Que retenir de la visite du Pape en Ouganda ?

La visite du Pape François en Ouganda, du vendredi 27 novembre 2015 au dimanche 29, constitue un événement historique, dans un pays qui compte 40% de catholiques parmi 85% de chrétiens (selon le recensement de 2002). Une semaine plus tard, que retenir de cet évènement « attendu depuis longtemps », selon les mots du Daily Monitor (un journal imprimé et distribué à Kampala) ?

L’édition spéciale du « Daily Monitor » du 27-29 novembre 2015, consacrée à la visite du Pape François en Ouganda, Kampala.

L’édition spéciale du « Daily Monitor » du 27-29 novembre 2015, consacrée à la visite du Pape François en Ouganda, Kampala.

 

En effet, 97% des Ougandais se déclarent croyants, et pour la plupart d’entre eux, l’appartenance à telle ou telle religion est au fond moins importante que le fait d’en avoir effectivement une. La spiritualité occupe donc une place fondamentale dans la société ougandaise. A titre d’exemple, dans une équipe de sport, chaque entraînement ou match se termine par une prière collective que chacun respecte scrupuleusement, quand bien même les sportifs sont de différentes religions. La visite papale était donc aussi bien célébrée par les catholiques que par les anglicans, les pentecôtistes, les Born-again (courant chrétien né au Etats-Unis et présent de façon minoritaire en Ouganda) ou encore les musulmans.

La troisième visite papale

C’était la troisième fois qu’un pape se déplaçait dans ce petit pays d’Afrique de l’Est. La première visite papale en Ouganda remonte à 1969 à l’occasion du « pèlerinage » de Paul VI. Cinq ans plus tôt, ce pape avait canonisé les « martyrs ougandais », 22 catholiques et 23 protestants exécutés en 1887 sur ordre du roi du Buganda, Mwanga II, en raison de leur foi.

En 1993, ce fut au tour de Jean-Paul II d’offrir au pays l’honneur d’un voyage, dans le contexte trouble de la guerre civile qui faisait rage au Sud-Soudan voisin, guerre à caractère religieux (Nord musulman contre Sud chrétien et séparatiste) qui provoqua un afflux massif de réfugiés soudanais dans le nord de l’Ouganda.

Cette année, le Pape François est officiellement venu rendre hommage aux martyrs ougandais.

Un accueil préparé

Plusieurs semaines avant la date fatidique, Kampala s’était donc drapée d’un nombre impressionnant de symboles, affiches, autocollants, stickers, pin’s, drapeaux, etc, sur lesquels on pouvait voir le Pape François entouré du drapeau ougandais, ainsi que la mention « POPE IN UGANDA ». L’arrivée du Pape était ainsi devenue le sujet principal des discussions, des emplacements publicitaires, et surtout des unes de journaux. The Daily Monitor insistait sur la rencontre entre le Pape et le roi du Buganda et a consacré une édition spéciale à l’événement. The East African, un journal kenyan traitant de l’actualité de la sous-région est-africaine, mettait en lumière l’effervescence populaire qui accompagnait l’arrivée du Pape.

Un succès populaire

Du point de vue des Ougandais, l’événement aura tenu toutes ses promesses. En effet, plus de 100 000 personnes se sont pressées à Namugongo pour assister à la commémoration par le souverain pontife des « Ugandan Martyrs ». Le Pape François a également rencontré l’actuel Kabaka (roi) du Buganda, Mutebi. Une rencontre chargée en symbolique, puisque Mutebi se trouve être le petit-fils de Mwanga II, et fortement appréciée par les Baganda, c’est-à-dire les membres du Royaume du Buganda, dans un pays où l’identité tribale compte autant que l’identité religieuse.

Attendue, la visite du Pape l’était aussi par les défenseurs des droits de l’Homme. L’Ouganda s’étant progressivement hissé au rang de référence en matière de législation anti-homosexuels, les récentes déclarations du Pape sur la communauté gay et sur la position de l’Eglise catholique à son égard avait suscité une petite vague d’espoir pour les défenseurs de la cause LGBT dans le pays.

Non-mention des droits de l’Homme

De façon plus générale, après le vote par le Parlement ougandais la semaine précédant l’arrivée du Pape d’une loi renforçant le contrôle du gouvernement sur les ONG, certains attendaient du Pape qu’il appelle au respect des droits de l’Homme en Ouganda. Soupçonnée de constituer un préalable à l’emprisonnement des activistes anti-Museveni, le président au pouvoir depuis 1986, la loi fait d’autant plus polémique qu’elle intervient alors que celui-ci est actuellement en campagne pour sa réélection en février prochain.

Cependant, le Pape n’aura pas fait mention de ces sujets polémiques. Une « occasion manquée de protéger les personnes LGBT », comme l’a souligné l’activiste Franck Mugisha. Il aura par contre appelé au respect de l’autre, à l’entraide entre communautés ainsi qu’à la défense de la famille. Un message rassembleur et consensuel qui fit la joie des habitants de Kampala.

Ronan Jacquin

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