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Sous les paillettes, la lutte pour l’avancée des droits des homosexuels à Sydney continue

« It’s crazy ! » me lance d’un air ébahi la personne à ma droite, agglutinée dans la foule. C’est entre deux rues, Oxford et Flinder, en plein cœur du « quartier homo » de Sydney, que l’on s’est retrouvé serrés aux côtés de plus de 500 000 spectateurs. Les plus malins sont montés sur des cageots, des poubelles ou même des boîtes aux lettres. À l’occasion de la 38ème parade annuelle « Sydney Gay and Lesbian Mardi Gras », l’attention se porte sur les quelques 175 chars et 12 500 personnes qui défilent aux couleurs du mouvement LGBTQ.

Oxford Street, Sydney Mardi Gras - Les plus malins sont montés sur des cageots, des poubelles ou même des boîtes aux lettres. Mars 2016 - Crédits Photos : CrossWorlds/Loïc Renaudier

Oxford Street, Sydney Mardi Gras – Les plus malins sont montés sur des cageots, des poubelles ou même des boîtes aux lettres. Mars 2016 – Crédits Photo : CrossWorlds/Loïc Renaudier

 

Que ce soient les policiers, les ONG, Facebook ou même les partis politiques, tous participent à cette immense fête, qui attire chaque année de plus en plus de touristes – australiens ou non. Dans un interview donné à la télévision locale ABC, le directeur exécutif de l’événement, Michael Rolik, affirme même que ce Mardi Gras est le deuxième plus gros événement de New South Wales en terme d’impact économique.

Oxford Street, Sydney Mardi Gras - "Cum Safely !". Mars 2016 - Crédits Photo : CrossWorlds/Loïc Renaudier

Oxford Street, Sydney Mardi Gras – « Cum Safely ! ». Mars 2016 – Crédits Photo : CrossWorlds/Loïc Renaudier

Oxford Street, Sydney Mardi Gras - le char Facebook aux couleurs LGBT. Mars 2016 - Crédits Photo : CrossWorlds/Loïc Renaudier

Oxford Street, Sydney Mardi Gras – le char Facebook aux couleurs LGBT. Mars 2016 – Crédits Photo : CrossWorlds/Loïc Renaudier

 

On y voit des chars en forme de préservatifs qui crachent des paillettes ; on admire les costumes flamboyants des danseurs ; ça chante, ça danse, ça rigole ; on discerne quelques fessiers bien assumés ; on applaudit les slogans chocs (« CUM SAFE »). L’ambiance est à la joie et à la tolérance. Une fois encore, il est difficile de s’imaginer ce par quoi les gays, lesbiennes, et trans ont dû passer pour être enfin acceptés au sein de la société.

Un crime jusqu’en 1984

Car en New South Wales, l’homosexualité était un crime jusqu’en 1984. Un crime passible de peine de mort au 18ème siècle, puis passible d’emprisonnement à vie à partir de 1899. Si les dates diffèrent entre les États, on peut noter une similitude : c’est tard.

Oxford Street, Sydney Mardi Gras - le char préservatif cracheur de paillettes: prévenir contre les MST. Mars 2016 - Crédits Photo : CrossWorlds/Loïc Renaudier

Oxford Street, Sydney Mardi Gras – le char préservatif cracheur de paillettes: prévenir contre les MST. Mars 2016 – Crédits Photo : CrossWorlds/Loïc Renaudier

 

La première édition de cette parade en faveur des droits LGBT date de 1978. Le rassemblement, qui dénonçait harcèlement policier et discrimination anti-gays, s’était alors ironiquement soldé par l’arrestation de 50 personnes. Petit à petit, des droits LGBT ont été acquis au cours d’une longue bataille, dont le Mardi Gras reste le symbole fédérateur. Un spectateur se souvient encore de sa première parade en 1990, « où la sensation d’être accepté par la foule lui avait procuré des larmes de joie ».

Flinders Street, Sydney Mardi Gras - Amnesty International défile pour les droits LGBT. Mars 2016 - Crédits Photo : CrossWorlds/Loïc Renaudier

Flinders Street, Sydney Mardi Gras – Amnesty International défile pour les droits LGBT. Mars 2016 – Crédits Photo : CrossWorlds/Loïc Renaudier

 

Pourtant, une banderole sur l’un des chars rappelle que ce combat est encore d’actualité. Parmi les dernières avancées dans le New South Wales, la reconnaissance du pacte civil en 2010, et, en projet, le mariage pour tous. « Let’s get married in 2016, Australia ! », s’enthousiasment les pancartes brandies dans la foule.

Flinders Street, Sydney Mardi Gras - "

Flinders Street, Sydney Mardi Gras – « Let’s get married Australia ! ». Mars 2016 – Crédits Photos : CrossWorlds/Loïc Renaudier

 

En 2014, la Commission australienne des droits de l’Homme établissait que près de 10% des Australiens étaient « d’orientation sexuelle, d’identité sexuelle ou de sexe divers. » Dans les relevés officiels de population, on note une augmentation de 32% en 5 ans depuis 2006 des couples de même sexe. Ce n’est donc pas par hasard que Malcolm Turnbull, le Premier Ministre, a pointé le bout de son nez, en vue des élections fédérales australiennes en fin d’année 2016.

Loïc Renaudier

Ce que les Melbourniens disent de la prise d’otage de Sydney

Par un ensoleillé lundi d’été vers 10h (heure locale), le centre de Sydney a été le théâtre d’une prise d’otage inédite. Inédite pour un pays à l’actualité habituellement si calme, inédite pour le havre de paix isolé qu’est censée être l’Australie.

Un homme armé, identifié comme Man Haron Monis, demandeur d’asile politique iranien de 49 ans « autoproclamé Cheik » , a pris en otage plus d’une vingtaine de personnes dans le « Lindt Café » de la fréquentée Martin Place. La police est entrée dans le café le mardi 16 décembre (heure locale) et le preneur d’otage a été tué.

Plus tôt, dès la fin de matinée, les médias australiens ont diffusé les images chocs d’otages brandissant à travers les grandes baies vitrées du bâtiment de pierre beige un drapeau noir dont les inscriptions en arabe portent l’iconique slogan « Il n’y a de Dieu que Dieu, et Mohammed est son prophète. ». Le dit drapeau ne semble pas être celui du médiatique État islamique (EI).

A Melbourne, la tolérance et la prudence sont d’ordre, ce qui est moins évident dans le reste du pays et notamment dans le centre et le Nord-Est. Quelques réactions de Melbourniens confirment la stupeur et l’incompréhension qui frappent actuellement le pays si peu habitué à être sous le feu des projecteurs de la presse internationale.

Les réactions d’habitants à Melbourne après l’annonce de la prise d’otages d’une vingtaine de personnes à Sydney, le lundi 15 décembre 2014. Crédits vidéo : CrossWorlds/Chloé Rochereuil

Ces derniers mois, la tension est montée d’un cran en Australie avec l’arrestation de plusieurs djihadistes présumés dans l’état du Queensland en septembre dernier. Le premier ministre conservateur Tony Abbott a renforcé les lois anti-terroristes dans le pays, stimulant avec elles la méfiance vis à vis de la communauté musulmane australienne. A la télévision en début de soirée du lundi 15 décembre (heure locale), il a déclaré : « c’est évidemment un incident profondément inquiétant, mais la police y a répondu avec professionnalisme ».

« L’Australie est une paisible, ouverte et généreuse société. Rien ne doit jamais changer cela, » a-t-il ajouté. « C’est pourquoi je conseille vivement à tous les Australiens de retourner de vaquer de nouveau à leurs occupations, comme d’habitude ». Il n’empêche : avec un otage mort à l’heure où j’écris ces lignes et un deuxième à confirmer, l’événement laissera sans doute aux Australiens la douloureuse amertume d’une nation endeuillée.

Chloé Rochereuil/ le lundi 15 décembre à 18h45 à Paris, le mardi 16 décembre à 4h45 en Australie.