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13 Novembre 2015 – Les réactions dans les pays de nos correspondants

Pour rendre hommage aux victimes des attentats de Paris, nos correspondants ont rapporté, chacun à leur manière, les réactions diverses observées dans leur pays d’accueil.

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Charlie Hebdo – Les réactions dans les pays de nos correspondants

Hier, face à l’attentat au siège du journal Charlie Hebdo, face au crime, les réactions ont été variées. La stupeur, l’indignation, la peur, le refus d’avoir peur, la révolte, la hargne, la prise de recul, la crainte d’instrumentaliser… Au sein de notre rédaction, Français à travers le monde, on a voulu montrer notre solidarité, à notre manière et à notre échelle. Davantage pour soulager notre peine que par espoir d’avoir un vrai impact ; mais puisque vous lisez cet article, nous avons déjà remporté une manche.

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Photo prise lors du rassemblement place de la République à Paris, le 7 janvier 2014. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

 

Le moyen de le faire restait à déterminer : nous sommes 18 et ne réagissons pas de la même manière.  Alors comment exprimer la parole de « CrossWorlds » quand celle-ci se revendique plurielle, et l’est, une fois de plus ? Les faits nous sauvent. Laissons-les exprimer le frisson mondial, s’il existe. Certains de nos correspondants ont listé les réactions dans leur pays d’accueil.

Au Canada

La réaction canadienne n’a pas tardé suite à l’attaque de Charlie Hebdo. « Le Canada ne se laissera pas intimider et continuera à lutter avec fermeté contre les terroristes. Les Canadiens se tiennent aux côtés de la France en ce jour sombre » a déclaré le premier ministre Stephen Harper. Dans un pays encore choqué par le récent meurtre en plein jour de deux soldats à Ottawa, cette tuerie sonne comme un rappel amer « qu’aucun pays n’est complètement protégé contre ce genre d’attaques terroristes » a poursuivi le premier ministre canadien. A Vancouver, où je vis, une veillée est organisée ce jeudi 8 janvier devant la galerie d’art. Les marches de la galerie sont connues pour accueillir les rassemblements politiques importants.

Les réactions de soutien se sont aussi manifestées dans les rangs des dessinateurs de presse, solidaires de leurs confrères abattus crayon au poing.

Terry Mosher, dessinateur pour la Montreal Gazette, le quotidien anglophone de Montréal:

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Hadrien

En Australie

Ici, des dessinateurs ont aussi montré leur solidarité. Dont David Pope, dessinateur pour le Canberra Times avec son dessin « Il a dessiné en premier ».

Chloé

En Turquie

Le gouvernement turc a condamné en bloc l’attentat, le qualifiant de “sauvagerie inacceptable” qui, dit-il dans un communiqué, constitue une trahison pour la civilisation de laquelle ces terroristes se réclament. Le vice-premier ministre a ajouté, en référence aux caricatures de Mahomet, que ”une institution médiatique pouvait être critiquée et même condamnée pour sa ligne éditoriale, mais le terrorisme en lui-même doit être rejeté de façon catégorique, cest une question de principe. »

Sur son compte Twitter, le président Recep Tayyip Erdogan a déclaré que “la Turquie continuera de lutter contre tous les types de terrorisme, comme elle la fait jusqu’à présent.” La veille, mardi 6 janvier, une militante affiliée à un groupe terroriste d’extrême gauche, le DHKP/C, avait tué un policier dans un attentat-suicide dans le quartier touristique de Sultanahmet à Istanbul. erdogan

Le ministre des affaires étrangères a aussi prévenu contre l’islamophobie grandissante en Europe, en précisant que le terrorisme et l’islamophobie se nourrissaient l’un de l’autre.

Les théologiens turcs interviewés par le quotidien religieux Zaman ont déclaré que des personnes qui avaient une compréhension correcte de l’Islam ne pouvait pas être à l’origine de cette attaque. « Le terrorisme est contre les valeurs de base de toutes les religions, y compris lIslam » a précisé Cihat Seker, de l’Université de Fatih.

La réaction des médias turcs a été plus disséminée. Ainsi le journal Türkiye, pro-gouvernemental, a d’abord titré “Attaques sur le magazine qui a publié les caricatures hideuses de notre Prophète: résultat 12 mort ! ”. Des commentaires Twitter accusant le journal de justifier l’attaque, Türkiye a ensuite modifié son titre.

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De son côté, le magazine satirique Penguen, très critique du gouvernement, a publié un dessin tout en sobriété en hommage à Charlie Hebdo. Le magazine est régulièrement victime de menaces lui aussi.

 

Marguerite

En Russie

Après l’attentat au siège de Charlie Hebdo, le Kremlin a immédiatement condamné un « crime cynique » et a réaffirmé sa volonté de coopérer dans le domaine de la lutte conte le terrorisme. Une main tendue aux chancelleries occidentales, à l’heure où le dossier ukrainien empoisonne les relations et où la Russie est confrontée elle aussi à des actes terroristes islamistes : un attentat suicide a fait 5 victimes et 13 blessés en Tchétchénie le 4 décembre 2014.

À Moscou, il ne semble pas y avoir eu de rassemblement spontané d’après nos informations, mais des bougies, des fleurs et des messages de solidarité ont été déposés devant l’ambassade de France par des moscovites. Une autre forme de mobilisation dans un pays où descendre dans la rue n’est pas un comportement politique habituel.

Du côté de la presse, la condamnation à été unanime, même si certains journaux insistent sur les nombreuses provocations de Charlie Hebdo à l’égard de la communauté musulmane – les positions du journal sont décrites comme « d’extrême gauche » et « anticléricales » par le journal économique RBK par exemple. Il est vrai que le « blasphème » n’est pas de mode dans une société quasi unanime sur l’importance de la religion orthodoxe comme fondement de l’identité nationale ; on se rappelle du verdict sévère contre les activistes des Pussy Riot en août 2012. Le journal en ligne Meduza, russophone mais exilé en Lettonie, a été un des rares à expliquer les racines historiques de Charlie Hebdo et sa ligne éditoriale.

Nul doute que l’identité présumée des criminels et le caractère islamiste de l’attaque viendront alimenter le discours sur le choc de civilisations et le déclin de l’Occident chrétien, toujours plus populaire en Russie.

Yann

En Inde

inde 4Le Premier ministre Narendra Modi s’est très rapidement exprimé sur Twitter à la suite de l’attentat, condamnant « l’attaque méprisable » du 7 janvier et exprimant tout son soutien aux familles des victimes et à l’ensemble des Français.
 
A Delhi, une alerte a été déclenchée et la sécurité renforcée dans les aéroports, les gares, la Porte de l’Inde, ainsi qu’à d’autres points stratégiques de la ville. Le commando spécial SWAT de la police de Delhi a également été déployé dans le risque d’une éventuelle attaque terroriste.
 
Depuis un mois au moins, les autorités sont en effet sur le qui-vive, craignant une attaque sur la capitale, notamment de la part du groupe terroriste Lashkar-e-Toiba (« l’Armée des pieux ») proche d’Al-Qaida et régulièrement accusé des attaques et attentats perpétrés au Cachemire indien ou à Bombay en 2008. La fusillade de Charlie Hebdo trouve en Inde un écho tout particulier puisque qu’elle fait suite à l’attentat de Peshawar du 16 décembre dernier qui a beaucoup ému le pays.

Au lendemain et sur-lendemain de la tuerie, Paris fait la triste Une ainsi qu’une large part des corpus d’articles des journaux nationaux (The Times of India, The Hindu), mais aussi d’éditions régionales comme ici dans le Tamil Nadu.
 
Drapeaux en berne, les autorités consulaires françaises du pays ont observé une minute de silence en hommage aux victimes. D’autres rassemblements spontanés ont eu lieu à Bombay notamment, unissant à la communauté d’expatriés endeuillée, une foule d’Indiens compatissants.
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Drapeaux en berne au Foyer du soldat à Pondichéry en Inde suite à l’attentat contre Charlie Hebdo. Crédits photo : CrossWorlds/Théo Depoix Tuilalepa

Théo

Au Chili

Le choc de la nouvelle et la vague de solidarité à l’annonce de la tragédie française auront été ressentis jusqu’à Santiago. Les médias locaux ont relayé en permanence les informations communiquées depuis Paris et ce soir, les unes de leurs sites Internet étaient encore largement consacrées à l’événement, comme El Mercurio ou La Tercera.

Le site du journal satirique The Clinic (équivalent chilien de notre Canard Enchainé), en plus de la couverture du drame sur Twitter et sur leur site, a notamment regroupé dans un article les dessins de Charlie Hebdo consacrés au général Pinochet – ancien dictateur chilien.

La présidente de la République Michelle Bachelet a exprimé sa « consternation » et a fait part de ses condoléances « face a la peine et la douleur que vivent le peuple français et son gouvernement en ce moment », rappelant le bilan terrible de « douze personnes (…) mortes assassinées et quatre autres luttant entre la vie et la mort ». L’Université du Chili (plus grande et plus prestigieuse université publique du pays) a publié un long communiqué de condamnation du geste et de soutien.

Un rassemblement a été organisé mercredi soir a Santiago a 21h (2h du matin, heure de Paris).

Un rassemblement à Santiago, au Chili, le mercredi 7 janvier 2014, en solidarité aux victimes de l'attaque contre Charlie Hebdo à Paris. Crédits photo : CrossWorlds/Ombeline Guillaume

Un rassemblement à Santiago, au Chili, le mercredi 7 janvier 2014, en solidarité aux victimes de l’attaque contre Charlie Hebdo à Paris. Crédits photo : CrossWorlds/Ombeline Guillaume

 

Une centaine de personnes rassemblées Plaza Italia, « majoritairement des Français mais quelques Chiliens venus manifester leur solidarité » raconte Estelle Desallais, étudiante française en échange au Chili et participante. « Au début, personne ne savait vraiment quoi faire. L’événement s’est clairement improvisé et comme on était loin des milliers de personnes en France, il y a eu un moment de flottement ». Finalement, le rassemblement aura duré une heure, entre prises de paroles et slogan « Charlie presente, ahora y para siempre ».
Un rassemblement à Santiago, au Chili, le mercredi 7 janvier 2014, en solidarité aux victimes de l'attaque contre Charlie Hebdo à Paris. Crédits photo : CrossWorlds/Ombeline Guillaume

Un rassemblement à Santiago, au Chili, le mercredi 7 janvier 2014, en solidarité aux victimes de l’attaque contre Charlie Hebdo à Paris. Crédits photo : CrossWorlds/Ombeline Guillaume

Un rassemblement à Santiago, au Chili, le mercredi 7 janvier 2014, en solidarité aux victimes de l'attaque contre Charlie Hebdo à Paris. Crédits photo : CrossWorlds/Ombeline Guillaume

Un rassemblement à Santiago, au Chili, le mercredi 7 janvier 2014, en solidarité aux victimes de l’attaque contre Charlie Hebdo à Paris. Crédits photo : CrossWorlds/Ombeline Guillaume

Estelle regrette cependant une chose :  » on était tournés sur nous-mêmes. La partie commémoration fut pleinement remplie mais la partir information…moins. Dommage. Car c’était aussi le but de l’événement ». Un nouveau rassemblement est prévu ce samedi devant l’Ambassade de France.

Camille R.

En Afrique du Sud

Loin du tsunami suscité en France par la tuerie d’hier, la vague Charlie Hebdo a tout de même atteint l’Afrique du Sud. Le gouvernement sud-africain, par l’intermédiaire de Clayson Monyela, le porte-parole du département des relations internationales, s’est joint aux réactions émanant de la communauté internationale.

Clayson Monyela a déclaré dans un communiqué que le gouvernement d’Afrique du Sud condamne cette « attaque terroriste barbare et préméditée », ajoutant qu’une telle attaque contre des journalistes et des civils « viole les lois internationales et constitue un crime contre l’humanité ». Il a insisté que l’Afrique du Sud faisait bloc au côté de la communauté internationale pour condamner le terrorisme sous toutes ses formes ; le pays dirigé par Jacob Zuma continuera, d’après Clayson Monyela « de soutenir les efforts locaux et internationaux entrepris pour endiguer ce fléau ». Il a aussi présenté au nom de la République Sud-Africaine ses condoléances au peuple et au gouvernement français, ainsi qu’aux proches des victimes.

Si la population Sud-Africaine a majoritairement accueilli la nouvelle de cet attentat comme un fait divers de plus, la minorité musulmane du pays (moins de 2%) s’est montrée la plus touchée par l’épisode barbare du 7 janvier. Ighsaan Hendricks, président du Conseil Judiciaire d’Afrique du Sud a tenu à prendre la parole, signifiant que « rien de peut justifier un acte pareil, pas même des prétendus idéaux religieux ». Il a insisté sur l’incompatibilité totale entre ce massacre et les valeurs de l’islam.

Gabriel

En Finlande

En ce lendemain d’attaque terroriste, la France se mobilise et mobilise au-delà de ses frontières. Le Premier ministre Stubb a souligné que « la liberté d’expression et la presse libre sont une partie intégrante des valeurs européennes ». C’est au travers de ces valeurs que les Européens de multiples pays se sentent touchés.

L’ambassade de France en Finlande est le lieu de recueillement de nombreuses pensées et hommages aux victimes. Comme pour tous les morts, les Finlandais déposent de nombreuses lumières pour réchauffer la longue nuit hivernale.

Photo prise sur la page Facebook de ARX-Antirasismi X

Photo prise sur la page Facebook de ARX-Antirasismi X

 

Candice B.

En France

Enfin, en France. Les chaînes d’infos ont diffusé en masse les images des rassemblements en solidarité des victimes. Notamment celui à Paris, place de la République. Les journalistes rapportent 35.000 personnes présentes. Nous y sommes aussi allés mais à 20 heures, les manifestants sont moins nombreux : il est possible de se faufiler à travers la cohue.

Moins nombreux, mais pas moins présents. Des dizaines de personnes se sont hissées sur la statue de Marianne et crient avec ferveur « Vivra Charlie », « Char-Liberté », « Liberté d’expression », « Liberté des crayons », sans s’arrêter. La phrase « Nous sommes Charlie » est projeté sur la statue.

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« Nous sommes Charlie » projeté sur la statue de Marianne le mercredi 7 janvier 2014 vers 20h. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

 

La foule regarde, reprend quelques refrains en coeur, applaudit lorsque les photos des dessinateurs Wolinski et Charb sont collées sur la statue de Marianne, mais reste le plus souvent silencieuse. Un silence que l’on ressent comme respectueux. Dans le calme, l’émotion est palpable. Des panneaux sont brandis ; on peut lire des hommages aux victimes mais aussi des messages de défense de la démocratie et de la liberté d’expression.

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Un panneau avec les noms des victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo, vu lors du rassemblement à République le mercredi 7 janvier 2014. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

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Mercredi 7 janvier 2014, à 20heures, le sol de la place de la République. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

 

Sur le sol, on peut lire « Je suis Charlie » écrit à la main par les manifestants. Alors bien sûr, nous ne sommes pas tous Charlie, nous ne lisions pas tous le magazine qui tirait à 60.000 exemplaires par semaine, nous n’étions pas tous fans de leur cynisme. Bien sûr, il y a des attentats qui ne reçoivent pas la même couverture médiatique, mais est-ce pour autant que l’on devrait se flageller d’être révolté ? A lire ces lignes sur le parvis parisien, je pense aux mots de Paul Eluard :

« Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

(…)

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté. »

Et j’y crois.

Clara

Mumbai en deuil, la Nation en souffrance

Article de la première édition de Crossworlds (2013-2014 ).

Venu accueillir un invité au Shattrapati Shivaji International Airport de Mumbai, je rentre dans l’aéroport au niveau des arrivées sous le regard ébahi de deux militaires qui me rattrapent bien vite en se saisissant de moi comme d’un criminel. M’excusant platement je sors en demandant pourquoi l’accès à l’aéroport est interdit. L’un d’entre eux me crucifie du regard en me demandant :

« Are you Muslim ? »

Peut être la barbe joua-t-elle en ma défaveur lorsque je répondis par la négative. Surpris par la brutalité des militaires, je mis du temps à comprendre pourquoi l’aéroport de Mumbai était aussi sécurisé que celui de Tel Aviv. Ce n’est qu’en retournant à ce même aéroport que je vis le grand panneau situé à l’entrée voiture : « Let’s fight terrorism together ». L’Inde est en effet sous la menace perpétuelle d’attaques terroristes. Les chiffres sont édifiants : pas moins de 60 attaques perpétrées depuis 2001 ; quatre attentats depuis le début de cette année.

Le 26 Novembre étaient célébrées les commémorations des quelques 166 disparus et 600 blessés durant les attaques de 2008 à Mumbai. Cette agression eut un retentissement spectaculaire et il fallut au moins la mort de six américains innocents pour que le monde ouvre les yeux sur la réalité du terrorisme en Inde. Mumbai particulièrement est la cible d’attaques régulières, au nombre de sept depuis 2001. Cela s’explique en partie par sa situation en tant que capitale financière ainsi que ville la plus peuplée (et mixte socialement et ethniquement) d’Inde. Au moindre incident, le pays se braque instantanément car il est tout entier concerné. Deux factions sont régulièrement désignées comme commanditaires des attentats lorsqu’elles ne les revendiquent pas : le mouvement de guérilla maoïste et les groupes Islamistes. Le mouvement de guérilla maoïste s’affaiblissant au fil des années, les attentats liés aux mouvances fondamentalistes constituent l’écrasante majorité des attaques recensées. Néanmoins elles ne sont que le pendant médiatiquement surexposées des violences inter-communautaires qui régulièrement secouent le pays.

C’est une partie de billard à trois bandes qui se joue sur le sous continent, trouvant sa source dans un passé millénaire. Elle inclut la frange conservatrice des Hindouistes représentée politiquement par le BJP dont le candidat à l’élection du premier ministre (Narendra Modi) est pressenti pour être élu Man of the year par le Times, les quelques 200 millions de musulmans vivant en Inde (ce qui en fait le 2nd pays musulman de la planète) et la mauvaise foi du gouvernement Pakistanais. La puissance du BJP dont l’émergence en tant que force politique majeure est le phénomène politique le plus important de ces trente dernières années en Inde, accroît les tensions dans l’ensemble du pays en mettant la pression sur la population musulmane qui ne bénéficie pas d’une telle formation politique au sein de laquelle se rassembler.

 

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Le lotus, emblème du BJP

 

En 2002 au Gujarat une flambée de violence suite à de fausses rumeurs concernant l’incendie accidentel d’un train (attentat Islamiste, complicité du Pakistan…) donna lieu à des atrocités inqualifiables envers la population musulmane avec la complicité des forces policières (fait avéré) et gouvernementales. Narendra Modi, déjà premier ministre du Gujarat à l’époque fut notamment mis en cause pour complicité passive et incitation à la violence contre la communauté musulmane dans ce qui fut considéré comme une purification ethnique par de nombreux commentateurs. Il fut mystérieusement acquitté en 2012 par la Cour Suprême. Cet épisode sanglant coûta la vie à 800 musulmans selon le gouvernement central, plus de 2000 selon Human Rights Watch. En 2012 les révoltes de Mumbai furent le point d’orgue d’une série de soulèvements commencée dans L’Assam où près de 400 000 Musulmans durent trouver refuge dans des camps pour éviter un bain de sang. Des protestations suivirent peu après à Pune avant que la capitale du Mahārāshtra ne s’embrase sous la colère des musulmans en quête de légitimité médiatique pour défendre leur intégrité.

La troisième composante rentrant en jeu est le sempiternel conflit Indo – Pakistanais. Le Pakistan et l’Inde partageant la même Histoire, la division du pays à l’indépendance se fit sur une base purement religieuse (et donc factice à tout autre égard), transformant le jeune Pakistan en sanctuaire des Musulmans de l’ancien Raj et l’Inde en sanctuaire des Hindouistes. Ces dénominations étant mutuellement exclusives, elles résultèrent en une sorte de bannissement des Hindouistes du Pakistan et accrurent les tensions existantes entre musulmans restés sur le territoire de la République Indienne et Hindouistes. La mémoire des exodes qui suivirent l’indépendance est gravée dans l’esprit de tout Indien ou Pakistanais comme celle d’une guerre civile qui fit plus de deux cent mille morts et culmina avec l’assassinat de Gandhi par un extrémiste Hindouiste. Cette absurde division du pays priva également la très importante minorité musulmane d’une véritable légitimité politique et ce pour deux raisons : l’une est évidente et concerne la justification même de la séparation entre Pakistan et Inde mentionnée ci-dessus, la seconde concerne l’importance de la sphère religieuse sur la scène politique ; il serait naïf de prétendre que l’Inde fonctionne comme une démocratie laïque.

 

La main, symbole du Congrès

La main, symbole du Congrès

 

Le conflit frontalier concernant le Cachemire ne faisant que renforcer la rivalité entre Delhi et Islamabad, l’impression laissée sur les populations par l’image d’un tel conflit devenu guerre froide lorsque les deux pays se dotèrent de la bombe ne fait que faciliter le franchissement de la frontière existante entre colère et violence au sein de la population. Nous avons mentionné la mauvaise foi du gouvernement Pakistanais et ce point mérite d’être développé. La souveraineté du Pakistan est menacée depuis plusieurs années par la montée de l’islamisme et par les répercussions du conflit Afghan. Pire allié des Américains, le Pakistan a joué la carte de l’islamisme contre Delhi. La complicité de l’ISI (service secret Pakistanais) avec les Talibans fut officialisée par le président du Pakistan, Asif-Ali-Zardari en 2008 lorsque celui ci reconnut qu’il ne contrôlait plus la colonne vertébrale du pays : agrégat de l’armée et des services. La réalité est que l’ISI ainsi que l’armée, voyant en l’Inde l’ennemi numéro un ont coopéré avec certains groupes islamistes afin de gagner de la profondeur stratégique (zones tribales, frontière Afghane) en cas de conflit ouvert avec son voisin ainsi qu’exciter les ressentiments communautaires en Inde. La perte de contrôle totale, résultant notamment en une invasion Talibane sur le sol Pakistanais en 2008 dans la vallée de Swat, se révèle au grand jour lorsqu’il apparaît que les terroristes agissant en Inde sont souvent des musulmans Indiens réfugiés au Pakistan ou bien des Pakistanais défendant la cause des musulmans en Inde.

La boucle est ainsi bouclée et les conservateurs libres de faire l’amalgame entre un conflit politique régional, une tension inter-communautaire et un enjeu de politique intérieure dés lors qu’Islamabad rechigne à livrer ou à efficacement juger les responsables des attentats de 2008 pour ne pas publiquement perdre la face.

Cette histoire nous montre deux choses ; premièrement l’insolvabilité d’un conflit entre communautés qui cohabitent sur le même territoire (Inde et Pakistan) depuis les invasions musulmanes au XIe siècle et deuxièmement la difficulté de l’Etat Indien à garantir l’intégrité des minorités qui vivent sur son territoire. Difficulté qui ne pourrait se trouver que renforcer par une prise de pouvoir du BJP au niveau national l’année prochaine. Loin de s’apaiser, le nombre d’attentats depuis dix ans combiné à la faiblesse de l’Etat Pakistanais ne font qu’exacerber les rancunes et rancœurs au sein d’une Nation qui peine à se trouver une identité commune ailleurs que dans l’Hindouisme.

Surprenant une discussion entre un Hindouiste Kéralais (sud de l’Inde) et un musulman Cachemiri, le premier demandant au second si la réunification du pays n’apaiserait pas définitivement les tensions entre Musulmans et Hindouistes, arguant de leur caractère « uniquement politique », ce dernier répondit alors : « C’est inenvisageable, c’est allé trop loin maintenant ».

 

Paul-Henry.