se sent d’une manière ou d’une autre fière de la distinction de sa chancelière, elle éclate d’un rire franc :

« Mais comment ça ? Elle représente tout ce que je n’aime pas en Allemagne : l’ennui, le sérieux, le réalisme. »

Même rire d’incompréhension chez Iman, fille de réfugiés libanais chiites, même si elle reconnaît apprécier sa politique d’accueil de réfugiés. La gauche allemande ne lui pardonne pas sa politique d’austérité en Grèce : « Le Time dit qu’elle a demandé beaucoup a son pays, mais elle a demandé beaucoup aux Grecs, pas aux Allemands ! » s’exclame Pol.

Au Café Rouge / Credits photos : Crossworlds/Etienne

Au Café Rouge en Allemagne, repaire des étudiants de gauche à Berlin. Credits photos : CrossWorlds/Etienne Behar

Pourquoi cette réticence allemande au fait militaire ?

Mais cette indifférence allemande aux décisions militaires n’est pas seulement le fait du personnage d’Angela Merkel. Que ce soient les décideurs politiques, l’opinion publique ou les stratèges allemands, tous sont d’ordinaire extrêmement rétifs aux opérations extérieures, et pas seulement à cause du nazisme. En 70 ans, l’Allemagne est uniquement intervenue dans le cadre de l’OTAN, comme au Kosovo en 1999, ou en Afghanistan en 2001.

A chaque fois, l’effet “chef de guerre” semble absent par rapport à d’autres pays. La raison de cette réticence au militaire, au-delà du passé national-socialiste, peut s’expliquer par l’impossibilité pour l’armée allemande, la Bundeswehr, de performer des opérations extérieures pendant la Guerre froide. Cette armée était uniquement et entièrement composée de citoyens en uniforme et dédiée à la défense de la partie Ouest du territoire, alors sous menace constante. Malgré des demandes répétées des gouvernements français successifs, l’Allemagne n’est intervenue qu’à la marge en Libye, au Mali ou en Centrafrique, et ce dans le cadre des forces très limitées de l’Union Européenne.

Critiquée à droite et à gauche au sein de son propre parti

A gauche,  Angela Merkel ne bénéfice que peu de capital sympathie du fait de sa politique d’accueil des réfugiés jugée hypocrite (« C’est purement tactique! » me dit Pol rencontré au Café rouge) et est violemment critiquée pour l’engagement en Syrie, qui ne sert « qu’à tuer des innocents et faire augmenter le nombre de partisans de Daesh », selon Iman, l’autre étudiante. A droite, elle essuie des critiques pour sa politique migratoire.

Pourtant, lors du Congrès de son parti, la CDU, le 14 décembre dernier, elle a réussi malgré les critiques à maintenir les voix dissidentes et à souder une fois de plus son parti… autour de sa personne.

Etienne Behar