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Au Panama, les femmes au devant des mouvements sociaux anti-impérialistes (3/4)

FEMMES DU CANAL (3/4). La manière dont on parle des femmes dans l’histoire influe sur la perception et les droits actuels de nos contemporaines. Notre correspondante au Panama vous propose un voyage dans le temps : quatre épisodes pour comprendre le rôle, la condition sociale et les combats des femmes lors de la construction du fameux canal de Panama.

Être femme avant tout, être panaméen.ne d’abord

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Quatre podcasts pour comprendre l’évolution de la place des femmes du canal de Panama lors de sa construction. © CrossWorlds / Judith Couvé

En Europe, la fin de la Première Guerre Mondiale fut un moment historique de mobilisations pour l’émancipation des femmes. L’Allemagne, l’Autriche, la Pologne et la Russie accordèrent en 1918 le droit de vote aux femmes en “remerciement” de leurs services durant la guerre. L’achèvement de la construction du Canal de Panamá arriva en phase avec ce nouvel élan intellectuel, anarchiste et progressiste, favorisant les débats sur la situation de la femme.   

Le podcast, troisième épisode :

Ou préférez-vous lire ?

En 1920, les droits de femmes demeuraient tout de même limités au Panama. Un recensement montre que plus de 80% des femmes de l’époque étaient femmes au foyer et en 1923, l’Assemblée nationale du Panama vota une loi retirant aux femmes le droit d’être avocate.

Avocate pour le progrès

C’est justement une avocate tout juste diplômée, Clara Gónzalez, qui, indignée, créa “La société pour le progrès de la Femme panaméenne”.

Ces femmes s’inspirèrent du mouvement d’émancipation qui grandissait aux États-Unis et se rapprochèrent peu à peu des Américaines présentes dans la Zone du Canal. Rapprochement jugé antipatriotique par le dirigeant Arosemena, élu en 1936, mais qui n’empêcha pas le suffrage féminin d’être approuvé en 1938, et de devenir l’article 97 de la Constitution de 1946. La lutte pour l’émancipation des femmes passait donc avant tout intérêt territorial…. Mais pour un temps seulement.

Drapeau panaméen en l’air

De jeunes universitaires initièrent le mouvement de protestation contre la présence états-unienne dans la Zone du Canal : le 2 mai 1958, ils hissèrent, pour la première fois, le drapeau panaméen dans la Zone du Canal. Cet événement hautement symbolique est connu sous le nom d’Opération Souveraineté.

À partir de ce moment, la volonté de voir le drapeau panaméen flottant sur le territoire de la Zone devint un véritable symbole d’insurrection anti-impérialiste si bien qu’une deuxième opération fut lancée le 3 novembre 1959, mais très durement réprimée par balles et baïonnettes par la milice américaine.

Les « Zoneítas » 

En 1964, l’implantation du drapeau panaméen fut au cœur de vives tensions entre les Panaméens et, habitants la Zone du Canal, les Zoneítas. Le gouvernement panaméen avait en effet ordonné le lever de son drapeau dans 17 lieux publics de la Zone du Canal. Mais le 9 janvier 1964, les étudiants de la Zone du Canal, majoritairement américains, refusèrent que soit hissé le drapeau de Panamá dans leur Collège Supérieur Balboa.

Les étudiants panaméens de l’Institut National de Panamá se ruèrent sur place pour veiller à la bonne implémentation de la loi et au lever du drapeau. En peu de temps, une confrontation émergea, avant d’être dissoute par les gaz et armes d’assaut de la police de la Zone. Cet événement, photographié et partagé par la presse internationale, changera l’image de la relation américano-panaméenne aux yeux de la communauté internationale.

Nombreuses femmes prirent part à cette confrontation, dont Amalia Tapia, artiste peintre qui dédia sa vie artistique à la réalisation d’œuvres sur le Canal de Panamá. A découvrir dans notre quatrième épisode.

Judith Couvé

Panama : les Femmes du Canal, premier épisode

Au Panama, des Femmes du Canal « d’or » et « d’argent » (2/4)

 

Beyrouth : refuge pour la communauté LGBT du Moyen-Orient ?

En février dernier, un membre de la Sécurité d’Etat libanaise est arrêté. Son crime ? Être homosexuel. En 2017, le Liban accueille pourtant la première Gay Pride du monde arabe. Figures de proue d’un Liban tiraillé entre valeurs familiales et jeunes générations avides de changement, notre correspondante a rencontré ceux et celles qui luttent au quotidien pour affirmer leur identité.

Beyrouth, capitale du Liban, est perçue comme l'un des villes les plus accueillantes des pays arabes avoisinants pour les personnes gays malgré un cadre législatif flou. Cette photo est un montage de notre correspondante. © CrossWorlds / Anaïs Richard

Beyrouth, capitale du Liban, est perçue comme l’un des villes les plus accueillantes des pays arabes avoisinants pour les personnes gays malgré un cadre législatif flou. Cette photo est un montage de notre correspondante. © CrossWorlds / Anaïs Richard

 

« Tout acte sexuel contre-nature est illégal », dispose l’article 534 du Code pénal libanaisAucune mention à l’homosexualité n’est faite dans ce texte de loi, datant du mandat français (1920-1943). Il devient dès lors un outil manipulable à souhait.  

L’homosexualité est-elle « un acte sexuel contre-nature », impliquant donc une sanction pénale ? Sandra Melhem, manager d’Ego, club gay réputé de Beyrouth et militante LGBT+ (Lesbiennes, Gays, Bisexuel.le.s, trans) engagée dans « tout ce qui touche la communauté » explique que « cela dépend de l’interprétation que l’on fait de la loi, et donc des juges eux-mêmes ».

Bien que ces dernières années, certains juges ont considéré dans leurs jugements que l’homosexualité ne tombait pas dans le champ de l’article 534, la situation est à nuancer.

« La police utilise souvent d’autres charges pour l’arrestation des gays, la drogue ou la prostitution par exemple, puis y ajoute celle de l’homosexualité », explique Sandra.

Dans les secteurs militaires et dépendants du gouvernement, les arrestations sont en outre beaucoup plus arbitraires. « Tout y est plus flou, » d’après Kevork, 21 ans et assistant personnel de Sandra, lui aussi fortement impliqué dans la communauté. Des médias locaux ont ainsi récemment fait part de soupçons de campagne de recherche et dénonciation des gays dans les forces armées et d’intelligence du pays. Récemment, une source travaillant à la Sécurité d’Etat, interrogée par le Daily Star, n’hésitait pas à parler de l’homosexualité comme d’un « crime » ou d’une « maladie mentale » pour justifier ces arrestations.

« Coming out », valeurs familiales et ostracisation

La société libanaise se fonde sur les valeurs familiales et religieuses. « Nous ne sommes pas une société très individualiste », constate la jeune manager d’Ego, « les valeurs familiales sont au coeur de la vie en société. Que va-penser la famille… Que vont penser les voisins… »

Les questions sexuelles sont encore taboues, pour les couples hétérosexuels comme pour les couples de même sexe. Faire son coming-out devient dès lors une tâche ardue. Sandra a eu la chance d’avoir été « bien acceptée ». Pas son jeune assistant Kevork, Libano-arménien, « Quand tu as cette culture, cette identité arménienne, ton entourage est très dur sur ce sujet . Ils ont eu beaucoup de difficultés à m’accepter et à me ré-adresser la parole », confie-t-il. Selon lui, cela a contribué à forger son fort caractère,

« Au Liban, si tu n’imposes pas qui tu es, tu ne peux pas continuer ta vie. »

Mahmoud, étudiant en médecine de 19 ans, n’ose quant à lui pas le dire à sa famille. Quand on lui demande s’il souhaite le faire un jour, il réfléchit un instant. Quitter le pays lui semble la meilleure option. « Peut-être quand je m’installerai à l’étranger, en Europe ou en Amérique du Nord, où ma famille ne pourra pas me juger au quotidien. Mon père, musulman, est très religieux et réagira mal. » Selon lui, les gays chrétiens ont les mêmes peurs. La réaction face à la nouvelle dépendrait moins des différences religieuses que du fait même d’être religieux.

Beyrouth, moins religieuse que les plus petites villes composant la mosaïque libanaise, est plus tolérante que le reste du Liban. Les discriminations auxquelles doivent faire face les personnes LGBT+ y sont moins fortes que dans les zones plus rurales.

Discriminations au quotidien

Mahmoud, médecin en herbe, explique que « la violence est verbale plus que physique ». Une insulte, un regard haineux, cela ne va souvent pas plus loin. Du moins tant que l’on n’appartient pas à l’armée. Le jeune étudiant continue, hésitant, « Un de mes amis, gay lui aussi, était dans l’armée, ils ont commencé à le suspecter, ont trouvé Grindr (ndlr: application de rencontre entre hommes) dans son téléphone. Il a été tabassé et poursuivi en justice. Il s’en est sorti, mais est resté 6 mois en prison. »

Les discriminations sont également présentes lors d’une recherche d’emploi, en particulier pour les personnes trans*(transgenres et transexuels), comme l’explique Ameen Rhayem, de l’Arab Foundation For Freedoms and Equality. Le problème auquel les individus trans*  font face est que leur apparence physique ne correspond pas toujours au sexe inscrit sur leurs papiers d’identité. « Pour changer tes papiers, tu dois connaître les bonnes personnes… » ajoute énigmatiquement Sandra Melhem, faisant référence à la corruption, très répandue  au Liban.

Des initiatives ont été mises en place pour offrir aux personnes de la communauté LGBT+ des espaces sécurisants et de dialogue. Helem, association n’en ayant pas le statut légal, est pionnière en la matière.

Structures d’aide et activisme

Helem débute en 1998, en tant que mouvement LGBT+ clandestin en ligne. Les membres organisent peu à peu des rencontres physiques. En 2002, ils décident de s’atteler à l’activisme et de commencer à combattre pour leurs droits, luttant principalement pour l’abolition de l’article 534, m’explique Joseph Aoun, en charge du centre communautaire.

Non reconnus par le Ministère de l’intérieur malgré leurs demandes, mais pas non plus interdits, ils n’ont pas d’identité légale et donc pas de possibilité d’ouvrir un compte en banque ou d’obtenir des fonds dédiés, regrette Joseph. Ils peuvent néanmoins exercer leurs activités.

L’association a développé divers programmes, allant de la prévention sur le VIH à l’aide juridique, en passant par la formation professionnelle. Elle a également un important volet de promotion des droits LGBT+, « Je ne pense plus que ce soit un tabou aujourd’hui, nous avons réussi à attirer l’attention des médias », se félicite Joseph.

La tolérance grandissante de la société civile quant aux LGBT+ n’est néanmoins pas sans conséquences. « Au niveau de la police ou de l’armée, on note un retour de feu important dû aux figures religieuses, qui poussent pour une criminalisation accrue », affirme Joseph.

Pour continuer sur la bonne voie, il est indispensable selon lui de « sensibiliser le public, en ayant plus de personnes faisant leur coming-out et réclamant leurs droits par exemple », mais également d’user de lobbying intense auprès des pouvoirs publics.

Il souligne également la nécessité de créer des coalitions avec d’autres mouvements de défense des droits.

A l’occasion de la Journée internationale des droits de la femme, souhaitant apporter sa pierre à l’édifice de ce combat, Helem a créé son Women’s committee. Celui-ci vise à soutenir les femmes mais plus spécifiquement les femmes LBT (Lesbiennes, bisexuelles, trans), en créant plus d’espaces d’aide et discussion réservés aux femmes au sein du centre.

« Nous avons la conviction que les droits LGBT+ sont indissociables, tout d’abord des droits de l’Homme, mais surtout des droits des femmes. Nous croyons en l’intersectionnalité de ce combat, du fait que nous sommes, les LGBT et les femmes, les deux minorités principales victimes du patriarcat », explique Joseph.

L’activisme s’associe bien à la vie nocturne libanaise. Plusieurs bars et clubs gays ont ainsi fait surface au fil des années, même si les rencontres peuvent se faire “absolument partout” d’après Sandra. « Depuis quatre ou cinq ans, c’est beaucoup moins restreint ! » s’enthousiasme-t-elle.

S’aimer la nuit

Sandra a ainsi ouvert son propre Club, Ego, il y a deux ans. En jetant un oeil à la page Facebook du club, impossible cependant d’y trouver la mention “gay”. Sandra nous explique.

« On ne le promeut pas ouvertement comme un club gay, il y a toujours une notion d’illégalité vis-à-vis de l’homosexualité dans le pays. Mais le bouche à oreille le transforme indéniablement en un club gay. »

Ainsi, dans un souci de protection des clients, les photos et baisers sont interdits une fois la porte de l’ascenseur menant au club franchie. Les rapprochements physiques éventuels devront se faire dans le cadre privé. « Le meilleur aspect de ce club, c’est que les gens ne sont pas là seulement pour forniquer, ils sont là pour la musique avant tout ! » défend Sandra. Comme Joseph, manager du centre communautaire Helem, elle souhaite briser cette image du gay « débauché » parfois véhiculée par les médias.

Les rencontres peuvent également se faire au gré de conversations en ligne. Mahmoud, le jeune étudiant n’ayant toujours pas fait part à sa famille de son homosexualité, rencontre ses « dates » au travail, mais aussi beaucoup à travers les applications mobiles, telles que Grindr ou Tinder. Il passe ainsi des heures à glisser frénétiquement sur les profils des nombreux hommes inscrits sur l’application et vivant à Beyrouth.

Comme dans les clubs, la prudence est toujours de mise. Mahmoud ne montre jamais son visage sur ses photos de profil, privilégiant des photos prises de loin. « J’attends de parler pendant un certain temps avec un garçon avant de lui envoyer mon visage, par précaution », confie-t-il.

Un pays en avance sur le reste de la région

Beyrouth, malgré un cadre légal flou en la matière, laisse une place grandissante à l’expression de sa communauté LGBT+, devenant un véritable lieu de pèlerinage pour les communautés arabes alentour.

La ville attire en effet de nombreux étrangers LGBT+, venant profiter de la vie nocturne beyrouthine, mais fuyant parfois également les persécutions dans leur pays d’origine.  

Sandra Melhem affirme que de nombreux clients étrangers foulent le dancefloor de son club Ego. Joseph, manager du centre communautaire Helem ajoute, « de par la proximité du Liban avec des pays en guerre comme l’Irak ou la Syrie, notre association est également beaucoup amenée à travailler avec des réfugiés ».

D’après Sandra, Beyrouth est en effet la ville la plus ouverte d’esprit, à cet égard, au Moyen-Orient. « Avec le temps, Beyrouth pourrait se revendiquer comme une ville gay-friendly pour attirer des touristes. » Elle nuance, « Mais pas le Liban dans son ensemble. »

Elle demeure néanmoins optimiste en voyant se développer, jour après jour, une communauté de plus en plus visible. Sandra  faisait ainsi partie des organisatrices de la première Gay Pride du monde arabe, née à Beyrouth en juin 2017.

Kevork, s’émerveille encore, à posteriori, du symbole de l’événement : « Pendant une semaine, il y avait des drapeaux gays sur toutes les devantures des bars de Mar Mikhail ! » se rappelle-t-il. « Ce n’est pas la seule chose dont tu te souviens, j’espère », le remet gentiment en place Sandra, avant d’ajouter, « chaque jour, des activités étaient organisées, gratuites pour la plupart. A force d’acharnement, nous avons réussi à obtenir les autorisations nécessaires pour que cet événement se produise enfin. » Discussions, projections, performances, et ateliers divers prirent ainsi place dans la capitale. La militante souligne cependant une volonté de s’éloigner des gay prides existant dans certains pays.

« Notre but n’est pas d’avoir les parades que l’on peut voir au Brésil, où tout le monde est à moitié-nu et s’embrasse, » juge-t-elle bon de préciser. Pour Sandra, l’affection relève du privé, que l’on soit homosexuel ou hétérosexuel. L’exubérance de ces parades correspond selon la jeune femme à un besoin de vouloir surcompenser une différence.

« Je suis vraiment contre l’idée d’une minorité demandant la permission d’exister. A la seconde où tu sollicites la permission, cela signifie que tes détracteurs sont plus importants que toi. Il faut juste exister, qu’importe le reste. »

Et Kevork de conclure avec engouement, « Nous sommes là, nous serons toujours là, et nous devenons de plus en plus importants ! »

Anaïs Richard

 

Uruguay : un carnaval festif, responsable et critique

Notre correspondante au Panama a déménagé en Uruguay. Là, elle a découvert que le carnaval est un temps de fête, qui questionne les évolutions de la société.

Jamais les rues de Montevideo, la capitale d’Uruguay, n’ont-elles été aussi bondées et aussi dynamiques. Tous se trémoussent, se vêtissent de costumes et marquent de leurs hanches et de leurs pieds la cadence entraînante.

Le défilé de "las llamadas" a lieu tous les ans au mois de février à Montevideo en Uruguay. © Flickr/CC/Federico Racchi

Le défilé de « las llamadas » a lieu tous les ans au mois de février à Montevideo en Uruguay. © Flickr/CC/Federico Racchi

 

La danse carnavalesque prend totalement d’assaut le pays pendant près de 35 jours, aussi bien à Punta del Diablo, village de pêcheurs, que dans la capitale. Le Carnaval uruguayen, à défaut d’être aussi gros que celui du Brésil, est considéré comme étant le plus long du monde en durée. Et à juste titre !

Si les célébrations elles-mêmes s’étendent sur les mois de janvier et février, les répétitions, elles ont lieu toute l’année. Il n’est pas rare de croiser des murgas, groupes d’une quinzaine d’artistes aux costumes colorés, qui s’expriment en chœurs sur un sujet de société.

Dénoncer l’addiction au numérique

Un acteur, au devant de la scène, interprète les propos énoncés dans les chants et entre dans une danse endiablée au rythme des trois percussions présentes, le bombo, le redoblante et les platillos.

Le rôle de ces murgas est de dénoncer les travers de la société. Elles étaient d’ailleurs particulièrement connues pour leurs propos subversifs sous la dictature militaire (1973 – 1985).

Plus dans l’ère du temps, le groupe de murga “A la bartola (“Se lancer sans réfléchir”) qui s’est présenté à Montevideo, dénonce notre addiction aux jeux vidéos et nos attachements aux applications numériques. Un pacman, un tetris, une Blanche-Neige et un Mario, entre autres personnages présents, coordonnent leurs voix pour dénoncer l’attachement aux jeux numériques.

“A la Barlota”, un groupe de jeunes formant une murga, s’expriment sur les attachements aux jeux vidéos et aux applications numériques, vêtus comme des personnages de jeux. Février 2018. © CrossWorlds / Judith Couvé

“A la Barlota”, un groupe de jeunes formant une murga, s’expriment sur les attachements aux jeux vidéos et aux applications numériques, vêtus comme des personnages de jeux. Février 2018. © CrossWorlds / Judith Couvé

 

Protéger les plages et le Rio de la Plata

En plus du Carnaval, le mois de février accueille en son deuxième jour le festival Yemanja, honorant la déesse des eaux et de la mer. Le Parque Rodó, poumon vert surplombant la rambla de Montevideo, se transforme alors en un véritable marché de bleu et de blanc vêtu. Bougies, bateaux, poupées représentant la déesse de l’eau, entre autres objets kitchs, sont vendus par centaines.

Cette célébration s’inscrit dans la religion Umbanda, pratiquée au Brésil et en Uruguay, arrivée dans un syncrétisme de traditions africaines qu’emmenèrent avec eux les esclaves noirs dans les années 1800.

Lors de la célébration de Yemanja, la mairie et des associations rappelaient, en musique et avec bonne humeur, l’importance de protéger les plages et le Rio de la Plata.

Des vendeurs installent leurs stands de fortune sur les allées piétonnes du Parque Rodo pour vendre, à l’occasion du fesival Yemanja, des offrandes bleues et blanches. Février 2018. © CrossWorlds / Judith Couvé

Des vendeurs installent leurs stands de fortune sur les allées piétonnes du Parque Rodo pour vendre, à l’occasion du fesival Yemanja, des offrandes bleues et blanches. Février 2018. © CrossWorlds / Judith Couvé

 

Ils encouragent le festival et les offrandes faites à la mer ou à la rivière par les pêcheurs, tout en militant pour des offrandes plus saines, biodégradables – ce qui explique le nombre grandissant de pastèques offertes aux eaux.

Les célébrations et les jeux en commun ne doivent en rien empiéter sur le bien des autres.

Dès le début de mois, des équipes de volontaires se déployaient tôt le matin sur la plage Rámirez pour récupérer autant que possible les offrandes polluantes et les déchets laissés par les fêtards. En Uruguay donc, les jeux et les célébrations sont un moment de partage et de grande festivité, mais où l’engagement social reste fort, tourné vers l’avenir.

Judith Couvé