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Jérusalem, jeudi 7 décembre : après l’annonce de Trump

Mercredi 6 décembre, Donald Trump reconnaît Jérusalem comme capitale d’Israël et promet d’y transférer l’ambassade américaine. Le lendemain, jeudi 7, la ville se vide à la faveur d’un appel à la grève de l’autorité palestinienne. Une journée de flottement au milieu des tensions.

Vendredi 8, jour de prière hebdomadaire dans le culte musulman, des confrontations entre Palestiniens et forces de l’ordre israéliennes éclatent dans la ville.

A quelques mètres du Saint Sépulcre, haut lieu de la chrétienté, les rues habituellement noires de monde sont vides et les échoppes à touristes fermées, respectant ainsi l'appel à la grève de l'autorité palestinienne. © CrossWorlds / Lisa Birgand Balcon

© CrossWorlds / Lisa Birgand Balcon

 

A quelques mètres du Saint Sépulcre, haut lieu de la chrétienté, les rues habituellement noires de monde sont vides et les échoppes à touristes fermées, respectant ainsi l’appel à la grève de l’autorité palestinienne. Jérusalem, 7/12/2017

Quelques courageux pèlerins bravent les interdits de leurs ambassades pour visiter le Saint Sépulcre. © CrossWorlds / Lisa Birgand Balcon

© CrossWorlds / Lisa Birgand Balcon

 

Quelques courageux pèlerins bravent les interdits de leurs ambassades pour visiter le Saint Sépulcre. Jérusalem, 7/12/2017

Alors que les marchands de bondieuseries ont disparu de l'esplanade des mosquées, un homme s’improvise vendeur de Keffiehs, symbole de la résistance palestinienne. Jérusalem, 6/12/2017 © CrossWorlds / Lisa Birgand Balcon

© CrossWorlds / Lisa Birgand Balcon

 

Alors que les marchands de bondieuseries ont disparu de l’esplanade des mosquées, seul reste un vendeur de Keffiehs, symbole de la résistance palestinienne. Jérusalem, 7/12/2017

 A la sortie de la Vieille Ville, certains célèbrent la décision américaine. Ambiance oppressante pourtant joyeuse pour ces musiciens de rue. Jérusalem, 6/12/2017 © CrossWorlds / Lisa Birgand Balcon

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A la sortie de la Vieille Ville, certains célèbrent la décision américaine. Ambiance oppressante pourtant joyeuse pour ces musiciens de rue. Jérusalem, 7/12/2017

6 décembre 2017 : la mairie de Jérusalem se pare d'un drapeau américain © CrossWorlds / Lisa Birgand Balcon

© CrossWorlds / Lisa Birgand Balcon

 

6 décembre 2017 : la mairie de Jérusalem se pare d’un drapeau américain

La veille de l’annonce, ces posters atypiques fleurissent déjà à travers la ville. © CrossWorlds / Lisa Birgand Balcon

© CrossWorlds / Lisa Birgand Balcon

 

La veille de l’annonce, ces posters atypiques fleurissent déjà à travers la ville.

 

Aujourd’hui, le reste de la région est lui aussi sous tension, notamment la bande de Gaza, où deux Palestiniens sont morts.

Lisa Birgand

Premier anniversaire de l’élection de Trump : un an « d’un président qui s’en fout »

En un an, Donald Trump “a montré que le rêve américain n’était pas réel pour ceux qui n’étaient pas des Etats-Unis.” Pour Mayela, 21 ans, citoyenne américaine d’origine mexicaine et guatémaltèque, l’anniversaire de l’élection de Trump a un goût amer.

Le Missouri est un Etat avec une petite communauté hispanique. Les Latino-Américains y représentent 4% de la population, alors que cette communauté est la première minorité du pays d’après le Pew Research Center.

Lors de l’élection présidentielle de 2016, Donald Trump a remporté l’Etat du Missouri avec 57% des voix. Un score pas étonnant : le Missouri est un “red state”, un état majoritairement républicain. À l’exception de ses deux plus grandes villes, Kansas City et Saint-Louis, qui votent majoritairement démocrate : Hillary Clinton a remporté 55% des voix dans ces zones urbaines.

Marche à Columbia, ville où se situe l'université de Mayela, après l'élection de Trump la nuit du 8 novembre 2016. © CrossWorlds / Claudia Chong

Marche à Columbia, ville où se situe l’université de Mayela, après l’élection de Trump la nuit du 8 novembre 2016. © CrossWorlds / Claudia Chong

Clinton, par défaut

Mayela a justement grandi  à Kansas City dans le Missouri. Sa mère est mexicaine et son père guatemaltèque. Tous les deux sont des immigrés, désormais citoyens américains.

Un an depuis l’élection de Trump, selon Mayela, c’est une succession de micro-agressions contre sa communauté. Ses propos contre les Mexicains pendant la campagne  étaient déjà inadmissibles pour elle, et suffisamment choquants pour qu’il n’accède pas à la présidence. “Mon grand-père qui habite au Mexique me disait que Trump allait gagner et devenir président. Mais je lui disais qu’il ne comprenait rien aux Etats-Unis et que c’était impossible.”

Elle-même a voté pour Hillary Clinton, par dépit plutôt que par conviction. “Je ne suis ni démocrate ni républicaine, et je n’aimais aucun des deux candidats. Mais vu le climat de haine dans lequel Trump essayait de mettre les gens, j’ai pensé qu’Hillary était plus apte à agir en tant que présidente.”

Elle sait que 20% des Latino-Américains ont soutenu Trump, mais n’en connaît aucun personnellement. Au sein du quartier pauvre de Kansas City où elle a grandi, les habitants étaient tous noirs ou hispaniques et ils ont voté démocrate.

L’an dernier, les témoignages collectés par notre correspondante à Washington qui avait interrogé des Latino-Américains sur les raisons de leur vote pour Donald Trump montraient la division au sein de la communauté latino-américaine : l’une des personnes interrogées confiait avoir perdu des amitiés en raison de son soutien à Donald Trump.

Ils ont voté pour Trump et nous disent pourquoi

Des comportements devenus “insupportables”

Mayela, elle, a grandi avec l’image de ses parents immigrés, “pas bien traités”, comme sa mère caissière “à qui des gens refusaient de parler parce qu’ils disaient qu’ils ne la comprenaient pas quand elle parlait anglais”.

Elle, qui est aujourd’hui étudiante à l’Université du Missouri à Columbia, à deux heures de route de Kansas City, ne tolère pas ce genre de comportement. “ Mes parents disent qu’il faut continuer à travailler, que c’est comme ça. Je pense que ça dérange plus les membres de la famille des immigrés, les premiers enfants à étudier dans ces familles. Nous, on ne tolère pas certains comportements parce qu’on voit comme nos parents travaillent dur pour nous payer une éducation. Les voir se faire traiter de violeurs et de voleurs, c’est insupportable.”

Marche à Columbia, ville où se situe l'université de Mayela dans le Missouri (Midwest), après l'élection de Trump la nuit du 8 novembre 2016. © CrossWorlds / Claudia Chong

Marche à Columbia, ville où se situe l’université de Mayela dans le Missouri (Midwest), après l’élection de Trump la nuit du 8 novembre 2016. © CrossWorlds / Claudia Chong

 

Une libération de la parole raciste

Le plus dur pour Mayela, c’est le racisme banalisé : Donald Trump a libéré la parole raciste, et des personnes se permettent de dire des choses qu’elles n’auraient pas dites avant :

“Maintenant, ils s’en foutent de ce que peuvent penser les autres (de leurs propos), parce qu’ils ont un président qui s’en fout.”

Elle déplore un sentiment de puissance et d’impunité chez une partie de la population blanche du Missouri. En témoigne cette expérience racontée par l’une de ses connaissances, il y a quelques mois à Kansas City : “Une fille de 17 ans, qui est encore au lycée, déjeune dans un restaurant. Elle remarque qu’un autre adolescent et le père de ce dernier la regardent bizarrement. Mais elle ne dit rien parce qu’ils ne la dérangent pas. Alors elle se retourne, commande sa nourriture et va s’asseoir. Là, l’adolescent va la voir et lui dit que ses parents doivent retourner au Mexique. Elle a rigolé, en essayant d’agir en adulte. Mais à ce moment-là, le père du garçon vient la voir, crache dans sa nourriture et lui dit qu’elle et ses parents sont stupides et doivent retourner chez eux, qu’ils n’ont pas leur place ici.”

Lorsqu’il s’était rendu sur place après l’ouragan à Porto Rico, Trump a rapidement déclenché la polémique. Il avait relativisé le bilan humain comparé à la “vraie catastrophe Katrina”.  Une vidéo du président lançant du Sopalin aux victimes de la catastrophe lors d’une distribution de vivres, qui avait également déclenché le buzz et de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux, n’est qu’une indécence de plus pour Mayela.

“Je ne comprends pas comment, après tout ça, les gens peuvent penser que Trump n’est pas raciste.”

Avant Trump, « le racisme existait déjà et existera sûrement encore » après lui, concède Mayela.

« Mais Donald Trump l’a exacerbé et il faut que ça s’arrête ».

Les mandats présidentiels durent quatre ans aux Etats-Unis. Mais Mayela a un espoir : « J’espère qu’on va aller vers un procédure  d’ « impeachment », c’est-à-dire de destitution, « et qu’il ne sera pas encore président pour trois ans ». Face aux soupçons de collusion avec la Russie durant la campagne, le déclenchement d’un processus d’impeachment a été questionné par la presse américaine. Mais c’est un processus très exceptionnel, qui nécessite beaucoup de preuves, du temps et une majorité de soutien au sein du Congrès. Il semble peu probable dans l’immédiat.

Astrig Agopian

>> Le sujet vous intéresse ? Notre correspondante en Caroline du Nord a interviewé des soutiens de Trump.

Caroline du Nord : un an plus tard, ils maintiennent leur soutien à Donald Trump

Dans la même cathédrale, le Martin Luther King’s Day et la chorale pour Trump : “J’ai l’impression d’une double énonciation”

Demain, la chorale de la cathédrale de Washington chantera pour l’investiture du nouveau président des États-Unis, Donald Trump, comme le veut la tradition. Il y a trois jours, on y célébrait la naissance de Martin Luther King. Notre correspondante a assisté à la cérémonie et nous livre son ressenti.

We shall not be moved”, les voix d’enfants résonnent dans l’une des plus grandes cathédrales du monde, la cathédrale nationale de Washington. Mais plus que la musique, ce sont les mots qui me touchent. Des mots qui font écho au mouvement des droits civiques à quelques jours de l’inauguration du 45ème président des États-Unis.

Martin Luther King's Day à la cathédrale de Washington. Crédits photo : CrossWorlds/ Victoria David

Martin Luther King’s Day à la cathédrale de Washington. Crédits photo : CrossWorlds/ Victoria David

 

Une messe pour le vivre-ensemble

En ce Martin Luther King’s Day, je me suis rendue à une grande célébration organisée en hommage à la figure afro-américaine. Intitulée « We shall not be moved : sanctuary, witness and covenant. A tribute to Dr. King » (« Nous ne bougerons pas : sanctuaire, témoignage et alliance divine. Un hommage à Dr. King »), cette messe inter-religieuse veut rendre hommage à King et témoigner des injustices raciales toujours présentes.

Chorale gospel, chœur d’enfants musulmans, assemblée multi-religieuse, intervenants de toutes origines abordant les sujets des immigrés clandestins, de la violence policière et du racisme, cette messe semble être tout un symbole avant même d’avoir commencé.

J’en prends plein les yeux, plein les oreilles. Les émotions sont fortes, les messages aussi. Au-delà de la lutte constante contre le racisme, il s’agit là de défendre le vivre-ensemble. Un vivre-ensemble qui semble aujourd’hui menacé non seulement par la future administration mais surtout par une partie de ses électeurs.  

« Nous sommes ici pour rester »

« Dans une semaine, un homme deviendra notre président, un homme à qui je m’oppose profondément. Nous – les immigrés sans papiers – aurons besoin de savoir que vous êtes avec nous. » Les paroles de Greisa Martinez, une immigrée sans papiers, sont puissantes. Elle a ensuite rendu hommage à l’administration Obama pour avoir pris l’initiative du DACA (Deferred Action for Childhood Arrivals, Action Différée pour les Arrivées d’Enfants). Ce décret présidentiel, datant de 2012 et protégeant les mineurs sans papiers, est aujourd’hui menacé par le futur président qui l’a désigné comme « l’une des initiatives les plus inconstitutionnelles jamais prise par un président ».

« Il est temps d’offrir un sanctuaire pour les personnes menacées par cette nouvelle administration. Il est temps que nous formions ensemble un sanctuaire. Je suis ici pour rester. Nous sommes ici pour rester », a-t-elle conclu en référence aux promesses de campagne de Donald Trump d’expulser les immigrés illégaux. Greisa Martinez a ensuite entonné un chant repris par l’ensemble de l’assemblée, comme un cri de ralliement : « Nous inonderons les rues de justice, nous sommes faits pour être libres ».

Un message à deux lectures

Ce que je vois, ce sont des messages d’espoir empreints de peur. La peur du futur, la peur de ce racisme que même un président noir n’a pas réussi à éradiquer, la peur d’un président qui, pour eux, symbolise la haine de la différence.

Tout ce que Martin Luther King n’était pas. J’ai l’impression d’une double énonciation. Chaque intervention, chaque chant qui célèbre ce héros de l’Histoire américaine est une pique lancée au futur président. A l’image de ces mots de Dr. King, qui prennent encore plus de sens cette semaine : « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir comme des idiots ».

« Nous sommes restés silencieux trop longtemps »

Le chemin parcouru depuis King est immense. Les deux mandats d’Obama sont venus confirmer ces avancées. Mais il reste encore beaucoup à faire. En ce lundi, nombreux sont ceux à avoir pris le micro pour dénoncer les injustices quotidiennes, le racisme omniprésent et les inégalités visibles.

« Nous sommes restés silencieux trop longtemps », c’est le message d’étudiants qui, eux aussi, ont tenu à prendre la parole. Le poing levé en signe de protestation, ils dansent pour illustrer chacun de leurs mots. Protester, se battre, encore et toujours, en suivant l’exemple de Martin Luther King.

Comme lors des manifestations de Standing Rock en novembre dernier, qui suivaient son modèle : « Leurs actions non-violentes sont dans la tradition de ceux qui ont été porteurs de changement dans notre pays. Nous devons les soutenir. Nous ne devons pas nous endormir pendant la révolution. Nous devons rester éveillés. » – ajoute avec véhémence l’intervenante suivante à la tribune.

La chorale de la discorde

Et pourtant, c’est cette même cathédrale qui se trouve aujourd’hui au cœur d’une polémique à propos de… Trump. Sa chorale chantera pour le futur président et accueillera, en tant que cathédrale nationale et comme c’est le cas tous les quatre ans, une messe inter-religieuse le lendemain de la cérémonie. Nombreuses sont les voix qui s’élèvent contre cette participation, mettant en avant la position des chrétiens envers le nouveau président et l’histoire particulière de l’édifice religieux – qui fut le foyer d’accueil de l’Église épiscopale avant d’évoluer vers une approche de plus en plus libérale, accueillant même aujourd’hui des cérémonies de mariage homosexuel.

Victoria David.

Ils ont voté pour Trump et nous disent pourquoi

Les sondages prévoyaient Hillary Clinton gagnante, mais c’est Donald Trump qui fut élu 45e président des Etats-Unis mardi 8 novembre 2016. Ses supporters l’ont soutenu plus ou moins ouvertement et certains votes ont particulièrement surpris : le soutien de 29% des Latinos-Américains et de 8% des Africains-Américains. Nos correspondants ont cherché à comprendre les raisons de leur vote.

Des supporters de Trump se mêlent au cortège d'étudiants de l'Université d'Etat de l'Ohio, manifestant leur désarroi et leur colère après l'élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

Le 11 novembre 2016, des supporters de Trump dans l’Ohio. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

 

Le vote des Américains d’origine hispanique en faveur de Trump a étonné. Par exemple, la Floride où un électeur sur quatre est d’origine hispanique, a été remportée par Donald Trump. C’était un Etat clef pour gagner cette présidentielle. Notre correspondante, Victoria David, a cherché à comprendre.

Katherine Vasconez : « Les valeurs du travail acharné »

Katherine Vasconez se présente comme jeune avocate. Née en Equateur, elle est citoyenne américaine et vit à Los Angeles. Son père est un vétéran de la Marine américaine qu’il a servie pendant 20 ans. Katherine est membre du Parti républicain depuis qu’elle a le droit de vote. Nous avons pris contact avec elle via la page Facebook intitulée “Latinos/Hispanics for Donald Trump” (suivie par 34 500 personnes, les Etats-Unis ayant environ 52 millions de citoyens Latinos-Américains). Nous avions envoyé un message expliquant notre démarche et Katherine nous a répondu. Elle nous a dit être très intéressée par la politique. Sa page Facebook personnelle nous indique qu’elle a également accordé des interviews à des médias américains et espagnols.

« Trump est un homme d’action et je crois que les actions parlent plus fort que les mots. Nous avions besoin de changement dans ce pays, un changement qui mette nos intérêts d’abord et fasse revivre le rêve américain qui s’est aujourd’hui évanoui. Il n’y a pas de proposition de Trump avec laquelle je ne sois pas d’accord, du moment qu’il fasse de la prospérité de l’Amérique sa PRIORITE. C’est pourquoi je l’ai soutenu depuis le début, et ce publiquement, sur Facebook.

Oui, j’ai été déçue de sa prestation lors du troisième débat, mais je n’ai jamais hésité. Le fait que j’ai toujours été républicaine a en partie influencé mon choix mais ce n’était pas la seule raison. J’apprécie le fait que Mike Pence soit son colistier.

Par ailleurs, je n’ai jamais pris ses commentaires personnellement. Je pense qu’ils ont été exagérés et généralisés à une communauté entière au-delà de ses intentions.

Nous vibrons pour les valeurs plus profondes du travail acharné. Si tu es sûr de la qualité des normes que tu t’imposes, alors aucune parole ne pourra t’affecter. 

Sa vision du monde était bien plus forte que ses défauts qui ont pu émerger durant la campagne, ou les erreurs qu’il a pu commettre.

Je suis surprise par les réactions que l’on a pu observer jusqu’ici. J’ai perdu des amitiés à cause de mon soutien à Donald Trump. J’en ai vu d’autres pleurer le lendemain de l’élection. Je veux leur dire que nous sommes tous ensemble et que la vision que Trump a pour nous vaut la peine d’être soutenue. Il n’est pas là pour restreindre nos libertés. Il est là pour faire de l’Amérique un endroit meilleur. »

Propos recueillis par Victoria David, le 9 novembre 2016.

La famille Vaca : « On a besoin de fermer nos frontières »

Alec Vaca et ses parents, Carminia et Ismail, sont venus assister au meeting de Mike Pence, le colistier de Donald Trump, organisé sur le campus de l’université de George Mason le 5 novembre 2016. Alec est né aux Etats-Unis, ses parents sont d’origine bolivienne. Ces derniers, installés aux Etats-Unis depuis 25 ans, sont désormais citoyens américains. Supporters de Donald Trump depuis le début, ils trouvent Hillary Clinton "dégoûtante". Ils se dissocient cependant du parti républicain qui a, selon eux, aussi fait de "mauvaises choses".

« On est là pour Donald Trump, pas pour le parti. On n’est pas d’accord avec ce qu’il a dit sur les femmes, bien sûr. On ne l’accepte en aucun cas, on est chrétiens, on va à la messe toutes les semaines ! Mais il faut garder en tête qu’il n’était pas encore dans la politique aux moments des faits.

Avec les attaques et tout ce qu’il se passe, ça devient dangereux, on a besoin de fermer nos frontières. Trump n’est pas vraiment extrémiste. Ce sont les médias qui le présentent comme tel, les médias sont contre Trump.On doit essayer, on doit au moins faire quelque chose. »

Propos recueillis par Victoria David, le 6 novembre 2016.

Carlos Salinas : « Trump a été le seul à dire la vérité sur nos communautés »

Carlos Salinas, 24 ans, consultant en marketing pour les avocats et patron de deux entreprises, vit dans le Connecticut. Carlos est né à Las Vegas. Son arrière grand-père était péruvien et sa grand-mère mexicaine, ils ont tous deux émigré légalement aux Etats-Unis. Nous l’avons également rencontré via la page Facebook “Latinos/Hispanics for Trump”. Il a répondu à nos questions par mail.

« J’ai voté pour Donald Trump parce que je crois que c’était le seul candidat qualifié pour la fonction. Certaines mesures prises par l’administration Obama, comme l’Obamacare ou encore l’Accord de partenariat transpacifique (TPP), sont très rétrogrades. Trump a dit qu’il en renverserait un certain nombre.

J’aime son avis sur les accords commerciaux. J’aime le fait qu’il veuille construire et restaurer l’infrastructure du pays. J’aime le fait qu’il soit le premier candidat républicain de l’histoire américaine à avoir porté le drapeau LGBTQ [le 30 octobre, lors d’un meeting dans le Colorado, Trump a porté ce drapeau sur lequel était inscrit ‘les gays avec Trump’ ndlr]. J’aime comment il a tendu la main aux communautés noires et hispaniques et offert son aide pour réparer nos systèmes défectueux.

Trump a été le seul à dire la vérité sur nos communautés et il a été critiqué pour cela.

Trump a simplement déclaré que nos communautés sont en train d’être détruites, notre système éducatif ne fonctionne pas, nos emplois ont disparu et nos voisinages deviennent de plus en plus dangereux. Il a parlé aux communautés hispaniques en leur disant qu’il ramènerait les emplois, ce dont nous avons vraiment besoin. 

Rien de ce qu’il a dit ne m’a affecté à cause de mes origines. De ce que je sais, il n’a rien dit négativement à propos des Latinos en tant que communauté. Il a dit qu’il aimait l’esprit des Mexicains, ce que j’apprécie. Il a aussi déclaré que le gouvernement mexicain envoie des criminels de l’autre côté de la frontière. Avec les viols, la violence, les trafics de drogue et les gangs qui arrivent à traverser, j’ai tendance à être d’accord. 

J’ai supporté Trump dès qu’il s’est porté candidat. Ce n’était pas un choix par défaut. Je suis d’ailleurs plutôt libertarien avec quelques tendances démocrates sur les questions sociales. Mais je juge en me basant sur les propositions et les solutions de Trump qu’elles sont celles dans lesquelles je me retrouvais le plus. Je n’aurais pas préféré un autre candidat républicain.

J’ai d’ailleurs adhéré au parti républicain pour pouvoir voter pour Trump lors des primaires. C’était ma toute première élection. Même si je n’ai pas eu le temps de m’engager dans la campagne, j’ai réussi à convaincre d’autres amis de voter pour Trump.

J’ai douté quand j’ai lu un titre disant : ‘Trump veut interdire tous les musulmans’. J’étais choqué et cela aurait été assez pour qu’il perde mon soutien. Cependant, j’ai fait des recherches pour voir ce qu’il avait vraiment dit. J’ai écouté ses discours sur le sujet au lieu de m’en tenir aux extraits que veulent nous montrer les médias dans un faux contexte. Il a dit clairement qu’il voulait mettre en place une procédure rigoureuse avant de laisser entrer davantage de musulmans étant donné que l’Etat Islamique attaque les pays musulmans.

Daesh ayant pour but d’infiltrer chaque pays musulman, c’est une mesure extrême mais raisonnable. J’ai donc continué à le soutenir.

Je ne comprends pas la surprise et l’hystérie que je rencontre maintenant à la suite des résultats de l’élection. J’ai l’impression que beaucoup de gens ont été endoctrinés par des médias biaisés, qu’ils vivent dans une fausse réalité. Si je devais répondre à ces personnes, je leur dirais: ‘s’il vous plait arrêtez de laisser les médias de masse nous diviser et soyez un peu plus intelligents. Quand vous avez chaque star d’Hollywood, chaque grande banque, chaque grand média et chaque politique important qui soutient un seul et même candidat, alors vous devriez vous méfier de ce candidat. Il y a évidemment une manipulation flagrante.’

Certaines personnes diront que j’ai été ‘blanchisé’ parce que je ne partage pas l’opinion de ma propre communauté. C’est le genre de mentalité qui ne nous mènera nulle part. »

Propos recueillis par Victoria David, le 9 novembre 2016.

Donald Trump s'adressant à ses supporters lors d'un rally à Fountain Park, Fountain Hills, Arizona. Crédits photo : Flickr/CC/Gage Skidmore

Donald Trump s’adressant à ses supporters lors d’un rally à Fountain Park, Fountain Hills, Arizona. Crédits photo : Flickr/CC/Gage Skidmore

 

Lors de sa campagne, Donald Trump a répété que la communauté africaine-américaine était en piteux état. 8% des Africains-Américains ont voté pour lui (contre 88% pour Hillary Clinton). Notre correspondant, Adrien Lac, a rencontré l’un d’entre eux.

Shea Wilson : « Trump a affirmé qu’il soutiendrait la communauté LGBT »

Shea Wilson est un jeune entrepreneur originaire de l’Ohio et habitant de Columbus dans le même Etat. Il a beaucoup voyagé au sein des Etats-Unis et vécu dans l’Illinois et la Californie. Il se présente comme un indépendant. Longtemps rebuté par les postures anti-gay du Parti républicain, puis très critique du bilan de politique extérieur d’Obama menée par Hillary Clinton, il a voté Trump pour cette élection. Shea est noir et homosexuel et ne pouvait se résigner à voter pour une candidate qui recevait des fonds de pays qui, selon lui, piétine les droits de la communauté LGBT. Notre correspondant, Adrien Lac, a rencontré Shea Wilson par une amie commune qui savait qu'il cherchait des témoignages de Trump.

« Trump a été très bon en ce qui concerne la communauté LGBT. Auparavant beaucoup d’hommes politiques ont été très offensants et condescendants envers celle-ci, particulièrement les républicains. Mais Trump est venu, a affirmé qu’il nous soutiendrait et a souligné que Hillary acceptait des fonds venant de l’Arabie Saoudite et du Qatar, deux pays qui traitent les femmes comme des citoyens de seconde classe et qui tuent des homosexuels. Pourquoi devrions-nous soutenir quelqu’un qui accepte ce genre de soutien ?

Les gens ont été très ignorants à propos de Trump. Ils n’ont pas compris ce qu’il voulait dire. Les médias orientaient les choses de manière à le dépeindre comme le Grand Méchant Loup, ce qu’il n’est absolument pas.

Oui, il a utilisé un langage très incorrect pour qualifier les immigrants illégaux. Mais quand il y a des gens en situation irrégulière dans un pays et que certains eux tuent des gens, violent des gens et bien il y a un gros problème parce qu’ils ne devraient pas être dans ce pays en premier lieu [ndlr : USA Today notait en 2015 qu’il est impossible avec les données actuelles de conclure que les immigrants illégaux commettent plus ou moins de crimes que qui qui ce soit].

Sans parler des conséquences économiques. Personne ne va engager quelqu’un au salaire minimum quand on peut engager un immigrant illégal pour faire le même travail pour presque rien. Certains vont répliquer que personne ne veut faire le travail que ces immigrants font, mais c’est faux. Il y a des emplois occupés par ces gens que certains citoyens américains aimeraient avoir. Dans un pays où nous avons 50% de chômage chez les jeunes noirs c’est inacceptable [ndlr : Politifact indique que d’après le ‘Bureau of Labor Statistics’  ce taux est en réalité de 27.1% en mai 2016].

A propos des suprématistes blancs, certains ont supporté Hillary, d’autres supportent Trump. Ils peuvent soutenir qui ils veulent. Il y aura toujours des gens mauvais qui soutiendront untel ou untel ça n’a rien à voir avec ce que la personne incarne. Trump a travaillé avec des femmes noires en tant que cadres dirigeants depuis des années au sein de son entreprise [ndlr : Associated Press indique qu’il y a peu de preuve tant qu’à la prétendue diversité dans les organes dirigeants de l’empire Trump principalement à cause du manque de coopération de la part de celui-ci]. Il n’avait pas à le faire mais il travaille avec elles depuis des années, donc s’il était si intolérant, elles ne seraient probablement pas là.

Je m’en fiche qu’il n’ait pas gagné le vote populaire. La façon dont il a gagné a été très stratégique et s’il avait eu besoin du vote populaire pour gagner, il aurait fait campagne différemment. Il a renversé des Etats qui avaient été gagnés par Obama en 2008 et 2012 comme le Michigan et le Wisconsin.

Tout le monde crie au racisme mais non, ce sont les mêmes qui ont voté pour Obama ! Seulement, ils ont été déçus et sont passés à Trump. »

Propos recueillis par Adrien Lac, le 15 novembre 2016.

Midwest républicain : après l’élection de Trump, des étudiants se bougent

Les républicains ont largement emporté les Etats de l’Ohio et du Missouri, dans le Midwest des Etats-Unis. Dans l’université d’Etat de l’Ohio et dans l’Université de Missouri, des initiatives sont organisées en réponse aux résultats de l’élection présidentielle, qui a consacré Donald Trump 45e président des Etats-Unis. 

Ohio : « Le droit de construire un mouvement, de combattre le racisme »

Sous l’œil de fonte de la statue de l’emblématique directeur de l’institution, plusieurs centaines d’étudiants de l’université d’Etat de l’Ohio se sont regroupés pour protester contre la nomination de Trump à la présidence.

Le 11 novembre 2016, manifestation d'étudiants de l'Université d'Etat de l'Ohio exprimant le désarroi et la colère après l'élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

Le 11 novembre 2016, manifestation d’étudiants de l’Université d’Etat de l’Ohio exprimant leur désarroi et leur colère après l’élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

 

Au milieu des voix éraillées des jeunes manifestants, s’élève celle bien plus assurée de Pranav Jami, professeur d’anglais à l’université :

« Cette victoire de Trump encourage l’extrême-droite et toutes les forces qui s’opposent aux femmes, aux gens de couleur, aux immigrants, aux gays et aux musulmans. Ces forces connaissent toutes un regain d’énergie en ce moment. »

Un professeur de l'Université prend la parole lors d'une manifestation d'étudiants de l'Université d'Etat de l'Ohio exprimant le désarroi et la colère après l'élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

Un professeur de l’Université prend la parole lors d’une manifestation d’étudiants de l’université d’Etat de l’Ohio exprimant le désarroi et la colère après l’élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

 

Pranav explique que l’université qui l’emploie n’aime pas le savoir engagé dans ce genre de manifestations. « Je comprends l’idée général qu’un professeur ne devrait pas dire à ses étudiants comment voter. Mais je pense aussi qu’il devrait avoir un espace pour une pensée critique où même un professeur pourrait s’exprimer. Je n’appuie aucun candidat aujourd’hui.»

 « Je parle du droit de construire un mouvement, du droit à l’action concrète et du besoin de combattre le sectarisme et le racisme », a poursuivi le professeur.

Le 11 novembre 2016, manifestation d'étudiants de l'Université d'Etat de l'Ohio exprimant le désarroi et la colère après l'élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

Le 11 novembre 2016, manifestation d’étudiants de l’université d’Etat de l’Ohio exprimant leur désarroi et leur colère après l’élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

 

Depuis la victoire de Lincoln en 1860, aucun candidat républicain n’est parvenu jusqu’à la Maison Blanche sans avoir gagné le soutien de l’Ohio, et seulement deux démocrates ont été consacrés sans l’appui de cet Etat. L’Ohio est un « swing state », c’est-à-dire un Etat clef pour remporter la présidentielle.

Cet Etat fait partie de la Rust Belt, région phare de l’industrie lourde américaine dans les années 70, mise à mal par les évolutions économiques récentes. En début de campagne, cette réalité économique faisait de la région une cible privilégiée pour les politiques dites populistes de Trump.

En 2012, Barack Obama a remporté l’Ohio. Le mardi 8 novembre, l’Etat a tranché pour Donald Trump. La ville de Columbus, où se trouve l’Université, fait exception.

Dans la foulée de la longue nuit électorale, Michael Drake, le président de l’université, aurait appelé ses étudiants à la réconciliation et à l’apaisement selon le journal étudiant local, The Lantern, en rappelant les valeurs de « respect, intégrité et compassion ».

Ce sont ces valeurs que les manifestants de ce 11 novembre semblent vouloir porter, davantage que des ambitions de renversement des dernières élections. Taylor Gleason est étudiante à Ohio State.

« Je suis venue pour exprimer mon soutien à toutes les femmes et les survivants de violences sexuelles. J’ai vu le comportement abusif de Donald Trump et cela me perturbe profondément, » nous a-t-elle expliqué.

Taylor dit aussi être touchée de voir des gens de tout bord se rassembler pour échanger et se soutenir.

« Je suis triste que ce soit dans ces circonstances que les gens se rassemblent, mais je suis heureuse de ce que j’ai vu aujourd’hui. »

Le 11 novembre 2015, manifestation d'étudiants de l'Université d'Etat de l'Ohio exprimant le désarroi et la colère après l'élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

Le 11 novembre 2015, manifestation d’étudiants de l’université d’Etat de l’Ohio exprimant leur désarroi et leur colère après l’élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

 

Sarah Mamo, étudiante à Ohio State, a co-organisé cet événement avec diverses associations militantes du campus, depuis l’association internationale socialiste à celle dédiée à la défense des droits des Noirs. Son combat n’est pas né avec l’élection de Donald Trump et ne se serait même pas achevé avec celle d’Hillary Clinton.

Selon elle, «même si Hillary avait été élue, nous aurions continué de voir des déportations, des meurtres de Noirs par les policiers, des administrateurs abusifs à notre université». Pour cette militante, il s’agit de mobiliser l’opinion, de rallier de nouveaux sympathisants plus que d’avancer des mesures pratiques quant aux dernières élections :

« Notre direction principale ne change pas. Nous allons continuer de faire ce que nous avons toujours fait. Trump en lui-même n’est pas un mal nouveau pour nous. »

Le 11 novembre 2016, manifestation d'étudiants de l'Université d'Etat de l'Ohio exprimant le désarroi et la colère après l'élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

Le 11 novembre 2016, manifestation d’étudiants de l’université d’Etat de l’Ohio exprimant leur désarroi et leur colère après l’élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

Ohio : « Ils devraient s’en prendre aux médias, pas à Trump »

Ce rassemblement n’est pas unanimement soutenu par tous les étudiants. Alors que la foule gagne la rue commerçante côtoyant l’université, des supporters de Trump se mêlent à la foule – discrètement pour certains, à grand renfort de pancartes et de slogans pour d’autres.

Des supporters de Trump se mêlent au cortège d'étudiants de l'Université d'Etat de l'Ohio, manifestant leur désarroi et leur colère après l'élection de Donald Trump comme président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

Le 11 novembre 2016, à l’université de l’Etat de l’Ohio, des supporters de Trump se mêlent au cortège de manifestants en désaccord avec l’élection du nouveau président des Etats-Unis. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

 

Les échanges se font parfois vifs et la police doit intervenir pour empêcher les manifestants d’encercler les quelques nouveaux venus.

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Le 11 novembre 2016, à l’université de l’Etat de l’Ohio, des supporters de Trump se mêlent au cortège de manifestants en désaccord avec l’élection du nouveau président des Etats-Unis. La police intervient pour calmer les échanges. Crédits photo : CrossWorlds/Adrien Lac

 

Jake Liddic en fait partie. Il arbore sa casquette rouge et dit être venu pour écouter : « Ils ont parfaitement le droit d’être en colère. Je pense juste que leur colère est mal dirigée. Ils devraient s’en prendre aux médias pour les avoir tromper sur le compte de Trump. Moi je suis juste venu pour écouter et j’ai reçu plus de haine que je n’en ai jamais déversée sur quiconque au cours de ma vie.»

« Ce que je vois c’est que tous ces gens qui prônent la tolérance ne la mettent pas en pratique, » a-t-il poursuivi.

Des manifestations ont eu lieu dans d’autres universités, comme le rapporte Le Monde.

Missouri : faire de l’université un endroit « safe » pour les étudiants

Des moments de discussion pour aider à comprendre les résultats et leurs conséquences sont organisés, comme dans l’université de Missouri, située à deux heures de voiture de Ferguson, là où le jeune Africain-Américain, Mike Brown, a été abattu par la police en 2014 alors qu’il n’était pas armé.

En octobre 2015, cette université a été bouleversée par des incidents raciaux qui ont donné naissance au mouvement « The Concerned Student 1950 » (c’est-à-dire « l’étudiant inquiet 1950 », en référence au premier étudiant africain-américain accepté dans cette prestigieuse institution du Midwest, en 1950). Ce mouvement a pris de l’ampleur en attirant les médias nationaux suite au soutien apporté par l’équipe de football locale à l’un des participants ayant entamé une grève de la faim. Un mois après la naissance du mouvement, le président de l’université a été poussé à se retirer, accusé d’être indifférent à la souffrance de ses étudiants.

Lors de ces protestations non-violentes, une menace de mort anonyme diffusée sur les réseaux sociaux avait ciblé les étudiants noirs. Des étudiants s’étaient même portés volontaires pour accompagner leurs camarades apeurés sur le campus. Le besoin d’avoir un endroit « sûr » (a safe space) où les étudiants africains-américains se sentent à l’aise, respectés et en sécurité, est encore au cœur des préoccupations des organisations dites « noires » du campus. Sur son compte Twitter, the Legion of Black Collegians, la principale organisation africaine-américaine du campus, a appelé à un moment de solidarité.

Le département de « Black Studies » invite tous les étudiants à réfléchir lors d’une conversation avec des professeurs la semaine prochaine.

Dans un mail envoyé à tous les élèves, le président intérimaire de l’université a lui aussi encouragé au dialogue, félicitant la première rencontre, apparemment apaisée, entre l’actuel et le futur président à la Maison Blanche. « Cela nous rappelle à tous que malgré nos plus grandes différences, nous pouvons nous unir avec civilité et respect ».

Cette union, des étudiants africains-américains de l’Université de Missouri l’ont voulue mardi dernier. À l’université de Missouri, il y a des « fraternités noires » et des « fraternités blanches ». La nuit de l’élection, une des fraternités noires a co-organisé une « Watch party » pour inviter les étudiants de toutes les communautés à regarder ensemble les résultats. L’un d’eux, Xavier, racontait alors que c’était important d’organiser cette soirée et d’agir en leaders. « Les gens dans ce pays ne nous présentent pas toujours comme des bonnes personnes. »

Après la victoire de Trump en Floride, des étudiants de l'Université de Missouri quittent la salle de projection de l'élection présidentielle, disant qu'il ne vaut plus la peine de regarder. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

Après la victoire de Trump en Floride, des étudiants de l’université de Missouri quittent la salle de projection de l’élection présidentielle, disant que cela ne vaut plus la peine de regarder. Crédits photo : CrossWorlds/Clara Wright

 

Ces étudiants disaient avoir voté pour Clinton par défaut.

« J’ai peur qu’avec Trump le racisme déclaré soit plus acceptable. Je suis africain-américain, lui et moi avons des conflits d’intérêt », expliquait John.

« Mais tu sais, il y a des choses qu’on contrôle et d’autres non. J’ai voté, j’ai joué le jeu, si Clinton perd, c’est comme ça. »  « Demain, je vais me lever, aller étudier, puis aller travailler, puis faire mes devoirs », renchérit Xavier ce mardi 8 novembre. S’il doit s’inquiéter, Xavier le fera en janvier. Avec un clin d’oeil, il lâche : 

« Demain, Président Obama sera toujours président. »

Adrien Lac (Ohio, Columbus) et Clara Wright (Missouri, Columbia)

Super Tuesday à Santa Barbara : « Bernie, un outsider politique qui crache sur l’establishment »

À l’occasion du Super Tuesday (étape décisive de la campagne des primaires américaines), notre correspondante en Californie nous livre une série de portraits. Découvrez ces « Humans of Santa Barbara », des étudiants de l’université californienne de Santa Barbara, qui prennent la parole.

Jason, étudiant en sciences politiques, 4e année

Jason s'exprime sur le Super Tuesday. Crédits photo : CrossWorlds/Marie Jactel

Jason s’exprime sur le Super Tuesday. Crédits photo : CrossWorlds/Marie Jactel

 

« Je m’identifie plutôt aux libertariens [NDLR : philosophie basée sur le libéralisme classique, les droits de l’individu supérieurs à ceux du collectif et le gouvernement réduit au minimum, au besoin primaire de sécurité]. Je ne me reconnais pas du tout dans les Républicains en ce moment. Trump parle de construire un mur sur la frontière mexicaine alors que je pense que les gens devraient avoir le droit d’aller partout dans le monde tant qu’ils agissent de façon civilisée. Même chose pour la guerre contre la drogue, le mariage de même sexe et toutes les questions sociales. Pour moi, les Républicains agissent de façon totalitaire et Trump, comme un néo-fasciste.

« J’étais socialiste. Je voulais être part de quelque chose de plus grand que moi-même. »

J’ai un parcours un peu spécial : je viens d’une famille de démocrates. Je me souviens avoir posé des affiches d’Al Gore quand j’étais petit, et de ma colère en voyant sa victoire volée par G.W. Bush. Mes parents faisaient parti des quelques 23 % d’Américains contre l’invasion de l’Irak. En 2011, il y a eu le mouvement Occupy Wall Street, auquel j’ai participé. À ce moment là je me considérais comme socialiste. Je voulais être part de quelque chose plus grand que moi-même. C’était un manque de confiance en soi. Beaucoup de garçons de 17 ans sont comme ça. Le plus grand véhicule derrière le socialisme, c’est le manque d’assurance : on se sent tellement fragile qu’on a besoin du support d’une idéologie forte.

« Personnellement, je critique le féminisme et les questions de race. »

Ensuite j’ai commencé l’université. J’ai pris un cours de sociologie qui s’est révélé être une publicité pour la pensée « libérale » : un aperçu de la pensée de masse, et je me suis senti très seul. J’ai lu des auteurs comme David Horowitz [NDLR : un écrivain conservateur américain qui dit s’opposer au politiquement correct de gauche] et ça m’a beaucoup fait réfléchir.

J’ai pris des cours d’économie et découvert des idéologies différentes. Ça c’était lors de ma 2e année, durant laquelle j’ai rejoint le groupe UCSB Young Americans for Liberty. Aujourd’hui, je suis vice-président de l’association. On essaie de contester les idéologies que l’on perçoit comme totalitaires. Personnellement je critique le féminisme et les questions de race.  Des sujets omniprésents dont il est impossible de questionner les dogmes sans être exclu, voire insulté.

« Je suis prêt à catalyser toute la haine si ça peut en encourager d’autres à dire ce qu’ils pensent. »

Les gens sont obsédés par la liberté de parole et pourtant ils réagissent de manière virulente dès qu’ils se sentent offensés. Ils savent que leur seul pouvoir dans cette université n’est pas d’argumenter mais de montrer du doigt. Les professeurs sont aussi très bons pour attaquer les jeunes. Quelques-uns m’ont humilié ouvertement devant toute la classe. Mais selon l’expérience l’expérience psychologique de Asch, si une seule personne montre l’exemple en s’élevant contre la masse, d’autres seront plus prêtes à sortir du bois… Alors je suis prêt à catalyser toute la haine si ça peut en encourager d’autres à dire ce qu’ils pensent.

« Bernie est un outsider politique qui crache sur Hillary et l’establishment. »

Je crois que je vais voter pour Bernie. Il est moins pro-gouvernement que ce qu’on croit et c’est un outsider politique qui crache sur Hillary et l’establishment. Franchement aucun candidat actuel n’est bon. Si j’avais pu, j’aurais voté pour Rand Paul [NDLR : sénateur du Kentucky, figure des mouvements libertarien et du Tea Party au sein du parti Républicain. Il a renoncé aux primaires en février, faute de soutiens solides]. Ça aurait été déjà mieux que ce qu’on a maintenant. Trump pousse au néo-fascime. Je préfère prendre un socialiste honnête et inefficace, plutôt qu’un candidat qui n’est pas authentique. On peut argumenter contre Bernie, avoir un véritable débat parce qu’il a des idées. Et je respecte ça. Mais il n’a aucune chance. L’establishment conspire pour le virer, comme pour Rand Paul .

Je ne préfère pas penser à mardi prochain parce que toutes les issues sont mauvaises. J’espère que ça sera Rubio car c’est le « moins pire ». Mais si c’est Trump contre Hillary, alors… ça va être une des élections les plus intéressantes de notre Histoire. »

Propos recueillis par Marie Jactel

Retrouvez le premier portrait de la série,  Eric, « le républicain ».