#WoMen ou un premier « nous » taïwanais

Taiwan, premier pays asiatique concernant l’égalité entre les genres, se positionne au huitième rang mondial. Deux jours après le 8 mars, qu’en est-il de la mobilisation de la société pour la lutte des droits des femmes?

4 avril 2019 : journée de l’enfance à Taïwan et des droits de la femme

 

Chaque début d’avril, le 4 pour cette année, Taïwan célèbre sa journée de l’enfance. Cette date leur est unique car d’après l’ONU, elle se tiendrait officiellement le 20 novembre. La création de leur propre « Children’s day » est d’autant plus important qu’il est considéré comme « public holidays », soit comme un jour férié commun à tous.

Suite aux pressions des parents qui voulaient accompagner leurs enfants durant les activitées organisées, Taïwan a décidé de combiner la Journée internationale des droits des femmes avec leur journée des droits des enfants : « The Combined Holidays of Women’s Day and Children’s Day ».

En instituant ce jour en 1931 et en le rendant férié en 2011, l’Etat a voulu renforcer les relations entre parents et enfants. Le but est de mettre l’accent sur le futur de la nation.

Parti démocrate progressiste taïwanais pendant le Women's day rally en 2008 (c) Prince Roy pour Flickr

Parti démocrate progressiste taïwanais pendant le Women’s day rally en 2008 © Flickr/CC/Prince Roy

 

Si le geste de célébrer la Journée des droits des femmes comme un jour sans travail est louable, il ancre tout de même dans la pensée collective une image de l’enfant lié à la femme. Cela pourrait desservir les idéaux d’émancipation et renforcer les stéréotypes sexistes de la société.

Finalement, la commémoration des droits des femmes est effacée au profit d’activités avec leur progéniture. Néanmoins, le 8 mars essaie de se faire sa place sur l’île.

A l’initiative de trois associations ; Women’s March Taiwan, 人權辦桌 , Moves, une marche est organisée le 9 mars. Le premier mouvement a été créé en 2017 face à un besoin urgent de défendre les droits des femmes dans le but d’obtenir une justice pour tous et toutes.

#WoMen

 

La troisième édition de la « Women’s March » s’est déroulée ce samedi 9 mars au cœur de Taipei. Le rassemblement a voulu mettre l’accent sur l’inclusion ; autant au sein du mouvement mais aussi sur la nécessité de tous et toutes s’unir pour défendre nos droits.

Troisième édition de la "women"s march" à Taipei ce 9 mars 2019 (c) Inès Girard pour Crossworlds

Troisième édition de la « Women’s march » à Taipei ce 9 mars 2019 © Inès Girard pour Crossworlds

Le nom de l’événement est en réalité un jeu de mot. Le M majuscule sépare le mot « Women » en deux : « Wo men », ce qui signifie « nous » en chinois. Crystal Liu, co-fondatrice de Women’s March explique ce choix par la volonté d’insister sur l’importance de créer un environnement inclusif pour toutes les femmes, tous les hommes, et « people of all walks ».

Un besoin d’éveiller les consciences

 

Cette marche à Taiwan leur apparaît comme indispensable face au comportement de la société. Crystal Liu confiait dans une interview au Community Center du 3 mars 2019,

« Beaucoup de personnes à Taiwan ne pensent pas que les inégalités liées au genre existent encore ici. Ils peuvent penser que depuis que nous avons une femme présidente, pourquoi continuer à défendre les droits des femmes ? ».

Or la situation est bien loin d’être aussi simple. L’année de la première Women’s March en 2017, le ministère de la santé et du bien-être de Taïwan dénombrait trente cinq agressions sexuelles par jour. Ces attaques sont intimement liées à la perception de la femme par la société. Les organisateur.ice.s dénoncent la vision conservatrice d’un sexe faible face à un sexe fort, qui encourage ces comportements. Les discriminations liées au genre, notamment dans le milieu du travail, y sont tout aussi virulentes.

Les Taïwanais·es ont marché pour révendiquer, entre autre, l'importance de l'éducation sexuelle (c) Inès Girard pour Crossworlds

Les Taïwanais·es ont marché pour revendiquer, entre autre, l’importance de l’éducation sexuelle © Inès Girard pour Crossworlds

Au cœur de cette marche pour les droits des femmes, le problème le plus pressant est celui de l’éducation sexuelle. Yen-hua Chou, une étudiante en droit à la Nationale Taiwan University et bénévole du cortège, dénonce un apprentissage à deux vitesses. Les garçons et les filles ne sont pas instruits de la même manière en fonction de leur genre. Cela ne fait qu’accroître les disparités. La lutte pour les droits des femmes passe donc aussi par la réformation de l’éducation sexuelle dans les écoles.

Un message pour les générations futures

 

Après cette marche, Jessica qui est aussi Lady Angelica une drag queen, a partagé un poème à son fils et à sa fille imaginés. Si elle est amenée à les rencontrer, elle aura un message à leur faire passer : elle écrit cette missive pour lui, pour elle. Pour l’enfant qui s’identifie comme un garçon ou comme une femme. Sans parler d’anatomie, de sexe ou de genre, car pour Lady Angelica, il est simplement question de personne.

Elle souhaite à son fils de ne pas connaître la solitude, l’insensibilité,  l’impératif de force que lui impose la société. Elle souhaite à sa fille de ne pas avoir au fond de son iris, cette peur toujours présente. Cette peur qui lui fait se demander, à chaque fois qu’elle croisera un homme : suis-je en danger ? Jessica, espère que ses hypothétiques enfants n’auront pas à faire face aux inégalités de genre. Néanmoins, avant que ce concept ne soit relégué aux livres d’Histoire comme un simple avertissement pour les générations futures, le chemin reste long pour cette île.

Malgré la pluie, près d'une centaine de personnes ont marché c

Malgré la pluie, près d’une centaine de personnes ont marché dans les rues de Taipei ce samedi 9 mars © Inès Girard pour Crossworlds

Entre quatre-vingt et cent personnes ont rejoint cette « WoMen’s March » malgré la pluie. Ce nombre peut sembler faible face aux rassemblement en Europe ou aux Etats-Unis, mais pour Taïwan, en ce jour moins officiel, c’est le commencement d’un mouvement.  Fan Ching, CEO de la Taipei Women’s Rescue Foundation conclu les performances en déclarant :

« Ce n’est pas le nombre qui compte, mais le fait qu’une vague se forme. Il faut continuer à faire des vagues ».

Inès Girard

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